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était, en France, chef de l'ordre, qui consistait en vingt-trois maisons, qui toutes étaient gouvernées par un provincial électif, tous les trois ans, par le chapitre particulier des Célestins du royaume. Ce provincial avait le même pouvoir sur les monastères de France que le général sur ceux de l'ordre. — La maison de Paris jouissait, sur les émoluments du sceau, d'une bourse semblable à celle des secrétaires du roi, que Charles, dauphin de France, leur avait donnée pendant la détention du roi Jean, son père, jn Angleterre. Eu 1673, Louis XIV avait ordonné qu'au lieu de cette bourse ils toucheraient sur les émoluments du sceau 75 livres par quartier.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur cet ordre, qui ne subsiste plus en France. Louis XV, par un édit de 1768, avait ordonné que la conventualité serait rétablie dan9 toutes les maisons religieuses, et qu'en conséquence, chaque ordre établi dans le royaume s'assemblerait en chapitre général pour lui proposer les moyens qu'il trouverait convenables pour remplir ce but. — Les Célestins s'assemblèrent au mois d'octobre 1770, à Limay-lès-Mantes; effrayés de la proposition d'une réforme, ils demandèrent, d'une voix unanime, fi'être dispensés de l'exécution de ledit de 1768, et consentirent à l'entière destruction de leur ordre. — Le roi fit connaître leurs intentions au pape. Clément XIV adressa un bref aux évêques de France, et les chargea de visiter, chacun dans son diocèse respectif, les maisons des Célestins qui y étaient situées. Lorsque ce bref eut été revêtu de lettres patentes dûment enregistrées, les évêques, comme commissaires et délégués du saint-siége, procédèrent h la visite ordonnée. Leurs procès-verbaux ont constaté l'impossibilité d'établir la réforme, et la persévérance des religieux à demander leur sécularisation. D'après ces procès-verbaux, le pape a procédé à la suppression, non de l'ordre entier, mais des maisons particulières. Celles des monastères de Metz, Sens, des Termes, Ambert, de Veihy, d'Esclimont, de Ville-Neuve, d'Offremont, de la Châtre, de Rouen, de Limay, d'Amiens et de Lyon, ont déjà été supprimées par des brefs particuliers de Pie VI, des 22 mai 1776, 8 janvier 1777 et 30 septembre 1778. Ces brefs ont été revêtus de lettres patentes enregistrées au parlement de Paris.— Par ces brefs, les religieux Célestins ont été sécularisés. Le pape et le roi ont néanmoins permis à ceux d'entre eux qui désireraient continuer de vivre en forme de communauté religieuse, de se retirer dans la maison de JVtarcoussy, diocèse de Paris.
Le sort de la maison de Paris n'est point encore fixé. En vertu d'un arrêt du conseil du 2 octobre 1778, les commissaires nommés par le roi ont procédé au récolement do l'inventaire des biens meubles et immeubles en dépendants, fait précédemment en exécution de deux autres arrêts des 2 octobre 1772 el 29 mars 1776. Les religieux ont été obligés de sortir de la maison aussitôt que ce réco-
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lement a été fini : la régie ae leurs biens a été confiée au receveur général du clergé, sons l'inspection et l'autorité des commissaires du roi; il est tenu de payer, de deux mois en deux mois et d'avance, les pensions ordonnées pour la nourriture et l'entretien de chaque religieux. (Extrait du Dictionn. de jurisprudence.) |1]
CÉLIBAT, CONTINENCE, état de ceux qui ont renoncé au mariage par motif de religion.
L'histoire du célibat, considéré en luimême, l'idéequ'en ont eue les peuples anciens, les lois qui ont été faites pour l'abolir, les inconvénients qui peuvent en résulter dans les circonstances où nous ne sommes point, sont îles spéculations étrangères à l'objet de la théologie. Nous devons nous borner à examiner si l'Eglise chrétienne a eu de bonnes raisons d'y assujettir ses ministres, et d'en autoriser le vœu dans l'état monastique, si les prétendus avantages qui résulteraient du mariage des prêtres et des religieux sont aussi certains et aussi solides qu'on a voulu le persuader de nos jours.
Déjà les censeurs de cette discipline de l'Eglise conviennent que le célibat, considéré en lui-même, n'est point illégitime, lorsqu'il est établi par une autorité divine; que Dieu, sans doute, peut témoigner que la pratique de la continence lui est agréable: or, il l'a témoigné en effet. Jésus-Christ, après avoir dit: Heureux, les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu (Matth. v, 8), ajoute ailleurs : H y a des eunuques qui ont renonce au mariage pour le royaume des deux; que celui qui peut le concevoir y fasse attention... Quiconque aura quitté sa famille, son épouse, ses enfants, ses possessions, à cause de mon nom, recevra le centuple et aura la vie éternelle (Matth. xix, 12, W). Si celui gui vient à moi n'est pas disposé à quitter son père, sa mère, son épouse, ses enfants, ses frères et sœurs, sa propre vie, il ne peut être mon disciple (Luc xiv, 26). Tel est, en effet, le sacrifice nue les apôtres ont été obligés de faire ; ou ils ont demeuré dans le célibat, ou ils ont tout quitté pour se livrer à la prédication de l'Evangile et aux travaux de l'apostolat. Cependant certains critiques ont affirmé avec une entière confiance que Jésus-Christ n'a imposé à personne l'obligation de la continence, pas même aux apôtres (Barbeyrac, Traité de la Morale des l'ères, cbnp. vin, § k et suiv.).— Saint Paul dit aux fidèles : Ce n'est point un ordre que je vous donne, mais un conseil : je voudrais que vous fussiez tous comme mot ; mais chacun recuit de Dieu le don qui lui convient. Je dis donc à ceux qui sont dans le CÉLIBAT ou dans le veuvage, qu'il leur est bon d'y demeurer comme moi. S'ils ne peuvent (farder la continence, qu'ils se marient; cela vaut mieux que de brûler d'un feu impur (l Cor. vu, 6). Il avait commencé par poser pour maxime qu'il est bon à I homme de ne pas toucher une femme {Ibid., v. 1). Pour
(1) Cet ordre, comme beaucoup d'autres, a disparu en France. Voy. le Dict. de» Ordres religieux du I*. Ilélyoi, cdit. (ligne.
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détourner le sens de ce passage, Barbey rat dit que saint Paul parlait ainsi, à cause des persécutions, et non pour tous les temps ; mais le texte même réfute celte explication. La raison que donne saint Paul est que celui qui est marié est occupé dos choses de ce monde et du soin de plaire à son épouse; au lieu que celui qui vil dans le célibat n'a d'autre soin que de servir Dieu et de lui plaire {Ibid., v. 32). Cette raison est certainement pour tous les temps. 11 exhorte Tiroolbée à se conserver chaste (/ Tim. v, 22). Entre les qualités d'un évêque, il demande qu'il n'ait eu qu'une femme, et qu'il soit continent (Tit. i, 8). Par con'inence, jamais saint Paul n'a entendu l'usage modéré du mariage, mais l'abstinence absolue; cela est clair par le premier passage que nous venons de citer.
Mosheim convient que, dès l'origine du christianisme, les paroles de Jésus-Christ et celles de saint Paul ont été prises à la lettre, et que c'est ce qui a inspiré aux premiers chrétiens tant d'estime pour le célibat; il le prouve par des passages d'Alhénagore et de Terlullien (Hist. christ., sec. 2, § 33, note 1). — Saint Jean représente devant le trône de Dieu une foule de bienheureux plus élevés en gloire que les autres. Voilà, dit-il, ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes; ils sont vierges, ils suivent l'Agneau partout où il va; ce sont les prémices de ceux qu'il a rachetés à Dieu parmi les hommes [Apec, xiv, k). Et l'on ose encore décider que l'Ecriture n'attache aucune idée de sainteté ou de perfection à la continence. Barbeyrac (Ibid.).
Vainement quelques incrédules ont conclu de là que le christianisme avilit le mariage et en détourne les hommes; au contraire, c'est Jésus-Christ qui lui a rendu sa sainteté et sa dignité primitives; les apôtres ont condamné les hérétiques qui le regardaient comme un étal impur; mais ils nous représentent la continence comme un étal plus parfait, par conséquent comme plus convenable aux ministres du Seigneur. Un état moins parfaU qu'un autre n'est pas pour cela criminel ou impur.
Les mêmes critiques avouent, en second lieu, que tous les peuples anciens ont attaché une idée de perfection à l'étal de continence, et ont jugé que cet étal convenait surtout aux hommes consacrés au culte de la divinité. Juifs, Egyptiens, Perses, Indiens, Grecs, Thraces, Romains, Gaulois, Péru-i viens, philosophes, disciples de Pylliagore et de Platon, Cicéron et Socrate, tous se sont accordés sur ce point. On sait l'excès des prérogatives que les Romains avaient accordées aux vestales. Il n'est donc pas étonnant que les fondateurs du christianisme aient rectifié et consacré celle même idée. Malgré la haute sagesse donl se flattent nos politiques modernes, nous présumons que l'opinion des anciens pouvait être mieux fondée que la leur.
En troisième lieu, ils conviennent que l'esprit et le vœn de l'Eglise ont toujours ele que ses principaux ministres vécussent dans la continence, et qu'elle a toujours travaille
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à en établir la loi. En effet, le concile de Néocésarée, tenu en 315, dix ans avant celui de Nicée, ordonne de déposer un prêtre qui se serait marié après son ordination. Celui d'Ancyre, deux ans auparavant, n'avait perdis le mariage qu'aux diacres qui avaient
protesté contre l'obligation du célibat en re cevant l'ordination.
Le 26e canon des apôtres ne permettait qu'aux lecteurs et aux chantres de prendre des épouses. Selon Socraie, liv. i, chap. 11, et Sozomène, liv. i, chap. 23, c'était l'ancienne tradition de l'Eglise, à laquelle le concile de Nicée trouva bon de seTixer, et qui est encore observée aujourd hui dans les différentes sectes orientales.
Nous convenons que ces conciles n'obligèrent point les évêques, les piètres ni les diacres, à quitter les épouses qu'ils avaient prises avant d'être ordonnés; mais on ne peut montrer par aucun exemple qu'il leur ait jamais été permis de se marier après leur ordination, ni de vivre conjugalement avec les femmes qu'ils avaient épousées auparavant. Saint Jérôme, adv. Vigilant. > p. 281, et saint Epiphane, hœr. 59, n. 4, attestent que les canons le défendaient. — Nos adversaires sont-ils en état de prouver que saint Jérôme et saint Epiphane en ont imposé ? Dodwel , Dissert. Cyprian. 3, n. 15, cite l'exemple de plusieurs ecclésiastiques qui vivaient avec buis épouses comme avec leurs sœurs. Eusèbe, liv. î, Démons t. évang., chap. 9, en donne pour raison que les prêtres de la loi nouvelle sont entièrement occupés du service de Di< u et du soin d'élever une famille spirituelle.
En Occident, la loi du célibut est plus ancienne; elle se trouve dans le 33e canon du concile d'Elvire, que l'on croit avoir été tenu l'an 300. Elle fut confirmée par le pape Sirice l'an 385, par Innocent Ie1 en W+, par le concile de Tolède l'an 400, par ceux de Cartilage, d'Orange, d'Arles, de Tours, d'Agde, d'Orléans, etc., et par les capitulaires de nos rois [Voy. Sous-diaconat]. — Cette loi n'est que de discipline : qu'importe ? Elle est fondée sur les maximes de Jésus-Christ et des apôtres, sur le vœu de l'Eglise primitive, sur la sainteté des devoirs d'un ecclésiastique, sur des raisons même d'une sage poli ique; nous le verrons dans un moment. Que faut-il de plus pour la rendre inviolable ?
Les devoirs d'un ecclésiastique , surtout d'un pasteur, ne se bornent point à la prière et au culte des autels : il doit administrer les sacrements , surtout la pénitence, instruire par ses discours et par ses exemples , assister les malades. Il est le père des pauvres, des veuves, des orphelins, des enfants abandonnés ; son troupeau est sa famille ; il est le distributeur des aumônes, l'administrateur des établissements de charité , la ressource de tous les malheureux. Cette multitude de fonctions pénibles et difficiles est incompatible avec les soins , les embarras , les ennuis de l'état du mariage. Un prêtre qui y serait engagé ne pourrait plus se concilier le degré de respect et de confiance né-
cessaire au succès de son ministère ;nous en sommes convaincus par la conduite des Grecs envers leurs papas mariés, et des protestants envers leurs ministres.
L'Eglise ne force personne à entrer dans les ordres sacrés, au contraire, elle exige des épreuves , et prend toutes les précautions possibles pour s'assurer de la vocation et de la vertu de ceux qui y aspirent ; ceux qui s'y engagent le font par choix et de leur plein gré, à un âge auquel tout homme est censé connaître ses forces et son tempérament, longtemps après l'époque à laquelle il est habile à contracter le mariage. S'il y a défausses vocations , elles viennent de la cupidité et de l'ambition des séculiers, et non de la discipline ecclésiastique. — A qui la continence est-elle pénible? A ceux qui n'ont pas toujours été chastes , à ceux qu'infecte la dépravation actuelle des mœurs publiques. Il faut retrancher la cause, et la vertu rentrera dans tous ses droits. Lorsqu'il arrive des scandales , ils ne viennent point de la part des ouvriers accablés du poids des fonctions ecclésiastiques, mais des intrus que l'intérêt et l'ambition des familles font entrer dans l'Eglise milgré elle (1),
On nous oppose l'intéi et politique de la société, les avantages qui résulteraient du mariage des clercs, surtout l'accroissement de la population. Cette discussion ne devrait pas nous regarder , il faut cependant y satisfaire. — 1° Il est faux, toutes choses égales d'ailleurs, que la population soit plus nombreuse dans les pays où le célibat est proscrit. L'Italie, malgré le nombre des ecclésiastiques et des moines , est plus peuplée qu'elle n'était sous le gouvernement des Romains ; on peut le prouver, non seulement par un passage de saint Auibroise , qui l'assurait déjà de son temps, mais par Pline le Naturaliste, qui avouait que sans les espèces
(1) On a examiné quelle peut être l'influence du célibat sur la longévité des prêtreset des religieuses. Un médecin a fait le calcul suivant : < Du 1er janvier 1825 au 51 décembre 1842, on a constaté le décès de 757 ecclésiastiques appartenant au diocèse de Paris, ou y résidant momentanément. 751 ecclésiastiques décédés pendant cette période de vingt années dont on a pu connaître l'âge , ont vécu ensemble qtiarante-sept mille cmq cenl quatre-vingt-seize- ans, ce qui porte la moyenne de leur vie à soixante-trois ans passés. Sur ces 751 individus, 106 ont vécu au delà de soixante ans ; 271 au delà de soixante-dix ans; 177 ont dépassé quatre-vingts ans; enlin 17 ont vécu plus de quatre-vingt-dix. ans : dans quelle autre profession trouverait-on une pareille longévité ! — Sur 51)2 religieuses Carmélites mortes à Paris, rue d'Enler, en la maison-mère, dont je suis le médecin, G9-onl vécu au delà de soixante ans , 59 au delà de soixante-dix ; 25 au delà de quatre-vingts. Ainsi, malgré les austérité * de cet ordre, la moyenne de la vie en communauté de ces 502 religieuses a été de trente-deux ans hait mois, et celle de leur vie entière de cinquante-sept ans quatre mois. — Les Trappistes et les Chartreux prolongent aussi fort loin leur carrière ; à l'abri des passions qui auraient pu les agiter dans le monde, la plupart de ces religieux ne meurent pas, à proprement parler, de maladie; ils s'éteignent paisiblement : leur lin a pour eux la douceur du sommeil. >
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de prisons qui renfermaient les esclaves, une partie de l'Italio* aurait été déserte. S'il y a donc encore aujourd'hui des parties dépeuplées, elles le sont par la tyrannie du gouvernement féodal, et non par l'influence du célibat religieux. Lorsque la Suède était catholique , elle était plus peuplée qu'elle n'est depuis qu'elle est devenue prolestante. Les cantons catholiques de l'Allemagne ont autant d'habitants , à proportion , que les pays protestants. 11 en est de même des cantons de la Suisse, et de l'Irlande, en comparaison de l'Angleterre. On prétend que la France était plus peuplée il y a deux siècles qu'elle n'est aujourd'hui, nous n'en croyons rien : cependant il y avait alors un plus grand nombre d'ecclésiastiques et de religieux qu'il n'y en a de nos jours. — 2° II est absurde d'attribuer le mal à une cause innocente , lorsqu'il y en a d'autres qui sont odieuses, et sur lesquelles il faudrait frapper. Dans les grandes villes on compte plus de célibataires voluptueux et libertins que de prêtres et de moines, et le nombre des prostituées excède de beaucoup celui des religieuses : faut-il épargner le vice pour bannir la vertu? Dans les campagnes, le défaut de subsistance éloigne du mariage les deux sexes ; ce n'est pas au célibat des prêtres que l'on doit s'en prendre. — Le luxe qui rend les mari;:ges ruineux, la corruption des mœurs qui y porte l'amertume et l'ignominie, le faste, l'oisiveté, les prétentions des femmes, le préjugé de naissance qui fait éviter les alliances inégales , la multitude «Jes domestiques et des artisans dont la subsistance est i ncertaine, le libertinage des enfants , qui fait redouter la paternité, l'irréligion et l'égoïsme qui ne veulent souffrir aucun joug, etc., voilà les désordres qui, de tout temps, ont dépeuplé l'univers, contre lesquels il faut sévir avant de loucher à ce que la religion a sagement établi. — 3* Les politiques qui se sont élevés contre le mariage des soldats ont dit que l'Etat serait surchargé des veuves et des enfants qu'ils laisseraient dans la misère : il le serait encore davantage par les veuves et les enfants des ecclésiastiques. La plupart des paroisses de la campagne ont bien de la peine à faire subsister un curé seul , et on veut les charger de la subsistance d'une famille entière. Les pères qui ont un nombre d'enfants, conviennent qui;, sans la ressource de l'état ecclésiastique et religieux , ils ne sauraient comment placer leurs enfants, et on veut la leur ôter.
11 y aurait bien d'autres réflexions à faire sur les dissertations politiques des détracteurs du célibat; mais nous y répondrons ci-après. — Un théologien anglais, nommé Warthon, qui a traité celte question, a voulu prouver, 1° que le célibat du clergé n'a été institué ni par Jésus-Christ, ni par les apôtres ; L2? qu'il n'a rien d'excellent en soi , et ne procure aucun avantage à l'Eglise ni à la religion chrétienne; •'}" que la loi qui l'impose au clergé est injuste et contraire à la loi de Dieu ; V qu'il n'a jamais été prescrit
ni pratiqué universellement dans l'ancienne Eglise. Voilà de grandes prétentions : l'auteur les a-t-il bien établies? — Sur le premier chef, nous avons cité les paroles de Jésus-Chri<l et celles des apôtres, qui prouvent l'estime qu'ilsont faite de la continence, la préférence qu'ils lui ont donnée sur l'état du mariage, la disposition dans laquelle doit être un ministre de l'Evangile, de renoncer à tout pour se livrer entièrement à ses fonctions. Ils n'ont pas prescrit le célibat par une loi expresse et formelle, parce qu'elle n'aurait pas été praticable pour lors. Pour les fonctions apostoliques, il fallait des hommes d'un âge mûr ; il s'en trouvait très-peu qui ne fussent mariés. Mais ils ont suffisamment témoigné que, toutes choses égales d'ailleurs, des célibataires seraient préférables. Il est plus aisé de renoncer au mariage que de quitter une épouse et une famille, comme Jésus- Christ l'exige. L'Eglise l'a compris et s'est conformée à l'intention de son divin maître, dès qu'elle a pu le f.iire. — Warthon dit que le célibat du clergé lire son origine du zèle immodéré pour la virginité, qui régnait dans l'ancienne Eglise; que cette eslime n'était ni raisonnable, ni universelle , ni juste, ni sensée. Cependant elle était fondée sur les leçons de Jésus-Christ et des apôtres ; c'est la prévention des protestants contre la virginité et le célibat, qui n'est ni raisonnable, ni sensée telle vient d'un fond de corruption et d'épicuréisme qui est l'opposé du christianisme. — Il entreprend de prouver, par saint Clément d'Alexandrie , que plusieurs apôtres ont été mariés. Ce Père, disputant contre les hérétiques qui condamnaient le mariage, dit : « Condamneront-ils les apôtres ? Pierre et Philippe ont eu des enfants, et ce dernier a marie ses filles. Paul , dans une «le ses Lpîlres , ne fait point difficulté de parler de son épouse ; il ne la menait pas avec lui, parce qu'il n'avait pas besoin de beaucoup de services ; il dit dans celle lettre: N'avons-nous pas le pouvoir de mener avec nous itne femme notre sœur , comme
font les autres apôtres? Mais comme ils
donnaient toute leur attention à la prédication, ministère qui ne veut point de distraction, ils menaient ces femmes , non connut leurs épouses, mais comme leurs sœurs, afin qu'elles pussent entrer sans reproche cl sans mauvais soupçons dans l'appartement des femmes, et y porler la doctrine du Seigneur. » [Strom. , 1. m, c. 6, p. 535, édit. de Potier.) Warthon a supprimé ces dernières paroles et a tronqué la moitié du passage.
Nous avons prouvé par saint Paul luimême qu'il n'était pas marié. Le Philippe qui avait deux filles elail l'un des sept diacres, et non l'apôtre saint Philippe. Ces deux méprises de saint Clément d'Alevandrie ont été remarquées | ar les anciens cl par les modernes. Voy, les notes des critique» sur cel endroit des S tramâtes , et sur hu»èbc , Mit, renés., liv. III, C, 30 et 31. il résulte, du passage même de saint Clément d'Alexandrie, que les apôtres ne vivaient point conjugalement avec ces prétendues épouses.
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Saint Pierre est donc le seul dont le mariage soit incontestable; mais il l'avait contracté avant sa vocalion à l'apostolat, et il dit luimême à Jésus-Christ : Nous avons tout quitté pour vous suivre (MatJi.wx, 27). — Au inc siècle, on était si persuadé que les apôtres n'avaient pas été mariés, que la secte des apostoliques renonçait au mariage afin d'imiter les apôtres.
Sur le second chef, ce n'est pas assez de prouver, comme fait Warthon, que l'usage chrétien du mariage n'a rien en soi d'impur ni d'indécent, c'est la doctrine formelle de saint Paul ; il faut encore démontrer, contre l'Evangile et contre saint Paul lui-même, que la continence n'est pas un étal plus parfait et plus agréable à Dieu , lorsqu'on y demeure afin de mieux servir Dieu. Elle renferme en soi le mérite de dompter une passion très-impérieuse ; et si le nom de vertu, synonyme de celui de force, signifie quelque chose , la continence est certainement une vertu. — Le livre de V Exode (xix, 15), et saint Paul (/ Cor. vu, 5), attachent une idée de sainteté et de mérite à la coniinence passagère; comment celle qui dure toujours peut-elle être moins louable? — Le célibat des ecclésiastiques procure à l'Eglise et à la religion chrétienne un avantage très-réel, qui est d'avoir des minisires uniquement livrés aux fonctions saintes de leur état et aux devoirs de charité, des ministres aussi libres que les apôtres, toujours prêis à porter comme eux la lumière de l'Evangile aux extrémités du monde. Les hommes engagés dans l'état du mariage ne se consacrent point à servir les malades, à secourir les pauvres, à élever et à instruire les enfants, etc. Il en est de même des femmes ; celte gloire est réservée aux célibataires de l'Eglise catholique. 11 n'est pas étonnant que les protestants, après avoir retranché le saint sacrifice, cinq d, s sacrements, l'office divin de to.us les jours, etc., aient trouvé bon d'avoir des ministres mariés; on sait cooiment ils ont réussi à en faire des missionnaires et des saints.
Sur le troisième chef, Warthon n'a pas prouvé, selon sa promesse, que la loi du célibat imposée aux clercs est injuste et contraire à la loi de Dieu. Elle pourrait paraître injuste si l'Eglise forçait quelqu'un , comme elle l'a fait autrefois, à entrer dans le clergé, et à se charger du saint ministère. Lorsqu'un homme marié avait d'ailleurs toutes les lumières, les talents et les vertus nécessaires pour être un excellent pasteur, l'Bglise, en lui faisant une espèce de violence pour se l'attacher, ne croyait point <*i, voir pousser la riguear jusqu'à le séparer ic son épouse; celle lemme aurait eu le droit d'alléguer la sentence de Jésus - Christ : que l'homme ne sépare point coque Dieu a uni [Matlh. xix, 6). — Pendant les persécutions des trois premiers sièeles, les prêtres élaient les principaux objets de la haine des païens ; ils élaient forcés de prendre des précautions pour ne pas être connus, et de vivre, à l'extérieur, comme les laïques : il n'y aurait
donc pas eu de prudence à leur imposer pour lors la loi du célibat, ou à les obliger d'abandonner leurs épouses. — Mais on ne peut pas citer un seul exemple d'évêques ni de prêtres qui, après leur ordination, aient continué à vivre conjugalement avec leurs épouses, et en aient eu des enfants. Les protestants ont vainement fouillé dans tous les monuments de l'antiquité pour en trouver ; celui deSynésius, dont ils triomphent, prouve contre eux. Ce saint personnage, pour éviter l'épiscopat, protestait qu'il ne voulait quitter ni son épouse, ni ses opinions philosophiques ; on ne laissa pas de l'ordonner. — « Je ne veux, disait-il, ni me séparer de mon épouse, ni l'aller voir en secret, et déshonorer un amour légitime par des manières qui ne conviennent qu'à des adultères. » Ce fait même prouve que les évêques ne vivaient plus conjugalement avec leurs épouses après leur ordination (Evagre, Ili t. ecclés., liv.i, c. 15). Beausobre , qui a senti celte conséquence, dit que c'était une discipline particulière au diocèse d'Alexandrie; mais où. en est la preuve?
Sur lequalrième chef allégué par Warthon, il ne sert à rien de citer un grand nombre d'évêques ma,riés et qui avaient des enfants, à moins que l'on ne fasse voir qu'ils les avaient eus depuis leur épiscop it, et non auparavant. Voilà ce dont les ennemis du célibat ecclésiastique ne fournissent encore aucune preuve. Ils citent l'exemple du père de saint Grégoire de Nazianze; nous éclaircirons ce fait dans l'article de ce saint docteur. — Socrale, liv. i, c. 11, et Sozomène, liv. i, c. 2i, rapportent qu'au concile général de Nicée les évêques élaient d'avis de défendre, par une loi expresse, aux évêques. aux prêlres et aux diacres qui s'étaient mariés avant leur ordination , d'habiter conjugalement avec leurs épouses; que l'évéque Paphnuce , quoique célibataire lui-même et d'une chasteté reconnue , s'y opposa ; qu'il insista sur la sainteté du mariage, sur la rigueur de la loi pro; osée, et sui- les inconvénients qui en résulteraient; que, sur ses représentations, les Pères du concile jugèrent qu'il fallait s'en tenir à l'ancienne tradition de l'Eglise, selon laquelle il était défendu aux évêques , aux prêtres et aux diacres de se marier, dès qu'une lois ils avaient été ordonnés. — Pour comprendre la sagesse des réflexions de Paphnuce et de la conduite du concile de Nicée, il faut savoir que, pendant les trois premiers siècles de l'Eglise, il y avait eu plusieurs sectes d'hérétiques qui avaient condamné le mariage et la procréation des enfants comme un crime. Ouire ceux dont parle saint Paul(l/ïm. îv, 3), tes docètes, les marcionites, les encraliles, les manichéens, étaient de ce nombre. Sous l'empire de Gallien, moi t l'an 208, plusieurs évêques furent mis à mort comme manichéens, parce que l'on supposa qu'ils gardaient le célibat par le même pr ncipe que ces hérétiques fRenaudot, Ilist. Patriarch. Alexand., p. 47). Si la loi proposée au concile de Nicée avait eu lieu, elle aurait paru favoriser ces sec-
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laires, el ils n'auraient pas manqué de s'en prévaloir ; Paphnuce avait donc raison d'insister sur la sainteté du mariage et sur l'innocence du commerce conjugal, et les évoques n'eurent pis tort d'y avoir égard dans ces circonstances; c'est pour cela que le 43" canon des apôtres condamne les ecclésiastiques qui s'abstiennent du mariage en haine de la création.
Malgré ces faits, Beausobre affirme que les Pères de l'Eglise avaient puisé leur estime pour le célibat dans les erreurs des docètes, des encraliies, des marcioniles cl des manichéens; mais, par une contradiction grossière, il avoue que plusieurs chrétiens donnèrent dans ce fanatisme dès le commencement , par conséquent avant la naissance des hérésies dont nous parlons (Hist. du Munich., liv. il, c. 6, § 2 et 7) ; preuve certaine qu'ils avaient puisé ce prétendu fanatisme dans les leçons de Jésus-Christ et des apôtres. En effet , Beausobre avoue encore ailleurs qu'il venait d'une fausse idée du bien et du mieux, dont saint Paul a parlé (/ Cor., vu). Ibid., I. vu, c.4, § 12. Mosheim, plus judicieux, fait le même aveu (Hist. Christ., •*flpc. h, § 35, not.); il prouve la réalité du fait par le témoignage d'Athénagore et de Teriullien ; il n'a pas osé blâmer celle estime pour le célibat, aussi ancienne que le christianisme.
Ces mêmes faits prouvent que les Pères de Nicée attachaient une iilée de perfection et de sainteté au célibat ecclésiastique et religieux ; qu'ils le regardaient comme l'état le plus convenable aux ministres des autels ; qu'ils auraient désiré dès-lors pouvoir y assujettir le clergé. En effet, les inconvénients qui s'ensuivaient du mariage des ecclésiastiques tirent bientôt sentir la nécessité d'en venir là, ou de prendre des moines, obligés par vœu à la continence, pour les élever à l'épiscopat et au sacerdoce; et si celte loi n'existait pas déjà depuis quinze cents ans , on serait bientôt forcé de l'établir ; sans cela l'on verrait renaître les mêmes désordres qui arrivèrent au ix* siècle et dans les suivants, lorsque les grands s'emparèrent des évêchés, des abbayes el des cures, en firent le palrimoine de leurs enfants , déshonorèrent l'Eglise par les vices des intrus, et anéantirent enfin le clergé séculier par leurs rapines.
S'il était vrai, comme le prétendent nos adversaires, que la loi du célibat est injuste en elle môme, el contraire à la loi de Dieu, il ne serait pas moins injuste d'empêcher les clercs de se marier après leur ordination qu'auparavant. Cependant nous voyons, par tous les monuments ecclésiastiques , que ni dans l'Orient, ni dans l'Occident, on ne leur a jamais laissé celte liberté. Quel avantage ces censeurs imprudents peuvent-ils donc tirer de l'ancienne discipline el de la prudence avec laquelle se conduisirent les Pères de Nicéc? Eusèbe, qui avait assisté à ce concile, dil que les prêtres de l'ancienne loi vivaient dans l'état du mariage et désiraient d'avoir des enfants, au lieu que les prêtres
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de la loi nouvelle s'en abstiennent, parée qu'ils sont uniquement occupés à servir Dieu et à élever une famille spirituelle (Démonst. Evangél., I. î, c. 9).— Aussi la loi du célibat pour les évêques, les prêtres et les diacres, après leur ordination, a continué d'être observée par les jacobiles el par les nestoriens après leur schisme. Elle fut interrompue chez ces derniers l'an 485 et en 496, mais rétablie par un de leurs patriarches, l'an 544 (Assémani, Bibliot. orient., tom. IV, c 4 et c. ti, pag. 857). — En 15W, le parlement d'Angleterre, quoique réformateur, fui plus raisonnable que les écrivains modernes de celte nation; dans la loi même qu'il porta pour permettre le mariage aux ecclésiastiques, il dit : « Qu'il convenait mieux aux prêtres et aux ministres de l'Eglise de vivre chastes et sans mariage, et qu'il serait à souhaiter qu'ils voulussent d'eux-mêmes s'abstenir do cet engagement. » ( D. Hume , Hist. de la maison de Tudor, tom. 111, pag. 204.)
Un nouveau disserlateur vient encore do réveiller cette question, dans une brochure intitulée les inconvénients du Célibat des prêtres, imprimée à Genève en 1781. Il a rassemblé tous les sophismes, les reproches, les impostures des prolestants sur ce sujet; il n'y a rien ajouté que quelques passages qu'il a falsifiés, d'autres qu'il a forgés, en citant des auteurs inconnus, et quelques phrases impudiques copiées dans nos philosophes épicuriens; nous ne relèverons de cet ouvrage que les endroits les plus absurdes. — L'auteur, i" partie, c. 2, prétend que le célibat peut nuire à la santé et abréger la vie ; il exagère l'extrême difficulté de garder la continence. Si cette vertu est si pénible el si meurtrière, il est de l'humanité de nos censeurs de permettre l'adultère aux personnes mariées, qui se trouvent séparées pour longtemps, ou dont l'une est tombée dans un étiit d'infirmité qui lui rend la vie conjugale impossible. 11 faudrait encore permettre la fornication aux particuliers des deux sexes qui ne peuvent pas trouver à se marier, malgré le désir qu'ils en ont. Y a-t-il moins de vieillards parmi les célibataires ecclésiastiques ou religieux, que parmi les gens mariés?— Selon lui, le célibat, est un signe certain de la décadence et de la corruption des mœurs. S'il entend parler du célibat voluptueux et libertin des laïques, nous pensons comme lui ; mais est-il en étal de prouver que les mœurs sont plus pures dans les lieux où lo clergé n'observe point le célibat ? Quand il a dil : Multipliez les mariages, et les nururs deviendront meilleures; il devait changer la phrase et dire : Purifiez les mœurs, cl les mariages se multiplieront, sans qu'il soit besoin de changer l'état des ecclésiastiques ni des religieux, c. •'! et 4. - V l'exemple d. s protestants, il soutient, c. 8, que les paroles de Dieu adressées à nos premiers parents: Croissez, multipliez, peuplez la terre, renferment une loi. Cependant le texte dépose que c'est une bénédiction et non une loi. Quand c'en aurait été une pour les premiers hommes, elle n'a vdus lieu depuis que le monde
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est peuplé. Soutiendra-t-on que tout homme qui ne se marie point pèche contre la loi de Dieu? On dit que si le célibat devenait général le genre humain périrait. Nous répondons que si le mariage était général, la' terre ne pourrait plus nourrir ses habitants ; la po- ' pulalion ne consiste pis seulement à mettre des hommes au monde, mais à les faire subsister.— Dans la u" partie, ch. 2, notre grand critique prétend que le célibat, loin d'être loué ou recommandé dans l'Evangile, y est formellement condamné par ces mots : Que l'homme ne sépare point ce que Dieu a uni; saint Clément d'Alexandrie, dit-il, l'a ainsi entendu [Stromat., 1. m, p. 514). C'est une citation fausse. Saint Clément prouve seulement par ces paroles que le mariage n'est point un étal criminel comme l'entendaient certains hérétiques. Mais autre chose est de vouloir séparer ceux que Dieu a unis par le mariage, et autre chose de trouver bon que ceux qui ne sont pas mariés continuent à vivre ainsi, lorsque cela peut être utile pour eux et pour les autres ; saint Paul lui-même a fait celle distinction.
Après avoir censuré tous les commentateurs de l'Evangile, ce même écrivain s'érige en interprète des paroles du Sauveur (Malth. xix, 12) \Il y a des eunuques qui ont renoncé au mariage pour le royaume des deux : que celui qui peut le concevoir y fasse attention. Si ces paroles, dit-il, signifient que celte sentence est obscure, elle ne prouve rien; si cela veut dire qu'il faut une grâce particulière pour pratiquer cette maxime, ce ne peut pas être une loi; le sens le plus naturel de ce passage est que ceux qui se trouvent séparés par un divorce, feront fort bien de s'abstenir d'un second mariage. — Cette découverte n'est pas heureuse. Une preuve que la maxime du Sauveur n'est pas obscure, c'est que tout le monde l'entend très bien, à l'exception des anticélibataircs qui funl la sourde oreille. Jésus -Christ fait entendre qu'il faut une grâce et une vocation particulière pour bien comprendre ce qu'il dit; par conséquent ce n'est pas une loi pour tous, mais pour ceux à qui Dieu donne celte grâce et cette vocation. Mais après que le Sauveur a déclaré formellement que ceux qui se remarient après un divorce commettent un adultère, il est absurde de lui faire dire simplement que ceux qui ont fait divorce feront très-bien de ne pas se marier. Il est d'ailleurs évident que ceux qui avaient renoncé au mariage pour le royaume des deux, étaient Jean-Baptiste et les apôtres, puisque ceux-ci disaient à leur maître : Sei~ gneur, nous aïons tout quille pour vous suivre.
Le passage de saint Paul (/ Cor. vit) est clair : // est bon à l'homme, dit-il, de ne pas toucher une femme... Je désire que vous soyez tous comme moi ; mais chacun a reçu de Dieu un don particulier, l'un d'une manière, l'autre d'une autre. Mais je dis à ceux qui sont dans le célibat, ou dans le veuvage, qu'il leur est bonde demeurer dans cet état comme moi. Que s'ils ne sont pas continents, qu'Us se ma-
rient : il est mieux de se marier que de brûler d'un feu impur. Notre censeur, fidèle écolier des protestants, dit, c. 3, que saint Paul parle ainsi à cause des persécutions; faux commentaire : l'Apôtre ajoute qu'il donne ce conseil, parce que ceux qui ne sont pas mariés s'occupent du service de Dieu et des moyens de lui plaire, au lieu que ceux qui le sont s'occupent des affaires de ce monde, vers. 32. Ensuite notre critique prétend quo saint Paul parle seulement des veufs, et les exhorte à ne pas passer à de secondes noces. Nouvelle falsification ; l'Apôtre s'exprime clairement : Je dis aux veufs et à ceux qui ne sont pas mariés : Dico autan non nuptis etviduis, v. 8; il parle même des vierges, v. 25. Il dit que celui qui marie sa fille fait bien, et que celui qui ne la marie pas fait mieux, v. 38. Si c'éiait une loi el un devoir de se marier, comme nos adversaires le soutiennent, de quel front saint Paul aurait-il pu y donner atteinte d'une manière aussi formelle?
Mais nous*«avons affaire à des dispulenrs fertiles en ressources ; saint Paul, disent-ils, était marié, ou du moins l'avait été; c'est le sentiment de saint Ignace, dans son épître aux Philadelphiens ; de saint Clément d'Alexandrie, Stromat., 1. m, c. 6, p. 533; d'Origèae, in Epist. ad Rom., I. i, n. 1 ; de saint Basile, de abdic. Se>m.; d'Eusèbe, Hist. eccl., 1. m, c. 30, et de plusieurs au'res Pères. Saint Paul lui-même le témoigne assez dans sa lettre aux Philippiens, c. 4, v. 3. Donc il a seulement voulu détourner les fidèles des secondes noces, et encore ce conseil est-il contraire à celui qu'il donne aux jeunes veuves (/ Tira, v) : Je veux, dit-il , qu'elles se marient. — Si nos censeurs étaient moins aveugles, ils auraient vu que saint Paul, qui, suivant eux, était veuf lorsqu'il écrivit aux Corinthiens, n'a pas pu parler de son épouse comme vivante, dans sa lettre aux Philippiens, qui ne fut écrile que cinq ou six ans après ; mais la prévention leur a ôlé la présence d'esprit. La plupart des citations qu'ils nous opposent sont infidèles; il n'est parlé du prétendu mariage de saint Paul que dans la lettre interpolée ou falsifiée desainl Ignace aux Philadelphiens, el non dans le texte grec authentique. Jl n'est pas vrai qu'Origèno soit de ce sentiment; il dit que, selon l'opinion de quelques-uns, saint Paul était marié lorsqu'il lut appelé à l'apostolat; que, suivant d'autres, il ne l'était pas. Nous n'avons rien trouvé dans saint Basile de ce qu'on lui attribue ; saint Clément d'Alexandrie est le seul des Pères qui ail cru le mariage de saint Paul. Eusèbe, à la vérité, cite ce qu'a dit saint Clément, mais il n'y donne aucune marque d'approbation ; el celte opinion n'est fondée que sur un passage de saint Paul mal entendu. — Aussi Tertullien (L. i ad Uxor.,c. 3; l. de Monogain., c. 3 et 8) ; sain! Hilaire(/w/)5. cxxvn); saint Epiphane {Hœr. 58); saint Ambroise (in Exhortât, ad Virgines); saint Jérôme {L. i contra Jovin. et Epist. 22 ad Eustochium); saint Augustin [L. de Grat. et lib. Arb., r. 4; L. de Bono