CHAPITRE PREMIER
que le diamant a la vertu admirable d'en tirer de plus beaux feux, comme nous Pavons déjà noté. — Les orfèvres peuvent se contenter de cette expérience sans recourir à Fépreuve de la dureté, qui est infaillible pour reconnaître le diamant ; car, si le saphir l'emporte de beaucoup en dureté sur le rubis et l'émeraude, il est loin de pouvoir égaler celle du diamant. Il serait donc peu prudent à l'orfèvre d'en venir à cette dangereuse expérience , et de gâter une pierre précieuse, lorsque le premier mode est plus que suffisant
Mais, après avoir parlé si longuement des diamants, il est temps de tenir la promesse que nous avons faite de dire quelques mots sur les rubis imparfaits. — On saura que l'on trouve des rubis qui sont blancs naturellement, sans qu'on les ait soumis au feu comme les saphirs. — Cette blancheur rappelle celle d'une certaine pierre, nommée chalcédoine, que l'on prendrait pour la sœur germaine de la cornaline ; — elle est d'une blancheur livide qui n'est nullement agréable. Les rubis blancs n'ont guère plus belle apparence : aussi ne les met-on point en œuvre. — Il m'est arrivé d'en rencontrer, parfois même quelques-uns colorés, dans le gésier des grues que je tuais lorsque je m'amusais, dans ma jeunesse, à tirer de l'arquebuse. J'ai aussi trouvé de la même manière de très-belles turquoises et des plasmes avec de petites perles (1). — Pour en finir avec les rubis blancs, disons qu'ils ne servent à rien; — ils montrent seulement par leur dureté qu'eux aussi ils sont de la famille des rubis.
Maintenant nous allons, suivant notre promesse, consigner ici rapidement ce que nous savons sur l'escarbouclc, pierre très-précieuse et très-rare. — Du temps du pape
(I) Cellini entre daat do long! et eurieoi détails «or cet trouvaille», livre I ehap. V dw aea Uèmovrn.
i>4 TRAITÉ DE L'OEFÈVaBftlE.
Clément VU, nous eûmes occasion d'en voir une chei un certain marchand ragusien, nommé Biagio di Bona. Cette escarboucle était blanche, de cette blancheur qui distingue les rubis dont nous parlions tout à l'heure ; mais il y avait en elle un éclat si admirable, qu'elle resplendissait dans ks ténèbres, avec moins de vivacité toutefois qu'une escarboucle de couleur. Quoi qu'il en soit, il est certain que, dans un endroit obscur, je l'ai vue briller comme un feu un peu pile. — Quant aux escarboucle* de couleur, il ne m'est jamais arrivé d'en voir, de sorte que je rapporterai ici seulement ce que j'en ai appris, dans ma jeunesse, d'un gentilhomme romain, qui avait une longue expérience des pierres précieuses. Il me raconta qu'un certain Jacopo Cola, étant dans sa vigne au milieu de la nuit, vit au pied d'un cep, briller quelque chose comme un petit charbon. — a Jacopo, ajoatat-4I9 ayant couru à l'endroit où il lui semblait avoir vu ce feu, et ne l'ayant pas trouvé, retourna à la place d'où il l'avait d'abord découvert De là il retrouva la même lueur, mais cette fois il l'observa Si bien qu'il put arriver jusqu'à elle et mettre la main sur la petite pierre d'où elle sortait II s'en empara avec une merveilleuse allégresse, et le lendemain il s'empressa de la montrer à quelques-uns de ses amis. Pendant qu'il expliquait de quelle façon il l'avait trouvée, survint un ambassadeur vénitien qui se connaissait parfaitement en pierreries. A la première vue, ce seigneur reconnut que cette pierre n'était rien moins qu' une escarboucle. — Alors, comme il n'y avait là personne capable d'apprécier la valeur d'un si riche joyau, il s'y prit si adroitement qu'il ne lâcha point le Jacopo sans la lui avoir achetée pour dix écus. Dès le jour suivant, il quitta Rome, dans la crainte d'être forcé à restitution. » -— Mon gentilhomme m'affirma ensuite qu'on sut que, peu de temps après, l'ambassadeur vénitien, étant allé à Conslantinople , avait vendu cent mille éens son escarboucle au Grand Seigneur qui venait de monter