BLA
nos jours le docte M. Guérard, ont cru découvrir dans ces mots de Tacite suam quisque domum spalio circumdat, l'origine de la terre immobilière ou salique. En sorte que la propriété territoriale ellemême aurait été connue des Germains ; mais nous n'avons pas besoin de traiter cette question pour ce que nous voulons prouver. — Voir Eccard, Leges Salicœ, lxii. — Montesq., Esp. des lois, xviu, 22. — Guérard, Polypt. d'/rmmo.v, prolegom., i>. 485).
BIGAME, BIGAMIE. On a souvent reproché de nos jours aux Pères de l'Eglise la sévérité a^ec laquelle ils ont condamné la bigamie, ou les secondes noces, soit des hommes, soit des femmes ; on a blâmé les canons qui défendent d'élever aux ordres sacrés un bigame, c'est-à-dire, un homme qui a eu successivement deux femmes, ou qui a épousé une veuve. Cette rigueur, dit-on , semble avoir attaché une noie d'infamie aux secondes noces, qui, dans le fond, ne sont pas plus criminelles que les premières. Barbeyrac, Traité de la morale des Pères, c. h, § lk, etc.
Si on voulait se rappeler quelle était la dépravation des mœurs du paganisme, on sentirait mieux la sagesse des Pères et de la discipline de l'Eglise. La licence du divorce avait fait du mariage une vraie prostitution. L'adultère servait de gage pour de secondes noces; c'est Sénèque qui nous l'apprend (de Bcnef., liv. i,c. 9). Les fiançailles les plus honnêtes, dit-il, sont l'adultère, et dans le célibat du veuvage, personne ne prend une femme qu'après l'avoir débauchée à son mari.
Pour rendre au mariage sa sainteté primitive, il fallait nécessairement inspirer aux fidèles la plus haute estime pour la continence, soit dans l'état de virginité, soit dans le veuvage : un excès de corruption ne pouvait être corrigé que par une très-grande sévérité. S'il y a quelque chose d'étonnant, c'est que la morale chrétienne ait pu avoir assez de force pour changer ainsi les idées sur un point de la plus grande importance pour les mœurs, et qu'une discipline aussi austère ait pu s'établir chez des peuples qui, autrefois, n'attachaient aucun mérite à la chasteté. On a beau dire que ces idées d'une perfection chimérique peuvent diminuer le nombre des mariages cl nuire à la population. Le christianisme, loin de produire ce mauvais effet, fit tout le contraire. Ce n'est pas la sainteté des mariages qui les rend stériles, c'est leur corruption. Sans les fléaux qui fondirent sur l'empire romain, lorsque le christianisme y fut dominant, la population réduite à rien par les mœurs du paganisme, par des lois absurdes, par un gouvernement despotique, se serait certainement rétablie par la sainteté même de la morale de 1 Evangile. Toutes choses égales d'ailleurs, il n'est point de nations chez lesquelles la population fasse plus de progrès que chez les nations chrétiennes. — On sait d'ailleurs, par une expérience constante» que quand les veaii de l'un ou de l'autre sexe, qui ont des enfants, se remarient, ceux-ci ont peine à
Je pardonner ; ils ne se voient qu'avec une extrême répugnance réduits à plier sous les
lois d'un beau-père ou d'une marâtre, et ils ne voient naître qu'avec beaucoup de regret des enfants d'un second lit : le mémo inconvénient avait lieu sans doute pendant les premiers siècles; il n'est donc pas étonnant que les Pères aient fort recommandé la continence dans le veuvage.
Mais o:i leur reproche de s'être servis d'expressions trop fortes : Athénagore dit que les secondes noces sont un honnête adultère ; l'auteur de l'ouvrage imparfail sur saint Matthieu, que l'on a cru faussement être saint Jean Chrysostome, prétend qu'elles sont en ellesmêmes une vraie fornication ; mais que comme Dieu les permet, lorsqu'elles se font publiquement, elles cessent d'être déshonnêles. De là Barbeyrac conclut que, selon quelques docteurs chrétiens, l'honnête et le déshonnête, le bien et le mal, dépendent d'une volonté de Dieu purement arbitraire.
Si l'on veut faire attention au passage dû Sénèque que nous avons cité, l'on verra qu'Alhénagore parle des secondes noces telles qu'elles se faisaient communément chez les païens; et ce n'est pas sans raison quo les Pères de l'Eglise voulaient inspirer aux chrétiens l'horreur de ce désordre. Quant à l'auteur de l'ouvrage imparfait sur saint Matthieu, on sait qu'il est justement suspect de monlanisme et de manichéisme, deux hé* résics qui attaquaient la sainteté du mariage en général; c'est par la même raison que Terlullien, devenumontaniste, condamna les secondes noces avec la même rigueur. Mais la conséquence que Barbeyrac en tire est absurde; il reconnaît lui-même que l'Evangile condamne plusieurs choses que Dieu avait permises ou tolérées chez les Hébreux, comme le divorce; s'cnsuil-il de là que* le bien et le mal moral dépendent d'une volonté arbitraire de Dieu ?
11 est faux que la bigamie ait été mise au nombre des irrégularités ecclésiastiques, seulement pour une raison mystique, comme on le dit dans le Dictionnaire de Jurisprudence ; elle l'a été pour les raisons que nous venons d'à"
léguer.
BIGOT. Quelle que soit l'origine de l'élymologie de ce terme, il signifie un dévot superstitieux, et l'on nomme bigoterie, une piété mal dirigée et peu éclairée. Mais l'abus que les incrédules et les mauvais chrétiens font de ce mol pour inspirer le mépris de la piété en général ne doit eu imposer à personne ; ce sont de mauvais juges qui ne connaissent ni la religion ni la vertu.
B1SSACKAMENTAUX, nom donné par quelques théologiens à ceux des hérétiques (jui ne reconnaissent que deux sacrements, le baptême et l'eucharistie; tels que sont les calvinistes.
* BLANCHARD. Le Concordat de 1801 jeta dans la consternation un certain nombre de prêtres exilés en Angleterre. L'abbé Blanchard, ancien profataeur de tlioulugie, puis curé au diocèse de Lisieux, attaqua vivement le Concordat. Il déclara que la nouvelle Eglise de franco étail scliisinalique Cl hérétique. Mgr. Milncr, évéque de Castabala, vicaire apostolique du district du milieu en Angleterre, publia un mandement contre les erreurs de Blanchard et de