‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 179 sur 285 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

de la reine que Sa Majesté avait le plus vif désir de terminer le mausolée du roi Henri son époux , pour lequel Daniel deVolterra (1) avait entrepris un cheval colossal en bronze, mais qu'il avait laissé s'écouler l'époque où il devait le livrer; que le tombeau réclamait de riches et nombreux ornements, qu'en conséquence, si je voulais revenir en France habiter mon château, la reine, pour m1 attacher à son service, m'accorderait tout ce que je pourrais désirer. — Je répondis à messer Baccio qu'il fallait en conférer avec le duc; que, si Son Excellence illustrissime y consentait, je retournerais volontiers en France. — a Eh bien! nous partirons ensemble, » — s'écria joyeusement messer Baccio, qui croyait l'affaire faite. Le lendemain il eut avec le duc une entrevue dont il profita pour lui parler de moi et lui dire que, si Son Excellence le permettait, la reine me prendrait à son service. — « Benvenuto est un habile homme, ainsi que tout le monde le sait, mais maintenant il ne veut plus travailler. ». — Telle fut la réponse du duc, qui changea ensuite la conversation. — Tout cela me fut rapporté par messer Baccio lui-même, que j'allai voir le soir suivant. — Je ne pus me contenir plus longtemps. — « Son Excellence, m'écriai-je, ne m'a rien commandé , et cependant avec mes seules ressources j'ai exécuté un des ouvrages les plus difficiles du monde, et pour lequel, malgré ma pauvreté, j'ai dépensé plus de deux cents écus. Que n'aurais-je donc pas fait, si Son Excellence illustrissime m'eût employé ? Je vous le jure, en vérité, on m'a fait bien du tort. » — Le bon gentilhomme répéta fidèlement ces paroles au duc, mais celui-ci lui répondit que c'était une

(l) Daniello Ricciarelli naquit à Vollerra en 1511, et mon rat en 1566. — Dès son d4bot , il fat remarqué par Alicbel-Ange, qui le fit son tabstitat dans les travaux da Vatican , le préconisa , l'aida et l'enrichit de ses dessins ; sur la fin de sa vie . il se consacra font à fait à la scalptnre. C'est alors qu'il entreprit le cheval colossal dont parle Cellini. Vosari attribue la mort de Daniel à I'eitréme fatigue qu'il éprouva en travaillant a cet ouvrage.

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plaisanterie et qu'il voulait me garder. — J'en fus tellement irrité, que plusieurs fois je fus tenté de partir à la grâce de Dieu. — La reine, de peur de déplaire au duc, ne voulut plus qu'on lui parlât de moi : de sorte qu'à mon grand regret je fus obligé de rester.

Vers cette époque, le duc quitta Florence avec sa cour et tous ses enfants, à l'exception du prince qui était en Espagne. Use rendit à Pise en traversant les maremmes de Sienne. — Le cardinal fut le premier qui ressentit les effets de cet air empoisonné. Peu de jours après , il fut attaqué d'une fièvre pestilentielle qui l'emporta rapidement. C'était l'œil droit du duc : il fut vivement regretté, car il était beau et bon. — Je laissai s'écouler quelque temps, et, lorsque je crus que les larmes étaient essuyées, j'allai à Pise.

Après avoir mentionné son voyage à Pise , qui eut lieu vers la fin du mois de novembre 1562, Cellini ferme brusquement ses mémoires. — Avons-nous besoin d'exprimer combien il est regrettable qu'il ne nous ait point déroulé jusqu'au bout le drame de sa vie ? — Hâtons-nous plutôt de dire qu'il a laissé de nombreuses notes autographes dont quelques-unes peuvent servir à combler au moins une partie de la fâcheuse lacune que nous déplorons.

Parmi ces notes, que les Florentins ont recueillies avec un soin religieux, nous avons pris, pour les reproduire ici, celles qui ont rapport aux huit dernières années de notre auteur, et de plus celles où il raconte des faits qui appartiennent à une époque moins avancée de sa vie, mais dont il ne parle pas dans son histoire avec ou sans intention. — Enfin, nous avons pensé qu'il ne serait point hors de propos de joindre à ces précieux documents différentes pièces inédites d'une authenticité incontestable, telles que les lettres de naturalisation accordées par François I"r à Benvenuto, l'acte de donation du château du Petit-Xesle, le testament de Cellini, l'inventaire des objets d'art trouvés chez lui après sa mort, la relation de ses obsèques, etc., etc.

IRfl MÉMOIRES DE BENVENl'TO CELLINI.

Juillet 114t.

François par la grâce de Dieu Roy de France, à tous presens et advenir salut. Nous avons reçu V humble supplication de nôtre cher et bien amé Bienvenu Celiny nôtre Orfaivre, natif du pays de Florence , contenant que combien qu'il se soit arresté et habitué en cestuy Nostre Royaulme en intencion et firme propos de Xous y servir et finir le reste de ses jours. Mais il doubte que après son trespas Nos autres Officiers voulsissent dire et alléguer qu'il ne soit natif et originaire de Nostre dit Royaulme, et par ce moyen prétendre les Biens qu'il délaisserait par son trespas Nous estre advenus et escheus par droict d'Aulbeine, s'il n'avoit sur ce Nos Lettres de Naturalité et congé de tester. Humblement requirant icelles, pour ce est il que Nous ce considéré, que desirons bien et favorablement traicter le dit suppliant en faveur et recongnoissance des bons et agréables services, qu'il Nous a par cy devant faicts, faict et continue chaque jour, et espérons qu'il Nous fera cy après, et autres bonnes considérations à ce Nous mouvans. A icelïuy avons permis, octroyé et accordé, permittons, accordons, octroyons, voulions et Nous plaist de grâce especiale, plaine puissance et auctorité Royale, qu'il puisse et lui loise tenir et posséder en cestuy Nostre Royaulme, pays, terres et seigneuryes de Nostre obéissance toutes et chacunes les terres, seigneuryes et biens tans meubles que immeubles, qu'il y a et pourra avoir cy après, et d'iceulx tester et disposer par testament et ordonnances de dernière volunté, faicte entre vifs donation ou autrement, à son bon plaisir, et que ses Héritiers, Successeurs et Ayans cause lui puissent succéder, prendre et apprehendre

les Biens de sa dicte Succession , don et légitimation pour- Feu qu'ils soient Regnicoles tout ainsi que s'ils estoient originairement natifs de Nostre Royaulme, dont Nous les arons habilités et dispensés , habilitons et dispeuçons par ces dites présentes, sans ce que Nos Officiers ne autre quel* conque luy puisse ne à ses dits Héritiers, Successeurs et Ayans cause mettre ou donner en la joissance des dits Biens aucun deslourbide ou empeschement, et aussi sans ce qu'il soit tenu pour ce Nous payer, ne à autres, aucune Finance ou indampnité , laquelle à quelque somme qu'elle soit et se puisse monter, Nous lui avons donné, cédé, quicté remise et délaissé, donnons, cédons, quictons, remectons et délaissons par ces dites présentes : Par lesquelles donnons en mandement à nos amés et féaux les gens de Nos Comptes et Trésoriers à Paris, et à tous Nos autres Justicieurs et Officiers présents et advenir, ou à leurs lieutenants et à chacun d'iceulx en droit soi et comme à lui appartiendra, que de Nostre présente grâce, congé, permission et octroy et de tout le contenu cy dessus ils fassent, souffrent et laissent le dit Suppliant joyr et user piaillement et paisiblement, sans lui faire mettre ou donner ne souffrir estre faict, mis ou donné aucun trouble, destourbide ou empeschement au contraire. Les quels si faicts, m y s ou donnés lui avoient esté ou estoient, mectent ou fassent mettre à pleine et entière délivrance et au premier estât de don. Et par Rapportant ces dites présentes signées de Xostre main, ou vidimus d'i celles faictes sous le Scel Royal pour une fois seulement et quictance ou recongnoissance du dit Bienvenu Geliny Suppliant sur ce su/Usante. Nous voulions celluy ou ceux de nos Récepteurs, à qui se pourra toucher, estre quictés et deschargés de ce à quoy se pourra monter la dicte Finance ou indampnité par Nos dites gens des Comptes et autres qu'il appartiendra et besoin sera, sansaucuue difficulté, car tel est Nostre plaisir;

188 MÉMOIRES DE BENVENCTO GELLIVI.

non obstant que la valeur n'estoit autrement spécifiée ne déclarée. Que tels dons n* ayons accoustumé faire que pour la moictié ou le tiers l'ordonnance par Nous faicte sur l'érection de nos coffres du Louvre et distribution de nos Finances, F ordonnance aussi par Nous dernièrement faicte à Meaux et quelconques autres ordonnances, restrictions, mandements ou deffences à ce contraires. Aux quelles ensemble à la desrogatoire de la desrogatoire d'icelles Noos avons pour ceste fois desrogé et desrogeons, pour ceste fois seullement desrogé et desrogeons. Et aflin que ce soit chose ferme et estable à tousjours Nous avons faict mettre et apposer Notre Scel à ces dites présentes. Donné au Mois de Juillet Fan de grâce mil cinq cent quarante deux, et de Nostre Règne le vingt huitiesme.

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