CHAPITRE V
nière que j'ai déjà indiquée , c'est-à-dire en abaissant la soudure d'alliage. — Quand un orfèvre expérimenté exécute des pièces de cette dimension, il doit avoir soin de les mettre au feu le moins possible, afin d'éviter de les charger de soudure, surtout si elles doivent être émaillées, car la soudure empêche les émaux de réussir. — C'est pourquoi je m'arrangeai pour souder à la fois toutes les déchirures du métal et toutes les parties des figurines que j'avais jointes ensemble, c'est-à-dire les bras, les jambes et les têtes : — quatre feux me suffirent pour opérer toutes ces soudures. — Je les nettoyai ensuite soigneusement, surtout celles du champ ; — et, dès que je vis celui-ci bien net et partout d'une épaisseur égale, je mis mon ouvrage en poix ou en stuc, pour continuer à le travailler avec les cisciels.
Le champ du bouton était occupé par de petits anges nonseulement en haut et en bas-relief, comme je l'ai déjà dit, mais encore en simple profil. Je les esquissai tous avec des ciseaux assez gros. — Je retirai ensuite mon travail du stuc, et, après l'avoir bien recuit, je l'y replaçai, le revers en l'air, c'est-à-dire en cachant les figurines dans le stuc , lequel j'avais fait un peu plus tendre que le premier. Puis je commençai à repousser avec les ciselets les petits anges plus ou moins vigoureusement, suivant le relief qu'ils devaient avoir.. — Après cela , j'enlevai le stuc tendre , et je remis mon ouvrage du côté du revers dans un stuc plus dur, où je m'occupai de le terminer avec les ciselets.
J'ai dit que ce bouton devait être enrichi d'un assez grand nombre de pierreries. En conséquence, je lui fis un fond que je eouvris de coquillages, de mascarons et de divers ornements que j'imaginai pour embellir mon œurre. Ce fond était muni d'un crochet destiné à l'agrafer à la chape papale, et il adhérait au bouton à l'aide de vis qui le maintenaient fortement, sans laisser voir comment il avait été attaché. J'rmaillai ensuite plusieurs parties de ce
bouton, et principalement la bordure dont il était entouré.
— Enfin je lui donnai la dernière manière de la manière suivante :
Pour faire disparaître les traces laissées par les eiselets, les burins et les limes sur les nus des figurines et obtenir ce poli qui ajoute tant de charme & ces sortes d'ouvrages, je me servis de quatre ou cinq pointes de pierre taillées en forme de ciselet et de grosseurs différentes, — Ces pierres, que Ton nomme frassinelles, sf emploient avec un peu de ponce pulvérisée, et on polit avec leurs pointes les nus des figurines.
Pour terminer les draperies, on prend ordinairement un fer très-fin trempé & toute trempe, que Ton brise en deux morceaux. — Les parties rompues montrent un grain trèsserré, que Ton imprime sur les draperies, en frappant sur le fer avec un petit marteau du poids de deux écus au plus. — C'est ce que les orfèvres appellent matir. — Si Ton veut figurer des étoffes plus épaisses, on les frappe avec un petit fer pointu, sans le rompre comme celui à mater.
— Cela s'appelle greneler. — Pour indiquer les champs, on prend une petite échoppe bien fine et bien aiguisée avec laquelle on les égratigne en travers. — Autrement ils ne paraîtraient pas bien. — Cela s'appelle sgraffier.
Lorsque Ton a exécuté ces diverses opérations, on met l'ouvrage dans une terrine vernissée et bien propre, et on le couvre avec de Farine d'enfant et non d'homme, parce que celle-ci est moins chaude et moins pure que la première.
Après cela il faut colorier. — La couleur se fait avec du vert-de-gris et du sel ammoniaque que l'on prend en parties égales, et auxquels on mêle un vingtième de salpêtre très-pur semblable à celui dont on se sert pour fabriquer la poudre. On broie le tout ensemble, non sur du fer ou du bronze, mais sur du porphyre ou même