CHAPITRE IV
affûtées de court et très-fines, mais du bout seulement et non de la hampe, laquelle doit être de la grosseur d'un doigt de la main. On opère avec cette pointe jusqu'à ce qu'on arrive à un demi-doigt de ce qu'on appelle la pénultième peau. On prend ensuite un ciseau entaillé au milieu, dont on se sert jusqu'à ce que l'on vienne à employer la lime connue sous le nom de râpe. Il y a plusieurs sortes de râpes. Les unes sont demi-rondes, les autres ont la forme du gros doigt de la main. — Celles-ci se font au nombre de cinq ou six et vont en diminuant graduellement depuis la première qui a deux doigts de largeur jusqu'à la dernière qui est de la grosseur d'une plume à écrire. — On emploie ensuite tantôt les trépans , tantôt les râpes ; mais il faut se servir uniquement de gros trépans si l'on a à fouiller profondément les draperies ou les membres de la statue. Il y a deux sortes de trépans. L'un tourne au moyen d'une petite courroie passée à travers un manche. — L'autre trépan est plus gros et se nomme trépan à poitrine. C'est une branche de fer de la grosseur d'un doigt et de la longueur d'une demi-brasse, se courbant au milieu en hémicycle et terminée d'un côté par un fuseau de bois que l'on s'appuie contre la poitrine, et de l'autre côté par une mèche agencée dans une virole faite exprès. On se sert de ce trépan dans les endroits où le premier ne peut opérer.
Quand on a terminé sa figure avec les ciseaux, les râpes et les trépans, il ne reste plus qu'à la polir, ce qui se fait à l'aide d'une pierre ponce qui doit être blanche et d'un grain doux et égal.
Avertissons les artistes peu habitués au marbre qu'il est .très-important de mener aussi loin que possible une statue à l'aide seulement d'un ciseau affûté de court, attendu que sa pointe étant très-fine il ne peut gâter le marbre. — En ayant soin de ne point l'enfoncer droit
sa.
dans le bloc, on ne détache que ce que Ton veut Après cela , avec le ciseau entaillé au milieu, on nettoie son travail en faisant des hachures comme si Ton dessinait — C'est ainsi que le Buonarroti exécuta ses merveilleuses statues. Quelques artistes croient aller plus vite en attaquant le marbre tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et en finissant un morceau par-ci et un morceau par-là ; mais bientôt ils s'aperçoivent de leur erreur. Ils dépensent plus de temps et parfois sont obligés de rapiéceter leur figure ; ou s'ils évitent ces fautes, ce n'est que pour en commettre d'autres tout à fait irrémédiables. Je ne louerai donc que l'artiste qui , fidèle à la bonne méthode , procédera avec une extrême patience et cherchera à faire peu , mais en toute perfection, pour n'être point tenu en mince estime. Je n'aurais point manqué de décrire ici la forme de tous les ciseaux et de tous les marteaux qui sont nécessaires anx sculpteurs, si je n'avais point jugé un tel soin superflu ; car il n'y a guère personne qui ne connaisse parfaitement ces outils. — Nous allons donc aller outre et parler des statues colossales.
GRAMTItl V. Ml