CHAPITRE VI
S'il m* a semblé bon d'exposer ces choses, c'est encore moins pour marquer la différence qui existe entre la sculpture et la peinture que parce qu'il y a beaucoup d'ignorants qui, avec de maigres notions de dessin, osent exercer l'architecture sans posséder les véritables fondements de cet art. C'est ce que fit, par exemple, messer Terzo, mercier ferrarais, qui, se fiant à un certain goût naturel pour l'architecture, et s'appuyant sur quelques livres qui traitaient de cette matière, persuada à de hauts personnages de lui conûer l'exécution de nombreux édifices. Il en devint si présomptueux qu'il abandonna son premier métier et ne s'occupa plus que d'architecture. — 11 disait que Bramante et Antonio da San-Gallo étaient les plus habiles architectes qui eussent existé, mais qu'après ces deux maîtres il n'en connaissait aucun qui l'emportât sur lui. De là lui vint le surnom de messer Terzo (monsieur Troisième). Ainsi il ne savait pas même que Filippo Brunelleschi était le premier qui , avec un merveilleux génie, eût ressuscité l'architecture étouffée depuis tant de siècles par les Barbares. — Depuis Brunelleschi , cet art , reconnaissons-le, a accompli de notables progrès du temps de Bramante, d'Antonio da San-Gallo et de Baldassare Peruzzi ; mais dernièrement il est arrivé au plus haut degré d'excellence , grâce à Michel-Ange , qui , avec la vigueur indicible de son dessin , acquise dans l'exercice de la sculpture, a fait à Saint -Pierre de Rome, où les maîtres que nous venons" de nommer avaient été employés, une foule de travaux qui, de l'avis universel, s'accordent manifestement avec les bonnes règles dei' architecture, bien mieux que ceux de ses prédécesseurs.
Mais je me réserve de parler ailleurs de ces choses et particulièrement de la perspective. < — Outre ce que j'entends traiter moi-même, je mettrai au jour, dans ce nouveau livre, de nombreuses observations de Léonard de
Vinci sur la perspective, que j'ai extraites «Tua admirable discours qu'il avait composé et qui m'a été enlevé avec d'autres écrits qui m' appartenaient — Je m'arrêterai donc ici, m'en rapportant toujours, pour ce que j'ai dit jusqu'à présent, aux hommes qui sauront parler sans pas* sion et plus doctement des choses dont nous nous sommes occupés.
SCS