‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 265 sur 285 · CHAPITRE lit · texte numérisé non relu

CHAPITRE lit

place à la naissance de la chauffe, l'autre à un tiers do brasse au-dessus. Plus ces bandes de fer seront grosses et larges, plus la chauffe sera solide.

Le trou de la chauffe par lequel on jette le bois doit se tenir fermé avec un couvercle en fer ayant la forme d'une pelle. On munit ce couvercle d'un manche assez long pour qu'il puisse se manœuvrer sans danger.

11 faut encore savoir que le métal doit être arrangé dans le fourneau de telle façon qu'un morceau soit soulevé par un autre, afin que les flammes entrent plus facilement. Grâce à cette disposition, le fourneau accomplit son office, et le bronze opère sa fusion avec bien plus de promptitude.

Mais il importe surtout de savoir qu'avant de mettre le métal dans le fourneau, il faut recuire ce dernier en le soumettant au feu pendant vingt-quatre heures, c'est-àdire pendant un jour et une nuit. — Si on ne recuisait pas bien le fourneau, le métal ne pourrait se fondre; il se figerait et prendrait certaines fumées de terre que jettent les fourneaux, et qui l'aigriraient de telle sorte que, même en lui donnant le feu durant huit jours successifs, on ne réussirait pas à le liquéfier. — C'est ce qui m' advint à Paris pour divers ouvrages que j'avais entrepris de jeter en bronze avec l'aide d'un vieil ouvrier fort expérimenté. Nous n'aurions jamais fondu notre métal, si je n'eusse point découvert la cause de ce désordre. Dès que j'eus recuit le fourneau, deux heures nous suffirent pour fondre quinze cents livres de métal.

On doit encore garnir les ouvertures par où l'on met le métal dans le fourneau de deux petites portes en pierre, dans chacune desquelles on pratique deux trous larges d'un doigt et demi, éloignés l'un de l'autre de quatre doigts. Ces trous reçoivent une petite fourche de fer avec laquelle, suivant le besoin, on enlève ou on remet en place les petites portes de pierre.

Si l'on veut introduire dans le fourneau de nouveau métal, il faut d'abord le placer sur les portes de pierre, et l'y tenir jusqu'à ce qu'il soit rouge et sur le point de fondre, lorsqu'il est en cet état, on peut le jeter au milieu de celai qui est fondu. Si l'on négligeait cette précaution, on courrait risque de refroidir le premier métal et de produire ce qu'on appelle le gâteau.

Il est donc nécessaire que les sculpteurs connaissent toutes ces particularités et soient parfaitement renseignés sur la nature des métaux et sur une multitude d'autres choses que la théorie et la pratique enseignent — Il m'est, en effet, arrivé plus d'une ibis de voir des hommes trèsexpérimentés dans notre art, qui, après avoir exécuté des fontes merveilleuses, ont trouvé leurs travaux gâtés par un petit accident dont ils n'avaient pu deviner la cause.

Maintenant que nous avons exposé avec la plus grande concision possible tout ce que nous avions à dire sur l'art de jeter les statues en bronze et de faire les fourneaux, nous allons brièvement discourir sur l'art de sculpter et détailler le marbre. — Avertissons ici le lecteur que nous avons donné a ces matières toute l'extension qui nous a semblé nécessaire à l'instruction des sculpteurs et des fondeurs de statues.

CHAFITM IV.

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