CA
cela ne signifie pas seulement, je crois qu elle existe, mais je crois ce quelle croit ; autrement ce ne serait plus croire qu'elle est , puisque le fond, et pour ainsi dire la substance de sou cire, est la foi qu'elle déclare à tout l'univers. (Esprit de LeibnitzAom. U, pag. 101). '
On nous fait cependant une objection. Au iv siècle , lorsque les ariens se prévalaient de leur grand nombre, les Pères leur ont répondu que la mulliiude des errants ne prouve rien. Au ve, les catholiques reprochèrent aux nestoriens leur petit nombre , et ces hérétiques, à leur tour, répétèrent la réponse que l'on avait donnée aux ariens. Il en fut de même des eulychiens. Ces sectes sont-elles devenues plus catholiques en devenant plus étendues?
Réponse. Non, sans doute ; mais , 1° il est faux que les ariens aient jamais é!é en plus grand nombre que les catholiques. 2° 11 n'y a jamais eu entre eux aucune unité, puisqu'ils n'ont jamais pu convenir d'une même profession de loi. 3° lis n'ont jamais voulu prendre pour règle le consentement universel et l'uniformité de croyance. En quel sens pouvaient-ils s'attribuer la catholicité? Nous convenons que l'étendue d'une secte et la multitude de ses partisans, considérée absolument , ne prouve rien , puisqu'elle a toujours commencé par un petit nombre ; mais puisque enfin Jésus-Christ a promis à son Eglise de lui réunir toutes les nations, il est absurde de vouloir que le schisme d'une partie de ses membres l'emporte sur le corps entier.
Les patriarches ou primats d'Orient ont pris le litre de catholiques ; on disait le catholique d'Arménie, pour désigner le primat ou le principal évoque d'Arménie , litre à peu près semblable à celui (l'œcuménique qu'avaient pris les patriarches de Constantinople. il paraît cependant que le titre de catholique était moindre que celui de patriarche ; les nestoriens , obligés de se réfugier dans la Perse , nommèrent leur principal évéque catholique ; ils n'osèrent pas l'appeler patriarche , quoique Nestorius l'eût été de Conslantinople. Ce nouveau litre ne fut institué que sous Juslinien au vr siècle. Voy. Keuaudot , Dissert, sur le patriarche d'Alexandrie, n" 4.
CATHOLICITÉ , universalité, extension à tous les lieux, à tous les temps, à toutes les personnes. La catholicité d'une doctrine consiste en ce qu'elle a été la même depuis les apôtres jusqu'à nous, dans toutes les sociétés chrétiennes qu'ils ont fondées , dans tous les siècles, dans l'e corps des pasteurs comme dans celui des fidèles. La catholicité de l'Eglise est la profession qu'elle fait de regarder cette uniformité générale et constante comme un signe infaillible de vérité. La catholicité d'un fidèle est sa soumission à cette méthode d'enseignement (1).
(1) » La catholicité de l'Eglise, dit M. de la Luzerne, esl son universalité. Plusieurs saints Pères, traiiaiil de la catholicité, distinguent une triple uni-
Si par 1» catholicité de l'Eglise on entendait seulement son étendue dans toutes les parties du monde , il serait impossible à un fidèle ignorant de savoir certainement qu'il
versalité : universalité de temps, en ce que l'Eglise a toujours subsisté et qu'elle subsistera toujours jusqu'à la (in des siècles; universalité de doctrine, en ce que l'Eglise enseigne toutes les vérités que Jésus- Christ a apportées à la terre; universalité de lieux, en ce que l'Eglise est répandue par tout le monde... C'est de cette troisième espèce d'universalité qu'il s'agit ici....
i 11 y a plusieurs distinctions à faire sur l'universalité ou catholicité de l'Eglise. Nous distinguons d'abord l'universalité physique et l'universalité inorale. La première est celle qui comprend tous les pays de la terre sans exception ; la seconde, celle qui s'étend dans la plus'gramle partie des régions connues. Ce n'est que de celte seconde qu'il est question ici. C'est l'établissement de notre Eg'ise d;ins la plus grande partie des régions connues, qui forme, selon nous, sa catholicité, et qui est une preuve de sa divine origine. Nous ne croyons pas non plus, et en ce point nous suivons la doctrine de saint Augustin, qu'il sou nécessaire à la catlml cité de l'Eglise que la totalité des habitants des pays où elle a été introduite s'y soit soumise. Il suih'î qu'il y ait dans ces régions un nombre notable de catholiques, pour qu'elles fassent partie de la catholicité. (Saint Augusïjn contra Crescon., Jib. iv, c. 61 , 7-i. ) D'après cette observation, il est nécessaire d'entendre les oracles sacrés qui annoncent la diffusion île l'Eglise sur toute la terre dans un sens moral ; el ce le interprétation esl conforme à la man ère ordinaire de s'exprimer des auteurs saciés. Ainsi nous lisons dans Jérémie que tous les royaumes de la terre étaient sous la puissance de Nabuchodonosor (xxxiv, 1); dans Daniel , que le troisième royaume, qui devait être celui d'Alexandre, commanderait à loule la terre (xi, 59); dans saint Luc, qu'il fat publié un édil de l'empereur Auguste, pour faire 'e dénombrement de tout l'univers ( xi, 1 ) ; dans saint Paul, que la foi de l'Eglise de Kotne est célèbie dans tout le monde (Rom. i, 8).
c Une autre distinction essentielle à faire est entre l'universalité successive et l'universalité actuelle. Nous croyons que l'Eglise de Jésus-Christ doit avoir successivement la catholicité physique el totale; c'est-à-dire que, dans tout le cours des siècles, il n'y aura pas un pays habité sur la terre où la vraie loi n'ait été annoncée, el où Dieu n'ait eu ses adorateurs en vérité , el conformément au culte qu'il a prescrit. C'est ainsi que nous entendons l'oracle de Jésus-Christ que je rapporterai incessamment, sur la prédicaiion de son Evangile dans tout l'univers. Mais ce n'est pas parmi nous un point de doctrine certain , que l'Eglise de Jésus-Christ doive être dans aucun temps physiquement et totalement universelle, en sorte qu'il n'y ait plus sur la terre que des catholiques. Nous ne voyons pas que ce genre d'universalité lui ail été promis par Jésus- Christ. Ce peut êlre l'objet de nos désirs, même de nos espérances, mais non de notre foi. Au reste , la catholicité successivement totale, que nous regardons comme de\ant être une qualité de la vraie Eglise, ne peut pas être présentée comme une de ses notes, puisqu'elle n'est p;is actuellement visible. Ainsi ce n'est pas de celle-là que je parlerai ici; je ne donnerai comme note disiimtive de l'Eglise que son universalité aciuelle telle que nous la voyons, telle que l'ont vue .tous les âges : c'est-à-dire , je le répète, sou universalité morale.
« Regardant la catholicité comme un caractère accordé à la véritable Eglise, pour la discerner des autres communions chrétiennes, nous distinguons
ros
CAT
CAT
est membre de l'Eglise catholique. Il peut très bien ignorer si elle est plus étendue qu'aucune des autres socles ; mais il ne peut pas ignorer que l'Eg ise dont il est mem-
encore sa catholicité ahsolue et sa catholicité relative ; c'est-à-dire, la diffusion, l'éieudue de l'Eglise de Jésus-Chri-l considérée en elle-même, et son étendue, sa diffusion, comparée à celle des sectes séparées d'elles. Non-; pensons que, quoiqu'il puisse y avoir des pays où la vraie foi n'ait pas pénétré, et même quelques-uns «tout elle soit positivement bannie, cependant elle est et elle doit être en tout temps plus répandue que chacune des Eglises fausses, et que celle diffusion pins grande est un des carael res auxquels on doit la reconnaître et la distinguer d'elles....
i D après ces observations, je réduis à deux points principaux la notion 'de la catholicité , considérée comme caractère de l'Eglise véritable. Elle consiste en ce que, 1° l'Eglise de Jé-us-Clnïst so:t répandue actuellement dans la plus granle partie des régions connues: 2° qu'elle soit constamment plus répandue que chacune des communions qui la combattent. Telle est notre doctrine....
i Les preuves de la catholicié, telle que nous l'enlendons, se lire, t de l'Ecriture, que les protestants préiemîent être la règle de leur foi, et des Pères des premiers siècles, dont ils reconnaissent que la doctrine a éié pure.
« Dans l'Ancien Testament , la propagation de l'Eglise de Jésus-Christ sur toute la lerre esi prédite par une multitude d'oracles des plus claiis. Je me borne à eu rapporter quelques-uns.
i Les pro:eslaiits professent comme nous que c'était de Jésus-Christ et de sa religion que Dieu dis:dl à Abraham : Toutes Us nations de la (erre seront bénies dans votre race (Gcn. xn, 3, et 18; xxvi, 4; xxxviii, U). Or, ils conviennent^aussi avec nous que les bénédictions de Dieu ne" sont que pour ceux qui sont dans son Eglise, et qu'il ne les accorde point aux membres d'Eglises qu'il réprouve. Tomes les nations doivent donc, selon la prophétie de Dseu même, entrer dans son Eglise.
t Les protestants appliquent aussi, de même que nous, au Messie, ces paroles des psaumes : Demnndezmoi, et je vous donnerai les nations pour héritage, et les extrémités delà lerre pour possession.... Il dominera d'une mer jusqu'à l'autre, et du fleuve jusqu'aux bornes de l'univers. Tous les rois de la terre l'adoreront; toutes les
nattons lui obéiront Tous les confins de la terre se
convertiront au Seigneur ; toutes les familles des nations seront en adoration devant lui. (Ps.w, 8; lvxxi, 8, 21; xxi, 18). Peut-on dire que les Eglises fausses, qui professent une doctrine contraire à celle de Jésus -Christ, soient sa possession et son héritage, tandis qu'il les rejette; qu'elles lui obéissent, elles qui sont en révolte contre lui ; qu'elles se convertissent à lui, en s'éloignanl et en l'offensant? il n'y a que la vraie Eglise de Jésus-Chrisi dont tout cela peut être dit. C'est elle qui esi son royaume sur la terre, qui ohéil à ses préceptes, qui est convertie à lui. Or, d'après ces prophéties, celte Eglise doit comprendre toutes les nations, se soumet re tous les rois , s'étendre jusqu'aux bornes de l'univers.
< C'est encore, selon les protestants, Jésus-Christ qif Isaïeavailen vue, lorsque, inspiré de l'Espril-Saint, il disait : C'est peu que tu sois mon serviteur, pour r .nimer les tribus de Jacob et convertir la lie d'Israël: Voilà que je l'ai établi la lumière des nations, pour que tu portes le salut qui vient de mui jusqu'aux extrémité»
delà terre Le Seigneur a prépaie son saint bras aux
yeux de toute* les nations : et toutes les bornes de la lerre verront le saint de notre Dieu (Is. xi.ix, G; ni, 10). Le prophète annoioe que le salut doit être porté
jusqu'aux extrémités de la icrrc ; donc, d'après ces
bre , lui propose pour règle de foi l'uniformité de doctrine entre toutes les sociétés particulières dont elle est composée; uniformité attestée par l'union et la soumission à
oracles, l'Eglise dans laquelle seule peut se trouver le salut doit y êire étendue : or, les protestants admettent comme nous le principe qu'il n'y a de salut que dans la véritable Eglise ; donc la véritable Eglise doit s'étendre jusqu'aux confins de la terre.
i Nous lisons dans Malachie une célèbre prophétie que les protestants entendent ainsi que nous de la religion de Jésii8-Christ. Je ne mets plus en vous ma volonté , dit le Seigneur des années, et je ne recevrai plus de dons par vos mains ; car du levant jusqu'au couchant, mon nom est glorifié parmi les nations, et dans tous les lieux on offre et on sacrifie en mon nom une offrande pure (i, 10.11). C'est du levant au couchant que doit être glorifié le nom du Seigneur; c'est dans tous les lieux que doit lui cire présentée une ofl'rande pure; donc son Eglise doit, du levant au couchant, s'étendre en tous lieux; car je n'imagine pas qu'on soutienne que Dieu tienne son nom gloiilié par les Eglises ennemies de la foi, et qu'il accepte comme pures les offrandes qu'elles lui font. < Ces prophéties de l'Ancien Testament, si claires et si positives en elles-mêmes, pour annoncer la future diffusion de l'Eglise d;ms toutes les nations, deviennent plus démonstratives encore par l'application que Jésus-Christ en a faile à cet objet, et parce qu'il a déclaré quec'esl dans ce sens qu'elles doivent être entendues. Ce fut dans une des apparitions qui suivirent sa résurrection, et que rapporte saint Luc, que, montrant à ses apôtres l'accomplissement dans sa personne des oracles de la loi de Moïse , des prophètes et des psaumes, il ajouta : Ainsi il a été écrit, et ainsi il a fallu que le Christ souffrît et ressuscitât le troisième jour d'entre les morts, et qu'en son nom la pénitence et la rémission des péchés fussent prêJiées dans toutes les nations, en commençant par Jérusalem { Luc. xxiv, 44, 45, 46, 47 ). C'est donc Jésus-Christ lui-même qui nous apprend que, si nous voyons son Eglise étendue sur toute la lene, c'est une suite des oracles qui l'avaient annoncé; c'est lui-même qui nous fournit contre les protestants ce raisonnement. S m Eglise est où la placent les prophètes, et où après eux il la place lui-même, dans toutes les nations de la terre. Donc toute Eglise qui n'existe que dans quelques nations n'est pas l'Eglise de Jésus- Christ.
« Le Nouveau Testament n'est pas moins positif que l'Ancien. Outre les paroles de Jésus-Chrisi que je viens de rapporter d'après saint Luc, nous le voyons dire à ses apôtres, tantôt : Cet Evangile du royaume sera prêché dans tout l'univers, pour servir de témoignage à tontes les nations : et alors viendra la consommation; tantôt : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la lerre. Allez donc, ensei inez dans toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Suint- Esprit; leur enseignant à observer loul ce que je vous ai commandé ; tantôt : Allez dans le monde entier : prêchez l'Evangile à toute créature; tantôt: Vous recevrez la vertu de l'Espiil-Sainl qui descendra sur vous, et vous me servirez de témoins dans Jérusalem, dans la Judée, dans la Samane, et jusqu'aux extrémités de la terre [ Mallh. xxiv, 11; xxvui, IS, t'J, 20; Marc, xvi, 13; Acl. i, 8). D'après ces passages, réunissons quelques principes qui porteront jusqu'à l'évidence notre dogme de la catholicité.
< 1° Il esl évidemment prescrit aux apôtres, dans ces textes, de piocher l'Evangile à toutes les nations du monde. Cette xénté esl si évidente à la seule inspection des paroles du Sauveur, qu'il sérail ridicule n'entreprendre de la prouver. 2° Eu ordouuaul à ses apôtres de piocher sa loi à toutes les nations, Jésus-
CAT
c.vr
un seul chef, qui est le vicaire de Jésus- Christ. C'est ce qu'un catholique fait profession de croire en récitant le symbole. Pour être convaincu de la catholicité de l'Eglise ,
Chrisl les chargeait d'y élablirson Eglise. Cette vérité est la conséquence immédiate de la précédente, et est également claire. L'Eglise étant composée de ceux qui font profession de la vraie foi, donner aux apôtres la mission de planter dans tous les pays la vraie foi c'était leur ordonner d'y établir l'Eglise. Ils ne pouvaient pas faire l'un sans l'antre. 3° Les apôtres ont formé l'Eglise comme leur divin Maître leur avait ordonné. Jamais les protestants ne les ont accusés d'avoir manqué à ses préceptes. Ils font profession de les révérer comme de saints personnages. Ils leur attribuent même la prérogative de l'infaillibilité. 4° Les apôtres ont donc fondé l'Eglise dans toutes les nations, du moins autant qu'ils l'ont pu de leur vivant : et certes ils l'avaient établie dans un très-grand nombre de contrées. L'histoire de leur prédication en est la preuve. Nous lisons dans l'Evangile de saint Marc qu'ils prêchèrent partout (xxvi, 20). Saint Paul dit aux Romains que lui et ses collègues ont reçu la grâce de l'apostolat, pour faire obéir à la foi toutes les nations au nom de Jésus -Chrisl(i, 5) ; aux Colossiens, que la parole véritable de l'Evangile est parvenue, n,nseulemenl à eux, mais dans tout le monde ; qu'elle y fructifie et y croît chaque jour ; et que l'Evangile qu'ils ont entendu a été prêclié à toute créature qui est sous le ciel ( i, E, 6, 23). 5° La véritable Eglise est celle que les apôtres ont fondée d'après le précepte de leur maître. L-s protestants ne contesteront pas non plus celte vérité. 6° Donc la vraie Eglise est celle que l'on voit universellement étendue. Je ne conçois pas comment, forcés de convenir de toutes les autres propositions, nos adversaires pourront nier
« Ain^i nous voyons la catholicité, c'est-à-dire, la diffusion universelle de l'Eglise, prédite par les prophéties, prescrite par Jésus-Christ, effectuée par les apôtres. Que Ami- il de plus pour y croire?
« Ce qui confirme notre doctrine sur la catholicité, c'est que le sens que nous donnons aux passages de l'Ecriture est fixé par la manière dont les ont entendus les Pères des premiers temps, les uns disciples immédiats ou presque immédiats des apôtres, les autres, discip'es de ceux-là, et qui ont fleuri dais les siècles dont, de l'aveu des protestants, la foi était pure et la doctrine saine.
« Nous ne voyons pas dans le-Livres saints le mot catholique employé : mais nous le trouvons appliqué à l'Eglise de Jésus-Christ dès le temps qui a immédiatement suivi les apôtres. Le symbole qui porte leur nom atteste la croyance à la sainte Eglise catholique. Saint Ignace, évèque d'Antioche et martyr, qui avait été disciple de saint Jean, et qui avait vu Jésus-CInisi dans sa chair, dit que là est l'Eglise catholique, où est Jésus-Christ {Ep. ad. Smyrnenses, n. 8). Lepîire de l'Eglise de Smyrne, au sujet du martyre de saint Polycarpe, son évèque, est adressée à l'Eglise de Dieu qui est à Philomèle, et à tous les diocèses de la sainte Eglise catholique dans tous les lieux ; et on y lit que ce saint évéjue recommande dans ses prières l'Eglise catholique répandue dans tout l'univers, totiusque Ecclesiœ catholicœ per universum orbem diffusa; menlionem feceht (Euseh., Hist. eccl s., lib. iv, cap. 15). Nous voyons dans celle épilre deux choses réunies : la catholicité de l'Eglise, et son étendue sur toute la terre : ce qui montre que dès lors, c'est-à-dire, dans le temps qui a immédiatement suivi les apôtres, non-seulement on distinguait l'Eglise de Dieu par le litre de catholique, mais qu'on lui donnait ce nom à raison de la diffusion universelle.
« Suint Justin suit immédiatement les disciples des
il lui suffit de l'être de sa catholicité personnelle.
L'étendue de l'Eglise n'a pas cxis'é d'abord, et n'a pas toujours été la même; la ccapôtres, qui lui avaient enseigné la doctrine de leur maître. Argumentant contre Tryphon qui était juif, il lui prouve, par le texte de Malachie que j'ai rapporté, que les Juifs ne sont plus le peuple de Dieu. D'abord, lui dit-il, voire nation n'est point répandue du levant au couchant, et il y a des pays où l'on ne voit habiier aucun des vôtres. Mais ensuite, ajoule-t-il, il n'y a aucun peuple, soit grec, soit barbare, quel que soit son nom, quelles que soient ses mœurs et ses coutumes, dans lequel il ne soit adressé des prières à Dieu le Père, au nom de Jésus crucifié {Dial. cum Tryph., n. 1 17). C'est à un juif, il est vrai, et non à un hérétique, que Justin propose ce raisonnement : mais le principe de son raisonnement est applicable aux hérétiques cou me aux juifs. Ce principe est que, d'après l'oracle de Malachie, la vraie doctrine, le vrai peuple de Dieu, doivent être répandus dans tous les pays. Ainsi, selon ce Père, toute doctrine qui n'a pas celte diffusion, toute société qui n'a pas cetie étendue, ne sont pas la doctrine et l'Eglise de Dieu. — Saint Irénée était, comme saint Jusiin, disciple des Pèies apostoliques, ayant été instruit par saint Polycarpe. Il dit, dans plusieurs endroits de son ouvrage contre les Hérésies, que l'Eglise est répandue par toute la terre, et y conserve la foi (Lib. i, cap. 1, n. 1 et 2 ;„lib. ut, cap. 2, n. 8 ; lib. iv, cap. 2ti, n. 2). Ce n'était certainement pas des sectes hérétiques que parlait ce saint docteur ; il les excluait même certainement, puisque c'était contre elles qu'il écrivait, et qu'il faisait valoir l'universelle diffusion de l'Eglise, conservatrice de la vraie loi. — Saini Cyprien, dans son traité de l'Unité de l'Eglise, établit aussi sa catholicité dans le sens que nous entendons, en disant qu'elle conserve son unité, quoiqu'elle soit répandue dans tous les pays. Il la repiésente éclairée de la lumière du Seigneur, répandant ses rayons dans tout l'univers. 11 la compare à un arbre qui étend ses rameaux sur toute la teire. 11 puisait donc, comme les Pères qui l'avaient précédé, qu'une prérogative de l'Eglise de Jésus-Christ est de s'étendre dans toutes les légions: et, par une conséquente nécessaire, il n'aurait pas reconnu comme l'Eglise de Jésus-Christ celle dans qui il n'aurait pas vu cette diffusion. — ^ainl Pacien, qui, dans le même temps que saint Cyprien, combattait comme lui les novaliens, dit que i l'Eglise, est un corps plein, solide, déjà lépandu dans tout l'univers (Epist. 3). t — Dans le siècle suivant, saint Cyrille de Jérusalem, dans une de ses catéchèses, expliquant ces paroles du symbole : Je crois la sa.rile hylise catholique, dit : i L'Eglise est appelée catholique ou universelle, parce qu'elle est répandue dans tout l'univers, depuis une extrémité de la terre jusqu'à l'autre. » Voilà une définition de la catholicité piécise et absolument conforme à la nôtie. El il faut observer que c'eot dans un ouvrage fait pour l'instruction des simples fidèles, où les expressions doivent être simples et irès-exacles. Un peu plus bas, ce même Pèiv, comparant l'autorité temporelle à celle de l'Eglise, y met celle différence, que les souverains, distribués en différents lieux, trouvent dans les limites de leurs Elals des bornes à leur puissance, mais que la sainte Eglise catholique seule jouit d'une puissance illimitée, et dans loul l'univers (Lalechesi 18, n. 25 el *27). — Quelque temps auparavanl, au concile de Nicée, Arius et Euzoïus avaient présenté une profession de foi. « Nous croyons, y esl-il dit, une Eglise catholique de Dieu, qui s'étend des premiers fondements jusqu'aux dernières exliémilés de la terre. Nous avons reçu celte foi des saints Evangiles, le Seigneur ayant dit à ses disciples : Allez, el enseigna
CAT
tholirilétA,ms le sens que nous expliquons,
est aussi anciennequ'elle, et n'a jamais varié.
Aujourd'hui quelques protestants ne font
ycs difficulté dédire qu'ils s >nt catholiques ,
CAT
c'est-à-dire , membres de l'Eglise universelle, compo>ée de tous ceux qui croient en Jésus-Chrisl; mais c'est un abus grossier du terme. Comment peut-on appeler Eglise l'a-
loules les nations, i (Soerates, Hist. EccL's., I. i, c. 2i>. ) Ainsi, catholiques et hérétiques, tous, dans ces premiers siècles, professaient comme un article de foi que l'Eglise a ieçu de Jésus-Christ la prérogative de l'universelle diffusion. — A la lin du même siècle, deux grandes lumières de l'Eglise d'Afrique, saint 0,'til et saint Augustin, prouvaient, aux donalisles que leur secte n'était pas la véritable Eglise, parce qu'elle n'était pas cailioliqu", c'est-à-dire, u iversrllemcnt répandue. < Nous avons, leur dit saint Optât, à démontrer ce que nous avons promis que nous établirions : quelle est celle Eglise que Jésus- Christ appelle sa colombe et son épouse. Vous dites qu'elle e-t en vous seuls. Apparemment que, dans votre orgueil, vous vous attribuez spécialement la sainteté ; en soi te que l'Eglise soil où vi us voulez, et ne soit point où vous ne voulez pis. Ainsi, pour qu'elle puisse être chez vous, dans une peiiie partie de l'Afrique, dans le coin d'une peùte région, elle ne sera pas avec nous dans une autre punie de l'Afrique ; elle ne sera pas dans les Espagnes, dans les Gaules, dans l'Italie, où vous n'êtes point, t Le saint docteur fait encore l'énuméralion d'un grand nombre de i ays, où il n'y a point de donalisles, et d'où ils excluent l'Eg'ise, cl il poursuil ainsi : i Où sera donc la propriété du nom de catholique, puisque l'Eglise est appelée catholique parce qu'elle est laisonnable et répandue partout? Car, si vous la resserrez ainsi à vnire volonté dans un heu étroit, si vous lui ôiez toutes les nations, où sera ce que le Fils de Dieu a mérité ? Où seia ce que lui a promis volontairement son l'ère, lui disant dans le psaume second : Je vous donnerai les nations en héritage, et les bornes de la terre your votre possession ? Pourquoi enfreignez-vous une telle promesse, en sorte que l'étendue de tous les royaumes soit mise par vous comme dans une prison ? Pourquoi voulez-*ous vous opposer à celle libéralité? pourquoi combattez-vous les mérites du Sauveur 1 Permettez au Fils de posséder ce qui lui a été accordé. Permettez au 1ère d'accomplir ses promesses. De quel droit posez vous des bornes, tracez-vous des limites? Quand Dieu le Père accorde au Sauveur toute la terre, rien n'est excepté dans aucune partie de la terre. Toute la terre avec ses nations est la possession du Christ. > Saint Oplal répè'e ensuite le texte du psaume second, et rapporte celui que j'ai cité du psaume soixante-onze ( De Schism. Douât. , lib. u, c. 1). Il ne peut rien y avoir de plus formel que ce texte pour établir que la vraie
I - g 1 i ~ e est celle que l'on voit répandue sur toute la terre ; que celle ptéiogative lui a élé accordée par son divin fondateur, et qu'elle lui est essentielle. La clai té évidente de ce passage me dispense d'en rapporter d'autres où saint Optai établit le même principe.— Saint Augustin, dans son traité de l Unité de ikijl se, contre les donalisles, traite ex professo la question de la catholicité, cl démontre, par beaucoup de textes de la sainte Ecriture, que l'Eglise de Jésus-Christ est celle qui s'étend sur toute la terre.
II commence par la Gtiièse ; rapporte lt promesse failfl à Abraham, que tontes les nations seront bénies dans son rejeton ; prou\e que ce rejeton est Jésus- Chrisl ; montre que la promesse a elé renouvelée à Isaac cl à Jacob : < Donnez nous, conclut-il, celle Eglise, si elle est parmi v.us ; montiez que wus êtes en communion avec lotîtes les nalimwque nous voyons maintenant bénies dans ce rejeton. Donnezla, ou, dé osant voire erreur, recevez-la, mm pas de moi, mais de cclm-là même dans qui toutes les nations sont bénies. > (C. G, n. Il ) < Que lil-on dans les prophètes! ajoulc-l il. Combien sont nombreux,
combien sont évi lents leurs témoignages au sujet de l'Eglise répandue dans toutes les nations, sur toute la terre ! Qn'lsaïe nous dise où, par une révélation divine, il a vu d'avance l'Eglise, alin que, dans les paroles de celui qui prédisait l'avenir, nous voyions ce qui maintenant est devenu présent. > 11 produit plusieurs lexies de ce prophète, et il fait voir coinl>ien ils prouvent caiiemeni l'étendue univers. Ile do l'Eglise, c Que celui qui l'osera, reprend-il, contredise ; mais que celui qui ne l'osera pas espère en Jésus-Chrisl avec lotîtes les nations, et ne se sépare pas de l'unité des peuples q i espère»! en lui : ou, s'il s'en est écarté, qu'il revienne, alin de ne pus périr Qui est ce qui esl assez sourd, assez insensé, assez aveugle d'esprit, pour oser parler contre de» témoignages si évidents ?... Q'ie peut-on exiger de pins clair? Voyez dans un seul prophète combien d'oracles, q elle est leur clarté : el cependant on résiste, on contredit, non un homme, mais l'e-piil de Dieu et la plus évidente vérité. El cependant ceux qui se g'orilient du litre de chrétiens envient la g oire du Christ, et ne veulent pas qu'on croie accomplies les choses qui, si longtemps avant, avaient élé prédites de lui, lorsqu'elles sont, non plus prédites mais montrées, mais vues, mais possédées. > (lb<d., c. 7, n. 15, t6, li).) — Saint Augustin oppose ensuite aux donalisles les psaumes, ei spécialement le second ei le soixante onzième. Après en avoir rapporlé les passages : i Voilà, dit-il, que dans les psaumes est m» n. lestée l'Eglise répandue dans tout l'univers, sur laquelle repose la gloire de son souverain... Que répondront à ce que je viens de rapnoiler des prophètes el des psaumes au sujet de l'Eglise de Jésm-Chrisl qui est répandue dans tout l'univers, ceux qui aiment mieux la combattre avec perversité, que de communiquer avec elle en se corrigeant ? > (C. 8 el 9, d. 22 et 25.) — De l'Ancien Testament le saint docteur passe au Nouveau. Il en cite des passages que j'ai i apportés. Sur celui de saint Luc, il oppose aux donaiistes le raisonnement que j'ai fait plus haut, que Jésus-Christ lui-même a appliqué à l'universelle diffusion de son Eglise les passages de. la loi, des prophètes et des psaumes. Sur le passage des Actes des apôtres, il dit que l'on y voit le commencement de l'Eglise dans Jérusalem, dans la Sunarie, et sa propagation successive dans toutes les nations. Il prouve par les faits el par l'énumération de beaucoup de pays où la vraie fui élait déjà portée de son temps, et il résume ainsi : c II nous a elé annoncé que l'Eglise serait sur toute la leire. Le Seigneur lui même a attesté que cela était prédit dans la loi, dans les prophètes el dans les psaumes. Il a propiiéiisé qu'elle commencerait par Jérusalem, el Qu'elle se répandrait sur (ouïes les nations. Il a prédit à ses apôtres, lorsqu'il est remonté dans les deux, qu'ils seraient ses témoins dans Jérusalem, dans toute la Judée el la Samari •, elju que dans louie la terre. Les faits se sont < onformés à ses paroles. Comment, ayant commencé par Jérusalem, et de là s\Slaul accrue dans la Judée cl la Samarie, el ensuite sur toute la terre, l'Eglise s'y agiandii elle maintenant, jusqu'à ce qu'enlin elle possède le reste des nations où elle n'existe pas encore ? Le témoignage des saintes Eciitures le montre positivement. Quiconque évangélisc autrement, qu'il soit anaihéme. Or celuilà évangél se autrement, qui dit que l'Eglise a péri dans le reste du monde, et .subsiste dans la seule Afrique cl dans le parti de Don.il. > (Ibid., cap. 10, u. Ï5, ei c. Il, n. 28, el ttq.)
i ti résulte évidemment Je tous ces passages t'ués du seul traité de l'Unité de l'Eglise, que non-seule-
CAT
CAT
nias de plusieurs sectes , qui n'ont entre elles aucune union, qui se regardent les unes comme hérétiques, les antres comme idolâtres, qui se disent mutuellement aualhème ? Pour être calholique , il faut prendre pour règle de foi le consentement unanime de loutes les sociétés chrétiennes qui reconnaissent un seul chef. Nous avons prouvé ailleurs qu'un des caractères essentiels à la véritable Eglise est Vunilé dans la foi , dans le culte, dans la soumission à un chef. Voy. Eglise, § 1 et 2. Or, ce caractère se trouve dans l'Eglise romaine seule : elle est donc la seule calholique (1).
meut ce saint docleur était dans les mêmes principes que nous sur la catholicité, mais que, pour les prouver, il employait les mêmes raisonnements que nous. Les preuves dont nous combattons les protestants sont celles dont il réfutait les donatistes. Les hérétiques modernes, pour voir leur condamnation, n'ont qu'à voir ce qui a été opposé aux hérétiques anciens. — Et nous voyons de plus que, dans la célèbre conférence de Carltiage, entre les catholiques et les donatistes, les donatistes faisaient consister la catholicité, non dans la réunion de l'universalité «les nations, mais dans la plénitude des sacrements (Brev. coll. cum Douât., dies 3, c. 3, ». 5) : ce qui ne s'éloigne pas beaucoup du système protestant. Mais ils fuient combattus par les évoques catholiques, qui produisirent les textes convaincants de l'Ecriture sur la diffusion universelle de l'Eglise. Les donatistes non-seulement ne voulurent pas discuter cette question, mais ils n'osèrent pas l'aborder, lisse rabattirent à soutenir que l'Eglise de Jésus-Christ n'est composée que des hommes vertueux, et ne comprend pas les pécheurs (Ibid., c. 8, n. 10), ce qui est encore une prétention des protestants.
i Voilà une chaîne d'autorités qui embrasse et qui Unit ensemble tous les temps écoulés depuis la pro-
I messe faite à Abraham. Il en résulte évidemment que la vraie Eglise de Jésus Christ doit, par son institution, s'étendre sur toute la terre. Nous voyous celte
i étendue universelle prédite dans l'ancienne loi, par une multitude d'oracles, commandée par Jésus-Christ à plusieurs reprises, exécutée par sus apôtres autant qu'ils l'ont pu, réalisée peu après eux, et dès les premiers temps du christianisme, revendiquée par les saints docteurs comme un signe de la vérité de leur Eglise et de la fausseté des communions séparées. Comment, en admettant toutes ces autorités, peuvent-ils refuser d'y croire ? Selon eux, l'Ecriture est li inlaillible:de leur aveu, les Pèresdes premiers siècles || n'étaient point dan> l'erreur. Comment donc peuventil ils se soustraire à l'enseignement unanime de tous les livres sacres et de tous ces saints personnages ? >
II (Le cardinal de la Luzerne, Diss nations sur les Etjlises catlioliijues et protestantes, loin. 11, cli. S.)
(1) Après avoir exposé la catholicité de droit, nous devons l'examiner en l'ait. Quelle est la sociéié chrétienne qui peut prétendre au titre de catholique? Il est évident que c'est la seule Eglise romai- I ne : elle est répandue partout. Allez dans tous les kl pays du monde, vous n'en trouverez pas un seul I où il n'y ait des catholiques, où l'Eglise romaine ne I soit connue. Prenez au contraire une secte séparée I du scinde l'Eglise romaine, vous la verrez circons- ! crite dans un rayon très resserré. Toutes ces sectes I ont le siège de leur empire et ne s'étendent ?uère I au delà. Pi ises séparément, elles sont peu nombreuses. I Vainement elles voudraient se réunir, elles n'ont ni la I même croyance ni le même ministère; elles se pré- [ tendent , à l'exclusion l'une de l'autre, en posses- I sion de la vérité. Le (ail es: donc évidemment pour I la seule Eglise romaine, qui COUséqueminsLt est la véritable Eglise.
CATHOLICISME , système dans lequel <m soutient que la catholicité de la doctrine est la règle de foi à laquelle tout homme qui croit en Jésus-Christ doit se conformer. Comme toutes les sectes qui ont paru depuis les apôtres se sont élevées contre ce système , nous ne pouvons nous dispenser de prouver que c'est le seul vrai , le seul que puisse suivre un homme qui se pique de savoir raisonner. Bossuet et nos aunes controversisies l'ont démontré contre les protestants : voici à peu près le sommaire de leurs réflexions.
1° Dans la religion primitive, la règle de foi était dans la tradition domestique; les patriarches n'en avaient point d'autre. Sous la loi de Moïse, la règle de foi était la tradition nationale; Dieu l'avait ainsi ordonné (Deut. xvn , 10 ; xxxn , 7 ). Donc sous l'Evangile, destiné à être prêché à toute créature, et jusqu'à la consommation des siècles , la règle de loi est la tradition générale. Cette uniformité du plan de la Providence en démontre la sagesse ; il est absurde de penser que Dieu en ail changé. Sous !a première époque de la révélation, tous ceux qui ont perdu de vue la tradition des leçons données à Adam sont tombés dans le polythéisme. Sous la secofide, touies ies fois que les Juifs se sont écartés des préceptes de leur religion naiionale, ils se sont précipités dans l'idôlalrie et dans les superstitions de leurs voisins. Sous la troisième, quiconque refuse de consulter la tradition universelle , se livre au délire d'une fausse philosophie. Il y en a autant d'exemples qu'il y a eu d'erreurs depuis les apôtres jusqu'à nous. — 2° L'unité est essentielle à l'Eglise de Jésus-Christ; il a dit lui-même de ses ouailles : J'en ferai un même troupeau sous un seul pasteur [Joan. xi, 6). Selon saint Paul, les fidèles sont un seul corps, qui a un seul Seigneur, une seule foi, un seul btptême ( Ephe<. iv , k el5). Quiconque se sépare de celle uuiié n'appartient donc plus au troupeau de Jésus-Christ. Or cette unité ne peut se conserver qu'autant que les diverses sociétés qui composent l'Eglise se servent mutuellement de témoins, de garants et de surveillants ; de manière que si l'une venait à s'égarer, loutes les autres pussent la redresser. L'unité ne peut se trouver dans l'erreur, ch icun se trompe à sa manière; l'unité est donc un signe infaillible de vérité. — 3" De savoir si Jésus-Christ a révélé telle doctrine, ou une doctrine contraire, c'est un fait. Or, pour constater un fait quelconque, on ne se borne pointa consulter l'histoire , l'on interroge la Iradilion orale et les monuments. La tradition est du plus grand poils, lorsque les tém >ins sont en très-grand nombre ; que tous ont intérêt à être informés du fait et à le publier tel qu'il est ; que ce ne sont point de simples particuliers, mais des sociétés entières. Récuser la certitude morale ainsi portée au plus haut point de notoriété, c'est vouloir évidemment se tromper. — 4° Depuis la naissance de* l'Eglise , on s'est servi dj cette règle pour juger si uue doctrine étau yraie ou fausse ,
CAT
CAU
urihodoxe ou hérétique. Les conciles ont éié assemblés pour que les évêiiucs dos dif— Fèrentes parties du momie pussenl y rendre témoignage de ce qui élail cru , enseigné el professé dans leurs Eglises. Lorsque tous , ou le très-grand nombre , ont attesté que telle était la croyance qu'ils avaient trouvée et iblie, on n'a pas hésité déjuger que c'était lu doctrine de Jésus-Christ, el que l'opinion contraire élail hérétique. Esi-il croyable que dès l'origine l'Eglise se soit trompée sur la règ'e qu'elle devait suivre pour enseigner les fidèles sans aucun danger d'erreur? Il faudrait que Jésus-Christ l'eût abandonnée au moment même qu'il venait de la former. — 5° Ou il faut suivre celle règle , ou il faut s'en tenir à l'Ecriture seule, comme le veulent les protestants ; il n'y a pas de milieu. Mais quand il s'agit de fixer le vrai sens de l'Ecriture , et de savoir comment l'on doit l'entendre , c'est une absurdité de nous renvoyer à l'Ecriture. D'un côté , une poignée de docteurs soutiennent que ces paroles de Jésus-Christ, Ceci est mon corps, doivent être prises dans le sens ligure; de l'autre, toutes les Eglises de l'univers attestent qu'elles les ont toujours entendues dans le sens littéral. Faut il préférer à cette croyance générale el constante l'opinion particulière d'un petit nombre de novateurs? — G0 Toutes les socles qui ont abjuré le catholicisme n'ont plus trouvé entre elles aucun centre de réunion , files sont successivement tombées d'une erreur dans une autre. Voy. à l'article Erreur l'enchaînement de celles des protestants. Ils sont divi es en luthériens, calvinistes, arminiens, gomaristes, anglicans, quakers , hernhules , frères moraves , piélisles , sociniens, coccéiens, etc. Le désordre aurait encore été plus grand , et les ruptures plus fréquentes, si la rivalité entre ces sectes el l'Eglise catholique ne leur avait pas souvent servi de frein ; elles ne sont unies que par la haine qui les anime contre elle. Après avoir secoué le joug de la tradition universelle , elles ont été forcées de s'en tenir à leur tradition particulière, aux décisions de leurs synodes, à des confessions de foi , aux ordonnances des magistrats , même d'employer les censures el les peines pour maintenir dans leur sein une unité du moins extérieure.
Depuis plus de dix-sept cents ans l'Eglise catholique n'a varié ni dans ses dogmes , ni dans sa règle de foi, cela serait impossible. Comment les différentes Eglises qui la composent, dont les unes sont très-éloignées des autres, qui se croient toutes obligées de conserver la doctrine reçue de Jésus-Christ par les apôtres, qui ne peuvent avoir aucun intérêt ni aucun motif de la changer, pourraient-elles former une conspiration générale, un dessein uniforme de l'altérer? Un mé'iie esprit de vertige ne peut pis les saisir toutes à la fois ; l'une d'entre e.Ics ne peut pas s'écarter delà tradition, sans que les autres s'en aperçoivent. Toutes les fois qu'un ou plusieurs particuliers, évoques ou autres, uni voulu inilOYCr, le scandale a éclaté d'a-
bord, el ils ont été condamnés. Le catholicisme est donc un principe infaillible d'unité, de perpétuité, d l'immutabilité dans la doctrine. Voy. Egl se (1).
CATHOLIQUES (Nouvelles) (2). Ce sont d< shTesqui, dans le derniersiècle,sesontérigéos en communauté, sous ce litre, ou sous celui de la Propagation delà Foi, pour instruire, à l'exemple des missionnaires , dans les vérités de la religion , les personnes de leur se\e qui ont été élevées dans l'hérésie. — Les personnes qui enlrenl dans les communautés pour s'instruire y sont entretenues jusqu'à ce qu'elles aient fait leur abjuration, el qu'elles soient bien affermies dans la foi. Elles peuvent même y être reçues au nombre des sœurs. — Dans quelques-unes de ces communautés , les filles qui s'y attachent foni des vœux simples de pauvreté, de chasteté , d'obéissance , et promettent do s'employer à l'instruction des nouvelles converties. Dans d'autres, ces filles ne fout qu'un vœu de stabilité ; dans d'autres, enfin , elles s'engagenl par un contrai d'associalion. — Chacune de ces communautés a des règlements particuliers, suivant qu'il a plu à l'évèque du lieu de leur établissement de les leur donner. La communauté de Paris est sous le nom de Nouvelles-Converties ; celle de Sedan et quelques autres sous celui de la Propagation de la Foi. (Extrait du Diction, de Jurisprudence).
CAUCAUB ARD1TES, branche d'eutychiens qui, au vr siècle , suivirent le parti de Sévère d'Antioche el des acéphales. Ils rejetaient le concile de Chalcédoine, el soutenaient, comme Eutychès, qu'il n'y a qu'une seule nature en Jésus-Christ. Le nom de caucaubardites leur fut donné d'un lieu dans lequel ils tinrent leurs premières assemblées (iMcéphore , 1. xvm , c 49 ; Baronius , ann. 335). Quelques-uns les ont nommés conlobabdiles. Voy. Eutychiens.
CAUSE. Les théologiens , aussi bien que les philosophes , sont forcés de distinguer plusieurs espèces de causes. Non-seulement nous connaissons une cause première, qui est Dieu , mais des causes secondes, qui sont les créatures. Parmi celles-ci une cause peut être matérielle ou formelle , efficiente ou occasionnelle, finale ou instrumentale, physiiiuc ou morale, totale ou partielle, prochaine ou éloignée, etc. Le détail de toutes ces notions appartient à la métaphysique . el il peut fournir la matière à un traité fort étendu.
Les athées nous disent gravement qu'il n'est pas nécessaire que l'univers ail ui.e cause première , qu'il est à lui-même sa
(I) L'immutabilité de la croyanee chrétienne a été pour les incrédules une source d'attaques conira le catholicisme : il l'uni regardée comme éUul l'ennemie du progrès. Nous croyons ce point de conlriver-e assez important pour consacrer unariiclo spécial sous le tilre Cuoyance- CATHOLIQUES ( Vrotjrès des).
(i) Cci article est reproduit d'*arèa l'édition de Liège.
CAU
CAll
cause, qu il a toujours existé etscra toujours, que tout ce qui arrive est un effet nécessaire des combinaisons et du mouvement de la matière. — Selon cette sublime philosophie, tout est nécessaire dans l'univers et tout change, tout s'y fait de toute élernité et tout se succède; les combinaisons de la matière sont nécessaires en général, et aucune n'est nécessaire en particulier, puisqu'il dépend souvent de nous de les changer à noire gré. Quand nous n'aurions pas pour nous le sentiment intérieur et invincible de cette vérité, l'absurdité et les contradictions du langage des alliées suffiraient pour nous convaincre de la nécessité et de l'existence d'une cause première , intelligente et libre , qui a fait le monde tel qu'il est, et qui aurait pu le faire autrement nielle l'avait voulu. Yoy. Dieu. Ce même sentiment intérieur, qui est le souverain degré de l'évidence, nous convainc que nous sommes véritablement actifs et non purement passifs comme la matière, que nous sommes par conséquent la cause efficiente et proprement dite de nos actions. Mais comme la foi nous enseigne que nous ne pouvons faire aucune action méritoire pour le salut, sans le recours de la grâce, c'est une grande question de savoir si la grâce divine est la cause physique de nos actions méritoires, ou si elle en est seulement la cause morale, dans le même sens que les motifs qui nous déterminent sont censés être cause de nos actions ordinaires.
Nous appelons cause physique un être quelconque à la présence duquel arrive toujours tel événement qui n'arrive jamais dans son absence; ainsi le feu est censé être cause physique de la lumière, de la chaleur, de la brûlure, parce que ces effets se l'ont toujours sentir plus ou moins, lorsque le feu est présent, et non lorsqu'il est absent; la coexistence constante de ces phénomènes nous fait conclure que l'un est la cause de l'autre, qu'il y a une connexion nécessaire entre l'un et l'autre ; nous n'avons point d'autre signe pour en juger; nous ignorons la raison a priori pour laquelle le feu produit la lumière, la chaleur et la brûlure. Mais cette causaldé physique n'a lieu qu'entre un corps et un autre corps, elle ne peut nous donner aucune idée de la manière dont la grâce agit sur nous.
Une cause morale se connaît par le signe contraire; elle ne produit pas toujours le même effet, et souvent un même effet est produit par des causes différentes. Ainsi un même motif peut nous faire taire plusieurs actions qui ne se ressemblent point, et une même action peut être faite par plusieurs motif» divers ; ceux-ci ne peuvent donc être que cause morale de nos actions ; il n'y a entre celte cause et ses effets qu'une connexion contingente. Cependant un homme qui suggère des motifs à un autre, qui commande, qui conseille, qui excite à faire une action, est aussi censé en être la cause morale ; elle lui est imputée aussi bien qu'à celui qui l'a faite. — En esl-il de même de la grâce? A proprement parler, un motif qui nous dé-
DlCT. 1>E THÉOL. DOGUATIQl.E. I.
termine à agir ne nous donne point de force nouvelle ; la force est censée être en nous indépendamment du motif. Or, la grâce nous donne une force que nous n'avons pas naturellement. Il n'y a donc pas non plus une ressemblance exacte entre la causalité morale et celle de la grâce. Faut-il s'étonner sî la manière dont la grâce agit sur nous est un mystère, dont nous ne pouvons avoir aucune idée par ce qui se passe d'ailleurs en nous, et si les disputes touchant l'efficacité de la grâce sont interminables? Voy. Grâce, § IV.
11 y a plus: souvent l'Ecriture sainte semble nous donner pour cause d'un événement ce qui n'en a été que l'occasion; cette équivoque fournil aux incrédules une ample matière de reproches et de déclamations. S'ils étaient moins préoccupés, ils verraient que ce défaut, si c'en est un, est commun à tous les peuples et à toutes les langues.il est trèsfréquent dans la nôtre. — Nous disons: Cet homme me donne de l'humeur, il est cause de ma damnation ; il n'en a peut-être aucune envie, sa conduite est seulement l'occasion et non la cau^e des passions qui nous dominent. On dit à un jeune homme que les attraits d'une femme le rendent fou, à un bienfaiteur qu'il fait des ingrats, à un père qua par sa tendresse il gâte et perd ses enfants, à un maître qu'il rend son valet insolent, etc. Est-ce leur intention ? Non, sans doute, personne ne s'y trompe: on conçoit que dans toutes ces façons de parler l'occasion est prise pour la cause , et il ne s'ensuit rien. Pourquoi serions-nous scandalisés de trouver le même style dans l'Ecriture sainte? — Nous demandons à un homme ingrat et brutal : « Faut-il me mahva'iier pour avoir voulu vous rendre service? » Nous disons d'un écolier qui a mal profilé des leçons qu'on lui a données : « 11 est bien mal instruit, pour avoir étudié sous d'aussi habiles maîtres. » Dans ces façons de parler, pox.tr n'exprime certainement pas la cause, mais l'événement.
Jésus-Christ dit dans l'Evangile : Je ne suis pas venu apporter la paix, tnais le glaive (Mutlh. x, 34). Son intention n'était pas de diviser les hommes, puisqu'il leur a constamment prêché la douceur et la paix ; mais il prévoyait que, par la malice et l'incrédulité de plusieurs, sa doctrine serait parmi eux une cause accidentelle, ou plutôt une occasion ou un sujet de division ; il avertissait ses apôtres des obstacles qu'ils auraient à vaincre pour l'établir. Dans le même sens, il est dit de lui qu'il a été établi pour la ruine et la résurrection de plusieurs dans Israël (Luc. il, 3i) ; que l'Evangile et ses ministres sont pour les uns une odeur mortelle qui les tue, et pour les autres une odeur de vie qui les ranime (/ Cor. il, G). Ce ne sont pas là des hébraïsmes, comme plusieurs l'ont prétendu, mais des gallicismes purs. Encore une fois, ces façons de parler sont communes à toutes les langues. — Conséquemment, la conjonction ut de la version latine ne doit pas toujours se rendre en français par afin que, comme si elle exprimait l'intention de celui qui agit, mais par de manière que, expression