CHAPITRE IL
U lame.— Iagratitode. — Le Sgcaisella. — Présentai ion de Celliai i Français W.— Istoor ra Italie. — Le Simplon. — Le Valdivredo. — Le tabellion français. — Les pUtt. — Qaeretle. — I<e doc de l'entra. — Arrivée a Home. — Trataoi dlvert. - Pttre», — Lettre do cardinal dt Ferra»». — Lt cardinal tiaddl. — Accusai*» «c loi. — Arrestation. — Emprisonnement.
Après m1 être un peu reposé & Paris, j'allai trouver le peintre Rosso, qui était an service dû roi. Je croyais n'avoir pas d'ami plus dévoué que ce Rosso , car il avait reçu dé moi A Rome les meilleurs offices qu'un homme puisse attendre d'un antre. Comme peu de mots suffisent pour rendre compte de ces faits, je ne lés passerai point sous silence, afin de montrer combien l'ingratitude est sans vergogne.
Pendant son séjour à Rome, lé Rosso avait été poussé par sa mauvaise langue a décrier les ouvrages de Raphaël «TUrbin, de telle façon que les élèves de cet illustre maître voulaient absolument le tuer. Je le sauvai de ce danger en veillant sur lui jour et nuit avec toute la peine imaginable. 11 avait encore dît tant de mal de l'habile maestro Antonio daSan-Gallo (I), que cet architecte lui fit retirer un tra-
(>) Antonio Piconi, ucveo dos de tu Sau-Gallo, uoiiln du tnTfut de ses illustres ondes, dont »ï prit le nom. Il succéda au lira manto dans la direction des grandes r nlrepriies ordonnées par Léon X et Clément VU. -» Son activité , dit \rarari , était si prodi-
vail que lui-même avait engagé messer Agnolo da Cesi à lui confier. Dans son indignation, maestro Antonio s'acharna ensuite tellement contre son détracteur qu'il le réduisit presque à mourir de faim. Je prêtai alors au Rosso quelques dizaines d'écus pour vivre. Il ne me les avait pas encore remboursés lorsque, apprenant qu'il était au service du roi, j'allai le voir, comme je l'ai dit plus haut. Non-seulement je pensais qu'il me rendrait mon argent, mais encore j'étais convaincu qu'il m'aiderait de tous ses efforts à entrer au service de ce grand roi François 1er.
Dès qu'il me vit, il se troubla et s'écria : — a Benvenuto, tu as fais ce long voyage à trop grands frais, d'autant plus que maintenant on songe à la guerre et non à nos babioles. * — Je lui répondis que j'avais apporté assez d'argent pour retourner à Rome comme j'étais venu; qu'il me payait mal de ce que j'avais souffert pour lui, et que je commençais à croire ce que maestro Antonio da San- Gallo m'avait dit de lui II voulut tourner la chose en plaisanterie. Je m'aperçus de sa scélératesse, et je lui montrai une lettre de change de cinq cents écus sur Riccardo del Bene. Ce misérable, saisi de honte, essaya de me retenir presque de force; mais je me moquai de lui, et je me retirai avec un autre peintre florentin, nommé Sguazzella, qui se trouvait présent (1).
J'allai loger chez ce Sguazzella avec mes trois chevaux et mes trois serviteurs, à tant la semaine. 11 me traitait très-bien, et je le payais encore mieux.
t gieose , qu'il pot mener de front , dans cinq villes à U fois , des travaux de la plat « haote importance , et quels travaux ! la forteresse de Florence et celle d'Aaeone , la ■ restanration de Loreto, le poils d'Oman et le Vatican da Rome. » Il mooratun 1546. — Vovet Vasari , Vie d'Antonio da San-Gallo. L VII, p. 7 et sntv.
(I) Vasari dit qu'Andréa Sguaizella suivit Andréa del Sarto an Franco. Il le cite comme on des élèves de ee maître qoi imitèrent le pins fidèlement son style. — Yojes Vasari , Vie d'Andréa del Sarto, t. VI , p. 117 et 149.