‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 230 sur 285 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De la greeterie d'er et d'argent. — De* figure» et dee neee. — De le forte u Meflel , a mortttto et a toisa. — De U manière de faire les cfaasaii pou- eooler le métal ea fouille*.

Nous n'avons plus maintenant à nous occuper que de Fart de travailler la grosserie d'or et d'argent — J'ai appris cet art à Rome, mais les procédés dont on se sert dans cette ville diffèrent un peu de ceux que j'ai vu employer à Paris , où il s'exécute une énorme quantité d'ouvrages de ce genre. — Je décrirai Tune et l'autre méthode, mais il est nécessaire d'expliquer auparavant comment on fond l'argent pour tous les travaux qui peuvent se présenter*

Je dis donc qu'il y a trois manières de faire fondre l'argent sans qu'il brûle. Dans la première manière, on opère la fonte en alimentant le feu à l'aide du vent que donne un soufflet, dont on ajuste la bouche à un petit fourneau de briques, qui doit s'élever de quatre doigts audessus du creuset et le recouvrir parfaitement — Ce n'est qu'après avoir enduit, extérieurement et intérieurement, d'huile d'olive et rempli d'argent le creuset, qu'on le met dans le fourneau dont le fond doit être garni de quelques petits charbons allumés ; je dis quelques charbons seulement, afin que la chaleur ne soit pas de suite assez forte pour faire rompre le creuset. — 11 faut donc débuter par une chaleur tempérée et bien se garder de toucher le soufflet

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avant que le creuset soit devenu rouge. — Quand celui-ci en est arrivé à ce point , alors seulement on commence à souffler doucement et on continue jusqu'à ce que l'argent se montre liquide comme de l'eau. — On jette une poignée de tartre dans le creuset sur F argent fondu. — Au bout de quelques minutes, on enlève les charbons qui entourent le creuset, on le couvre avec un morceau de toile bien imbibé d'huile et plié en quatre ou cinq doubles , et on le saisit avec une paire de tenailles, que Ton appelle embrassoires, parce qu'elles embrassent effectivement le creuset. Elles sont faites de telle façon qu'elles le soutiennent sans danger de le rompre, bien qu'il soit en terre, tandis qu'il se briserait immédiatement si on le saisissait de la même manière qu'un creuset de fer. — Après cela, pour couler l'argent, il faut avoir ses moules tout prêts à le recevoir.

— Ceux-ci se composent de deux plaques de fer, grandes suivant le besoin , entre lesquelles on met certains petits bétons carrés de la grosseur du petit doigt, plus ou moins, suivant l'épaisseur que l'on veut donner à la feuille de métal. On serre les deux plaques de fer tout autour avec des pinces un peu fortes, munies d'un coulant que l'on pousse en avant, à l'aide d'un marteau, de façon qu'elles exercent partout une égale pression. — Ces pinces s'emploient au nombre de six ou huit, selon la dimension du moule, que l'on enduit ensuite d'un peu de terre liquide, afin que l'argent que l'on y coule ne s'échappe pas.

— Il faut encore avoir soin que le moule soit bien chaud.

— Enfin on le fixe dans un catin de cendre éteinte ou entre quatre briques en terre, et, après avoir jeté dedans un peu d'huile, on peut y verser l'argent — Telle est la première manière de fondre.

Venons maintenant à la seconde, qui est bien préférable. — A Florence, les batteurs d'or ont coutume de fondre par un procédé que Ton appelle a mortaio du nom

du fourneau dont ils se servent pour cette opération. — Voici comment se fait ce fourneau : on prend plusieurs lames de fer grosses comme la moitié d'un doigt et larges dn double, avec lesquelles on forme un appareil & calotte ronde, haut d'une brasse et un tiers, plus ou moins, selon la quantité d'argent que Ton veut fondre. Cet appareil repose sur quatre pieds en fer plus gros que les lames dont on s'est servi pour le construire. — Ces pieds s'attachent à peu près à la moitié de la hauteur de l'appareil et supportent une grille dont les barreaux sont éloignés l'un de l'autre de façon à laisser passer entre eux un doigt et demi , et non plus. Cette grille sert de fond au fourneau que l'on recouvre de terre mêlée avec de la bourre. — Cette terre doit être semblable à celle que l'on emploie pour les fours des verriers. — Une fois toutes ces dispositions terminées, on place au fond du fourneau une brique de terre cuite; sur cette brique, un peu de cendre, et sur la cendre, le creuset rempli d'argent jusqu'au bord. On observe ensuite les mêmes précautions que nous avons recommandées pour l'autre manière de fondre; — puis, on couvre le creuset de petits charbons allumés et on le laisse devenir rouge sans lui venir en aide, car l'air joue naturellement si bien dans cet appareil, que la fonte s'opère mieux qu'avec le vent du soufflet — Comme les creusets de terre se brisent souvent, on en fabrique parfois en fer; mais il faut couvrir ces derniers d'un lut de cendre pure : c'est ce que l'on appelle faire une cendrée. Ce lut s'applique de l'épaisseur de la moitié d'un doigt à l'intérieur et à l'extérieur du creuset dans lequel on ne met l'argent que lorsque l'enduit est bien sec. — On fait encore un autre lut avec de la terre et de la bourre, mais tous les deux sont également bons, pourvu que l'on suive pour le reste toutes les prescriptions que nous avons indiquées.

Maintenant voici la troisième manière de fondre; elle

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