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même dans tous les temps , et il n'est pas uniforme non plus dans toutes les sociétés chrétiennes; les catholiques sont en contestalion sur ce point avec les prolestants. Outre les livres du Nouveau Testament, que l'Eglise reconnaît pour canoniques par tradition , elle a aussi placé dans le canon de l'ancien Testament plusieurs livres que les Juifs ne reçoivent point comme divins. C'est ce qui a donné lieu de distinguer les livres saints en protocanoniques, deuiérocanoniques et apocryphes. Mais nous verrons dans la suite que les livres sur la canonicité desquels on dispute, ne sont pas en grand nom- Lie. Sur ce sujet l'on peut former plusieurs questions importantes ; nous les proposerons , non pour les décider toutes avec confiance , mais pour montrer la manière dont on doit procéder dans ces sortes de discussions.
I. Y a-t-il eu chez les Juifs un canon des livres sacrés? On ne peut pas en douter, quand on sait que les Juifs , d'un consentement unanime, ont reçu comme divins les mêmes livres et le même nombre de livres, et qu'ils n'ont pas regardé comme tels d'autres livres , qui sont cependant respectables. 11 faut qu'ils y aient été déterminés par une tradition constante, ou par une autorité qui n entraîné tous les suffrages. Celle unanimité n'a pas pu cire un effet du hasard. Or, nous sommes assurés de ce concert des Juifs , 1" par le témoignage des anciens Pères de l'Eglise, 'foules les fois qu'ils ont eu occasion de faire l'enuinéralion des livres reconnus comme divins ou canoniques par les Juifs , ils se sont accordés à en dresser le même catalogue ; nous le verrons ci-après. Ils ont donc été très-bien in'ormésdu sentiment des Juifs, puisque lous l'attestent de même. S'ils avaient eux-mêmes forgé cette liste ou ce canon, il \ aurait eu entre eux. de la variété ; plusieurs y auraient placé quelques-uns des livres que nous nommons deulérocanoniques, puisqu'ils les r< gardaient comme divins , et les citaient comme tels. Mais ils ont eu la bonne foi de convenir que ces livres n'éiaienl pas mis dans le canon par les Juifs. — 2" Par le témoignage de Josèphe. Gel historien, qui éîail de race sacerdotale el trèsinstruil des sentiments de sa nation, dit dans son premier livre contre Appion, c. 2, que les Juifs n'ont pas comme les Grecs une multitude de livres ; qu'ils n'en reconnaissent comme divins que vingt-deux ; que ces livres
Hubacuc, Sophonias, Aggée, Zacharie, Malachie, et les deux prem ers livres des Machabées.
Les Ivres du Nouveau Testament so.it : les quatre Evangiles selon sa ni Mulliieu, saint Marc, suint Luc, et suint Jean; les Actes des Apôtres, les quatorze Epîtres de saint Paul, savoir : une aux Romains, deux aux Corin liiens, une aux Galates, une aux Ephésiens, un»' aux Pliilippiens, une aux Colostiens, deux aux Tlissaloniciens, deux à Timolliée, nue à Tite, une à l'Iulémon, et une aux Hébreux; les deux Epines de saint Pierre, les trois de saint J'.iu, une (le saint Jacq e-, une de saint Jude, et l'A/jocalypte de saint Jean. (Concil. Tnd., sess. i, can. dj sacris Script.)
contiennent toul ce qui s'est passé depuis le commencement du monde jusqu'au règne d'Ariaxercès ; que, quoiqu'ils aient d'aulrfs écrits, ces derniers n'ont pas chez eux lai même autorite que les livres divins. Il ajoute que tout Juif est prêt à répandre son sang pour la défense de ceux-ci. — 3° La persuasion des Juifs d'aujourd'hui. Ils ne comptent encore, entre les livres divins, que ceux dont leurs pères ont, diseul-ils, dressé le canon dans le temps de la grande synagogue. Ils nomment ainsi l'assemblée de ceux de leurs docteurs qui ont vécu après le retour de la captivité. C'est ainsi que s'exprime l'auteur du traité Méyilah, dans la Gémare , c. 3. L'uniformité de loules les bibles hébraïques publiées par les Juifs ne laisse aucun douie sur ce point. L'existence d'un canon des livres saints, chez les Juifs, est donc incontestable.
11. N'y a-l-il eu chez les Juifs qu'un seul et même canon des saintes Ecritures? — Quelques auteurs ont supposé qu'il y en avait eu plusieurs, el qu'ils n'étaient pas absolument semblables. Génébrard , dans sa chronologie , pense qu'il y en a eu trois : la premier au temps d'Esdras, et dressé par la grande synagogue; ce canon, selon lui, ne renfermait que vingt-deux livres : le sec >nd, tait sous le pontife Eléazar, dans un synode assemblé pour délibérer sur la version des livres saints que demandait le roi Ptoléméc, et que nous appelons la version des Septante. Alors, dit Génébrard, on mit au nomme des livres divins Tobie , Judith, la Sagesse et l'Ecclésiastique. Le troisième , au lemps d'Hircan, dans le septième synode, assemblé pour confirmer la secte des pharisiens, dont Hillel cl Sammaï étaient les chefs , el pour condamner Sadoc etBarjelos, promoteurs de la secte des s.idducéens. Alors on mit dans lo canon les livres des Machabées, et l'on confirma les deux canons précédents , malgré les sadducéens , qui , à l'exemple des samaritains, ne voulaient reconnaître pour divins que les cinq livres de Moïse. Ce sentiment de Génébrard est une pure imagination , qui n'est appuyée sur aucune preuve. — Serrarius, plus moderne que Génébrard , attribue aux Juifs deux canons différents : l'un de vingt-deux livres , fait par Esdras ; l'autre dressé au lemps des Machabées, el augmenté des livres deutérocanoniques. Ce sentiment n'est pas mieux fondé que le premier ; l'un el l'autre sont contredits par les Pères, qui nous assurent constamment que les Juifs n'ont reconnu pour divins que vingt-deux livres. — Méliton dit à Onésime qu'il a voyagédans l'Orient pour savoirquelsétaient les livres canoniques , il n'en nomme que vingt-deux. — Saint Jérôme , dans son prologue défensif , dil qu'il l'a composé afin que l'on sache que lous les livres qui ne sont pas parmi les vingl-deux qu'il a nommés , doivent élre regardés comme apocryphes. On comprend qu'ici apocryphe signifie simplement non reconnu comme divin; saint Jérôme le fait assez sentir : il ajoute que la Sagesse, l'Ecclcsiaslique, Tobie et Judith, ne
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sont pas dans le canon. Dans sa préface sur Tobie , il dit que les Hébreux excluent ce livre du nombre des Ecritures divines , et le rejettent entre les apocryphes. Il le répète à la tête de son Commentaire sur le prophète Jonas. — Origènc écrit, dans sa lettre à Africain , que les Hébreux ne connaissent ni Tobie ni Judith , mais qu'ils les mettent au nombre des livres apocryphes. — Saint Epiphane dit , dans son livre des Poids et des Mesures, n° 3 et k, que les livres de la Sagesse et de l'Ecclésiastique ne sont pas chez les Juifs au rang des Ecritures saintes. — L'auteur de la Synopse assure que Tobie, Judith, la Sagesse et l'Ecclésiastique ne sont pas des livres canoniques , quoiqu'on les lise aux catéchumènes.
Aucun de ces anciens écrivains ne parle de deux ni de trois canons reçus chez les Juifs.
III. Combien délivres renfermait le canon des Ecritures chez les Juifs, et quels étaient ces livres? — 11 est constant que les Juifs en ont toujours reconnu vingt-deux, autant qu'il y avait de lettres dans leur alphabet, et qu'ils les désignaient par ces leilres mêmes; c'est la remarque de saint Jérôme dans son prologue défensif. A la vérité, quelques rabbins en ont compté vingt-quatre, et d'autres vingt-sept; mais ils divisaient cerlai.ns livres en plusieurs pariies, et n'augmentaient pas pour cela le nombre réel de vingt-deux. — Ceux qui en comptaient vingt-quatre, séparaient les Lamentations de Jérémie d'avec ses prophéties, elle livre de Huth d'avec celui des Juges ; au lieu qu'on les laissait ordinairement réunis. Pour les désigner par vingt-quatre lettres de l'alphabet, ils répétaient trois fois la lettre jod, à l'honneur du nom de Dieu, Jéhovah, écrit en chaldéen par trois jod. Ainsi font encore les Juifs d'aujourd'hui. Saint Jérôme pense que les vingtquatre vieillards de l'Apocalypse font allusion à ces vingt-quatre livres. — Ceux qui en comptaient vingt-sept , partageaient en six les livres des Rois et des Paralipomènes, qui, dans les autres catalogues, n'en faisaient que trois; et pour les désigner, ils ajoutaient aux vingt-deux lettres hébraïques les cinq finales; c'est ce que dit saint Kpiphane dans son livre des Poids et des Mesures.
Le canon était donc toujours foncièrement le même, mais la minière de compter par vingt-deux était la plus ordinaire, comme le suppose Josèphe; Uiehard Simon prétend, sans aucune preuve, que la plus ancienne manière était d'en compter vingt-quatre.
Quels étaient ces livres? Saint Jérôme, bon témoin dans cette matière , en fait ainsi l'énuméralion. La Genèse, VExode, le Léviti- (/ue, les Nombres, le Deuléronome, Joxué, les Juges avec Huth, Samuel ou les deux premiers livres des liais, les Rois, qui sont les deux derniers livres de ce nom, Jsaie, Jérémie avec ses Lamentations , Ezéchiel, les douze petits Prophétie, Job, les Psaumes, les Proverbe», V Ecclésmsie, le Cantique, Daniel, les Paralippmènei en deux livres, î'.sdras,
aussi double, Eslher. — Saint Epiphane fait la même liste. Uœres. 8, n° G; De Pond, et Mens., n° 3, k, 22, 23. — Saint Cyrille de Jérusalem , Calech. k, dit aux chrétiens de méditer les vingt-deux livres de l'Ancien Testament, et de se les mettre dans la mémoire tels qu'il va les nommer, et il les nomme comme saint Jérôme et saint Epiphane. — Saint Hilaire, Prolog, in Psal., le concile de Laodicée, can. (iO, Origène , cité par Eusèbe, Hist. liv. vi, c. 26, ont dressé le même catalogue. Méliton vivait au ne siècle ; il avait voyagé exprès dans l'Orient pour s'instruire; les anciens ont fait grand cas de ses ouvrages ; il ne parle pas du livre d'Esther, ce qui peut être une faute de copiste. — Bellarmin, dans son catalogue des écrivains ecclésiastiques , s'est trompé, en disant que Méliton mettait le livre de la Sagesse au nombre des saintes Ecritures; on lit dans Eusèbe, 2a>ouwvoc nxp^tuiai ») xaî loyix Salomonis Proverbia quœ et Sapienlia, parce que les Proverbes étaient souvent appelés la Sagesse de Salomon. Voyez la Note de Valois sur Eusèbe, liv. îv, c. 26. — Josèphe, liv. i, contre Appion, c. 2, dit que sa nation ne reconnaît comme divins que vingt-deux livres, cinq de Moïse, treize des prophètes, et quatre autres qui renferment ou des hymnes <\ la louange de Dieu, ou des préceptes pour les mœurs. Il ne paraît pas qu'il en ait voulu désigner d'autres que ceux que nous avons nommés. Quoiqu'il ne dise rien des malheurs de Job dans son Histoire juive, il ne s'ensuit pas qu'il ait regardé le livre de Job comme apocryphe; l'histoire de Job ne tenait en rien à celle de la nation juive, et Josèphe a pu la regarder comme une parabole ou comme un poëme divin, plutôt que comme une narration historique.
IV. En quel temps a été dressé le canon des Juifs, et qui en est l'auteur? — Cette question n'est pas fort aisée à résoudre. C'est aujourd'hui une espèce de paradoxe, d'avancer qu'Esdras ne fut jamais l'auteur du canon des livres sacrés des Juifs. Les écrivains, même les plus judicieux, ont trouvé bon de mettre sur le compte d'Esdras tout ce qui concerne la Bible, et dont on ignore l'inventeur et l'origine. Ils l'ont fait correcteur et réparateur des livres perdus ou altéras, réformateur delà manièred'écrire, quelques-uns même, inventeur des points voyelles, et tous, auteur du canon des Ecritures. — Malgré l'unanimité des sulfrages sur ce dernier point, il nous paraît qu'il n'y aurait aucune témérité à en douter, et même à soutenir le contraire. Soit que l'on consulte les livres d'Esdras lui-même et de Néhémie, soit que l'on cherche des preuves ailleurs , on n'en trouve aucune ; ce qui est dit dans le iv livre apocryphe d'Esdras, ehap. xiv, vers 21 et suivants, n'est d'aucune autorité.
Avant de prendre aucun parti sur celte question, il y a plusieurs difficultés à résoudre. 1* Il faut s'assurer du temps auquel Esdras a vécu; H2" savoir sous quel prince il est venu de liahylonc à Jérusalem ; 3° si tous les livres qui sont dans le canon étaient écrits
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avant lui; 4" s'il a écrit lui-même le livre qui porte sou nom. — Quand on s'accorderait sur toutes ces questions, nous ne voyons pas par quelle autorité Esdras aurait fait les grandes opérations qu'on lui attribue, ni comment les Juifs, naturellement si indociles, se seraient soumis à ses ordonnances. 11 n'était ni grand prêtre ni prophète; il n'avait de pouvoir qu'autant que la nation voulait bien lui en accorder. — Il est très-probable que la prophétie de Malacliie et les Paralipomènesont été écrits assez longtemps après Esdras ; que Néhémie lui est postérieur de près d'un siècle. Ce n'est donc pas Esdras qui a pu mettre ces divers écrits dans le cunon. — Nous ne voyons aucun inconvénient à supposer que le canon des livres de l'Ancien Testament a été formé comme celui des écrits du Nouveau, par la tradition commune, sans qu'aucun particulier ni aucune assemblée ait dressé ce catalogue et lui ait donné la sanction.
C'est l'affaire des protestants de voir si la tradition juive est une autorité suffisante pour nous faire recevoir des livres comme divins , inspirés , parole de Dieu et règle de foi. Ils en ont senti la faiblesse, puisqu'ils ont eu recours à une inspiration du Saint- Esprit accordée à chaque particulier : ce n'est pas ici le lieu de démontrer l'illusion de ce système. — Pour nous, nous avons un meilleur garant de notre croyance; c'est l'autorité de Jésus-Christ même et des apôtres, qui ont donné aux fidèles les livres de l'Ancien Testament comme la parolede Dieu, et nous sommes assurés de ce fait par le témoignage de l'Eglise. Nous ne pouvons savoir par aucune autre voie quels livres ils ont désignés comme tels, puisque cela n'est écrit dans aucun livre, ni attesté par aucun monument.
Nous convenons que le canon des Juifs a été suivi dans les premiers siècles de l'Eglise; les anciens Pères ne pouvaient mieux luire, puisque alors l'Eglise n'avait pas encore prononcé; on n'avait pas encore pu comparer la tradition des Eglises del'Occident avec relie ries Eglises de l'Orient; cela ne s'est fait que dans ta suite. Mais les Pères qui ont cité le canon des Juifs n'ont pas prétendu que l'Eglise était privée de l'autorité nécessaire pour y ajouier d'autres livres; ils ont supposé le contraire, puisqu'ils ont cité euxmêmes comme livres divins des ouvrages qui n'étaient pas dans le canon des Juifs. — Les prolestants leur en font un crime ; mais c'est encore à eux de nous dire pourquoi ils reçoivent le canon des Juifs qui nous est transmis parles Pères, en même temps qu'ils accusent d'erreur ou de témérité ces témoins vénérables.
Dès l'année 397, un concile de Garthage a placé dans le canon des saintes Ecritures, des livres que le concile de Laodicée n'y avait pas mis trente ans auparavant. Les Pères de Carlhage suivaient en cela la tradition des Eglises de l'Occident, de laquelle ceux de Laodicée n'avaient pas eu connaissance. Lorsque le concile de Trente a fixé le
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nombre des livres canoniques, et a prononcé l'analbème contre ceux qui ne se soumettraient pas à sa décision, il n'a fait ce décret qu'après avoir consulté la tradition de toutes les Eglises et de tous les siècles.
A l'article Canonique , nous parlerons du canon des livres du nouveau Testament.
Dissert, sur la canonicité , etc.; Bible d'Avignon, tome I,r, p. 54, etc.
V. A qui appartient-il de décider si un livre est ou n'est pas canonique? Nous répondons hardiment que c'est à l'Eglise, et que nous ne pouvons le savoir certainement par aucune autre voie. En voici les preuves : — 1° Au mot Eglise, nous prouverons que Jésus-Christ a donné à l'Eglise, c'est-à-dire au corps des pasteurs, la mission et l'autorité pour perpétuer sa doctrine, pour enseigner les fidèles, pour diriger et fixer leur croyance. Or, s'il y a un article essentiel d'enseignement, c'est de savoir quels sont les livres que nous devons recevoir comme parole de Dieu et comme règle de notre foi : donc c'est à l'Eglise, et non à aucun autre tribunal, de nous l'apprendre. — 2° 11 faut distinguer la canonicité d'un livre d'avec son authenticité; demander si un livre est authentique, c'est demander s'il a été véritablement c*crit par l'auteur dont il porte le nom , si cet auteur est un des apôtres ou un de leurs disciples, si ce livre n'a pas été corrompu ou falsifié : mettre en question s'il est canonique, c'est examinersi l'auteur était inspiré de Dieu, si cet ouvrage doit être reçu comme parole de Dieu et comme règle de loi. Un livre peut être authentique sans être pour cela canonique ; ainsi l'on ne doute pas que la Lettre de saint Barnabe, les deux Lettres de saint Clément, le Pasteur d'Hermas n'aient été écrits par des disciples immédiats des apôtres, tout comme les évangiles de saint Marc et de saint Luc; cependant ces deux évangiles sont des ouvrages canoniques ; et les écrits dont nous venons de parler ne le sont pas. Pourquoi cette différence? parce que l'Eglise a reçu des apôtres ces deux évangiles comme parole de Dieu, et n'a pas reçu de même les autres écrits. Or c'est à l'Eglise seule qu'il appartient de nous attester quels sont les livres qu'elle a reçus de la main des apôtres comme parole de Dieu, ou qu'elle n'a pas reçus comme tels ; donc c'est à elle seule à fixer nos doutes sur ce point. — 3' De l'aveu même des protestants, la question de savoir si un livre est authentique, s'il a été fait par tel auteur, s'il n'a été ni corrompu, ni falsifié, est une question de fait qui ne peut se décider que par des témoignages et par la tradition de l'Eglise des premiers siècles. Or, de savoir s'il est canonique, inspiré, parole de Dieu, c'est aussi une question de lait; puisqu'elle se réduit à savoir s'il a été donné comme tel à l'Eglise par les apôtres : donc cette seconde question se doit décider par des témoignages et par la tradition, comme la première. — Pour esquiver celte conséquence évidente , les protestants cherchent à l'obscurcir; ils disent que la question de Yua-
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thenticité d'un livre est, à la vérité, una question de fait, tuais que la canonictté est une question de droit ou de foi. Conséquemment ils ont déclaré, dans leurs confessions de foi, qu'ils reconnaissent les livres de l'Ecriture pour canoniques, non tant par le commun accord et consentement de l'Eglise, que par le témoignage et intérieure persuasion du Saint-Esprit. Beausubre, aist. du Manich., loui. I'*; Disc, sur les livres apocryphes, § 6, p. iii. — Déjà nous venons de démontrer que la canoniale d'un livre est une pure question défait; nous ajoulous que selon licausobre lui-même l authenticité porte sur une question de droit ou sur une discussion de doctrine. Il dit que pour juger si un livre était authentique ou apocryphe, les Pères ont eu pour première règle d'en comparer la doctrine avec celle qui avait clé enseignée par les apôtres dans toutes les Eglises; pour deuxième règle d'en comparer encore la doctrine avec celle des ouvrages qui étaient incontestablement des apôtres ou des hommes apostoliques, ibid., § 5, p. 441, kk3. Or, voilà ceilaiuement un examen de foi et de doctrine : donc ce n'est pas une pure question de fait. Si les Pères oui pu s'y tromper , quelle certitude peut nous donner leur témoignage louchant l'authenticité d'un livre? Vvy. Ecriture sainte, § 1 et 2. — ï° Il est évident que le prétendu témoignage et intérieure persuasion du Saint- Esprit, à laquelle recourent les protestants, est un enthousiasme pur. Le Saint-Esprit, sans doute, ne fera pas un miracle à l'égard de chaque protestant pour lui donner une capacité , des lumières , un discernement qu'il n'a pas naturellement. L'authenticité Ue la première Lettre de saint Clément est universellement reconnue, el il csl prouvé par l'histoire que ce saint pape a été disciple de saint Pierre aussi immédiat que saint Ivlarc. Cette lettre ne renferme aucun point de doctrine contraire à celle que les apôtres ont précitée dans toutes les Eglises, ni à telle qui se trouve dans leurs ouvrages incontestables. Sur quoi donc porte l'inspiration du Saint-Esprit qui lait connaître à un prol' stanl que l'Évangile de suint Marc est canonique ou parole de Dieu, el que la Lettre de saint Clément ne l'est pas ? — Aussi l'inspiration du Saint-Esprit n'est poiul la même à l'égard des différentes sectes protestantes. Les calvinistes rejettent hautement cl constamment l'Apocalypse comme un livre apocryphe et sans autorité ; les luthériens el les anglicans n'en jugent pas de même. Le Sainl-Espril ne parle pas toujours le même langage dans la même secle : dans un lemps l'Epiire de saint Jacques a été retranchée des bibles luthériennes ; dans un auire, elle y a été rétablie; Luther, dans sa préface sur celte épitre, laisse à chacun la liherte d'en juger comme il voudra; elle se trouve dans toutes les bibles calvinistes; Wallemboui g , Tract. kt part, ni , secl. 2, $ .'1. A laquelle de ces différentes iiispiralu.iis devons- nous croire? — l'uisque c'est Il bm.il-Esprii qui l'ail connaître aux pro-
testants que tel livre est canonique, et que tel aulre ne l'esl pas ; c'est encore lui, sans doute , qui leur dicle que telle version est Odèle, el que telle autre ne l'est pas ; que lel passage a tel sens, el non celui qui lui est donné par les autres sectes. Si cela est ainsi , les protestants n'ont plus besoin d'érudition, de recherches, de discussions, pour savoir si les livres sont authentiques ou apocryphes , s'ils sont eniiers ou altérés , s'ils ont élé bien ou mal traduits, etc. Le Saint- Esprit supplée à tout, el décide souverainement de tout. N'est-ce pas là un fanatisme pur ? — 5° Dès son origine, l'Eglise s'est attribué le droit cl l'autorité de décider quels sont les livres canoniques. Dans les canons des apôtres , dressés par les conciles du ii' et du me siècle , elle a dit aux fidèles, can. 76, alias 85 : « Voici les livres que vous tous, clercs ou laïques, devez regarder comme saints et vénérables , savoir, pour l'Ancien Testament, etc. » Elle a lait de môme au concile de Nicée, l'an 325; au concile de Laodicée , en 3 J6 ou 367; au troisième de Carlhage, en 397. Souliendra-t-ou que dès le ir siècie , les pasteurs de l'Eglise, établis el instruits par les apôtres, ont oublié les leçons de leurs maîtres, se sont attribué une autorité qui ne leur appartenait pas, el une inspiration du Sainl-Espril qui étail promise à tous les fidèles?
Les protestants nous objectent que ces décisions du concile n'ont pas été uniformes ; qu'il n'y a point eu, dans les premiers siècles, de canon des Ecritures universellement reçu et suivi; que jusqu'au vui* et au ixc, les différentes Eglises ont joui d'une entière 1.berié d'admellre dans leur canon ou d'en rejeter tels livres qu'elles jugeaient à propos. — Si cela était vrai, il y aurait lieu des'elonner de ce que le Saint-Esprit, qui inspire aujourd'hui les protestants sur cet article essentiel de croyance, n'a pas daigné parler à aucune Eglise pendant huit ou neuf siècles ; mais le fait est faux, puisque aucune Eglise n'a formellement rejeté aucun des livres que l'on nomme protocanoniques; le canon est donc demeuré constamment el universellement reçu, quant à ceux-là ; il n'était plus question que de savoir si on devait y en ajouter d'autres, ou si on ne le devait pas. Pour lu savoir, il a fallu attendre que l'on pût comparer ensemble la tradition des d. (Ter en les Eglises, lanl de l'Orient que de l'Occident. Une preuve que celte comparaison a ele faite, el que le canon a élé dressé uniformémeul dès le v* siècle au plus lard, c'est que les nésloriens el les eulychicns ou jacooilcs, qui se sonl sépares de l'Eglise romaine à celle époque, placent dans le canon les mêmes livres que nous. ( Assemaoi , Biùlioth. orient. , loin. IV, c. 7, § 7, pag. 236.)
Les protestants ne sonl rien moins que d'accord entre eux sur le temps auquel lu canon des livres du Nouveau Testament a élé irrévocablement li\é. liasuage prétend qu'il ne l'a pas été avait le V1H" ou le ix" siècle; Mosheim soutient qu'il l'a élé dès le n' ; mais il convient que l'on ne peut eu juger
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que par conjecture. Après de pareils aveux, nous ne concevons pas comment l'on peut s'obsliner à soutenir que les livres saints ont toujours été regardés comme la seule règle de foi. Quand nous avouerions que la liste des livres proto-canoniques a été faite et arrêtée dès le 11e siècle, est-il bien certain qu'il n'y a point d'autres articles de foi que ce qui est contenu dans ces livres, et que l'on n'en peut tirer aucun des livres deutéro-canoniques ? Voilà ce que les protestants n'ont pas encore démontré. Quand ils l'auraient fait, nous demandons encore comment la foi a pu être fixe et certaine dans les sociétés qui ont demeuré longtemps sans avoir les livres saints traduits dans leur langue. II y aurait bien d'autres questions à faire. Voy. Ecriture sainte , Deutéro canonique , etc.
Canons des Apôtres. C'est un recueil de règlements de discipline de l'Eglise primitive ; ils sont au nombre de soixante-seize ou de quatre-vingt-cinq, selon les différentes manières de les partager. Tout le monde convient qu'ils n'ont pas été dressés tels que nous les avons , par les apôtres mêmes ; du moins il n'y en a aucune preuve ; mais leur autorité est incontestable. Daillé et quelques autres protestants ont fait de vains efforts pour prouver que ces canons sont absolument supposés, qu'ils n'ont commencé à être connus et cités qu'au ive ou au ve siècle. Le savant Bévéridge, évêque de Saint-Asaph, théologien anglican, a fait voir que ces canons ou règlements ont été faits par les évêq'ues et par les conciles du 11e et du 111e siècle, qu ils sont par conséquent antérieurs au premier concile de Nicée, que ce concile les a suivis et s'y est conformé. Voyez Codex Ca~ nonum Ecclesiœ primilivœ PP. Apost. t. 1er, p. 442 ; loin. II, part. 11, p. 1. — En effet, il n'est pas probable que saint Jean, qui a gouverné l'Eglise d'Eplièse pendant un grand nombre d'années, n'ait fait aucun règlement de discipline pour cette Eglise ; il en est de même à l'égard de saint Jacques pour celle de Jérusalem, de saint Marc pour celle d'Alexandrie, de saint Pierre et de ses premiers successeurs pour celle de Rome. Dans ces différentes villes, il s'est tenu des conciles pendant le w et le 111e siècle ; il est naturel que les évêques qui y ont assisté se soient fail un devoir de suivre celte discipline respectable, en aienl fail des règles générales, et les aienl fail observer dans leurs Eglises. On n'a pas eu tort d'appeler ces règles Canons des Apôtres, puisqu'elles ont élé dressées d'après ce que les apôtres et les hommes apostoliques avaient établi. La prétendue supposition de ces canons n'est qu'une équivoque sur laquelle les protestants ont joué Irès-mal à propos ; ils sont apocryphes , dans ce sens qu'ils n'ont élé é'crils ni par les apôtres, ni par saint Clément, auquel ils sont attribués ; mais ils sont vrais el authentiques, dans ce sens qu'ils renferment véritablement la discipline qui passait, au 11' et au ni" siècle, pour avoir été établie par les apôtres. — Quoique ces règlements regardent direetc-
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ment la discipline , ils ne sont pas indifférents à l'égard du dogme, de la morale, du culle extérieur. On y voit la distinction des évêques d'avec les simples prêtres , la prééminence des premiers, leur autorité sur le clergé inférieur, les mœurs et les devoirs prescrits aux ministres de l'Eglise et aux simples fidèles. On y trouve les noms d'autel et de sacrifice, ce qui était observé dans l'administration du baptême, de l'eucharistie, de la pénitence, de l'ordination, etc. — Il en résulte que la doctrine des prolestants est aussi opposée à celle des temps apostoliques, que leur culte et leur discipline sont contraires à ce que l'on observait pour lors. Autant ils se sont trouvés intéressés à en contester l'au- ' thenlicité, autant il importe aux catholiques de la soutenir. 11 est heureux pour nous que les théologiens anglicans aient pleinement éclairci, et, pour ainsi dire, épuisé cette question.
Canons d'un Concile. On appelle ainsi les décisions d'un concile en malièrededogmeou de discipline; parce que ce sont les règles auxquelles les fidèles doivent conformer leur croyance et leur conduite. Les canons dogmatiques sont ordinairement conçus en ces termes : Si quelqu'un dit telle chose , enseigne telle doctrine, qu'il soit anathème, c'est-à-dire retranché" du corps de l'Eglise el de la société des fidèles. — Quant aux canons ou décisions des conciles et des souverains ponlifes en matière de discipline, ils tiennent moins à la théologie qu'au droit canonique. Mais un ecclésiastique ne doit jamais oublier les paroles suivantes du concile de Trente : « Le concile a voulu que loul ce qui a été salutairement ordonné par les souverains pontifes et par les sacrés conciles, louchant la vie des clercs, leur extérieur etleur doctrine, etc., soit observé dorénavant, sous les mêmes peines que celles qui ont été statuées dans les conciles précédents. » Sess. 22, de Heform., c. 12. C'est dans ce dessein que l'on a mis dans les nouveaux bréviaires les principaux. canons qui concernent la conduite des clercs. 11 est absurde d'avoir part aux »biens el aux privilèges de l'Eglise sans vouloir être soumis à ses lois.
Canons Arabiques du concile de Nicée.
Voy. Nicée.
Canon de la messe, règle ou formule de prières et de cérémonies que le prêtre doit suivre pour consacrer l'eucharistie. — En comparant ensemble les différentes liturgies grecques et latines, on voit que la messe y est toujours divisée en trois parties : savoir, la préparation, l'action et la conclusion. La première s'étend depuis le commencement ou l'introït jusqu'à la préface; la seconde, qui est proprement le canon, depuis le sanctus jusqu'à la communion ; la troisième est l'action de grâces. L'action est la plus essentielle, puisqu'elle renferme la consécration ; les Grecs l'ont nommée àvayo^à , élévation, soit parce qu'av;mtde la commencer le prêtre exhorte les fidèles à élever leurs cœurs vers le ciel, sursum corda; soit parce qu'après la consécration il élève les symboles eucha-
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ristiqucs pour faire adorer aux assistants Jésus-Ghrisl présent. Dans la liturgie romaine, le canon commence par ces mots : Te igitur, etc.
Quelques liturgistes ont écrit que c'est saint Jérôme qui, par ordre du pape Sirice , a mis le canondans la forme que nous avons; d'autres, que c'est le pape Sirice lui-même , qui vivait sur la fin du ive siècle. Mais on disait la messe avant Sirice et avant saint Jérôme ; il y avait donc déjà un canon ou une règle que le prêtre devait suivre : jamais cette aclion sainte n'a été abandonnée au goût et à la discrétion des particuliers. — L'abbé Kenaudot , dans la dissertation qu'il a mise à la tête de la Collection des liturgies orientales, a fait voir que le canon vient des apôtres; il le prouve par la conformité qui se trouve entre les liturgies syriaques, cophtes, grecques et latines : s'il y a de la variété dans les prières, si quelques cérémonies se font dans un ordre différent , toutes cependant reviennent au même pour le fond , toutes renferment une invocation à Dieu, des prières pour les vivants et pour les morts , l'invocation des saints, les paroles de Jésus- Cbrist pour la consécration , l'élévation ou Voslension de l'eucharistie, et l'adoration ; il conclut avec raison que ce canon est d'institution apostolique, que jamais personne n'a eu la témérité) d'y toucher ni de le changer essentiellement. C'est la profession la plus claire et la plus éclatante que l'Eglise puisse faire de sa foi touchant l'eucharistie. — De même le P. Lebrun, dans son Explication des cérém. delamesse, tom. 111, p. l^y, a fait voir que le canon de la messe était écrit avant Van HO ; et que le pape Gélase l'inséra dans son sacramentaire, tel qu'on le suivait pour lors , sans y faire aucun changement : que l'an 538 ce canon fut envoyé par le pape Vigile aux Espagnols, comme étant de tradition apostolique ; que vers l'an GOO, saint Grégoire le Grand y ajouta seulement ces mots : diesque noslros in tua pace disponas ; qu'il pi ;ça, l'oraison dominicale avant la fraction de l'hostie, au lieu que dans les autres liturgies elle ne se disait qu'après. Depuis ce temps-là, on n'y a pas louché, sinon pour y ajouter le nom de quelques sainte. C'est dans cet état que le canon de la messe fut porté en Angleterre par le moine Augustin; il y en a un manuscrit fait avant l'an 700. Le P. Lebrun prouve que le pape (iélase même n'y avait lait aucun changement, mais seulement des additions au sacramentaire, auquel il mit des collectes ou oraisons pour les jours qui n'en avaient point de propres, en y laissant toutes celles qui y étaient déjà. Avant lui, les papes Innocent 1" et saint Léon avaient fait de même. En effet, l'ancien canon de lamesse romaine, «lui est celui du pape Gélase , tel qu'il l'avait trouvé eu usa»e, est entièrement conforme a celui du sacramentaire de saint Grégoire. Voy. Codices sacrant. Thumasii, p. 1U6. — Ainsi, <|uand nous lisons que le pape Sirice au iv siècle, (iélase au V. saint Grégoire au vue, ont ajouté ou changé quelque chose au
sacramentaire, cela ne doit pas s'entendre du canon, mais des autres parties de la messe. C'est dans ce sens que Jean diacre, dans la Vie de saint Grégoire, 1. n, c. 17, dit que ce saint pape renferma dans un seul volume le sacramentaire de Gélase, qu'il en retrancha plusieurs choses, en changea quelques-unes, et y en ajouta fort peu. — C'est donc avec raison que le coneile de Trente a dit que h$ canon de lamesse a été dressé par l'Eglise, qu'il est composé des paroles de Jésus-Christ, de celles des apôtres et des premiers pontifes qui ont gouverné l'Eglise. Si les prétendus réformateurs avaient été plus instruits, s'ils avaient comparé ensemble toutes ces liturgies qui datent des premiers siècles, ils n'auraient pas condamné avec tant de hauteur le canon de la messe de l'Eglise romaine. Voy. Liturgie.
Le concile de Trente prononce l'anathème contre tous ceux qui condamneront la coutume établie dans celte Eglise, de réciter à voix basse une partie du canon et les paroles de la consécration, ou qui soutiendront que l'on doit célébrer en langue vulgaire. Sess. 22, can. 9. Croira-l-on qu'au commencement de ce siècle qui Iques prêtres prononçaient à haute voix les paroles du canon et de la consécration , afin de persuader aux femmes qu'en répétant ces paroles elles consacraient avec le prêtre? Ils ignoraient que la liturgie n'a été mise par écrit qu'au ivc siècle, et qu'avant ce temps-là les prêtres seuls savaient les prières du canon. Voy. Langues vulgaires, Si crêtes, et V Ancien Sacramentaire, par Grandcolas , if* part., p. 786.
Caimons Pénitentiaux. Ce sont les règles qui fixaient la rigueur et la durée de la pénitence que devaient faire les pécheurs publics qui désiraient être réconciliés à l'Eglise, et reçus à la communion. — Nous sommes étonnés aujourd'hui de la sévérité de ces canons, qui furent dressés au IV siècle; mais il faut savoir que l'Eglise se crut obligée de les établir, 1° pour fermer la bouche aux novatiens et aux montanisles, qui l'accusaient d'user d'une indulgence excessive envers les pécheurs, et de fomenter ainsi leurs dérèglements-^0 parce qu'alors les désordres d'un chrétien étaient capables de scandaliser les païens, et de les détourner d'embrasser le christianisme ; c'était une espèce d'apostasie; 3° parce que les persécutions qui venaient de finir avaient accoutumé les chrétiens à une vie dure et à une pureté de mœurs qu'il était essentiel de conserver. — Au reste, ces canons n'ont été rigoureusement observés que dans l'Eglise grecque ; le concile de Trente, en corrigeant les abus qui pouvaient s'être glissés dans l'administration de la pénitence, n'a témoigné aucun désir de faire revivre les anciens canons pénitentiaux.
Sess. lfc, Chap. S. Il est cependant très à propos d'en conserver le souvenir, soit pour prémunir les confesseurs contre l'excès du relâchement, soit pour réfuter les calomnies quo les incrédules se sont permises contre les moeurs des premiers chrétiens. Voy. M-
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tutence, Pénitentiel, Ancien Saa'omenlaire, ir part. , p. 563.
Canons des Saints, catalogue des saints reconnus ou canonisés par l'Eglise. Voy. Canonisation. — C'est un usage aussi ancien que le christianisme, de recommander à Dieu dans la liturgie les fidèles vivants , nommément les évêques et les pasteurs ; c'était autrefois un témoignage de communion de foi avec eux et de catholicité. Voy. Diptyques. On y a toujours prié pour les morts, et on y a fait mention des saints, surtout des martyrs, en demandant à Dieu la grâce de participer à leurs mérites et à leur intercession. Ainsi, le canon delà messe s'est trouvé être aussi le canon d?s saints, et leur nombre a augmenté de jour en jour. — Certains critiques ont conclu mal à propos que le canon de la messe n'est pas fort ancien , parce que l'on y voit le nom de quelques saints qui ne sont pas des premiers siècles : ils n'ont pas fait attention que ces noms ont été ajoutés à mesure que les saints sont venus à mourir.
CANONIQUE. Un livre est appelé canonique, lorsqu'il se trouve dans Je canon ou dans la liste des saintes Ecritures. Au mol Canon, nous avons vu quels sont ceux qui composent l'ancien Testament. Quant à ceux du nouveau, l'on a constamment reconnu pour canoniques les quatre Evangiles , les Actes des apôtres, les quatorze épîtres de saint Paul, excepté l'épîlre aux Hébreux; la première épître de saint Pierre , et la première épltre de saint Jean. Voilà, dit Eusèbe, après les Pères plus anciens, les livres qui sont reçus d'un consentement unanime. Hist. ecclésiasl., I. m, c. 25. C'est ce qui leur a fait donner le nom de protocanoniques.
Il y a eu d'abord quelques doutes sur la canonicité de l'Epîlre aux Hébreux, des Epîtres de saint Jacques et de saint Jude , de la seconde de saint Pierre, de la seconde et de la troisième de saint Jean, et de l'Apocalypse. Cependant ces écrits ont été reçus de tout temps par quelques Eglises, et ensuite par l'Eglise universelle. Nous le voyons par les anciens catalogues des livres du Nouveau Testament, tel que celui des conciles de Laodicée, de Carlha^e et de Rome, celui que l'on trouve dans le derniercanon des apôtres, etc. C'est ce qui a déterminé le concile de Trente à les mettre au même rang que les autres, et ils sont appelés deutéro canoniques. — Ce canon des livres du Nouveau Testament n'a point été dressé d'abord par aucune assemblée ecclésiastique, ni par aucun particulier: il s'est formé peu à peu sur le consentement unanime de toutes les Eg ises, et ce consentement n'a pu devenir unanime que quand ces différentes sociétés ont été à portée de rendre témoignage de ce qu'elles avaient ou n'avaient pas reçu des apôtres. — Mais les Epilres dont la canonicité a d'abord été contestée, n'avaient été adressées nommément à aucune Église ; celle de saint Paul aux Hébreux était pour tous les juifs convertis, quelques-unes étaient pour de simples particuliers , et ne paraissaient pas fort importan-
tes; elles n'ont pu être d'abord revêtues d'une attestation aussi authentique que celles qu'avaient reçues les Eglises de Rome, de Corinthe, d'Iîphèse, etc. Il en est de même de l'Apocalypse.
Vainement quelques incrédules ont cru fonder une grande objection sur la lenteur avec laquelle le canon des livres du Nouveau Testament a été formé. Cet argument peut incommoder les protestants, qui ne veulent point d'autre règle de foi que l'Ecriture sainte; c'est à eux de nous faire concevoir comment l'Eglise chrétienne a pu demeurer si longtemps sans savoir certainement quels livres elle devait ou ne devait pas regarder comme Ecriture sainte. Pour nous, qui soutenons, comme nos pères, que la principale règle de foi est l'enseignement public, constant et uniforme de l'Eglise, nous ne voyons pas en quoi il était si important que le canon des Ecritures fût promptement dressé et universellement connu.
Eusèbe {Histoire ecciés., 1. m, c. 23), distingue trois sortes de livres du Nouveau Testament : 1° Ceux qui ont été reçus d'abord d'un consentement unanime, et dont nous avons vu ci-devant rémunération. 2" Ceux qui n'ont point été reconnus d'abord par toutes les* Eglises, mais seulement par quelques-unes ; ou qui ont été cités comme Ecriture sainte par quelques auteurs ecclésiastiques. Mais celte seconde classe se divise en deux, l'une des livres qui dans la suite ont été reçus par toutes les Eglises, et ont été nommés deutérocanoniques ; nous les avons désignés : l'autre des livres qui n'ont point été placés dans le canon, mais que l'on a conservés comme des livres utiles et respectables. Tels sont les livres du Pasteur, la Lettre de saint Barnabe, les deux* Lettres de saint Clément, etc. 3U Les livres supposés et forgés par les hérétiques pour autoriser leurs erreurs, livres que l'Eglise catholique a toujours rejetés; tels sont les faux évangiles de saint Thomas, de saint Pierre, les fausses Apocalypses, etc. — De là il résulte que la. seule raison qui nous détermine à regarder tel livre comme canonique, divin ou inspiré,, est la tradition ou l'autorité de l'Eglise. Quand nous serions pleinement persuadés qu'un livre a été véritablement écrit par un apôtre ou par un disciple de Jésus-Christ, qu'il est par conséquent authentique ; quand il ne renfermerait rien que de vrai et de conforme à tous les articles de notre croyance, cela ne suffirait pas. La divinité des livres saints ne porte principalement ni sur la certitude historique, ni sur les règles de critique, ni sur le témoignage d'aucun particulier, mais sur l'autorité et la garantie de l'Eglise; et nous Tue voyous pas sur quel autre fondement on peut l'établir.
Lorsque les protestants font profession de ne recevoir pour divins que les livres dont la canonicité a été universellement reconnue dans les premiers siècles, c'est d'abord un*? fausseté; l'épîlre aux Hébreux qu'ils reçoivent, a élédnuteuse pendant quelque temps. D'ailleurs, si le sentiment unanime de Pau-
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cionne Eglise suffit pour nous apprendre que Ici livre esl divin, nous ne voyons pas pourquoi il ne suffil plus pour nous enseigner comment nous devons l'entendre, ou pour nous convaincre quo tels et tels dogmes sont révélés. — Nous concevons encore moins sur quel fondement les protestants croient l'authenticité des livres même prolocanoniques, comment ils osent se Qer au témoignage des anciens auteurs ecclésiastiques, pendant qu'ils nous les représentent comme des hommes d'une probité très-douteuse, qui ne se sont jamais fait de scrupule de commettre des fraudes pieuses , ni de mentir pour la gloire de Dieu et pour la propagation de la foi. Voy. Mosheim, Instit. flist. Christ., 11e part., c. 2, § 23. .
CANONISATION d'un saint; décret par lequel le souverain pontife déclare que tel homme a pratiqué les vertus chrétiennes dans un degré héroïque, et que Dieu a opéré des miracles par son intercession, soit pendant sa vie, soit après sa mort. Conséquemment il juge que l'on doit l'honorer comme un saint, il permet d'exposer ses reliques à la vénération des fidèles, de l'invoquer, de célébrer le saint sacrifice de la messe et un office en son honneur. La canonisation est ordinairement précédée d'un décret de Béatification. Voy. ce mot.
Dans les premiers siècles de l'Eglise, les martyrs ont été les premiers auxquels les fidèles ont rendu un culte solennel. On élevait un autel sur leur tombeau, et l'on y célébrait les saints mystères; en cela consistait toute la cérémonie de la canonisation. Nous en voyons un exemple dans les actes du martyre de saint Ignace, et dans la lettre de l'Eglise de Smyrne au sujet du martyre de saint l'olycarpe. Ce sont donc les peuples qui ont été les premiers auteurs du culte rendu aux saints, et l'Eglise l'a approuvé avec raison. — Les évêques jugèrent néanmoins qu'il y fallait apporter beaucoup de précaution , pour empêcher que l'on ne rendît les honneurs dus à la vertu, à des hommes qui ne les auraient pas mérités. Saint Cyprien ordonna de faire des informalions exactes de ceux qui étaient véritablement morts pour la foi, de lui envoyer leurs noms et les circonstances de leur martyre, afin de ne pas confondre avec eux ceux dont le zèle pouvait paraître suspect. Epist. 37 et 70. — Dans la suite on crut devoir rendre le même culte aux personnages vénérables qui, sans avoir souffert le martyre, avaient é'iilié l'Eglise par une vie exemplaire. Mais la piété souvent imprudente des peuples, les erreurs dans lesquelles on était tombé à cet égard, la négligence des évêques à constater les vertus et les miracles de ceux auxquels on s'empressait de rendre un culte, obligèrent les souverains pontifes à se réserver ce jugement. Le premier exemple d'une canonisation solennelle faite par le pape esl de la fin du xr siècle. Voy. V Ancien Sacramcntaire, par Grandcolas, irt partie, p. 385 (1).
(I) Les martyrs furent des l'origine placés Sur nos
Les prolestants se sont exercés à l'envi à tourneren ridicule la canonisation des saints ; mais ils auraient dû nous apprendre ce que devait faire l'Eglise pour prévenir les prétendus abus qu'ils lui reprochent. A-t-elle pu ou a-t-ellc dû empêcher les peuples de respecter la mémoire des serviteurs de Dieu, dont on avait admiré les vertus pendant leur vie?Ce senlimentesl naturel ; il aloujours été et il sera toujours le même; il a régné chez les juifs aussi bien que chez les chrétiens
autels. Depuis la paix de l'Eglise on étendit cel honneur à ceux des iidèles qui s'endorment dans le baiser du Seigneur après une vie passée dans la persévérance de toute justice, ou dans l'exercice d'une pénitence laborieuse. Ces saints sont entrés en partage des honneurs que la religion accorde à ses héros. Saint Martin de Tours paraît en avoir joui le premier, du moins en Occident. — La confession la plus éditante, la vie la plus sainte, la mort la plus glorieuse, ne fuient pas des titres suflisanls pour consacrer aulhenliquemenl la mémoire d'un athlète de la foi chrétienne. On attendait que son triomphe eût été proclamé par la voix des premiers pasteurs. Il leur appartenait de brûler le premier encens sur son cercueil, et c'était de leurs mains que son nom devait être inscrit dans les fastes ecclésiastiques. De là ce litre distinctif de Martyrs approuvés ( Martyres vindicali), pour désigner ceux que l'autorité légitime niellait en possession des honneurs qu'on doit aux bienheureux habitants des cieux. (Voir les décrets des conciles de Mdèse, de Cologne, les capilulaires de Charlemagne, etc.) Cette barrière ne parut pas suffisante pour éviter la profanation. Ou crut que l'évèque diocésain n'offrait pas de garantie suffisante. Oa finit par attribuer au saint-siége, sans aucun partage, le droit de canonisation. Il serait assez diftieile de lixer d'une manière précise une date à ce changement important. Alexandre III esl communément regardé comme l'auieurde cette réserve.
La cour de Rome procède dans ces causes avec une prudence digne d'admiration. On ose défier la malignité la plus ingénieuse d'inventer, pour démasquer l'imposture ou prévenir l'erreur, des moyens plus assurés et plus prompts que ceux qui sont mis en œuvre dans toutes les informations des commissaires et les jugements de ce tribunal. On emploie (oui ce que la religion du serment a de plus sacré, cl la crainle des censures ecclésiastiques de plus imposant, pour tirer la vérité de la bouche des lémoins. On agil avec taul de lenteur et de maturité; ou revient si souvent avec lanl d'application qu'on n'a rien à ciaindre de la précipitation ni du zèle enthousiaste. Quand on considère les procès de l'ordinaire, et l'examen qu'ils subissent à Home; les nouvelles enquêtes des commissaires apostoliques sur les mêmes sujets, qu'on discule<avec la même sévérité; les informations particulières sur les vertus el mit les miracles; l'héroïsme qu'on exige dans celles-là; les caractères qu'on requiert dans ceux-ci; les doutes qu'on agite dans les congrégations: les chicanes du promoteur de la foi ; les disputes qu'on excite exprès entre les médecins et les aunes experts qu'on appelle à ces questions; on ne pe il êire qu'effrayé de celte inuliitude d'obstacles qu il laui vaincre pour parvenir à mettra en éwdence la sainteté îles serviteurs de Dieu dont ou poursu'l la canonisation. Ne nous étonnons donc plus qui» des hérétiques qui ont suivi de près lonles ces procédures se soient écriés:» Non, il n'y a pas au monde un seul tribunal qui mérite la (Oiiliancede celui des Hites.» Toutefois il y a loin de là à l'infaillibilité dans tous ses jugements. Faut-il admettre que lorsque les ju-
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[Eccli. xliv et suiv.)- Les protestants disent qu'autre chose est de respecter la mémoire des saints, et autre chose de leur rendre un culte; nous leur soutenons que, supposé la croyance de l'immortalité des âmes et du bonheur éternel des saints, il a été impossible de les croire heureux dans le ciel et pénétrés de l'amour divin, sans être persuadé qu'en eux la charité n'est pas morte, qu'ils s'intéressent au salut de leurs frères, qu'ils intercèdent pour nous, et qu'il est utile de les invoquer. Il a fallu tout l'entêtement des protestants pour leur faire rejeter une conséquence aussi palpable. Voy. Oete. — Cela posé, les pasteurs de l'Eglise ont-ils dû laisser à la discrétion des peuples le choix des
gemenls ont été admis par l'Eglise universelle ils sont infaillibles?
Convaincus que le secours divin accordé à l'Eglise ne surpasse pas celui que les écrivains sacrés reçurent du ciel, quelques catholiques ont pensé que l'infaillibilité ne s'étend pas à la canonisation. Le grand apôtre n'avait rien à se reprocher, cependant il n'osait dire qu'il fût justifié. — Un l'ait confirme cette opinion : pendant un grand nombre de siècles des personnages ont été porlés sur le catalogue des saints avec l'assentiment de l'Eglise universelle. Ils ont joui dans toutes les Eglises des honneurs rendus aux saints; cependant ils ont été rayés des sacrés diptyques.
Sans se laisser ébranler par ces motifs la grande majorité des docteurs admet comme indubitable que l'Eglise universelle ne peut se tromper en matère de canonisation. Benoît XIV trouve cette opinion tellement fondée qu'il appelle celle qui lui est opposée, scandaleuse, téméraire, injurieuse aux saints, etc. — Et en effet, supposer que l'Eglise puisse se tromper sur ce sujet, n'est-ce pas témoigner une défiance criminelle que le Saint-Esprit manque à sa divine épouse dans une décision où la pure:é du culte est si fort intéressée? N'est-ce pas prêter un appui aux hérétiques qui s'efforcent de saper notre croyance? Des anathèmes multipliés ont repoussé ces entreprises audacieuses. Les pères du concile de Trente n'ont l'ait que répéter contre cette impiété les condamnations portées par ceux de Chalcédoine, de Conslantinople, et par le second de Ni< ée. N'est-ce pas une monstruosité que de supposer que l'Eglise puisse exposer des démons à la vénération des fidèles, implorer l'assistance des ennemis du Christ, présenter le vice pour modèle à ses enfants?
Je sais que nos adversaires nous disent que le fait est contre nous. Qu'ils fassent attention que l'Eglise, en révisant le Martyrologe romain, n'a fait qu'éloigner les noms qui s'y étaient glissés sans qu'une canonisation en règle les eût mis dans les fastes sacrés : et ils conviendront aisément que les faits qu'ils pourront nous opposer n'ont pas la force de véritables preuves.
L'Eglise ne peut juger des dispositions intérieures, disent encore nos adversaires. — Nous l'avouerons, si elles ne sont liées à aucune preuve extérieure; mais si elles sont intimement unies à des prodiges semblables à ceux qu'on requiert pour la canonisation, nous le nions. Ce sentit, dans l'hypothèse con^ traire, ébranler l'autorité des miracles.
Qu'il nous soit permis de déclarer qu'on ne peut, sans une indécence scandaleuse, sans une témérité pleine d'injustice, affecter des doutes et soulever des disputes en celte matière. C'est alarmer sans raison la piété des fidèles , attenter à la gloire des saints, et autoriser l'impiété des hérétiques qui s'en déclarent les ennemis.
personnages qui méritaient ou ne méritaient pas d'être réputés saints, plutôt que de se réserver ce jugement ? Dès les premiers siècles il a fallu faire le discernement des vrais martyrs d'avec les faux. Les protestants euxmêmes soutiennent que dans les ix% xi" et xii" siècles de l'Eglise, les peuples sont tombés dans des erreurs et des excès énormes touchant les hommes réputés saints; il a donc fallu, pour prévenir les abus, que les papes se réservassent les procès de la canonisation des saints, puisque c'est un objet qui intéresse l'Eglise universelle. Quand nos adversaires se récrient sur le trop grand nombre de saints canonisés, on dirait qu'ils sont fâchés de ce qu'il y a eu trop d'âmes vertueuses dans le monde, qui ont mérité de servir d'exemple aux autres.
Il n'est pas possible de pousser plus loin l'exactitude de l'examen qui se fait à Home de la vie, des actions, des mirades d'un personnage dont on poursuit la canonisation. Il est aisé de s'en convaincre par l'ouvrage que le pape Benoît XIV a fait sur ce sujet. Les catholiques pensent avec raison qu'un jugement, porté avec tant de précaution, ne peut pas être sujet à l'erreur; que, dans une circonstance aussi importante, Dieu accorde à son Eglise l'assistance qu'il' lui a promise jusqu'à la fin des siècles.
Un des reproches que les incrédules de nos jours ont répétés le plus souvent, est que l'Eglise a placé au rang des saints des hommes inutiles qui n'ont rendu aucun service au monde, et de faux zélés qui en ont troublé la tranquillité; des princes qui n'ont eu que les vertus du cloître, ou qui ont été les persécuteurs de ceux qui ne pensaient pas comme eux. Mais les philosophes, qui connaissent très-mal la vertu , sont mauvais juges du mérite des saints. Un homme n'est point inutile au monde, lorsque, dans le silence et la solitude, il emploie son temps à louer Dieu, à prier pour ses frères, à pratiquer la mortification, l'obéissance, le détachement de toutes choses. Ces exemples, qui sont connus tôt ou lard, sont très-utiles pour faire comprendre aux nommes en quoi consiste le vrai bonheur ; celte leçon vaut mieux et produit plus d'effet que les dissertations des philosophes. — Lorsque les saints sont revêtus d'une dignité qui leur donne un rang dans la société, et leur impose le devoir de veiller sur la conduite des autres, il est impossible que leurs leçons et leur conduite ne déplaisent pas aux hommes vicieux, et qu'ils n'éprouvent aucune contradiction. Leur douceur serait blâmée comme une molle condescendance; leur fermeté passe pour ambition de dominer, pour inquiétude ou dureté de caractère; on leur fait un crime de leurs vertus mêmes. Tous ceujc, dit saint Paul, qui veulent vivre pieusement selon Jésus-Christ, souffriront persécution, pendant que les hommes méchants et séducteurs feront des progrès dans le mal, et entraîneront les autres dans leurs erreurs (IITim. tu, 12 el 13). C'est l'histoire de tous les siècles. -•- Lorsque des princes ont employé aux pratiques de piété*
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le temps que d'autres donnent à des plaisirs bruyants, dispendieux et souvent scandaleux, nous ne voyons pas ce que les peuples y ont perdu. Quant au nom de persécuteurs que l'on donne aux souverains qui ont réprimé l'audace des hérétiques et des incrédules, l'abus d'un mot ne doit pas nous en imposer; ils ont dû punir ceux qui corrompaient les mœurs et détruisaient les principes de vertu. Voij. Saints.
CANTIOUE. Voy. Chant ecclésiastiqus.
Cantique des Cantiques, livre sacré, ainsi nommé parles Hébreux pour exprimer son excellence. On l'attribue à Salomon, duquel il porte le nom dans le texte hébreu et dans l'ancienne version grecque. Les talmudistes ont prétendu qu'il était d'Ezéchias; mais cette opinion n'a pas été suivie par les autres rabbins. 11 est dit dans l'Ecriture que Salomon avait composé des cantiques aussi bien que David, et le nom de Salomon se trouve dans plusieurs endroits de celui-ci.
En examinant d'abord le sens latéral, ou plutôt grammatical, de ce cantique, les critiques en ont porté des jugements fort diflerents. Les uns ont prétendu que c est un ouvrage purement profane, dans lequel Salomon a célébré ses amours avec la fille de Pharaon, roi'd'Egypte, qui était la plus chérie de ses épouses. C'était le sentiment de Théodore de Mopsueste, qui regardait cet ouvrage comme dangereux pour les mœurs; c'est encore l'idée qu'en ont les anabaptistes. Les Juifs en avaient interdit la lecture ayant l'âge de trente ans, quoique d'ailleurs ils le regardassent comme un livre inspire. D autres ont pensé que c'était un épilhalame, un poëme destiné à être chanté dans les noces ; ils ont cru y distinguer sept parties d eglogue, qui répondent aux sept jours pendant lesquels duraient les noces des anciens. Ç a été le sentiment de M. Bossuet, dans le commentaire qu'il a fait sur ce livre, et celui de Lowth (De sacra poesi Hebrœor., prœlect. dU
et 31).
Quelques commentateurs, prévenus de ces idées, ont fait de ce cantique des traductions trop libres et capables d'alarmer la pudeur, comme Bèze, Caslalion, Grotius, et un célèbre incrédule de nos jours; d'autres ont affecté de faire remarquer les endroits qui, selon nos mœurs, paraissent trop licencieux, et ils ont fait un crime à l'Eglise catholique de ce qu'elle a placé quelques morceaux de ce poëme dans l'office divin. Tous, au reste, sont convenus qu'en fait d'ouvrages profanes, il n'en est pas de plus agréable que celui-ci; que l'on y trouve un feu, une délicatesse, une variété d'images inimitables ; c'eil «ne peinture très-naïve des anciennes mœurs de 1 Urient. Cependant un de nos littérateurs modernes n'y a rien trouvé de merveilleux; suivant son avis, si l'on excepte quelques images champêtres assez agréables, le reste n'a rien d'éloquent ni do sublime. — Mais toutes ces opinions ont1 été réfutées par un critique très-habile dans les langues onenlaies! Le savant Michaélis, dans ses Noies sur Lovelh, soutient et prouve que I objet du
cantique de Salomon n'est de peindre ni l'amour licencieux de deux personnes libres, ni de celui de deux jeunes époux au moment de leurs noces, mais l'amour très-chaste de deux époux déjà unis depuis longtemps. A la vérité, cette idée ne s'accorde point avec nos mœurs, mais elle est très-analogue à celles des Orientaux, chez lesquels les femmes, toujours renfermées, ne voient point leurs maris quand elles le veulent, et n'ont aucune société avec les autres hommes, où elles sont sujettes d'ailleurs à toutes les passions qu'inspirent le climat, la clôture et la polygamie. Il observe que ce défaut de société, entre les deux sexes, est cause que les hommes s'expriment avec beaucoup de liberté dans les conversations qu'ils ont, soit entre eux, soit avec leurs épouses; que de leur côté les femmes ne croient point blesser la pudeur par la naïveté de leurs expressions : celle licence dans le langage ne fait pas plus d'impression que la nudité presque entière des deux sexes si commune dans ces mêmes climats. — Par là il démontre, d'un côté, l'injustice du scandale que les censeurs des livres saints ont voulu tirer de ce cantique et de plusieurs passages semblables du prophète Ezéchiel; de l'autre, la témérité des traducteurs, qui ont voulu rendre toute l'énergie du texte hébreu dans la langue de peuples dont les mœurs ni les usages ne sont plus les mêmes que ceux des anciens Orientaux. — Ce judicieux critique prouve ce qu'il avance par des exemples. Sur le témoignage du voyageur Chardin, il cite un poëte asiatique, très-grave d'ailleurs, qui a traité les plus sublimes matières de la théologie affective sous le voile de l'allégorie, et dans un style qui paraîtrait être celui du libertinage le plus grossier. Les docteurs juifs et les Pères de l'Eglise n'ont donc pas eu tort de regarder le cantique de Salomon comme un poëme allégorique, et non comme un ouvrage profane. Les premiers, sous l'image de l'union conjugale, ont entendu l'alliance de Dieu avec la synagogue; Ezéchiel et d'autres prophètes l'ont représentée de même, e» c'est le sens qu'a suivi le paraphraste Chaldéen. Les Pères ont été encore mieux fondés à y découvrir l'alliance perpétuelle et indissoluble de Dieu avec l'Eglise chrétienne, puisque, dans plusieurs endroits du Nouveau Testament, l'Eglise est appelée l'épouse de Jésus-Christ; lui-même représente sous la figure d'une noce l'établissement de cette sainte société (Matth., xxn, 2 ; xxv, 1; Apoc. xix. 7, etc.). C'est dans ce sens seulement que l'on a placé dans l'office divin quelques morceaux du cantique, et on l'a fait avec tout le choix et les précautions convenables. Les ministres de l'Eglise, accoutumés à ne voir dans ce livre sacré qu'un sens spirituel et allégorique, sont à l'abri de toute idée profane, contraire à la chasteté et à la piété. — Si le littérateur moderne qui a voulu déprimer la composition de cet ancien poëme, avait consulté Lowlh et Michaëlif, il en aurait mieux senti l'énergie, les allusions et les beautés, et peut-être qu I.
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aurait réformé son jugement. D'autre pari, ceux qui ont appliqué aux sept âges de l'Eglise les sept jours pendant lesquels se célébraient les noces, ont mal rencontré, puisque dans le cantique il n'est ques'ion ni de nocos, ni de distinction de jours (Bible d'Avignon, lom. VIII, pag. 399 et suiv.).
Les objections que l'on a faites contre l'inspiration de ce livre ne sont pas difficiles a résoudre. On est d'abord étonné de ce qu'il n'est point cité dans le Nouveau Testament ; mais il y a d'autres livres de l'Aucien qui n'y sont pas cités non plus. On ajoute que le nom de Dieu ne s'y trouve pas; qu'importe, puisque c'est Dieu lui-même qui est l'objet du poëme.
Quoique nous fassions très-grand cas de l'érudition et de la sagacité de Lowlh et de Michaëlis, nous ne pouvons souscrire à la censure qu'ils ont faite des Pères et des commentateurs, qui, non contents de soutenir que le cantique tout entier est mystique et allégorique, ont encore tâché de donner à toutes ses parties un sens suivi et analogue à ce sens général. Nous convenons qu'aucune de ces explications ne peut faire autorité, puisqu'il est libre à chacun de donner la sienne : aussi n'a-t-on jamais fait usage de ce poëme pour prouver aucun article de foi. Mais comme il est très-essentiel d'écarter de l'esprit de tous ceux qui le lisent toute idée profane, on ne doit pas blâmer ceux qui ont cherché une leçon de piété dans chaque chapitre et dans chaque verset. Par la même raison, il y aurait de l'humeur à censurer ceux qui en ont fait l'application, non-seulement à Dieu et à l'Eglise, mais encore à Jésus-Christ et à l'âme fidèle. Quand ce ne serait pas là le sens le plus naturel du texte, c'est du moins toujours une leçon utile à la piété ; et quoi qu'en disent nos savants critiques protestants, c'est le meilleur fruit que nous puissions tirer de la lecture des livres saints. En tournant celle méthode en ridicule, en se tenant scrupuleusement attachés aux règles de grammaire, de logique et de critique, les protestants ont presque travesti l'Ecriture sainte en un livre purement profane, comme si Dieu nous l'avait donnée pour augmenter nos connaissances curieuses, et non pour nous porter à la vertu. Ce n'est pas ainsi que saint Paul nous la fait envisager : Toute Ecriture divinement inspirée, dit-il, est utile pour enseigner, pour reprendre, pour corriger, pour instruire dans la justice, pour rendre un homme de Dieu parfait et exercé à toute bonne œuvre (II Tim. m, 16). De quoi y servirait le cantique de Salomon, si on se bornait au sens qui parait le plus littéral?
CAPHARNAUM, ville de Galilée, dans laquelle Jésus-Christ a fait sa demeure pendant quelques années (Matth. iv,13). 11 s'est plaint plusieurs fois de l'incrédulité des habitants de cette ville, et les incrédules modernes en ont voulu tirer avantage pour rendre suspects les miracles et les vertus du Sauveur. Il ne pouvait, disent-ils, être mieux jugé que par ses concitoyens.
Nous pensons, au contraire, qu'il ne pouvait l'être plus mal. Quand on connaît par expérience les prévenions, la jalousie, la malignité naturelle des habitants des petites villes, on sent la vérité de la maxime que Jésus-Clirist a prononcée à celte occasion, que personne n'est prophète dans son pays (Matth. xui, 57). Les Galiléens, imbus du préjugé général de la nation juive, que le Messie devait être un conquérant, po'ivaientils aisément se persuader que le fils d'un artisan, dont toute la famille était connue, fût le Fils de Dieu descendu du ciel et incarné pour le salut des hommes? Trois ans d'instructions, de miracles et de vertus n'étaient pas trop pour persuader à des hommes très-grossiers une vérité aussi étonnante, pour laquelle les incrédules de tous les siècles ont eu tant de répugnance. On ne doit pas être surpris si les Capharnaïtes furent révoltés, lorsque Jésus-Christ promit de donner sa chair à manger et son sang à boire (Joan. vi, 52). Il se trouve encore aujourd'hui des sectes de chrétiens qui n'en Veulent rien croire. Mais enfin Jésus-Christ vint à bout de persuader ses concitoyens, puisque la plupart de ses disciples étaient Galiléens, et que plusieurs de ses parents même souffrirent la'mort pour lui après sa résurrection. Voy. Parents.
CAPISCOL, dignitaire de plusieurs chapitres ou églises, soit cathédrales, soit collégiales, en Provence et en Languedoc. Il paraît que c'est la même dignité que celle de chantre, de celui qui préside au chœur. Capiseol se dit pour caput scholœ , le chef des chantres. Dans le pontifical romain , les ecclésiastiques dont l'évêque est accompagné dans les cérémonies sont appelés schola.
CAPITAL. On nomme péchés capitaux les vices habituels ou les passions déréglées qui sont en nous la source ordinaire de nos péchés. Ce sont l'orgueil, l'avarice, l'envie, la gourmandise, la luxure, la colère et la paresse. Voy. ces divers articles. Quelques interprètes pensent que Jésus-Christ a voulu les désigner, lorsqu'il a parlé des sept démons qui s'emparent de l'homme (Matth. xn, 45; Luc. vin, 2).
CAPITULE, petit chapitre. Ce sont quelques versets tirés de l'Ecriture sainte, et relatifs à l'office du jour, que l'on récite après les psaumes et avant l'hymne. Le capitula des complies se dit après l'hymne, et il est suivi d'un répons, comme dans les petites heures.
CAPTIVITÉ DE BABYLONE. Moïse, de la part de Dieu, avait annoncé aux Israélites que, s'ils n'étaient pas fidèles à observer sa loi, il les transporterait hors de la terre promise et les livrerait au pouvoir d'une nation étrangère (Deut. xxvm , 49 et 64) ; mais que s'ils revenaient à lui , il les rétablirait (xxx , 1 et suiv.). Comme sous leurs rois ils se livrèrent très-souvent à l'idolâtrie et contractèrent des mœurs três-corrompues, Dieu leur déclara par ses prophètes qu'il allait accomplir ses menaces, que toute la nation serait assujettie aux Assyriens et transportée &■
CAP
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