CHAPITRE XIII. m
ouvrages d'argent, je ne laisserai pas de mentionner ici la manière dont je m'y pris pour le Jupiter, dont la dimension présentait de nombreuses difficultés. Je montrerai ainsi aux artistes comment ils doivent se gouverner dans de semblables travaux.
Je fus obligé d'aller dans l'atelier d'un teinturier d'étoffes et d'emplir de blanchiment un de ses cuviers que j'eus soin de choisir asseï vaste pour contenir ma statue. Je préparai ensuite quatre verges de fer longues de quatre brasses chacune, quatre leviers en bois de châtaignier plus longs que les verges de fer, et j'étendis à terre un grand lit de charbons sur lequel, à l'aide des quatre verges de fer, je posai ma statue, après avoir enlevé l'excédant des soudures et après l'avoir bien nettoyée, aplanie et poncée. Lorsque les charbons, à moitié consumés, eurent perdu une grande partie de leur ardeur, je les ramassai avec une pelle de fer et j'en couvris soigneusement ma statue ; — ce qui ne se fit point sans difficulté & cause de l'énormité du feu. Je laissai ma figure sous les charbons, en la couvrant et la découvrant suivant le besoin, jusqu'à ce qu'elle fût devenue partout également rouge. Après cela je l'enlevai du feu au moyen des quatre verges de fer, et j'attendis qu'elle fût refroidie pour la reprendre et la porter dans le cuvier à l'aide des quatre leviers de bois, dont l'emploi est ici nécessaire, parce que le blanchiment, composé d'eau de tartre et de sel dont la cuve est remplie, ne peut souffrir le contact du fer. — Quand ma statue fut dans le cuvier, je la retournai et la frottai en tous sens avec de grands pinceaux de soies de porc semblables à ceux dont on se sert pour badigeonner les murs. — Dès qu'elle fut bien blanche, je la mis dans une autre cuve pleine d'eau fraîche, puis je l'essuyai soigneusement et je la fis dorer en quelques endroits qui réclamaient cet ornement
Ce travail de dorure présenta des difficultés incroyables;
UH TRAITK DK L'ORFKYRERIK.
néanmoins je n'en parlerai pas îei afin (F être bref. — Je nie réserve d'ailleurs d'enseigner, dans les chapitres suivants, la manière de dorer. Cet art, non moins beau que merveilleux, ne doit point être ignoré des artistes qui désirent exceller dans toutes les parties de l'orfèvrerie, nuis qu'ils se gardent bien de le pratiquer eux-mêmes. La prudence leur commande de l'abandonner aux gens qui s'en occupent exclusivement; car le mercure, dont remploies! indispensable , exerce sur les gens forcés de le manipuler une action si terrible qu'il les énerve complètement, fait trembler leurs membres et rend leurs yeux louches et égarés.
Ici nous mettons fin & ce traité de l'orfèvrerie que nous avons entrepris en nous en rapportant toujours à l'intelligence et à la pratique des maîtres expérimentés. — Toutefois, avant d'aborder le traité de la sculpture, nous joindrons à celui-ci la description de quelques procédés utiles et même indispensables aux orfèvres.
C1APITRK XIV.