CHAPITRE V. m
préparée comme nous l'avons indiqué pins haut, c'est-àdire un peu plus épaisse sur les bords qu'au milieu» il faut commencer, en attaquant tout doucement le revers avec les gros ciseaux, à faire une légère ébauche en relief d'après le modèle. — De cette façon, on n'aura point besoin d'avoir recours au bronze, comme Garadosso , et le relief se trouvera fort avancé en moins de temps qu'il n'en aurait fallu seulement pour jeter en bronze la médaille. — En outre, on ne sera plus forcé, chaque fois que l'on recuira la médaille, de la polir avec de la poudre de verre, pour enlever les salissures et les mauvaises fumées que le bronze communique à l'or. — En opérant ainsi, l'artiste s'épargnera donc ces ennuis et pourra de suite recuire son travail, sans jamais être obligé de le polir. — Mais il me vient en mémoire quelques travaux que j'ai menés à fin de cette manière ; les passer sous silence serait me manquer à moi-même, sans compter qu'une brève description de la méthode que je suivis pour les exécuter démontrera, je pense, avec plus de clarté, au lecteur, ce que je veux lui prouver.
Je fis pour Girolamo Marretta, gentilhomme siennois, une médaille d'or sur laquelle je représentai Hercule déchirant la gueule d'un lion. Ces figurines étaient en rondebosse, et s'enlevaient tellement sur le champ de la médaille , qu'à peine si l'ou voyait le point où les têtes y touchaient, tant les attaches étaient petites. — J'exécutai ce travail, sans faire un modèle en bronze, et uniquement en observant la méthode que j'ai décrite, c'est-à-dire en frappant tantôt au droit, tantôt au revers de la médaille, jusqu'à son complet achèvement, avec une patience et une application telles (et ceci je le dis avec un immense orgueil), que le divin Michel-Ange Buonarroti, pour voir mon œuvre, daigna venir jusque dans mon atelier, comme le savent plusieurs artistes distingués qui s'y trouvaient —
Cela eut lieo à Florence Tan 1528. — Ayant toujours eu plus à cœur d'être que de paraître, je ne veux point faire marchandise des éloges de cet homme merveilleux, comme maints artistes d'une vanité effrénée qui ne parlent jamais sans citer les opinions qu'il aurait émises sur leurs ouvrages ; cependant je ne puis me dispenser de relater ici les propres paroles qu'il m'adressa, après avoir curieusement examiné les contours, les muscles et les attitudes de mes figurines : — « Si ce petit ouvrage, dit-il, si soigneusement et si admirablement terminé, eût été exécuté eu marbre ou en bronze sur une grande échelle, ce serait en vérité une chose merveilleuse ; — je ne crois pas que les orfèvres de l'antiquité aient jamais rien produit de plus parfait. » — Ces paroles me remplirent d'une telle ardeur, que je me disposai à entreprendre de grandes figures, d'autant plus que l'on me rapporta que Michel-Ange a?ait laissé entendre que l'on pouvait conduire un petit ouvrage à ce degré de perfection , sans pour cela être capable de l'exécuter de même en grand. — Alors, moi, non pour m'inscrire contre l'opinion d'un tel homme, mais pour vaincre par l'étude et la pratique les obstacles qui auraieut pu m' empêcher de suivre la bonne et véritable manière que l'on recherche dans les travaux d'art, je me mis à faire de grands ouvrages en marbre et en bronze, comme je le dirai en son lieu.
Mais, pour revenir à notre sujet, Federigo Ginori, grand amateur des arts, ayant vu la médaille de l'Hercule, désira que je lui en fisse une représentant Atlas soutenant le ciel sur ses épaules. Ce jeune gentilhomme, qui était doué d'un esprit vraiment distingué, ayant placé son amoor chez une dame de très-haut rang , voulut ainsi rendre sa pensée, qu'il acheva d'exprimer par cette devise : s vu m a tvmssejwat. — Je le compris, et je ne négligeai rien pour répondre à ses désirs.