‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 218 sur 285 · CHAPITRE VI. ft · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. ft

se rendre compte de ce que l'on fait, on- prend souvent des empreintes avec de la cire noire ou d'autre couleur.

Il est encore bon de dire que les artistes amoureux de leur art ont coutume de graver en relief sur des poinçons d'acier les tètes, les mains et les pieds de leurs figurines. 11 leur est plus facile ainsi d'étudier ces parties délicates , qu'ils estampent ensuite à coups de marteau aux places qui leur sont réservées dans le sceau.

Il n'est pas moins nécessaire de graver un alphabet d'acier avec autant de soin que Ton en a mis à graver les petites tête* — A chaque nouveau travail que j'ai eu en ce genre, j'ai fait un nouvel alphabet; car, une fois que les lettres commencent à s'user, l'artiste ne saurait en tirer honneur. — Il faut avoir soin de leur donner de belles proportions et des traits justes et réguliers tels que peut en fournir une plume un peu grosse. C'est là, selon moi, un sûr moyen de se guider. On se gardera toutefois de les faire trop grosses ou écrasées, parce qu'elles manqueraient (T élégance, ce qui adviendrait pareillement si elles étaient trop allongées et trop maigres. Choisir un juste-milieu en tendant à les rendre un peu sveltes ne sera pas un défaut : elles en paraîtront plus gracieuses.

Maintenant occupons-nous des ornements qui complètent ces ouvrages. — Il est indispensable qu'un sceau porte les armes du cardinal auquel il est destiné. — Quant à moi, j'ai toujours orné ces armoiries de figurines et de riches dessins , sans regarder à la fatigue. — En outre , au lieu du manche du sceau j'ai toujours fait quelque bel animal ou quelque figurine rappelant la devise du seigneur pour lequel je travaillais. Ainsi un Hercule, assis sur une peau de lion et tenant une massue à la main , servait de manche à un sceau d'or de moyenne dimension, que j'exécutai pour Hercule Gonsaga , cardinal de Mantoue. — Cette figure, que j'avais étudiée avec le plus grand soin, obtint les éloges du

célèbre Jules Romain, et mérita d'être copiée par plusieurs peintres et sculpteurs de ces temps.

Quelques artistes à main exercée et hardie ont exécuté des sceaux sans les fondre d'abord et en n'ayant qu'an petit modèle ou dessin pour tout guide. En procédant ainsi, ils ne se sont pas fait peu d'honneur. Cela toutefois ne dispense pas de fabriquer les poinçons d'acier dont nous avons parlé. — Moi aussi , j'ai travaillé de cette manière; mais je soutiens que le procédé de la fonte est plus facile et plus sûr. — Quoi qu'il eu soit, l'une et l'autre méthode sont bonnes et digues d'être pratiquées par tout artiste qui ne veut pas paraître médiocre. — Mais il est temps de traiter de l'art de graver les coins des monnaies.

Page 1