‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 268 sur 285 · II. M · texte numérisé non relu

II. M

SM TRAITÉ DK Là SCULPTURE.

ment dû , car, depuis les anciens , il est le premier qui ait trouvé le moyen de vaincre la dureté du porphyre avec la trempe de ses outils.

Le granit est un peu plus tendre que le porphyre. On en trouve deux sortes : Tune est rouge, l'autre est blanche et noire. — Le très-beau rouge vient de l1 Orient ; le blanc et noir se rencontre en asseï grande quantité, particulièrement dans l'île d'Elbe. — Ces pierres sont belles et durables ; mais aujourd'hui on s'en sert seulement pour faire des colonnes et des ornements, et non des statues.

Dans les montagnes de Ftesole et à Settignano, endroits situés très-près de Florence, on trouve des pierres bleues appelées serenc (1), que leur beauté et la facilité que l'on a à les travailler font souvent employer pour des colonnes, des ornements et des figures ; mais, comme elles ne résistent ni à l'eau ni à l'air, il faut les placer à couvert : — inconvénients que ne présente point une autre sorte de pierre de couleur tannée, que l'on désigne sous le nom de nwrta, et que l'on rencontre dans les mêmes pays. — Celle-ci, quoiqu'elle soit douce à travailler, est bonne pour les figures et les ornements , car elle résiste à la pluie, au vent et à toutes les injures du temps. — Il en est de même de la pierre forte, qui est de la même couleur et que Ton tire des mêmes carrières : elle convient beaucoup pour faire des figures, des armoiries et des mascarons au-dessus des portes.

Bien que ces trois sortes de pierres ne rentrent point dans la catégorie des marbres, je les ai citées parce qu'on s'en sert pour faire des figures. — Et quoiqu'il y ait dans les États de Florence des marbres mixtes, durs et tendres que nous devons à la royale munificence de notre duc, je n'en dirai rien, attendu qu'ils ne sont point propres

(I) Eapée« d« calcédoine.

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a la sculpture dont nous nous occupons principalement ici.

Mais nous avons suffisamment parlé des pierres, discourons maintenant rapidement sur la manière de les travailler.

J'ai fait plusieurs statues de marbre; néanmoins, pour être bref, je n'en veux mentionner qu'une seule, où se trouvaient réunies les plus grandes difficultés de Fart. Elle représentait notre Seigneur Jésus-Christ étendu sur la croix. J'apportai à cet ouvrage tout le soin et toute l'application qu'il méritait, et avec d'autant plus de plaisir que je savais être le premier qui eût exéouté un crucifix en marbre. Je conduisis donc à fin ce travail à la trèsgrande satisfaction de tous ceux qui le virent chex le duc de Florence, mon glorieux bienfaiteur. — Je plaçai le corps de Nôtre-Sauveur sur une croix de marbre noir de Carrare, pierre excessivement difficile à travailler, à cause de son extrême dureté et de son excessive facilité à s'éclater.

Enfin, arrivant à la manière de sculpter, je crois devoir d'abord avertir le lecteur que j'ai observé que les maîtres les plus habiles eurent coutume d'exécuter leurs ouvrages d'après nature.

Comme il est rare de rencontrer un corps qui ait tous les membres bien proportionnés et d'une beauté parfaite, il faut que l'artiste connaisse à fond les mesures et les propprtions du corps humain, et que, partant de là, il choisisse avec un goût exquis dans la nature les parties les plus belles et les mieux proportionnées, pour chercher ensuite à les mettre en harmonie avec l'ensemble de sa statue. Selon moi, il n'y a point d'autre moyen de conduire une figure à bonne fin* — Ainsi guidé par la nature, l'artiste pour exécuter sa statue doit principalement faire un petit modèle de deux palmes environ, où il arrêtera sa composition et l'attitude de sa figure. — Il fera ensuite un

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autre modèle en terre de la dimension de la statue de marbre, et s'il désire exécuter celle-ci avec soin, il tâchera de finir son grand modèle mieux que le petiL Si, selon l'habitude, cela lui est impossible faute de temps, il ébauchera du moins son grand modèle d'une manière convenable. De cette façon il gagnera beaucoup de temps pour sculpter sa figure en marbre.

Bien que maints vaillants artistes aient attaqué le marbre avec autant d'aisance que de hardiesse aussitôt après avoir achevé leur petit modèle, il n'est pas moins à croire qu'ils auraient été infiniment plus satisfaits de leurs ouvrages s'ils eussent opéré différemment. En effet, pour parler des maîtres modernes les plus habiles, nous savons que Donatello n'a jamais agi autrement, et que le Buonarrott, après avoir expérimenté les deux modes, adopta le second; c'est ce que je vis de mes propres yeux à Florence, pendant qu'il travaillait dans la sacristie de San-Lorenzo.

Il observait cette méthode non-seulement pour les statues, mais encore pour les ouvrages d'architecture. Bien souvent il se rendait compte des ornements de ses fabriques au moyen de modèles qu'il faisait exactement de la grandeur que devaient avoir ses sculptures.

Lorsque l'artiste sera satisfait de son modèle, il prendra un charbon et dessinera avec soin sa statue sous son principal aspect. Faute de cette précaution il pourrait ensuite se trouver facilement trompé par son ciseau.

Jusqu'à présent la meilleure méthode est celle qui a été trouvée par le Buonarroti ; la voici : Après avoir dessiné son modèle sous son principal aspect , on doit commencer à reproduire ce dessin avec le ciseau , en procédant de la même façon que si l'on sculptait une figure en demi-relief, c'est ainsi que ce merveilleux artiste arrivait peu à peu à dégrossir ses figures dans le marbre.

Les meilleurs outils à dégrossir sont de petites pointes

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