‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 203 sur 285 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

fait étrangère a notre sujet, comme on le reconnaîtra bientôt

Or donc, tandis que je travaillais dans cette noble ville (où je demeurai quatre années consécutives, durant lesquelles le roi me combla de faveurs vraiment royales, puisque, sans compter une splendide rémunération de mes œuvres, il me donna un château appelé le Petit-Nesle, et cela soit dit, non que je pense avoir jamais tant mérité, mais pour rendre un juste hommage à ce vaillant prince), Sa Majesté, étant allée un jour entendre vêpres dans la chapelle royale, chargea le grand-connétable de m' apprendre qu'elle désirait me voir après l'office. — Dès que je me fus rendu à cet ordre, le roi me dit qu'il m'avait fait appeler pour me montrer quelques belles choses sur lesquelles il voulait connaître mon opinion , ainsi que sur certains camées antiques grands comme la paume de la main. Lorsque je Feus satisfait de mon mieux , il me montra une coupe à boire, sans pied, exécutée en filigrane, d'une dimension raisonnable, et ornée de gracieux feuillages qui s'enroulaient autour de divers compartiments d'un dessin admirable; mais ce qui la rendait surtout merveilleuse, c'est que les jours ménagés entre les feuillages et les compartiments avaient tous été remplis d'émaux de différentes couleurs : de sorte que, quand on exposait cette coupe à la lumière, tous ces émaux devenaient transparents et produisaient un effet si ravissant, que l'on ne pouvait comprendre comment cette œuvre avait été amenée à une telle perfection. — Le roi m' ayant demandé si je savais de quelle manière cette coupe avait été exécutée, et m' ayant engagé à lui donner des explications minutieuses , je lui répondis que j'allais lui décrire exactement la méthode que l'on avait suivie. — Cette méthode, la voici :

Pour exécuter un semblable ouvrage, il faut d'abord fabriquer, avec une feuille de fer mince, une coupe de l'é-

paisseur d'une lame de couteau plus large que la coupe de filigrane. Puis, avec un pinceau, on enduit l'intérieur de la coupe de fer d'un lut que Ton compose avec de la terre v de la bourre et du tripoli parfaitement broyé. — Après cela, on prend du fil bien étiré, assez gros pour qu'en l'écrasant avec le marteau sur l'enclume, on en fasse un petit ruban large deux fois comme le dos d'une lame de couteau et mince comme une feuille de papier royal. On doit avoir soin de l'aplatir bien également — Ensuite on le recuit vigoureusement afin de le rendre plus facile à manier avec les molettes. — Gela fait, on commence i reproduire avec le fil, dans l'intérieur de la coupe de fer, les divers compartiments de son dessin , en les fixant sur le lut avec de l'eau gommée. — Lorsque l'on a mis en place les premiers compartiments et profils, on exécute les feuillages, en les appliquant successivement d'après le dessin, de la façon que nous avons indiquée.

Quand tout l'ouvrage est arrivé à ce point, il faut avoir tout prêts des émaux de toutes couleurs, bien broyés et bien lavés. — Avant de placer l'émail on pourrait souder le filigrane (de la manière que nous avons décrite plus haut), mais l'émail peut indifféremment être mis en œuvre avant ou après la soudure. — On applique donc les émaux dans les divers compartiments en variant les couleurs, et on les fait fondre sur le fourneau. — On ne les soumet d'abord qu'à un feu modéré, puis on les recharge et on augmente le feu, en regardant toujours s'ils ont besoin d'être rechargés en quelque endroit. — Après cela, on avive le feu autant que le filigrane et les émaux peuvent le supporter et que l'art l'exige. — Cette opération est très-facile, grâce au lut qui empêche les émaux de s'attacher. — Ou les frotte ensuite, jusqu'à ce qu'ils soient tous unis, avec de l'eau pure et une certaine pierre nommée frassinelle. — On emploie encore d'autres pierres pour polir l'ensemble

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