‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 216 sur 285 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

He l'art dfgnwrn errai l'or, l'argent et l« coivre, «t de la rata 1ère de faire les ■creux dei cardinaux et des priocet.

L'an 1525, maestro Lautizio, orfèvre pérugin, était & Rome sans rival dans l'art de graver les sceaux de cardinaux. Je n'ai jamais connu personne qui lui ait été supérieur, dans ce genre de travail, dont, au reste, il s'occupait exclusivement. — Ces sceaux, destinés à sceller les bulles des cardinaux , ont ordinairement la forme d'une amande et sont grands comme la main d'un enfant de dix ans environ. On y grave les devises des cardinaux et les armoiries qui rappellent les familles auxquelles ils appartiennent — Le moindre prix que l'on payât à Lautizio pour chacun de ces sceaux était de cent écus.

Selon notre coutume, nous mentionnerons d'abord quelques ouvrages que nous avons faits en ce genre, puis nous parlerons des différentes manières de les exécuter et particulièrement'de celle qu'affectionnait Lautizio.

Je dirai donc que je fis pour Ercole Gonzaga, cardinal de Mantoue, un sceau sur lequel je gravai l'Assomption de la Vierge et les douze Apôtres. — Ippolito d'Esté, cardinal de Ferrare et frère du duc Ercole, m'en commanda un autre qui était plus riche en figures , et que je divisai dans sa longueur en deux parties, dont l'une renfermait saint Jean-Baptiste prêchant dans le désert, et l'autre, saint

Ambroise, à cheval, chassant à coups de fouet la méchante tourbe des disciples d'Anus. Pour la façon de ces deux ouvrages je reçus deux cents écus du cardinal de Mantoue et trois cents écus du cardinal de Ferrare.

Occupons-nous maintenant de la manière d'exécuter ces sceaux.

L'artiste dessinera d'abord sur une pierre noire et plate le sujet qu'il veut graver; puis, avec de la cire blanche un peu dure il le modèlera en lui donnant un relief exactement pareil à celui de 1* empreinte que doit fournir le sceau. — Une fois le travail de la cire terminé, il l'enduira, à l'aide d'un blaireau, d'huile d'olive, sans en mettre trop, ce qui empêcherait le plâtre de reproduire toutes les finesses. — Puis , après avoir fait tout autour de la cire avec un peu de terre glaise un rebord haut de deux doigts, il détrempera du plâtre cuit de Volterre ou d'ailleurs, pourvu qu'il soit fin , et il le versera liquide sur la cire , dans les creux de laquelle il le forcera à entrer en le frappant adroitement avec un blaireau assez long. — Quand le plâtre aura pris, il en retirera la cire sans l'endommager le moins du monde, car rien ne doit s'y opposer, ce travail étant destiné à fournir des empreintes. — Les bavures faites par le plâtre autour du moule s'eulèvent avec un petit couteau. — Après cela', on procède à la fonte.

Il y a deux manières de couler l'argent : l'une présente moins de difficultés que l'autre, mais comme elles sont également bonnes, nous les décrirons toutes les deux, afin que l'artiste puisse choisir celle qui lui conviendra le mieux. Nous l'invitons, du reste, à les expérimenter l'une et l'autre, parce qu'il pourra s'en servir dans une foule d'autres travaux d'orfèvrerie.

Voici comment se pratique la première de ces manières, qui était celle que suivait Lautizio : — On prend un certain sable de tuf , que l'on appelle communément terre à

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mouler, et dont se servent les fabricants d'ornements pour les harnais de mules et de chevaux. J'ai trouvé à Paris un sable de ce genre, mais d'une qualité si excellente, qu'il mérite d'être mentionné ici. On l'extrait du rivage de Ma de la Sainte-Chapelle, qui est située au milieu de la Seine, Il est d'une (inesse extrême et a des propriétés que ne possèdent point les autres sables. En effet, lorsqu'on l'emploie en guise de terre à mouler dans les châssis , on n'a pas besoin d'attendre qu'il sèche, comme on le fait pour les autres terres à mouler ; —dès qu'il est moulé, on peut s'en servir pour couler l'or, l'argent, le cuivre ou tout autre métal.

Mais, revenons à notre sujet et, avant de dire autre chose sur les terres à mouler, décrivons la manière de préparer le plâtre pour jeter le sceau.

Lorsque l'on a bien nettoyé le plâtre , comme nous Pavons dit plus haut, il faut le saupoudrer de charbon pulvérisé ou le fumer à la flamme d'une chandelle ou d'une lampe : l'un et l'autre de ces moyens sont bons, et, comme cela est connu de tout le monde, nous n'en parlerons pas davantage. — Quand le plâtre est fumé et poudré , on le moule dans les châssis, qui doivent être de largeur et de hauteur convenables, et on laisse sécher la terre qui a reçu l'empreinte des figures ; — je parle ici dés terres d'Italie et non de celles de la Seine. — On fait ensuite avec de la pâte de pain une espèce de gâteau ayant la forme et l'épaisseur que l'on veut donner au sceau d'argent ou de tout autre métal. Cette pâte s'applique sur les figures moulées en creux qui, grâce à cette opération, se trouvent reproduites en relief. On les fume ensuite à la flamme de la chandelle et on remet en place la pâte et l'autre châssis, que l'on aura fait sécher et cuire , et que l'on remplit de la môme terre humide en procédant assez adroitement pour ne pas rompre la partie sèche où sont empreintes les

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figures. — Après cela, on ouvre le moule, on relire la pâte, on établit la bouche du jet, et on pratique deux évente qui partent de dessous le moule et vont en remontant jusqu'à l'ouverture du jet — Quand la seconde partie du moule est bien sèche de même que la première, on les fume un peu toutes les deux à la flamme d'une chandelle , comme nous l'avons dit plus haut, et, dès qu'elles sont refroidies, on y introduit l'argent en fusion ou tout autre métal. — L'expérience a démontré que la fonte réussit mieux quand le moule est froid que lorsqu'il est chaud. —

Telle est la méthode que suivait Lautizio ; mais il y en a une seconde bien différente que nous allons consigner ici, pour rendre ce traité plus complet, et aussi parce qu'elle peut être utile dans une foule de travaux autres que ceux dont nous nous occupons maintenant

Après avoir fait sur le modèle en cire un creux, en plâtre très-fin, de la manière que nous avons indiquée plus haut, on prendra trois parties de ce même plâtre, que Ton broiera d'abord .avec une partie de moelle de corne de mouton calcinée, puis avec une partie de tripoli et autant de pierre ponce. On détrempera ensuite le tout en y ajoutant assez d'eau pour former une espèce de sauce ni trop épaisse ni trop claire; — puis, avec un pinceau de petitgris, on enduira d'huile d'olive le creux en plâtre. — Lorsque le plâtre aura, suivant sa nature, absorbé l'huile de manière A. se trouver ressuyé ni trop ni trop peu, on l'entourera d'un rebord en terre, haut de deux doigts au moins. — Après cela, on versera dans le creux le mélange de plâtre, de corne et de tripoli, dont nous venons de parler, et avec un pinceau de petit-gris bien sec on le poussera adroitement dans les moindres cavités du moule. A cette couche on en ajoutera une seconde de deux doigts d'épaisseur au plus sur quatre doigts de longueur, en forme d'amande, dont on se servira pour établir la bouche du

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