CHAPITRE III. Wt
Avant tout, il faut bien arrêter et mûrement étudier son dessin. — Après cela on s'approvisionnera de grenaille, laquelle se fait tout simplement en fondant l'or ou l'argent que l'on veut grenailler, et, en le jetant ensuite dans un vase rempli de charbon pilé, on obtient ainsi de la grenaille de toutes dimensions. — Il faut aussi se pourvoir de soudure au tiers, ainsi nommée parce qu'elle comporte deux onces d'argent et une once de cuivre rouge. Quelques artistes se servent de soudure de cuivre jaune , mais celle de cuivre rouge est meilleure et offre moins de danger. — Pendant que nous en sommes sur les soudures, disons qu'il faut les limer avec soin , puis mêler à trois parties de soudure une partie de borax bien pilé et renfermer le tout dans un borasseau. — On se munira en outre de gomme adragant que l'on mettra à tremper dans une petite coupe. — A ces choses on ajoutera deux paires de molettes solides et un petit ciseau à onglet dans le genre de ceux qu'emploient les menuisiers, mais son manche doit être semblable à celui d'un burin. — On se servira de ce petit ciseau pour couper les fils suivant que besoin sera. — Enfin, on aura une plaque de cuivre de la grandeur de la paume de la main , raisonnablement épaisse et parfaitement unie pour poser les fils.
Lorsque Ton aura contourné le fil selon sa fantaisie, on rappliquera avec précaution sur la plaque que l'on veut décorer; puis, à l'aide d'un pinceau doux trempé dans l'eau gommée dont nous avons parlé plus haut, on mouillera successivement les fils et les grenailles grosses et petites. Cette eau gommée maintiendra le travail et l'empêchera de se déranger pendant que l'on disposera un feuillage ou toute autre partie de l'œuvre. — Chaque fois que l'on aura employé l'eau gommée, on aura soin, avant qu'elle ne soit sèche, de la saupoudrer, avec le borasseau, de soudure limée, en quantité exactement suffisante pour fixer
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le filigrane ; trop de soudure rendrait le tra? ail grossier.
Ensuite» quand il s'agit de souder la pièce entière, il faut avoir , tout prêt , un petit fourneau semblable à ceux dont on se sert pour émailler. Mais, pour souder le filigrane, on met dans le fourneau moins de feu que pour fondre Fémail. — Après cela, on place le travail sur une petite plaque de fer et on l'approche du feu peu à peu, jusqu'à ce que le borax ait produit l'effet que comporte sa nature; trop de chaleur dérangerait les fils : il est donc indispensable de procéder avec une adresse infinie que la praliqae seule peut enseigner.
Dès que le filigrane sera sur le feu , on guettera soigneusement le moment où la soudure commencera à couler, et alors on augmentera discrètement la force du feu es soufflant et en jetant dans le fourneau quelques bûchettes bien sèches ou un peu de gros son : — ce dernier, mis i propos , produira le môme effet que le bois.
Quand la soudure sera terminée , si le filigrane est en argent, on le fera bouillir dans le tartre et le sel jusqu'à ce qu'il soit débarrassé du borax, ce qui aura lieu au bout de vingt minutes. — Si le filigrane est en or, on le laissera, pendant un jour et une nuit, dans un bain de fort vinaigre auquel on aura ajouté un peu de sel.
Après cela on pourra commencer à percer quelquesunes de ces rosettes qui donnent tant de charme aux travaux de filigrane, et qui, lorsqu'elles sont disposées et exécutées avec art, sont si admirées des connaisseurs. — Mais, puisque j'ai parlé de la beauté des jours pratiqués dans les filigranes, je veux (dans le seul but de récréer le lecteur) ne point passer ici sous silence le merveilleux ouvrage de ce genre que j'eus occasion de voir i Paris, l'an 1541 , pendant que j'étais au service du magnanime François Ier. — Celte digression, du reste, ne sera point tout à |