CHAPITRE PREMIER. M
qnll se forme, de le détacher du vase à l'aide d'un petit morceau de papier bien propre , et de le déposer dans un vase très-net. — On saura que jamais le feu ne prend an noir de fumée, tant, que celui-ci n'a que l'épaisseur de deux bonnes lames de couteau ; — on peut donc, sans aucun danger, laisser le noir de fumée s'amasser dans le vase de cuivre jusqu'à ce qu'il ait l'épaisseur d'une lame. — On doit ensuite avoir du mastic, gomme très -connue de tous les épiciers. On veillera à ce que ce mastic ne soit point trop nouveau , ce qui a L'eu quand il est blanc et tendre. — On évitera aussi de le prendre trop vieux, parce qa' alors il serait sec et de peu de consistance ; on le dis* lingue à sa couleur jaune. — L'orfèvre expérimenté choisira donc an mastic ni trop frais ni trop vieux, et en morceaux propres et ronds; — en effet, le plus souvent la gomme est souillée de terre ou d'autres matières, quand elle tombe de l'arbre. — Après avoir fait ce choix, on remplira un fourneau de charbons allumés,, et l'on y fera chauffer un poinçon en fer jusqu'à ce que la pointe soit asseï chaude pour pouvoir pénétrer dans un des morceaux de gomme, dont on aura soin de ne pas dépasser le milieu. — On tiendra ensuite la gomme sur le feu , en la tournant tout doucement, jusqu'à ce qu'on la voie commencer à couler; puis, dès qu'elle en sera là, on se mouillera les doigts avec un peu de salive, et on la pressera vivement avant qu'elle ne se refroidisse. Alors il en sortira une larme très-claire que Ton conservera soigneusement, après l'avoir séparée de la scorie à l'aide de petits ciseaux. — On répétera cette opération jusqu'à ce que Ton ail la quantité de gomme dont on a besoin. Après cela, on extraira l'huile de froment nécessaire à cette teinture, en procédant ainsi :
— On choisira du grain pur de toute au lie semence, et on veillera à ce qu'il ne soit ni attaqué des insectes ni échauffé.
— On en mettra autant que la main peut en contenir sur
14* TRAIT* DE L'OBFÈVBEMB.
une plaqae de porphyre on, si Ton n'a point de porphyre, sur une feuille de cuivre très-propre, et on l' étendra à l'aide d'une plaque de fer ayant un doigt d'épaisseur et cinq doigts de largeur en tous sens. Cette plaque de fer aura été préalablement chauffée de façon à pouvoir brûler une feuille de papier. Lorsqu'on l'aura posée sur le grain, on la frappera vigoureusement avec un gros marteau, de manière que l'on voie sortir l'huile; mais il faut avoir grand soin que le fer ne soit ni trop froid ni trop chaud ; — dans le premier cas, l'huile ne sortirait pas; dans le second cas, elle se dessécherait ; — elle coulera au contraire parfaitement, si le fer est chauffé à point et bien frappé. — Ensuite on eulèvera soigneusement le résidu du grain ; puis , avec un couteau, on ramassera l'huile et on la mettra dans un petit vase de verre aussi propre que possible. On notera que la première distillation ne donne qu'une espèce d'eau, ce que l'on reconnaît facilement parce qu'elle se jette d'elle-même sur les bords, tandis que la bonne huile reste au milieu. — 11 faut aussi se pourvoir d'un peu d'huile d'amandes douces : quelques joailliers remplacent celle-ci par de l'huile d'olive, vieille de deux ans au plus, trèsdouce et très-limpide. — Après cela, on mettra dans une cuiller, quatre fois grande comme une cuiller ordinaire, le mastic en larmes, que l'on fera fondre en le remuant avec une palette d'argent ou de cuivre sur un feu modéré. — On versera ensuite une quantité d'huile de grain représentant la sixième partie du mastic ; et , lorsque ces deux matières seront bien mêlées, on y ajoutera l'huile d'olive ou , si on le préfère, l'huile d'amandes et, en outre, un peu de térébenthine très-claire. — Enfin, on terminera l'opération en prenant le noir de fumée que Ton a préparé, et en mettant, avec prudence, ni plus ni moins que ce qu'il en faut pour teindre le mélange; les diamants, suivant leurs qualités, réclamant une teinte plus ou moins noire. — Il est très-
CHAPITBE PREMIER. *«
.important de ne pas négliger ce point, car tel diamant gagnera beaucoup avec une teinte dore et tel autre avec une teinte tendre. — Aussi, chaque fois que l'orfèvre a un diamant de haute valeur à monter, doit-il renouveler ses teintes, essayer depuis la plus dure jusqu'à la plus tendre, depuis la plus noire jusqu'à la moins noire, et, selon la nature dn diamant, choisir avec goût celle qui lui est le plus favorable. — Certains joailliers , ayant à monter des diamants trop jaunes, introduisent dans leur teinte le noir de fumée en aussi petite quantité que possible , mais en y ajoutant de l'indigo, qui est une couleur bleue connue de tous les peintres. Parfois même ils remplacent complètement le noir de fumée par l'indigo, pour teindre une certaine sorte de diamants d'un jaune si prononcé, qu'on les prendrait pour des topazes. Grâce à cette teinte de bleu foncé, ces diamants acquièrent un reflet admirable. En effet, le bleu et le jaune mêlés ensemble produisant une couleur verte, il en résulte pour ces pierres une eau charmante qui, bien que colorée, n'est ni jaune, ni bleue, mais d'une couleur changeante très-agréable à l'œil.
De là je conclus donc qu'un joaillier habile doit étudier avec soin tontes les sortes de diamants, et ne négliger rien de ce qu'exigent la qualité et la nature de la pierre. Cette science ne s'acquiert que par une longue pratique et par l'expérience que donne la mise en œuvre d'un grand nombre de pierres. — Et ( pour retourner à notre point de départ) c'est ce dont je pus me convaincre, lorsque je montai le diamant du pape Paul III , dont j'ai parlé plus haut. — En effet, ayant demandé deux jours aux trois orfèvres qui, comme je l'ai dit, avaient été députés pour voir la teinture de ma pierre, dont l'anneau était déjà terminé, j'employai ce temps à faire tous les essais imaginables avec les teintes que j'ai décrites. — Grâce à ces expériences, je trouvai nne composition bien plus avantageuse au dia-
ttO TRAITÉ 01 L'ORPÈVKBKIE.
mant que celle de maestro Miliano Targhetia, qui l'avait, monté jadis. — Une fois ce résultat obtenu 9 je mis tous mes soins à chercher s'il était possible t malgré les difficultés extrêmes que présentait le peu d'épaisseur de cette pierre, de lui donner une valeur et une beauté supérieures à celles qu'elle tenait de ce vaillant orfèvre. — L'habileté oonsistait à placer le diamant sur la teinte avec le petit miroir dont nous parlerons plus loin. — Le succès ayant couronné mes expériences, je mis en ordre toutes met teintes, et j'envoyai quérir les trois vieux joailliers, — Dès qu'ils furent arrivés chez moi, l'un d'entre eux, nommé Gaio, que nous avons mentionné plus haut, aussi présomptueux que les deux autres étaient modestes, se mita décrier la préparation de mes teintes. Alors, moi, voyant que son indiscrétion devenait par trop grande (car il soutenait que je perdais mon temps et que je ne pourrais améliorer la teinte de maestro Miliano), je lui dis que je voulais teindre le diamant en leur présence, et qu'en admettant que je ne l'améliorasse point, je serais toujours à même de lui donner la teinte de maestro Miliano, et qu'au pis aller ils verraient du moins par là combien je désirais m'instruira Bref, quand nous eûmes ainsi dépensé beaucoup de paroles, j'appliquai ma teinte au diamant — Après l'avoir soigneusement examinée, Rafiaello et Gaas* parri, compagnons de Gaio, confessèrent joyeusement que j'avais surpassé la teinte de maestro Miliano, et n'épargnèrent aucun effort pour amener l'envieux Gaio à partager leur sentiment — Mais, moi, non content de cela, je voulus, toujours en leur présence, placer ensuite le diamant sur la teinte de Miliano , et puis le remettre sur ls mienne. Somme toute, ils reconnurent unanimement qoe ma teinte ajoutait grandement au prix du diamant Quand je vis qu'ils étaient tous d'accord sur ce point, je les priai de m'attendra un peu, — « Car, ajoutai-je, s'il vous pa-