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àlài de graver les coins de ses monnaies. Je commençai jur une pièce d'argent de quarante sous, représentant d'un ctoè la tète de Son Excellence, et de l'autre côté saint Came et saint Damien. Elle plut tellement que le duc osait dire qoe c'était la plus belle monnaie de la chrétienté. Du reste, c'était aussi l'opinion de la ville entière et de tous ceux qui la voyaient. Je demandai donc une pension et un logement à la Monnaie. Il me dit de m' appliquer à le servir; qu'il me donnerait beaucoup plus que je ne réclamais. Il ajouta qu'il avait enjoint à Carlo Acciaiuoli , directeur de la Monnaie, de me payer tout l'argent que j'exigerais. Cela était effectivement vrai; mais j'apportais une telle discrétion dans mes demandes, que toujours on restait me devoir quelque chose, d'après mon compte.
Je fis de nouveau des coins pour les Jules. D'un côté je gravai un saint Jean de profil , assis , et tenant un livre à la main. Selon moi, je n'avais jamais rien produit d'aussi beau. Sur le revers étaient les armes du duc Alexandre. Je gravai ensoite pour les demi-jules une tête de saint Jean. Ce fut la première télé de face que Ton frappa sur une pièce d'argent si peu épaisse; mais ces difficultés ne sont comprises que par les gens du métier. Après les demi-jules j'exécutai des coins pour les écus d'or. D'un côté on y voyait une croix avec de petits chérubins , et de l'autre les armoiries de Son Excellence.
Dès que j'eus terminé ces quatre pièces, je priai le duc de fixer ma pension et de me délivrer le logement de la Monnaie, si mon service lui était agréable. Il me répondit avec bonté qu'il était très-content de moi, et qu'il donnerait des ordres à cet effet.
Pendant que je parlais, le duc était dans son gardemeuble, où il examinait une admirable escopette qu'on lui avait envoyée d'Allemagne. S'étant aperçu que je la regardais avec attention , il me la mit dans la main en me di-
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saut qu'il savait combien j'étais amateur d'armes, et que, pour arrhes de ce qu'il m'avaft promis, il me permettait de choisir dans son garde-meuble une arquebuse , & l'exception de celle que je tenais , et il ajouta qu'il y en avait plusieurs aussi bonnes et plus belles que celle-là. J'acceptai et je le remerciai. Aussitôt je cherchai des yeux à mettre cette offre à profit.
Le duc, Payant remarqué, ordonna à l'officier de sa garde -robe, nommé Pretino de Lucques, de me laisser prendre tout ce que je voudrais; puis il se retira en m'adressant des paroles fort gracieuses. Je restai et je choisis la plus belle et la meilleure arquebuse que j'eusse jamais vue et possédée : je l'emportai chez moi.
Deux jours après, j'allai montrer au duc quelques petits dessins qu'il m'avait demandés pour faire exécuter différents ouvrages en or qu'il désirait envoyer à Naples à la duchesse sa femme. Je proûtai de l'occasion pour rappeler au duc ses promesses. Il me répondit qu'il voulait auparavant que je lui gravasse un beau portrait, dans le genre de la médaille du pape Clément. Je commençai donc un modèle en cire. Son Excellence ordonna de m'Introduirc près d'elle , quelle que fût l'heure i laquelle je me présentasse.
Comme je vis que mes affaires traînaient en longueur, je pris avec moi Pietro Pagolo, de Monte-RHondo, qui déjà , dans son enfance , avait travaillé chez moi à Rome (1 ). 11 était alors chez un orfèvre, nommé Bernardonaccio (2), qui ne le traitait pas très-bien. Je l'enlevai donc à son
(1) Pietro Paolo Galeotti est souvent cité par Veseri comme on des orfèvres et des graveurs les plus habiles de son temps. — Voy. Vssari , t. Vîll , p. 168 ; et t. IX , p. 1 etSOd.
(i) Bernardo Baldini est mentionné par le Varcni ( lib. XIV. p. 5tS) et par l'Asnsniralo, qui le viole beaocoup (lib. XXX, p. 394). îl fut directeur de la Monnaie de Florence depnls le l" septembre 1560 Jusqu'à la fin du mois de farter 1&6& .
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BttJtre, et je lui enseignai à graver les monnaies. Pendant ce temps, je m'occupai du portrait du duc, que maintes Ibis je trouvai dormant avec son Lorenzino , qui plus tard r assassina. J'étais fort étonné qu'un prince comme lui fût si confiant
Sur ces entrefaites, Ottaviano de Médicis, qui semblait diriger font, fit mêler, dans la frappe des écus, mes coins à eetx de l'ancien maître de la Monnaie, Bastiano C en ni ni , home de la vieille routine et de peu de savoir, qu'il voulait favoriser malgré le duc lui-même (1). Je m'en plaignis à Son Excellence, qui, après avoir vérifié le fait, en fat trèa-irritée et me dit t — « Vas en parler à Ottaviano de Médicis, et montre-lui les pièces. » — J'allai le trouver de suite ; maie lorsque je lui eus exposé la manière dont il avait gâté mes belles monnaies, il me répondit stupidement : — « Cela nous convient ainsi. » — Je lui répliquai qu'il avait tort et que cela ne me convenait pas. — « Et si cela plaisait an doc ? * — reprit- iL — «Eh bien ! ripostai-je, cala ne me plairait pas à moi, car ce n'est ni juste ni raisonnable. » — Là-dessus il m'enjoignit de me retirer, en ajoutant qu'il fallait que j'avalasse cette pilule, quand Même je devrais en crever. Je retournai chez le duc , je lui racontai la scène fâcheuse qui s'était passée entre Ottaviano de Médicis et moi, et je le supplai de ne pas laisser gâter mes belles monnaies et de vouloir bien m'accorder mon congé. — « Ottaviano, s'écria-t-il alors, est aussi par trop exigeant. Tn auras tout ce que tu voudras, car vraiment on se moque de moi. »
Le même jour, c'était un jeudi, je reçus de Rome un ample sauf-conduit du pape, avec ordre de revenir promp-
tement pour obtenir, à la fête de la Vierge d'août, la grâce
(I) Dan» la préface de ton Traité tt Orfèvrerie. Gcllini vante ce Rastiaoo to eoanwi q*i contribuèrent le proa toi progrèa de l'art de la clielnre.
i(N> MEMOIRES DE BKMKXtTO CELLIM.
de T homicide que j'avais commis. Je me rendis cher le duc, que je trouvai au lit, attendu qu'il avait fait la débauche. Deux heures environ me suffirent pour terminer le modèle en cire de sa médaille. 11 en fut très-satisfait Je lui montrai ensuite le sauf-conduit du pape , et je lui dis que, Sa Sainteté m 'appelant pour exécuter divers ouvrages, j'allais regagner la belle ville de Rome, ce qui toutefois ne m'empocherait pas de graver sa médaille. Le duc me dit alors d'un ton assez irrité : — « Benvcnuto, écoute* moi , ne pars pas, je t'allouerai une pension, je te donnerai le logement de la Monnaie et plus encore que tu ne saurais demander, car tu ne demandes que c% qui est juste et raisonnable. El qui voudrais-tu qui me frappât les belles pièces que tu m'as faites? » — a Signore, lui répondis-je, on a pensé à tout. J'ai ici un jeune Romain, mon élève, que j'ai formé moi-même. 11 servira très-bien Votre Excellence jusqu'à ce que je rentre a son service pour toujours. J'ai à Rome une boutique, des ouvriers et quelques affaires. Dès que j'aurai obtenu ma grâce, je laisserai toot a un de mes élèves, et alors avec l'agrément de Votre Excellence je reviendrai près d'elle. » — Lorenzino de Médicis était le seul témoin de cet entrelien. Plusieurs fois le doc l'engagea par signes à insister de son côté pour que je ne partisse point; mais Lorenzino se contenta de dire : — « Benvcnuto, tu ferais mieux de rester. » — Lui avant répondu que j'étais absolument décidé à regagner Rome, il n'ajouta pas un seul mot, et ne cessa de regarder le duc d'un œil sinistre.
Comme j'avais amené le modèle de ma médaille au point que je désirais, je le serrai dans sa boite et je dis au duc: — u Signore, ne soyez point fâché, car je vous ferai une médaille beaucoup plus belle que celle du pape Clément, cl cela doit ôlrc, car c'était la première que j'eusse jamais faite. Messer Lorenzino, qui est un homme d'esprit et de
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aroîr, me donnera un beau sujet pour le revers. » — A ces mots , Lorenzino s'écria : — « En effet, je ne pensais point à antre chose qu'à te donner un revers digne de Son Excellence. » — Le duc le regarda en souriant et lui dit : — « Lorenzino, vous lui donnerez le revers, il le gravera ici et il ne partira pas. » — «Je le ferai le plus promptement possible, répliqua Lorenzino avec vivacité, et j'espère que je ferai une chose qui émerveillera le monde. » — Le duc, qui le tenait tantôt pour un peu fou, tantôt pour un poltron ^ se mit à rire et se retourna dans son lit. Je me retirai sans plus de cérémonie, et je les laissai seuls ensemble.
Leduc, qui ne croyait pas que je le quitterais, n'insista pas davantage. Quand il apprit ensuite que j'étais parti, U m'expédia un de ses serviteurs qui me rejoignit à Sienne et me remit cinquante écus d'or de la part de Son Excellence, en me disant de les dépenser pour F amour d'elle, et de revenir le plus tôt possible. Le messager ajouta : — * Messer Lorenzino m'a chargé de te dire qu'il te prépare un revers merveilleux pour la médaille que tu veux faire. » J'avais laissé à Pietro Pagolo, mon élève romain, les instructions nécessaires pour la frappe des monnaies; mais, comme c'était une tâche très-difficile, il ne s'en acquitta jamais très-bien. La Monnaie resta me devoir plus de soixante écus sur le prix de la façon de mes coins.
«M MÉMOIRES DE BENVKNCTO GELLINI