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snr toute autre pierre dure, bien que le porphyre soit préférable. — Lorsque ces matières sont bien pulvérisées, on les met dans une terrine vernissée, et avec du vinaigre blanc on les détrempe de manière à former une composition ni trop liquide ni trop ferme , dont on étend bien également sur tout l'ouvrage une couche de l'épaisseur d'une lame de couteau, à l'aide d'un pinceau de soies de porc. — Quand la pièce est ainsi enduite, on la met sur un lit de charbons à moitié consumés, que l'on aplanit avec les pinces, dont on se sert ensuite pour promener quelques petits charbons bien allumés sur les endroits où le vert-de-gris est trop épais; car il faut qu'il brûle partout également, attendu qu'en le faisant brûler on obtient un tout autre résultat qu'en le faisant simplement sécher. Dans ce dernier cas, l'ouvrage ne prendrait pas une bonne couleur, et, de plus, il serait difficile de le nettoyer avec la brosse. — Lorsque presque tout le vert-de-grîs a également brûlé, on retire immédiatement la pièce du feu, on la met sur une pierre ou sur un morceau de bois, et on la recouvre d'un bassin bien propre, sous lequel on la laisse jusqu'à ce qu'elle soit complètement refroidie. — Après cela , on la transporte dans un autre bassin vernissé que l'on remplit d'urine d'enfant, et où on la nettoie avec une brosse de soies de porc. — Ces précautions sont nécessaires si la pièce est ornée d'émaux; mais, si elle n'est pas émaillée, on peut, dès que le vert-de-gris aura brûlé, la plonger dans l'urine et la nettoyer, sans attendre qu'elle soit refroidie.
Tels furent les soins que je pris pour exécuter ce bouton de chape; et, lorsque je fus arrivé à mettre en place les pierreries, je les fixai au fond avec des crampons çt des vis aussi solidement que si elles eussent été soudées.
Il me semble encore bon d'avertir ici F orfèvre que, s'il doit enrichir de pierreries grandes ou petites des ouvrages de ce genre, il faut qu'il s'applique à les mettre en har-
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monic avec sa composition. — Trop souvent les. orfèvres accolent sans le moindre goût une énorme pierre à une petite figure, et croient que la dimension de la pierre suffit pour les excuser, comme cela arriva au sujet de ce bouton de chape. — Le pape ayant voulu qu'on y représentai Dieu le Père, plusieurs orfèvres posèrent dans leurs modèles le gros diamant juste au milieu de la poitrine de leur figurine; et, comme ils n* avaient pu faire celle-ci assez grande pour qu'elle se trouvât en proportion avec la pierre, rien n'était plus disgracieux. — Ce défaut n'échappa point au pape. — Après avoir examiné plusieurs modèles, il dit aux artistes qui les avaient apportés qu'il aurait désiré voir ce diamant agencé d'une autre façon. Pendant que ceux-ci lui répondirent que c'eût été une chose fort difficile, il me fit signe de m'avancer et de lui montrer mon modèle. Dès qu'il eut vu que je m'étais servi du diamant comme d'un escabeau pour asseoir Dieu le Père, il fut si enchanté de cette invention et de l'ensemble de mon modèle, qu'il m'adjugea immédiatement l'exécution de ce travail. — D'où je conclus que tout orfèvre, qui a de semblables joyaux à mon* ter, doit s'attacher à distribuer ses pierreries avec goût et avec art
On tire encore un magnifique parti des plaques d'or en en faisant des figurines hautes d'une demi-brasse ou d'une moindre dimension, si l'on veut. Ainsi que nous l'avons pratiqué jusqu'à présent, nous aurons recours aux exemples pour expliquer les procédés que l'on suit pour exécuter ce genre d'ouvrage.
A l'époque où je travaillais à Rome, presque tous les cardinaux avaient la pieuse coutume d'orner leurs cabinets d'étude d'une image du divin Sauveur, crucifié, haute d'un peu plus d'un palme. — Les premiers de ces crucifix furent exécutés en or avec beaucoup d'habileté par Caradosso ; on les lui payait cent écus d'or.
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Aous parlerons d'abord des procédés employés par Caradosso , puis de ceux dont je me suis servi et que je considère comme plus faciles et plus certains par des raisons que j'exposerai plus loin.
Caradosso commençait par faire en cire un Christ, dont les jambes étaient écartées Tune de l'autre, et non superposées comme dans la plupart des crucifix. — Il lui donnait exactement la dimension que devait avoir la figurine d'or; — puis il le jetait en bronze. — Il prenait ensuite une plaque d'or, de forme triangulaire et de deux doigts plus large que le modèle , et il en couvrait son crucifix de bronze, sur lequel il la frappait avec de petits marteaux assez longs, jusqu'à ce qu'elle en eût pris la forme un peu plus qu'en demi-relief. — Alors, avec les cisetets et le marteau, il l'attaquait avec précaution de l'uti et de l'autre côté, et ne s'arrêtait que quand il avait obtenu un relief suffisant. — Après cela, à l'aide des mêmes outils, il forçait les marges d'or qui entouraient son relief à se replier derrière la tête, le torse, les bras et les jambes de sa figure. Lorsque celle-ci était arrivée à ce point, il la remplissait de stuc, et il recherchait de nouveau avec amour tous les muscles particuliers de chaque membre. — Il assemblait ensuite et soudait solidement son or, en laissant dans le dos, près des épaules, une ouverture qui lui permit de retirer le stuc. — Enfin il reprenait les ciselets, et, lorsqu'il était sur le point de donner la dernière façon à sa figurine, il lui superposait les jambes avec une adresse extrême.
Telle est la méthode que suivait Caradosso ; — la mienne eu diffère seulement en ce que je ne puis approuver que , dans de semblables ouvrages, on emploie le bronze, attendu que ce métal est ennemi de l'or, le fait rompre et soulève d'énormes difficultés. — Quanta moi, sans jeter en bronze mes modèles, comptant sur la pratique et la sûreté II. ts
que donne une longue étude de Tait* j'ai constamment exécuté ces travaux au moyen de ctselett et de diverses petites enclumes appelées bigornes par les orfèvres. — De cette façon je menais ma besogne bien plus rapidement, et je n'avais point à combattre les fumées du bronze , qui tachent l'orv ainsi que je l'ai déjà dit — Pour le reste, je ne changeais rien à la méthode de Caradosso.
Maintenant, afin de prouver au lecteur que je n'ai point mendié ces procédés à d'autres artistes et que je les dois uniquement à mes expériences et à mon travail , je vais consacrer quelques lignes à un ouvrage que j'exécutai pour le roi François 1er, et qui, an moins par son importance , n'est point indigne de la mention que je veux en faire ici.
C'était une salière en or, de forme ovale, longue de deux tiers de brasse. Sur an socle de quatre doigts d'épaisseur j'avais placé Neptune, dieu de la mer, et Bérécynthe, déesse de la terre. — Neptune , entouré des flots de la mer, était assis triomphalement sur une coquille tirée par quatre chevaux marins. De la main gauche il tenait son trident, et de la droite il s'appuyait sur une barque destinée à recevoir le sel. — Divers poissons jouaient dans les ondes autour de cette barque, sur laquelle j'avais ciselé des batailles de monstres marins. — Le Neptune, haut de plus d'une demi-brasse, était fait en ronde-bosse dans une plaque d'or repoussée au ciseau et au marteau , comme nous l'avons expliqué plus haut. — À l'autre bout de k salière, sur le rivage, une femme, de même dimension et pareillement en ronde-bosse et en or , représentait la terre. — Ses jambes , qui se rencontraient avec celles de Neptune , étaient l'une étendue et l'autre repliée, par allusion aux montagnes et aux plaines. — Elle tenait de la main gauche un petit temple d'ordre ionique splendidement décoré, qui servait à renfermer le poivre, et de la main droite une
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corne d'abondance remplie de ses plus riches production», — Le rivage sur lequel elle reposait était émaillé de fleurs el de feuillages, au milieu desquels différents petits animaux se livraient de joyeux combats. — Ainsi, la Terre et la Mer étaient Tune et l'autre environnées des animaux et des produits qui leur sont propres. — Outre cela, j'avais ménagé dans l'épaisseur du socle ovale huit petites niches, dont les quatre premières renfermaient le Printemps, l'Été, l'Automne et l'Hiver; el les autres l'Aurore, le Jour, le Crépuscule et la Nuit — Les arêtes des niches et quelques autres parties du socle étaient bordées de filets d'ébène, qui faisaient admirablement ressortir les figurines. — Enfin je posai cette salière sur quatre petites boules d'ivoire qui , tournant dans le socle où elles étaient à moitié cachées, permettaient de conduire aisément la machine en avant et en arrière, — Les fruits, les fleurs, les feuillages, les troncs d'arbre et les ondes de la mer étaient émaiilés suivant toutes les exigences de l'art
Lorsque j'eus achevé ce travail et arrêté le jour où je voulais le présenter au roi, il m' arriva une petite aventure dont le récit clora ce chapitre , et servira & montrer aux gens de mérite qu'ils ne doivent point redouter les manœuvres des envieux et des méchants.
Certain monsignore, dont je veux taire le nom, jaloux, je ne sais pourquoi , de mes succès et de ma réputation , essaya par une lâche machination d'occuper les yeux du roi, de façon à l'empêcher d'examiner le fruit de mes fa* ligues ; — tant les âmes viles ont de méchanceté ! — La veille du jour où je devais porter mon travail au roi , ce malin vieillard, qui était instruit de tout, me montra certaines figurines antiques de bronze, véritablement belles. Il m'en demanda mon avis, et je lui répondis en les louant et en les vantant hautement, comme elles le méritaient. •J'ajoutai même que je les lui achèterais volontiers une
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certaine somme d'argent dont le chiffre m'échappe en ce moment. Qaoi qu'il en soit, il sembla me quitter satisfait — Le lendemain , au moment où je présentai ma salière au roi , feignant de se trouver là par hasard, comme il l'avait comploté, il offrit ses figurines antiques à Sa Majesté, en invoquant mon témoignage sur leur perfection et leur valeur. — Le bon roi , après les avoir examinées et un peu admirées, s'écria: — « En vérité, nous devons grande reconnaissance aux artistes de notre temps , puisque, eu\ aussi, ils nous montrent des choses non moins belles que celles de l'antiquité, n —Et, après ces paroles, il me congédia avec des éloges et des récompenses qui dépassaient mon mérite. — Tel fut le résultat de la fourberie de cet odieux vieillard. — li vint ensuite me trouver en faisant mine de s'excuser du désagrément qu'il avait pu me causer ce jour-là avec ses figurines que depuis bien longtemps « voulait offrir au roi. — Mais je feignis de n'avoir point remarqué son intention, dont le seul but, à coup sûr, était d'établir entre ses figurines et celles de ma salière une comparaison désavantageuse pour moi.
Mais il est temps de clore ce chapitre et de nous occuper du bel art de travailler en creux.
CHAHTRK VI. Ht