‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 197 sur 285 · CHAPITRE PRIMIKE. Ifti · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRIMIKE. Ifti

fait que j'ai surpassé la teinte de ce vaillant homme, je veux maintenant vous montrer combien plus encore ce même diamant peut gagner, grâce à un autre essai que j'ai fait » — Là-dessus, je me retirai dans un petit cabinet de ma boutique, et j1 exécutai une nouvelle teinte que j'avais inventée, et que jusqu'à présent je n'ai enseignée à personne, L'emploi que j'en fis sur ce diamant me valut beaucoup d'honneur. Je ne prétends pas néanmoins qu'elle convienne à tous les diamants, maïs de ce qui m' arriva alors j'infère qu'au moyen de la pratique et de l'expérience on découvre d'admirables secrets. — Voici comment je procédai : je pris un gros morceau de gomme trèsclair et soigneusement purgé de toute scorie; puis, sur le diamant que j'avais bien nettoyé, je l' étendis à l'aide d'un feu préparé et je le laissai bien sécher et refroidir, le tenant serré avec les molettes dont on se sert pour teindre. — Apres cela j'employai une douce chaleur pour couvrir de ma teinte, qui était asses tendre, le mastic transparent dont le diamant se trouvait garni. — Cette pierre, malgré son peu cF épaisseur, acquit ainsi toutes les qualités naturelles et artificielles que l'on recherche dans un diamant de toute perfection. — Lorsque je retournai auprès des joailliers avei mon diamant accommodé de cette façon, ils reconnurent que sa beauté était doublée, et ils prirent congé de moi très-amicalement , en me témoignant leur satisfaction et en m'accablant de louanges.

Maintenant occupons-nous du miroir ( specchiêtiù ). — On le met sous les diamants qui sont si minces , qu'ils ne pourraient recevoir la teinte sans devenir noirs. Quand ils ont si peu d'épaisseur, on a coutume, s'ils sont d'une belle eau, de teindre seulement une de leurs facettes et le miroir; l'un et l'autre font admirablement ensemble. — Voici comment se fait ce miroir : on prend un petit morceau de cristal très-pur, c'est-à-dire sans bulles; on le

ibi TRAITÉ DE LOBFK VBBRIE.

taille carrémeut , de telle façon qu'il puisse entrer dans le chaton , auquel on aura donné la teinte noire dont nous avons parlé. — Il faut avoir soin de disposer le miroir, autrement dit le cristal teint d'un côté seulement, an fond du chaton et assez bas pour qu'il ne touche point an diamant ; — s'il le touchait, l'effet serait mauvais. — Tous les diamants minces, ajustés de cette manière, ressortiront parfaitement

Les béryls, les topazes blanches, les saphirs blancs, les améthystes blanches et les chrysolilhes, lors même qu'ils sont d'une épaisseur raisonnable, ne peuvent se passer d'un miroir dans leur chaton. — En effet, aucune pierre, à l'exception du diamant, ne reçoit immédiatement la teinte, sans paraître noire et sans perdre tout éelaL Mais n' est-il pas merveilleux que le diamant, la plus limpide et la plus brillante de toutes les pierres, augmente encore de splendeur sur cette teinte noire, tandis que les

autres y perdent tout leur feu et y deviennent entièrement . • i

noires !

On réussit à blanchir quelques saphirs en les jetant dans un creuset pendant que l'on y fait fondre de l'or. Si, du premier coup, ils n'en sortent pas blancs comme on le désire, il faut les remettre deux ou trois fois sur le feu avec l'or. — Pour cette opération, le joaillier judicieux aura soin de choisir les saphirs les plus pâles, car ces pierres ont la propriété d'être d'autant plus dures qu'elles ont moins de couleur.

Disons aussi quelques mots des topazes. — Elles ont une dureté presque égale à celle des saphirs, et les joailliers les regardent comme appartenant à la même espèce. Ces deux pierres ont tant de ressemblance avec certains diamants, que peu de joailliers, même parmi les plus experts, réussiraient à les distinguer en les comparant démontées, si elles ne perdaient point leur éclat sur la teinte noire, tandis

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