‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 105 sur 183 · NON · texte numérisé non relu

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nv>nde? C'est la ver:» el rien que la vertu : l'affection, l'amitié fondée sur une autre base e4 frivole, trom; ense, mensongère.

Tous reus «|iiï ont connu et pntiqué la vertu, savent que ce tnldeau n'est point une chimère. Pourquoi n'esl-il pas donné à ceux qui la niéconnaissent de le comprendre aus-i ? Ali ! s'il leur était donné de lire dans l'âme des hommes les plus vertueux, ils seraient surpris de l'état ravissant de leur âme ; ils les verraient heureux, même au milieu des plus grandes calami es. Job sur son fumier était le plus infortuné des mortels. Etait-il malheureux ? La tranquillité de son âme, celle enlière soumission à la volonté de Dieu, que rien ne pouvait troubler, me persuadent qu'il tiouvaii encore un céleste bonheur dans tous se^ maux. — Aristide ce juste du paganisme, banni par ses Concitoyens, s'en allant sur la terre de l'exil, Aristide était-il malheureux ? Lorsque je le vois, au sortir de la ville d'Athènes, élever vers le ciel des mains suppliantes , et demander aux dieux qu'il n'arrive rien de fâcheux à sa patrie, les conjurer que jamais Athènes ne soit dans la nécessité de le rappeler, je me dis à moi-même: Non, il n'était point malheureux.

El saint Louis, le plus grand de nos rois, voyezle captif sur la terre d'Egypte. El'it-il malheureux? Un seul traii de sa captivité répondra à cette question. Au moment où les Sarrasins se saisirent de sa personne, avec autant de calme que dans son palais, il demanda son bréviaire à son aumônier pour réciter les noues. On ne demande pas à un homme capable d'un tel prodige si les maux de la vie ont pu le rendre malheureux. Ou affirme sans témérité que la vertu l'avait placé au-dessus de toutes les infortunes.

Tout ce qu'il y a d'utile, de beau, d'agréable, de grand, de sainl, de juste prend donc sa source dans la vertu ; c'est sa grandeur même, c'est son excellence qui est l'origine du saint respect que les plus vicieux lui portent , de ce désir, de ce b soin de revenir au bien qui tourmente les plus grands coupables au milieu de leurs crimes.

IL La philosophie s'est donnée comme la maîtresse de la véritable félicité de l'homme sur la terre. Nous serions infinis si nous voulions étudier tous ses systèmes (g). Qu'a-l-elle fait pour satisfaire iVspril, le cœur cl le corps de l'homme ?

Chacun connaît les ihéoties insensées des philosophes anciens et nouveaux sur les plus grandes vérités, sur la nature de Dieu et sur la lin de l'homme. Pour qu'on ne nous accuse pas d'exagération, nous citons deux coryphées dans la philosophie, Lucien el Rousseau.

Voici ce que dit Lucien : • Daus l'état d'ignorance

^et de perplexité où j'étais sur l'ignorance du monde, je pensai qu'il n'y aurait rien de mieux à faire que de recourir aux philosophes. Persuadé qu'ils é aient les dépositaires de toutes les vérités, et qu'ils dissiperaient mes doutes, je m'adressai à ceux d'entre eux que je crus plus habiles. Je jugeai de leur mérite à la gravité de leur extérieur, à la pâleur de 1 ur visage et à la longueur de leur barbe, marques infaillibles, selon moi, de la profondeur et de la subtilité de leurs connaissances. Je me mis donc entre leurs mains, et après être convenu du prix, qui n'élail pas modique, je voulus d'abord être instruit de tous les contes qu'ils nous font s:ir ce qui se passe dans le ciel, et savoir comment ils s'y prennent pour nous expliquer l'ordre établi daus l'univers. Quel fut mon domicilient, lorsque tous les docles maîtres, b en loin de dissiper ma première incertitude, ne plongèrent dans un aveuglement mile fois plus grand encore1. J'av;ns tous les jours les ore.lles rebattues des grands mots de principes, de fins, d'atomes, de

(a) Varron comptait déjà de son temps deux cent quatre-vingt-huit systèmes sur le bonheur. Si nous ennuierions ceux qui uni éié faits depuis, nous en aurions peutêtre pi is d'un million .

vide, de matin e, de forme. Ce qu'il y a de plus insupportable pour moi, c'est que chacun d'eux, en in'enseignant précisément le confraire de ce qu'avaient dit les autres, exigeait que je n'eusse confiance qu'en lui seul et me donnait son système comme étant le seul bon. • — < Je consultai les philosophes, dit llou-seau, je feuilletai leurs livres, j'examinai leurs diver es opinions, je les trouvai tous fiers, affirmatifs, dogmatiques même dans leur scepticisme prétendu, n'ignorant rien, ne prouvant rien, se moquant les uns des autres ; el ce point, commun à tous, me parait le seul sur lequel ils ont lous raison. Tiiomph ml quand ils attaquent, ils ne sont unis que pour détruire ; si vous comptez les voix, chacun se réduit à la sienne; ils ne s'accordent que pour disputer. »

« Si je m'arrête à la morale de nos sages, disait Gérard, je vois le p'us grand nombre dans un éternel conllil d'opinions; des oui, des non sur chaque article de leur code el toutes les véiités réduites en problèmes. Je les vois établir assez généralement que la morale lire son origine de la politique, comme les lois et les bourreaux ; qu'on doit regarder les actions comme indifférentes en elles-mêmes, et que c'est au législateur à lixer l'instant où elles cessent d'être vertueuses el deviennent vicieuses ; qu'il n'y a en soi ni vice ni vertu, ni bien ni mal moral, ni juste ni injuste ; que loul est arbitraire el fait de main d'homme ; qu'une âme mortelle n'a point de devoir ; que c'esi la sensibilité physique el l'inléièt personnel qui Sont les auteurs de toute justice ; qu'il est aussi impossible à l'homme d'aimer le bien pour lei>ien que d'aimer le mal pour le mal ; que la vérité el la vertu sont des êtres qui ne valent qu'autant qu'ils sont profitables à celui qui les pos-èie. »

Ames droites, âmes honnêtes, vous frémissez en parcourant avec moi ce code de démence et d'immoralité; mais suspendez pour quelques moments votre indignation et ne peidons rien des leçons de nos nouveaux maîtres. y.i'ajouient-ils à ces premières institutions, qu'une maxime de bonté naturelle plus utile que celle de faire à autrui comme nous vouions qu'on nous lasse, qui sont celie-ci : Fais ton bien avec le moins de mal qu'il est possible. Interdire Les pjssions aux hommes, c'est leur défendre d'être hommes. Conseillera une personne d'une imaginalion emportée de modérer ses désirs, c'est lui conseiller de changer son organisation ; c'est ordonner à sou sang de couler plus lentement. La diversité des passions el des goùls décide de nos vertus el de nos vices. Le sentiment est l'âme des passions, et le sentiment n'est point libre. Tout sentiment qui naît eu nous de la crainte des souffrances et de l'amour des plaisirs est légiiime et conforme à notre instinct. Suivre ses désirs, c'est l'unique moyen de s'affranchir de leur imporlunité. Pour être heureux, il faut étouffer les remords, qui sont inutiles avant le crime et qui ne servent pas plus après que pendant qu'on le commet. La bonne philosophie se déshonorerait en pure perle en réalisant des spectres el en s'arrètant à ces vieux préjugés : il faut songer au corps avant que de songer à l'âme.

De pareils principes étaient loin de pouvoir satisfaire les besoins du cœur : aussi, tourmenté par des tiraillements opposés et pervers, il se liouvait dans nu étal d'antagonisme perpétuel ; ce qui faisait son tourment.

Notre siècle a été surtout le grand défen-eur des satisfactions corporelles ; c'esl pour cela que nous avons vu naître les communiâtes, les fouriéristes, les phalansiériens, les socialises, etc. Nous consacrons un article spéc al à chacune de leurs théories ; nous nous contentons d'obseï ver ici que si nous jugeons des suites par les débuts, nous n'avons à attendre que spoliation et guerre civile.

C'est donc dans la religion que nous devons chercher notre félicité ici-bas. La loi efface toutes les diderenecs intellectuelles, soit originaires, soitqu'el-

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les proviennent de l'éducation, de la condition, o'i

d'aulres circonstances accidentelles, et, prélaul une force inlinîe à la raison même de l'enfant, parce qu'elle l'établit en société avec la raison infinie de Dieu ; elle décide irrévocablement sur toutes les grandes questions qui font tourner la tête aux philosophes. Dès lors l'homme n'a plus rien à chercher: il connaît sa place dans l'ordre des êtres ; il connaît Dieu,- il se connaît lui-même, et trouve sans effort, dans la contemplation de la vérité immuable, la paix de l'intelligence et de l'amour. Instruit de ses devoirs comme de ses destinées, et Iran mille sur le reste, il n'ignore rien de ce qu'il lui est nécessaire ou vraiment utile de savoir. De là un repos profond, un bien-être inexprimable, indépendant des sensations, et que rien ne saurait- troubler, parce qu'il a sa source dans le fond le plus intime de l'àme abandonnée entre les mains du grand Etre essentiellement bon et tout-puissant, qui se ré\èleet s'unit par les voies ineffables au coeur docile à ses inspirations. Eclairé d'une lumière nouvelle , et appréciant toutes les choses à leur vrai prix, l'homme cesse d'être le jouet des passions. La règle invariable de l'ordre détermine, modère ses attachements cl se> désiis, et, dans les vicissitudes inséparables de cetie \ie passagère, il ne voit que de courtes épreuves dont une immortelle félicité sera le terme et la récompense. On parle de plaisirs ; en est-il de comparables à ceux qu'accompagne l'innocence? N'estce rien que d'être content de soi et des autres ? N'est-ce rien que d'être exempt de repentir et de remords, ou de trouver contre la remords un asile assuré dans le repentir ? Car les larmes même de la pénitence ont plus de douceur que n'en eurent les fautes qui les font couler. Le cumr du vrai chrétien est une fête c< ntinuelle : il jouit plus de ce qu'il se refuse, que l'incrédule ne jouit de ce qu'il se permet, heureux dans la prospérité, plus heureux dans les souffrances, parce qu'elles lui offrent un moyeu d'accroître le bonheur qu'il attend, il s'avance d'un pas tranquille, à travers les peines de la vie, vers la montagne qui couronne la cité permanente, séjour céleste de 1> pux, des délices éternelles et de tous l.s biens.

Bonheur éternel. L'allcnte d'un bonheur éternel après l;i mort, est le seul motif qui puisse nous faire supporter patiemment les maux de cette vie, et nous exciter clficacement à la vertu. Exposé ici-bas à des afflictions de toute espèce, l'homme serait la plus malheureuse de toutes les créatures, s'il n'avait rien à espérer au delà du tombeau. 11 n'est doue pas étonnant que les incrédules qui ont renoncé à la foi d'une autre vie, ne cessent de déplorer la triste condition de l'humanité, et partent de là pour blasphémer contre la Providence.

Il parait que tous ceux qui avaient perdu la connaissance du vrai Dieu n'uni eu aucune certitude d'une vie future, ni aucune connaissance de l'étal dans lequel doit se trouver l'âme séparée du corps. Les païens, à la vérité, étaient persuadés de son immorta- Jilé ; mais ce que les poètes disaient de l'état des morts n'était ni assuré ni fort consolant ; ils supposaient que les morts en général rebellaient la vie, et désiraient d'y revenir ; ils ne les croyaient donc pas places dans un état de félicité assez parfaite pour servir de récompense à la vertu. — Les anciens justes, adorateurs du vrai Dieu, avaient une perspective plus capable de les encourager. Ils savaient que Dieu avait transporté llénoc a

cause de sa pié'é (Gen. v, 24). Dieu avait dit au patriarche Abraham : Je serai la grande récompense (xv, 1). Job, dans l'excès de son affliction, disait : Je sais q te mon Rédempteur est vivant, qu'au dernier jour je me relèverai de la terre, que je reprendrai ma dépouille mortelle, et que je verrai mon Dieu dans ma chair; cette espérance repose dans mon cœur {Job, xix , 25). Balaam, quoiqu'environné d'idolâtres, s'écriait : Que mon âme meure de la mort des justes, et que mes derniers moments soient semblables aux leurs (Num. xxiii, 18). David, parlant des hommes veriueux, dit à Dieu : Ils seront rassasiés de l'abondance de votre maison ; vous les abreuverez d'un torrent de délices, et vous nous écl-irerez de votre propre lumière [Ps, xxxv, 9). L'auteur du livre de la Sagesse assure que les justes vivront éternellement, que leur récompense est auprès de Dieu, qu'ils sont au nombre de ses enfants, etc. (Sap. v, 16). Cette croyance, aussi ancienne que le monde, venait évidemment des leçons que Dieu avait données à nos premiers parents, et il n'en fallait pas moins pour les consoler de la perte de la félicité dans laquelle ils avaient été créés.

Mais comme c'était à Jésus - Christ de rouvrir aux hommes la porte du ciel, fermée par le péché d'Adam, c'était aussi à lui de leur annoncer celte heureuse nouvelle, et do leur révéler le bonheur éternel plus clairement qu'il n'avait été montré aux anciens justes. Aussi, selon l'expression de saint Paul, ce divin Sauveur a mis en lumière la vie et l'immortalité par l'Evangile (// Tim. 1, 10) ; il a représenté le bonheur éternel sous les traits les plus capables d'affermir nuire espérance et d'enflammer nos désirs. 11 nous apprend que les justes brilleront comme des soleils dans le royaume de leur Père (Matth. xm, 43) ; que Dieu leur rendra le centuple de ce qu'ils auront quitté pour lui (xix, 29) ; que dans le séjour qu'ils habitent il n'y a plus de crainte, plus de souffrances, plus de larmes ; que Dieu changera leur tristesse en joie, et les revêtira de sa propre gloire pour toute l'éternité (Apoc. xx1, 3 ; xxii, 5) ; qu'ils recevront une couronne dont l'éclat ne se ternira jamais (/ Pétri, v, 4).— Pour nous en donner encore une plus grande idée, Jésus- Christ nous fait entendre que les saints participeront à la même gloire dont il jouit comme Fils unique du Père : Je veux, dit-il, qu'ils soient où je suis moi-même [Joan. xvn, 24). Je placerai sur mon trône celui qui aura vaincu, comme je me sui> assis sur le trône de mon Père après ma victoire (Apuc. i, 23). Par sa transfiguration, il montre à ses disciples pendant quelques instants un rayon de la gloire éternelle (Luc. ix, 29). Mais il écarle de ce bonheur suprême toute idée sensuelle et grossière; il dit qu'après la résurrection les justes seront semblables aux anges de de Dieu dans le ciel (Marc, xn, 25); et son apôtre le confirme, en représentant les corpj ressuscites comme spirituels et incorrupiblcs, semblables à celui de Jésus-Christ (/ Cor. xv, 42). — Enfin, pour bannir toute inquiétude et toute défiance, il met, pour ainsi

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dire, le bonheur éternel sous les yeux de ses disciples, en les quittant pour en aller prendre possession : Je vais, dit-il, vous préparer vne place ; l'Esprit consolateur que je vous enverrai demeurera avec vous jusqu'à ce que je vienne vous chercher ; si vous m'aimez, réjouissez-vous de ce que je retourne à mon 1ère {Joan. xiv, 2, 16, 18, 28 (1).

Après des promesses aussi positives et des assurances aussi certaines, il n'est plus étonnant que Jésus-Christ ait eu des disciples capables de se sacrifier pour lui, et que ses leçons aient fait écîore parmi les hommes d< s vertus dont on n'avait pas encore vu d'exemple. Par là même Jésus-Christ a justifié les maximes de morale qui pouvaient paraître trop rigoureuses à des âmes énergiques et corrompues ; nous devons en conclure, comme saint Paul, que tout ce que nous pouvons faire ou souffrir en ce monde pour Dieu n'a point de proportion a\ec la gloire qui nous est réservée (Rom. vin, 18).

Nous ne sommes, donc p;is embarrassés de répondre aux incrédules, lorsqu'ils viennent nous dire que l'espérance dont nous nous Hâtions n'est fondée que sur notre orgueil ; que, puisque Dieu ne nous rend pas heureux en ce monde, rien ne peut nous assurer qu'il nous réserve un bonheur futur; que si d'un côté la religion nous console par de belles promesses, de l'autre elle nous épouvante par des idées terribles de la justice divine, et nous rebute par la sévérité de ses maximes.

Nous les invitons à considérer 1° qu'un noble orgueil sied très-bien à des âmes qui se croient rachetées par le sang d'un Dieu ; que ce sentiment les empêche de s'avilir par de honteuses passions, et leur inspire le courage de se sacrifier comme Jésus-Christ au salut de leurs semblables; que quand cet le croyance ne serait qu'un préjugé, il serait encore utile de l'entretenir parmi les hommes ; mais quMle est solidement fondée sur la parole, sur les souffrances, sur la résurrection et sur l'ascension du Fils de Dieu. — 2° Que notre état sur la terre ne peut plus paraître malheureux, dès que nous sommes assurés de jouir d'un bonheur éternel après cette vie ; que c'est la faute des incrédules si elle leur semble insupportable depuis qu'ils n'espèrent plus rien ; que c'est encore de leur part un Irait

(1) Nous devons observer que quelque grand que soil le bonheur des élus, il ne pourra jamais êire intini, parce qu'un tel bonheur ne peut exister dans une créature Unie. Nous aurons dans le ciel une connaissance de Dieu beaucoup plus complète que celle que nous possédons actuellement, mais jamais nous ne pourrons le comprendre entièrement. II y a dans le ciel divers degrés de bonheur proportionnés à l'excellence des mérites : pro meritorum diversitate, dit le concile de Florence. Celle décision est fondée sur les maximes de nos saintes heritures : Il y a plusieurs demeures dans In maison de mon Père (a). Autre est la clarté du soleil , autre la clarté delà lune, autre la clarté des étoiles : bien plus, une étoile diffère d'une autre étoile en clarté. Il en sera de même a la résurrection des morts (b).

(a) Joan xiv, 2. - (b) I ad Cor. m, 8."

de cruauté d'ôter aux autres le seul motif capable de les consoler, et sans lequel les trois quarts du genre humain seraient réduits au désespoir. 11 est démontré par la notion même d'être nécessaire, que Dieu est essentiellement bon ; les maux de cette vie sont donc une preuve que sa bonté veut nous en dédommager. — 3° Loin de nous effrayer par les notions de la justice divine, notre religion nous apprend que celte justice a été satisfaite par la mort de Jésus-Christ, et que, par son sacrifice, la paix a été réîablie entre le ciel et la terre (II Cor. v, 19; Ephes. i, 10 ; n, \k ; Coloss. i, 20, etc.) ; que notre salut n'est plus une affaire de justice rigoureuse, mais de grâce et de miséricorde. — 4° Une preuve que les maximes de notre religion ne sont ni impraticables, ni trop sévères, c'est qu'elles ont été suivies à la lettre par tous les saints, et qu'elles le sont encore aujourd'hui par une infinité d'âmes vertueuses, au milieu même de la corruption du siècle, et malgré les sarcasmes de l'incrédulité. Or, nous demandons qui est le plus en élat de juger de la sagesse et de la douceur de ces maximes, ou ceux qui n'ont jamais essayé de les suivre, ou ceux qui en font la règ^e de leur conduite ?

Il y a eu une dispute entre les théologiens catholiques et plusieurs sectes d'hérétiques, pour .savoir si les âmes des justes, qui n'ont plus de fautes à expier, vont incontinent jouir dans le ciel du bonheur éternel , ou si ce bonheur est retardé jusqu'après la résurrection générale et le jugement dernier. Au commencement du v siècle, Vigilance, au xïs% les Grecs et les Arméniens schématiques, au xvi% Luther et Calvin ont soutenu que les saints ne doivent jouir de la gloire éternelle qu'après la résurrection et le jugement dernier ; que jusqu'alors leurs âmes sont, à la vérité, dans un étal de repos, mais ne peuvent encore être censées heureuses qu'en espérance.

Celte erreur a été condamnée par le deuxième concile général de Lyon, l'an 1275, sess. k, et par celui de Florence, en 1439, dans le décret touchant la réunion des Grecs à l'Eglise romaine ; l'un et l'autre ont décidé que les âmes justes, sorties de ce monde en état de grâce, vont incontinent jouir de la gloire du ciel, et que les âmes décédées dans l'état du péché vont incontinent souffrir les tourments de l'enfer. Le concile de Trente a confirmé celte décision, sess. 25, dans sou décret concernant l'invocation des saints.

Les protestants ont allégué plusieurs passages de l'Ecriture sainte et des Pères, pour étayer leur opinion ; mais on leur en a oppose de plus clairs et de plus décisifs. Jésus- Christ dit au bon larron sur la croix : Aujourd'hui vous serez avec moi en paradis (Luc. xxiii, k3). Nous gémissons, dit saint Paul (// Cor. v,2), en désirant de jouir de notre habitation dans le ciel. (Ephes. iv, 8) : Jésus- Christ, montant au ciel, a conduit une multitude de captifs. (Philipp. i, 23) : Je désire de mourir el d'être avec Jésus-Christ. Il est dil (Apoc. v,i, 9) que les sainls sont devant le

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liôno de Dieu, elc. — Ceux d'entre 1rs Pères de l'Eglise qui s'expriment autrement, étaient dans l'opinion des millénaires, ou ils ont seulement entendu que la félicité des saints ne sera complète et parfaite qu'après le jugement dernier, et lorsque leur corps sera réuni à leur âme. Mais le plus grand nombre des saints docteurs ont suivi la lettre et. le sens des passages de l'Ecriture sainie que nous venons d'alléguer ; on peut le voir dans le P. Petau, tom. I, I. vu, c. 13. Sur celte croyance est fondée la pratique dans laquelle l'Eglise a été constamment d'invoquer les saints et d'implorer leur intercession auprès de Dieu. Lorsqu'elle prie pour les morts, elle demande à Dieu de les placer dès à présent dans le bonheur éternel. Luther et Calvin n'ont adopté l'erreur des Grecs que pour attaquer avec plus d'avantage ces deux pratiques de l'Eglise catholique. Bellarmin, Controv., tome 11, lit. de Ecclesia triumph., q. 1.

* BONIFACE VIII. Les souverains pontifes qui ont su détendre avec le plus de fermeté les droiis de l'Eglise ont été l'objet des plus vives attaques, et on a fait retomber sur l'Eglise même leurs fautes réelles ou supposées, lioniface V 111 est du nombre des pontifes qui ont été le plus vivement attaqués. Les accusations fausses et injurieuses adressées de son temps à cet illustre pontife ont été immortalisées i ai- le Dante. Ces accusations du poêle ont été répé ées à Peuvi par l'école moderne; mais il a été démontré qu'elles étaient sans fondement. Voici en quelques mots le résumé des nouvelles recherches historiques qui placent Boniface VIII au nombre des grands papes el sont une justili ati> n complète de sa vie :

« Je n'ai point parlé, dit Mgr Wiseman, des négociations que ce grand pontife eut avec les puissances étrangères, l'empereur, le roi de Sicile, et surtout le roi de France ; car il serait impossible <!e parler convenablement de chacune d'elles dans un travail aussi court que celui-ci. Mais il est un caractère frappant que l'on peut facilement observer dans toutes ces négociations, et qui semble avoir échappé au regard de tous les historiens modernes. Il rapporte pourtant beaucoup d'honneur à Homlace, et fait en même temps ressorir le mensonge tant de fois répété que c'était un homme lit gieux el d'une ambition démesurée : c'est que chacune de ces négociations avait pour but d'obtenir la paix el de meure un terme aux querelles el à l'effusion du sang. l'our fortes et énergiques que furent ses convictions, pour rigide que lui sa manière d'agir, il avait toujours en vue de faire en sorte que les souverains remissent l'épée dans le fourreau, respectassent les droits de leurs voisins plus faibles, cl unissent leurs efforts pour le grand dessein de toute loi chrétienne de ce temps : d'ahaltre el de détruire la puissance toujours croissante des Sarrasins. Si la maxime des tyrans est, Divide et impera, à coup sûr Boniface ne fut point un tyran; si le système dos ambitieux pour s'agrandir eux-mêmes est de laire en sorte que les autres s'entre-délruisent en de mutuelles contestations, il ne fut ni ambitieux ni jaloux d'obtenir un gouvernement sans homes. Sitôt qu'il fut monté sur le trône, il s'efforça d'opérer une réconciliation entre l'empereur et les rois d'Angleterre el de Franco, et plus lard entre ces deux derniers, tlallam avoue que le compromis qu'il donna était plein de justice. Il pacilia les républiques rivales de Gènes et de Venise, depuis longtemps en guerre l'une contre l'autre. Pisc vint spontanément mettre enlrc ses mains les rênes de sa république, en lui oilranl un tribut annuel : il envoya un gouverneur avee oidre de s'engager par serment à observer Ici lois, ci à employer

les revenus au maintien de 1a milice consacrée à la défense de cet étal. Velletri le choisit pour sou podestat ; Florence, Bologne et Orviello lui firent élever des statues de marbre d'un grand pFix. Quand il lil la guerre, Florence, Orviello et d'autres pays lui envoyèrent de* soldats; el on raconte que les femmes mêmes, ne pouvant combattre (Pelrini , Mém.), recrutaient des soldats pour lui. Il était aimé des Romains, dont tout le désir était qu'il voulût rester plus longtemps au milieu d'eux. Tous ees faits, dont le temps ne me permet pis de citer des preuves, démontrent que ce fut un homme pacilique et juste, respecté des bons et des gens vertueux de son siècle. Quant à s ni savoir el à son expérience, personne n'en peut douter. Mais d'ailleurs j'ai fait ieman|uer que pas un de ses ennemis les plus acharnés n'a osé censurer sa conduite en fait de moeurs; bien plus, ils ont déclaré positivement ne point trouver en lui d'autre vice que l'orgueil et l'ambition. El encore, je dirai que, malgré ces accusations de tyrannie et d'ambition, il n'y a pas un seul cas où il ail refusé de pardonner à quiconque implora sa générosité ; il s'en faut encore davantage qu'il ail puni de mort un ennemi tombé en son pouvoir.» (Démomt.évang., t. XVI, col. 005, édil. Aligne.)

BONOS1AQUES ou BONOSIENS , nom d'une secte que Bonose, évéque de Macédoine, renouvela au iv* siècle. Il soutenait, comme Photin, que Jesus-Chrisl n'était Fils de Dieu que par adoption, et que Marie sa mère avait cessé d'être vierge dans l'enfantement. Le pape Gélase condamna ces deux erreurs»

BONS -HOMMES, religieux établis l'an 1259 en Angleterre, par le prince Edmond ; ils professaient la règle de saint Augustin, et portaient un habil bleu. Sponde croit qu'ils suivaient l'institut du bienheureux Jean Lebon, qui vivait en ce siècle. On donna en France ce nom aux minimes, à cause du nom de bonhomme que Louis XI avait coutume de donner à saint François de Paule leur fondateur. Les albigeois affectaient aussi de prendre ce même nor.i de bons-hommes. Voy. Polydore Virgi'e, Ilist. Angl., livre xvi ; Sponde, en 1259, n° 9.

BONTÉ. Voy. Bon.

BOUBOBITES, secte de gnosliques, laquelle, outre les erreurs et le libertinage commun à tous les hérétiques connus sous ce nom, niait encore, selon Philastrius, la réalité du jugement dernier (Saint Epiph., Hœres. 25 et 26 ; Saint Augustin, de lianes., c. 5 ; Baronius, ad an. Chr. 120).

BORKÉLISTES. S:oupp, dans son Traité de la religion des Hollandais, parle d'une secte de ce nom, dont le chef était Adam Borcll, Zélandais, qui avait quelque connaissance des langues hébraïque, grecque el latine. Ces boi rélistes, dit cet auteur, suivent la plus grande partie des opinions des inciinomles, quoiqu'ils ne se trouvent point dans leurs assemblées. Leur vie est fort austère ; ils emploient une partie de leur bien à faire des aumônes. Ils ont en aversion toutes les églises, l'usage des sacrements, des prières publiques, et loules les autres fonctions extérieures du service de Dieu. Ils soutiennent que loules les églises qui s'ont dans le inonde ont dégénéré de la pure doctrine des apôtres, parce qu'elles ont souffert que la parole do

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