‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 77 sur 285 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Kput *c Roae. — Padone. — L'hospitalité d'an poêle. — Voyage en Salut. — Wilfaudi. — L« cewrier Bosb.cc — Tempête. — l ne colbole. — Lee piemriet et le «vial. — Zarich. — Soleore. — Uumdm. — Génère. — U Pdiue. — Arrivée i Parie.

J'avais donc résolu, comme je l'aï dit lout à l'heure, d'aller en France , tant parce que le pape , irrité par la calomnie, ne me regardait plus d'aussi bon œil, que pour éviter que mes ennemis ne me fissent pis encore. Je voulais voir si je ne trouverais pas meilleure fortune dans un nouveau pays, et j'étais disposé à voyager seul, avec la grâce de Dieu. Enfla , un soir, ayant résolu de partir le lendemain matin , je dis à mon fidèle Felice que je lui laissais la jouissance de tout ce que je possédais jusqu'à mou retour , et que , si je ne revenais pas , mon intention était que tout lui appartint. J'avais un ouvrier de Pérouse, qui m'avait aidé à terminer les ouvrages du pape, je le congédiai après l'avoir payé. U me pria de lui permettre

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de m1 accompagner h ses frais, et me dît que , si je restais à travailler pour le roi de France, il vaudrait mieux pour moi d'avoir des Italiens , et surtout des gens que je connusse capables de m1 aider. Il insista si fortement, que je consentis à l'emmener avec moi, aux conditions qu'il avait lui-même fixées. Cela se passait en présence d'Ascanîo, qui me dit, les larmes aux yeux : — « Vous m'avez repris, et je vous ai déclaré que je voulais rester avec vous toute ma vie : rien ne m'en empêchera. » — Je lui répondis que je ne voulais de lui d'aucune façon. Le pauvre garçon se prépara alors à me suivre & pied. Ayant vu que c'était une résolution bien arrêtée, je pris aussi pour lui un cheval, sur lequel je mis une petite valise, et je me chargeai de beaucoup plus de bagages que je n'aurais fait sans cela.

De Rome je me rendis & Florence, de Florence à Bologne, de Bologne à Venise, et de Venise à Padoue. Là, mon intime ami Albertaccio del Bene ne souffrit pas que je logeasse ft l'auberge.

Le lendemain , j'allai baiser les mains à messer Pietro Bembo , qui n'était pas encore cardinal. Il me fit l'accueil le plus gracieux qu'on puisse imaginer. Puis, il se tourna vers Albertaccio et lui dit : — « Je veux que Bcnvenulo reste ici avec tout son monde, eût-il cent personnes. Vous qui prétendez aussi à posséder bcnvenulo , décidez-vous à demeurer ici avec moi , car je ne vous le rendrai certainement pas. »

Je restai donc chez ce digne seigneur. Il m'avait préparé une chambre qui aurait été trop belle pour un cardinal, et il exigea qu'à table je fusse toujours assis à côté de Ini. Il me donna discrètement à entendre qu'il souhaitait que je fisse son portrait. Moi , qui n'avais pas de plus vif désir, je composai de suite un stuc d'une blancheur extrême, que je disposai dans une petite botle ; puis je me mis à l'oeuvre. Le premier jour je travaillai deux heures, et j'é-

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bmAm si heureusement cette belle tôle, que Sa Seigneurie ea fat stupéfaite. alesser Pietro était versé ou plus haut degré dans les lettres et la poésie, mais il ne comprenait absolument rien à mon art, de sorte qu'il crut que mon trtvail était terminé , lorsqu'à peine il était commencé : aussi ne pouvais-je lui persuader qu'il fallait beaucoup de temps pour le mener à bien. Je résolus, malgré tout, de faire de mon mieux et de prendre le temps nécessaire. Comme il portait la barbe courte, à la vénitienne , j'eus beaucoup de peine à obtenir une tête qui me plût. Je l'achevai néanmoins, et il me sembla que, de ma vie, je n'avais rien produit d'aussi beau. Grand fut l'étonncment damasser Pietro quand, après avoir pensé que je devais modeler sa tête en deux heures et la graver en dix, il vit «ras deux cents heures ne m'avaient pas sufli pour l'exécuter en cire : musai fut-il consterné lorsque je lui demandai la permission de me rendre en France. Il me pria de loi faire au moins un revers pour sa médaille avant mon dépari En trois heures de temps environ, je modelai, avec goût, le choral Pégase, au milieu d'une guirlande de myrte. Il en fut très-satisfait, cl me dit : — « Il me semble cependant qu'il y a dix fois plus de travail dans ce cheval sue dans cette petite tête qui vous a causé tant de mal ; je ne comprends rien à cela, » — Puis il me supplia de graver sa médaille en acier. — « De grâce, faites-la-moi, répétait-il, tous aurez bientôt fini , si vous voulez. » — Je lai déclarai que c'était impossible pour le moment , mais que je n'y manquerais certainement pas, dès que je me •erais fixé quelque part pour travailler.

J'étais allé marchander trois chevaux dont j'avais besoin pour me rendre en France ; mais toutes mes démarches avaient été observées secrètement par ordre de messer Pietro, de sorte que, quand je voulus payer les chevaux, dont le prix avait été fixé & cinquante ducats, le maquis

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gnon me dit : — « Mon gentilhomme, je vous fais présent des trois chevaux. » — « Ce n'est point toi, lui répondis* je, qui m'en fais présent , mais une personne de qui je ne veux point les accepter, car je n'ai pu encore lui donner un ouvrage de ma main, » — Ce brave homme m'assura que, si je ne prenais pas ces chevaux, je n'en trouverais point d'autres à Padoue, et serais obligé de m'en aller à pied. Je me rendis aussitôt chez le magnifique messer Pietro, qui feignît de ne rien savoir, et m'accabla de caresses pour m' engager à rester. Comme je n'en voulais rien faire et que j'étais décidé à partir, je fus forcé d'accepter les trois chevaux, et je me mis en route.

Je m'acheminai à travers le pays des Grisons. Aucone autre voie n'était sûre, à cause de la guerre. Le 8 mai, nous passâmes les montagnes de l'Albula et de la Bernina, qui étaient couvertes de neige et où notre vie courut de grands dangers. Nous nous arrêtâmes ensuite dans un endroit qui , si mes souvenirs sont exacts , s'appelait Waldstadt. Un courrier florentin, nommé Bnsbacca , y arriva pendant la nuit Je l'avais entendu vanter comme un homme fort habile dans sa profession, mais j'ignorais qu'il se fût ruiné par ses coquineries. Dès qu'il m'aperçut dans l'hôtellerie, il m'appela par mon nom, et me dit qu'il se rendait à Lyon pour des affaires graves ; puis il me pria en grâce de lui prêter de l'argent pour son voyage. Je lui répondis que cela m'était impossible, mais que, s'il voulait venir avec moi, je le défrayerais jusqu'à Lyon. — « Comment ! reprit ce ribaud en se lamentant et en patelinant, comment un homme comme vous n'est-il pas obligé d'aider un pauvre courrier qui manque d'argent pour accomplir une mission qui intéresse la nation ! » — Il ajouta que messer Filippo Strozzi lui avait confié des choses de la plus haute importance, et, comme il avait nn étui à verre en cuir, il me souffla à l'oreille que cet étui renfermait un

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