‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 195 sur 285 · CHAPITRE PREMIER. 24fi · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. 24fi

Majesté, avait jugé bon de me consulter sur ce qu'il y avait à faire en cette occasion. — Alors , moi , considérant le temps, le lieu et le donateur, et surtout ayant prête une bonne partie du travail , j'insinuai , avec les ménagements convenables, que Ton pourrait donner à Sa Majesté un Christ d'or placé sur une croix de lapis-lazuli , pierre très-précieuse dont on se sert pour fabriquer le bleu d'outre-mer. — Le socle de la croix aurait été d'or et enrichi de certaines pierreries que possédait Sa Sainteté. — Aux pieds du Christ j'aurais placé trois figurines que déjà depuis longtemps j'avais exécutées avec un soin extrême, et qui représentaient la Foi, l'Espérance et la Charité. — Ce projet ayant plu au pape, il m'ordonna de préparer un modèle, et, dès que je le lut eus montré, il m'enjoignit de le mettre en œuvre. — Tout cela avait été l'affaire d'un moment; — mais à peine quelque temps s'était-il écoulé, que le pape, prêtant l'oreille à de doctes conseillers, changea d'avis, et résolut de donner un petit office de la Vierge, rempli' de miniatures très-fines. On voulut que je fisse pour ce livre une couverture d'or ornée de pierres précieuses. On prétendait que ce présent serait plus agréable à f empereur, qui pourrait facilement le donner à l'impératrice. — Mais, pour revenir à notre sujet, pendant que j'étais occupé de cet ouvrage, qui réussit comme on le désirait, le pape me remit de sa propre main le diamant que lui avait donné l'empereur, et me recommanda de le lui monter en anneau le plus promptement possible. — Je m'acquittai de cette tâche dans l'espace de deux jours, & l'extrême satisfaction du pape et de tous ceux qui virent mon travail.

Pendant que je montais ce diamant, il advint qu'un certain Gaio , joaillier milanais , favori de quelques familiers de Sa Sainteté, fut présenté au pape. Il dit a Sa Sainteté que, pour monter une pierre de cette importance, qui avait

le défaut d'être un peu mince et dont 1a teinture était très-difficile, il eût été sage (bien que je fusse habile pour mon âge), de m1 adjoindre quelques artistes consommés, afin qu'en la montant je ne lui ôtasse rien de sa beauté et de sa valeur. — « Et cela est à craindre, ajouta Gaio, car ce diamant a été monté à Venise par un joaillier, nommé Miliano Targhetta, qui, mieux que personne au monde, savait disposer les pierres sur les feuilles et leur donner la teinte convenable. » — A ces paroles, le pape, en homme prudent, voulut que l'opération de ma teinture eût lieu en présence de ce Gaio et de deux autres joailliers. Ses compagnons furent Raflaello del Moro, Florentin, et un certain Guasparri, Romagnol, orfèvres excellents. Ils se présentèrent cher moi en m'exposant la volonté du pape. Malgré les paroles indiscrètes dont se servit Gaio, je le priai, avec toute la modestie imaginable, de m1 accorder au moins deux jours pour essayer plusieurs teintes. J'ajoutai qu'il pourrait arriver que, grâce à ces expériences, je trouvasse par mon industrie quelque nouveau secret qui serait avantageux au diamant et me vaudrait de l'honneur. — Mais tout cela fut en vain, car ce Gaio, fidèle à ses fâcheux procédés, agit de telle sorte, qu'au moment où je le congédiai avec ses compagnons, je pris la subite résolution de faire pour le diamant la teinte qui s'exécute de la façon suivante : On allume une lampe propre, garnie d'un lumignon de coton très-blanc et d'une huile vieille, douce et claire ; — et on la pose entre deux briques à terre ou en tout endroit plus commode. — Puis, sur les deux briques on appuie un petit vase de cuivre très-propre , dont la partie concave s'élève au-dessus de la lampe, de telle sorte que la troisième partie de la lumière s'y replie. — Mais il faut avoir soin de faire peu de fumée à la fois, attendu que, si on en laissait s'accumuler une trop grande quantité, le feu y prendrait et le noir serait gâté; — il est donc nécessaire, à mesure

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