‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 75 sur 285 · LIVRE TROrSlÀUB · texte numérisé non relu

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Burette devant elle, Benventtto, car Miliano est le premier joaillier da monde, et aucune pierre ne présente plus de difficultés que celle-ci, aussi vrai que la teinture des diamants est ce qu'il y a de plus beau et de plus difficile dans notre ait » — Je lui répondis qu'il serait d'autant plus glorieux pour moi de lutter contre un homme si renommé. Je me tournai ensuite vers les autres joailliers, et je leur dis :

— a Je vais conserver la teinte de Miliano et essayer d'en composer une meilleure; si je ne réussis pas, nous rétablirons la première. » — Cet imbécile de Gaio s'écria que, si j'en trouvais une aussi belle, il lui tirerait volontiers sa barrette. — a Donc, lui répliquai-je, si j'en fais une plus belle, elle méritera deux coups de barrette? » — « Oui, »

— répondit-il.

Alors je me mis à préparer mes teintes avec un soin extrême, d'après une méthode que j'enseignerai ailleurs (1). Certes, la teinte de Miliano était superbe, et jamais de ma vie je n'ai rencontré plus de difficultés que dans le diamant en question. Cependant, je ne perdis pas ooerage. J'aiguisai tant mon esprit, que non-seulement j'égalai Miliano, mais encore je le laissai bien loin derrière moi. Après avoir reconnu que je l'avais vaincu , je cherchai à me surpasser moi-même. Je composai donc, à l'aide de nouveaux procédés, une teinte qui l'emportait de beaucoup sur toutes celles que j'avais jusqu'alors employées.

J'envoyai chercher les joailliers; j'appliquai en leur présence, sous le diamant, d'abord la teinte de Miliano, puis la mienne, et je la leur montrai. Un des plus habiles, nommé RafTaello del Moro, prit la pierre et s'écria : — 'Benvenuto a surpassé la teinte de Miliano! » — Gaio, ne voulant point le croire, prit a son tour le diamant et

0) Voy. k cbpitre I da Traité d'OrJhrerk. t. II.

dil : — « Benvenuto, il vaut deux mille docaii de plot qu'avec la teinte de Miliano. » — Alors je lui répond» :

— « Puisque j'ai vaincu Miliano, voyons si je pourrai me vaincre moi-même. » — Je les priai de m' attendre un peu; je mon lai à un petit cabinet, et hors de leur présence je donnai une nouvelle teinte au diamant. Dès que je l'eut rapporté, Gaio s'écria : — « C'est la plus admirable chose que j'aie jamais vue de ma vie. Ce diamant vaut plus de dix«hnit mille écus, et nous l'avions estimé douze mille i peine. » — Les autres joailliers dirent à Gaio : — « Benvenuto est la gloire de notre art; il mérite Lien que nom tirions nos barrettes devant lui et 6es teintes. » — « Je veux, reprit Gaio, aller le dire an pape, et qu'on loi donne mille écus d'or pour la monture de ce diamant. >

— Et aussitôt il courut chex Su Sainteté et loi raconta tout; aussi le pape envoya-t-il trois fois dans la journée voir si 1 anneau était fini. J'allai le lui porter à vingt-trois heures. Comme je n'étais jamais obligé de faire enticha m hre, je soulevai discrètement la portière.

Le pape était avec le marquis del Guasto, qui, sans doute, insistait chaudement pour obtenir une chose qu'on lui refusait; car j'entendis Sa Sainteté lui dire : — «Je vous répète que non, je dois être neutre et rien de plus(l). »

— Je me rejetai vivement en arrière, mais le pape toimême me rappela. J'entrai donc, et je lui remis ce beau diamant Sa Sainteté m' ayant tiré à l'écart, le marquis resta à quelque distance. Tout en examinant le diamant, le pape me dit : — u Entame avec moi une conversation qui paraisse importante, et ne t'arrête pas tant qne le marquis sera dans cette chambre. » — Là-dessus il se mit à se promener de long en large. Je fus ravi de celte

(Il Charles-Quint iou!alt que le pape te joiguîl à lui co:ilre la France ; mai» fes ^otU du célèbre Alfooso d'Avaht, marquis del Guasto, furent impuissants à décider Psul W k ne point retler neutre.

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