CHAPITRE II. 2ft
rie, on aura soin de l'en débarrasser le mieux possible avec le charbon, jusqu'à ce que les trois métaux se soient parfaitement incorporés ensemble et purifiés. — 11 faut avoir, toute prèle, une petite bouteille de terre grosse comme le poing et à col assez étroit pour qu'un doigt seul puisse y entrer. Après Tavoir à demi remplie de soufre bien pilé, on y jette les métaux liquéfiés, et de suite on la bouche avec un peu de terre glaise et on F enveloppe dans un grand morceau de toile. — 11 faut agiter continuellement la composition, jusqu'à ce qu'elle soit tout à fait refroidie ; puis on brise le vase pour l'en retirer, et on voit que, par la vertu du soufre, elle a pris sa couleur noire : on la désigne alors sous le nom de nielle. — On notera que le soufre doit être choisi aussi foncé que possible. — L'action de remuer la bouteille a pour but de mêler autant que possible le nielle; néanmoins celui-ci , en sortant, se trouve encore divisé en maintes particules. — On le remettra dans un creuset et on le fera fondre de nouveau sur un petit feu , en mettant dessus un grain de borax : — on le refondra ainsi jusqu'à deux ou trois fois. Après chaque fonte , on rompra le nielle pour en examiner le grain ; lorsque celui-ci se montrera bien serré, le nielle sera parfait.
Parlons maintenant de la niellore, c'est-à-dire de la manière de fixer le nielle dans les creux gravés sur des plaques d'or et d'argent, et disons tout d'abord que ces deux métaux, les plus nobles entre tous les autres, sont les seuls sur lesquels on nielle. La beauté du nielle consiste à être parfaitement uni et sans aucun petit trou. Pour arriver à ce résultat, il faut faire bouillir la planche gravée dans de l'eau avec une grande quantité de cendres de chêne très-propres. — C'est ce que les orfèvres appellent faire une cendrée. — Lorsque la planche gravée aura bouilli dans la chaudière avec les cendres pendant un quart d'heure, on la mettra dans un bassin rempli d'eau très-fraîche et très-pure, et on
SftS TRAITÉ DE L'ORFÈVRERIE.
la frottera soigneusement avec une vergette, jusqu'à ee qu'elle soit dégagée de toute espèce de souillure. On la placera ensuite sur un instrument de fer assez long pour qu'on puisse facilement le manœuvrer sur le feu : cette longueur doit être de trois palmes environ, plus ou moins, suivant la dimension de la planche. — 11 faut bien prendre garde que ce fer soit ni trop mince ni trop épais, mais tel que le feu le chauffe également avec la planche, lorsque Ton voudra nieller celle-ci. Si la planche s'échauffait avant le fer, ou le fer avant la planche» on ferait un mauvais ouvrage. Il est donc trèsimportant de veiller i cela. — Quand on est arrivé à ce point de l'opération, on écrase le nielle, sur l'enclume ou sur un porphyre, en le tenant dans une virole ou dans un tube de cuivre, afin de n'en rien perdre en le broyant — fl faut le réduire non en poudre , mais en petits morceaux tous égaux et de la grosseur d'un grain de millet ou de panis , ni plus ni moins. — Quand le nielle est ainsi préparé , on le met dans de petits vases vernissés où on le lave avec de l'eau fraîche, jusqu'à ce qu'il soit délivré de la poussière et de tout ce qui a pu altérer sa pureté pendant qu'on le broyait — Après cela, on l' étend, à l'aide d'une petite palette de laiton ou de cuivre, sur la planche gravée , en lui conservant une épaisseur égale à celle d'une lame de couteau de table ordinaire ; puis on jette dessus un peu de borax bien moulu, mais il faut éviter d'en mettre trop. — On pose ensuite sur des charbons allumés quelques petits morceaux de bois, et quand ceux-ci sont en flammes , on en approche la planche , en lui ménageant adroitement une chaleur modérée, jusqu'à'ce que le nielle commence & fondre. Dès qu'on le voit en Cet état, il faut se garder de pousser le feu de telle façon que la planche s'embrase et devienne rouge, car alors elle perdrait u force cl s'amollirait au point que le nielle, dont la plus grande partie est composée de plomb, dévorerait les traits
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gravés soit sur or, soit sur argent, d'où s'ensuivrait la destruction de tout le travail. On ne saurait donc apporter trop de soin à cette opération. — Mais revenons un peu sur nos pas. — Pendant que la planche est sur le feu , il faut faire chauffer un morceau de fil de fer assez gros, dont un des bouts aura été aplati et avec lequel on frottera le nielle, dès que celui-ci commencera à se liquéfier. Grâce à ce procédé, le nielle, comme de la cire fondue, s'unira et s'incorporera parfaitement avec les traits de la gravure.
Lorsque le nielle sera froid, on l'amenuisera avec une lime fine, et quand on en aura enlevé une certaine partie sans découvrir tout à fait l'intaille, on mettra la planche sur de la cendre chaude ou mieux encore sur un peu de braise allumée. Dès qu'elle sera assez chaude pour qu'on ne puisse y poser la main, on prendra un brunissoir d'acier, et avec an peu d'huile on brunira le nielle, en appuyant autant que l'œuvre le comportera. — Le seul but de ce brunissage est de boucher certains petits trous qui parfois se produisent en niellant — Il sera du reste facile de remédier à ce défaut avec de la pratique et de la patience, si l'on se gouverne de la manière que nous venons d'indiquer.
Enfin, pour mener son œuvre à bon terme, l'artiste doit, avec on rasoir, achever de découvrir l'intaille, puis., avec du tripoli, du charbon pilé, un roseau aplati du coté de la moelle et un peu d'eau, frotter la planche, jusqu'à ce qu'elle se montre polie et brillante.
Nous ne nous occuperons pas plus longtemps de l'art de nieller, bien que nous en ayons parlé brièvement et que les difficultés de cet art eussent peut-être exigé que nous fussions plus prolixe. Quand nous nous sommes décidé à écrire ce traité, nous avons pris vis-à-vis do nous-méme l'engagement de ne point franchir les limites de la brièveté. Nous allons donc passer à l'art du filigrane, qui est non moins difficile, non moins charmant que celui des nielles»