‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 121 sur 183 · CEP · texte numérisé non relu

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ont écrit en grec ont appelé saint Pierre nirpoç , et les Latins Petrus; ils ont cependant retenu en quelques endroits le nom de Céphas. Telle est î'étymologie qu'ont donnée tf"e ce nom Tertullien , saint Jérôme, saint Augustin et la plupart des commentateurs. Quelques-uns ont cru que Céphas venait du grec y.eycàn, tête; mais Jésus- Christ ne parlait pas grec, et saint Matthieu avait écrit en syriaque. Il avait <lit, ehap. xvi, v. 18 : Tu es Cépha, et sur cette cépha je bâtirai mon Eglise. Dans les versions grecque et latine, on a changé le nom petra en celui de Petrus, pour le faire convenir à saint Pierre; mais en français il n'y a rien à changer : Tu es Pierre, et tur cette pierre je bâtirai mon Eglise. — Jésus-Christ a donc voulu faire comprendre qu'en élevant saint Pierre à la dignîlé de chef des apôtres, il en faisait la pierre fondamentale de son Eglise. Puisqu'il ajoute que cet édifice ne sera point renversé, mais suhsislera jusqu'à la fin des siècles, il faut que l'autorité de saint Pierre ait passé à ses successeurs, et que son siège soit toujours le centre d'unité auquel les fidèles doi- t vent tenir pour être membres de l'Kglise. Ainsi ont raisonné les Pères, et après eux les théologiens ; les hérétiques et les incrédules font de vains efforts pour obscurcir cette vérité.

Un passage de l'Epître de saint Paul aux G a la tes, chap. n , v. 1 et suiv., a donné lieu à une dispute sur le nom de Céphas. L'apôlre dit que quatorze ans après sa conversion, ou après un voyage qu'il avait fait à Jérusalem, il y en fit un autre pendant lequel il conféra sur l'Evangile avec les apôtres, et en particulier avec ceux qui paraissaient être quelque chose; que Jacques, Céphas et Jean, qui paraissaient être les colonnes de cette Eglise, trouvèrent !>on qu'avec Barnabe il prêchai aux gentils, comme eux-mêmes prêchaient aux circoncis. Mais, ajoute saint Paul, CÉriiAS étant venu à Antioche, je lui résistai en face . parce qu'il était répréhensible. Avant l'arrivée de quelques Juifs, venus de la part de Jacques, il mangeait avec les gentils; depuis leur arrivée, il se retirait et se tenait à l'écart, de peur de déplaire aux circoncis; et il en entraîna plusieurs dans celte dissimulation. Comme je vis qu'ils n'agissaient pas selon la droiture de l'Evangile, je dis â Céphas-, devant tout le monde : Si vous, qui êtes Juif, vivez comme les gentils, pourquoi voulez-vous les obliger à judaïser? etc. — La question est de savoir si ce Céphas, repris par saint Paul, est l'apôtre saint Pierre ou un disciple de ce nom. Les anciens ont été partagés sur rctte question : Origène , Didyme , Apollinaire , Eusèbe d'Edessc, Théodore d'Héraclée, saint Jean Clirysostome , Théodore! , parmi les Crées ; Tertullien, saint Cyprien, saint Jérôme, saint Augustin, l'auteur nommé Ambrosiaster, saint Grégoire le Grand, saint Thomas, parmi les Latins, et le plus grand nombre des commentateurs , ont pensé que ce Céphas est l'apôtre saint Pierre. On cite pour le gentiment contraire saint Clément d'Alexandrie, dans ses Hypot\ poses; Eusèbe,

qui en rapporte le passage sans le contredire; Dorothée de Tyr, dans une chronique pascale; plusieurs écrivains dont parlent saint Jean Clirysostome, saint Jérôme, saint Grégoire, et qui vivaient de leur temps ; l'auteur de la Chronique d'Alexandrie, qui écrivait au vu* siècle, cl OEcuménius, qui est mort dans le xr. — Gomme il s'agit, non pas d'un point de dogme, mais d'histoire et de critique, le P. Hardouin a pensé qu'il devait se décider par des raisons plutôt que par des autorités, puisqu'il n'y a point ici de témoins contemporains. Il a fait en 1709 une dissertation pour prouver que Céphas n'est point l'apôtre saint Pierre. L'abbé Boileau l'a réfuté dans une autre dissertation, en 1713. Dom Calmet a rapporté les raisons pour et conire, dans une dissertation sur ce même sujet, Bible d'Avignon , t. XV, pag. 705. Il s'est décidé pour le sentiment de l'abbé Boileau.— Chacun de ces auteurs arrange la chronologie d'une manière favorable à son opinion ; mais comme c'est une pure conjecture de pat»t et d'autre, nous ne nous y arrêtons point. La principale difficulté est de savoir si la dispute de saint Paul avec Céphas arriva avant ou après le concile de Jérusalem , dans lequel il avait été décidé que les gentils n'étaient point obligés d'observer la loi «le Moïse , comme le prétendaient les Juifs. — Le P. Hardouin soutient que ce fut avant le concile, parce que si saint Pierre avait commis la faute dont on l'accuse, après avoir jugé lui-même la cause contre les Juifs et en faveur des gentils, sa conduite à Antioche serait inexcusable. Dom Calmet ne semble pas avoir suffisamment satisfait à cette première objection du P. Hardouin. — Celuici observe, en second lieu, que saint Paul, dans l'Epître même aux Galates , appelle trois fois saint Pierre, ni^o; (c. i, v. 18; c. n, v. 7 et 8) ; qu'il n'est pas probable qu'au v. 9 il le nomme Céphas. La manière dont il parle de celui-ci serait très-indécente à l'égard de saint Pierre. A-t-il pu dire de lui : Je conférai avec ceux qui paraissaient être quelque chose (v. 2); ceux qui paraissaient être quelque chose ne m'ont rien donné (v. 6), après avoir dit, chap. i, v. 18 : Je vins à Jérusalem voir Pierre, et je demeurai chez lui pendant quinze jours? Est-il probable que, pendant ces quinze jours, saint Paul n'avait profilé en rien des instructions de saint Pierre? Il est beaucoup plus naturel de croire que Jacques, Céphas et Jean, desquels il parle, v. 6 et 9, avec une e*pèee de mépris, n'étaient pas trois apôtres, mais trois disciples desquels saint Paul n'était pas content. — Dom Calmet répond que, puisque saint Pierre avait deux noms, saint Paul a pu s'en servir indifféremment ; mais il ne satisfait pas à la seconde partie de l'objection. — En troisième lieu, dans la première Eptire aux Corinthiens, c. i, v. 12, saint Paul leur reproche que parmi eux les uns disaient : Je suis à Paul; les autres , Je suis à A polio ; ceux-ci , Je suis à Céphas; ceux-là, Je suis à Jésus- Christ. Outre qu'il esl fort douteux que sainl Pierre ait jamais prêché à Cociulbe, y art eu

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dos disciples particuliers, y ait été nommé Céjihas, et non wé-.po;, peut-on se persuader que saint Paul ne l'ait placé qu'au troisième rang, et après un simple disciple? il fait de même, c ix, v. 5, en parlant des autres apôtres , des frères du Seigneur et de Céplws. Il y aurait en cela une affectation trop marquée.— On a beau dire qu'il ne s'agissait pas là de régler les rangs : la place que tenait saint Pierre parmi les apôlres exigeait plus de ménagement que saint Paul n'en témoigne pour Céplms. — Les autres raisons qu'allègue le P. Hardouin ne paraissent pas fort -olides, et l'on ne peut pas approuver son affectation de préférer la leçon de la Vulgate à celle du texte grec.

Dans le fond, cette conteslatlon ne nous paraît pas fort importante. Quand le Céphas repris par saint Paul serait l'apôtre saint Pierre, quand celui-ci aurait ménagé à l'excès le préjugé des Juifs, sa faute ne nous paraîtrait pas fort grave. Saint Paul lui-même, par ménagement pour les Juifs, fit circoncire son disciple Timothée, se purifia dans le iemple et fit les ablations prescrites par la loi (Act. xvi, 3; xxi, 21). Il jugeait donc, aussi bien que saint Pierre, qu'il ét.ait à propos d'avoir quelque condescendance pour la prévention des Juifs; qu'il ne fallait pas la hcurler de front. Quand saint Pierre n'aurait pas d'abord fait attention aux conséquences qui pouvaient en résulter, ce ne serait pas un crime. C'est très-injustement que les hérétiques et les incrédules ont pris occasion de ce fait pour calomnier ces deux apôlres; il n'y a dans la conduite de l'un ni de Pauire aucun trait d'hypocrisie ni de mauv. ise loi. Ceux d'entre les protestants qui ont conclu de là que saint Pierre n'élail pas infaillible se sont joués du terme : ils devaient conclure tout au plus que saint Pierre n'était pas impeccable. Tenir une conduile de laquelle on peut tirer une fausse conséquence et une erreur, ce n'est pas enseigner pour cela l'erreur. Saint Pierre pourrait donc avoir péché dans sa conduite sans avoir failli dans sa doctrine.

CKHDON1ENS, hérétiques du m siècle. Cerdon, leur maître, né en Syrie, suivit les « rrcurs de Simon le Magicien. Il vint à Home sous le pape Ih gin, y séjourna longtemps, y sema sa doctrine, tantôt en secret, tantôt ouvertement. Repris de sa témérité, il (il semblant de se repentir et de se réunir à l'Eglise; mais son hypocrisie fut connue, et il fut absolument chassé.

Comme la plupart des hérétiques de ce même siècle, Cerdon soutenait que ce monde n'élail pas l'ouvrage d'un Dieu loul-puissanl, sage et bon, non plus que la loi de Moïse, qui lui paraissait imparfaite cl trop rigoureuse. Conséqucmmeiil , il admettait •:cux principes de toutes choses : l'un hou et 1 autre mauvais; c'est a ce dernier qu'il attribuait la fabrique du inonde et la loi de Moïse. L'autre, qu'il appelait le principe inconnu,

tait selon lui le père de Jetas-Christ ; mais il n'avouait point que le r'ils de Dieu se fût lécllemcnt revêtu do l'humanité, fût né d'une

vierge, eût enduré véritablement les souffrances et la mort ; toul cela, disail-il, ne s'est fait qu'en apparence. Il n'admettait poinl la résurrection des corps, mais seulement celle des âmes : il supposait par conséquent que celles-ci mouraient avec le corps. Il rejetait! tous les livres de l'Ancien Testament, et» n'admettait du Nouveau que l'évangile de saint Luc; encore en retranchait-il une parlie. Les mêmes erreurs furent soutenues par Marcion cl par ses disciples. V. Map.ciomtes.

Plusieurs critiques prétendent qu'outre les deux principes, l'un absolument bon» l'autre mauvais par nature , Cerdon et Marcion en admettaient un troisième intermédiaire, qui était d'une nature mixte, et que c'est à celui-ci que ces hérétiques attribuaient la création du monde cl la législation mosaïque; cela peut être. Mais s'il est vrai que, suivant leur opinion, ce principe mixte, quoique continuellement en guerre avec le mauvais principe, aspire cependant aussi bien que lui à supplanter l'Etre suprême, à soumettre à son propre empire tous les habitants de la terre, ce principe mixle nous paraît beaucoup plus méchant qu'il n'est bon. C'est un trait de méchanceté, non-seulement de se révolter contre le Dieu souverainement bon, mais de vouloir soustraire à son gouvernement les hommes qu'il désire de rendre heureux. Suivant les cerdo' niens, le Dieu bon a envoyé Jésus-Cbrist son Fils sur la terre pour détruire l'empire du mauvais principe et celui du principe mixte, et pour ramener à Dieu les âmes qu'ils ont séduites. Tous deux, dit-on, se sont ligués contre Jésus-Christ, ont suscité contre lui les Juifs pour le crucifier el lo mettre à mort; mais comme Jésus n'avait qu'un corps apparent, ils n'ont pu y réussir qu'eu apparence. Voilà donc le principe mixte, prétendu Dieu des Juifs, devenu aussi méchant que le mauvais principe ou le prince des ténèbres : ainsi la supposition de ce principe intermédiaire ne remédie à rien ; ce n'est qu'une absurdité de plus. — D'ailleurs, ou c'est le Dieu bon qui a donné l'exislence aux deux autres principes , ou ils sont éternels et existants par eux-mêmes aussi bien que lui. S'ils sont éternels, c'est une absurdité de ne pas les supposer absolument bons par nature; de quelle cause est venue leur malice? Si c'est le Dieu bon qui les a produits, ou il a été imprudent el borné dans ses connaissances, ou il a mal fait de les produire, et il est responsable de tous les maux qui en ont résulté.

11 n'est pas inutile d'observer que toutes les hérésies du u° siècle ont eu la même origine, savoir, la difficulté de concevoir qu'un Dieu bon soit l'auteur du mal, ait pro. duil des créatures sujettes à tant d'impcrlcctions cl de souffrances , ail imposé aux hommes une loi aussi rigoureuse qu'elail celle de Moïse. Les philosophes ne concevaient pas mieux qu'un Dieu se fûl abaissé jusiju'à s'incarner dans le sein d'une femme, se rc\élir de nos misères, mourir ignominieusement sur une croix. Pour sortir de ecl

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embarras , les uns avaient imaginé deux principes co-élernels, l'un cause du bien, l'autre auteur du mal; les autres pensaient que Dieu avait produit plusieurs esprits inférieurs à lui-même, et leur avait laissé le soin de fabriquer et de gouverner le monde. Les raisonneurs se partagèrent entre ces deux systèmes; mais tous se réunirent à soutenir que le Fils de Dieu, qu'ils regardaient comme un être fort inférieur à Dieu, uo s'était fait homme qu'en apparence , n'avait eu qu'une chair fantastique et appareille.

Il est évident à lout homme qui veut y réfléchir que leur système était non-seulement absurde en lui-même, mais incapable de résoudre aucune difficulté. Car enfin, que le Dieu suprême ait fait lui-même le monde tel qu'il est, ou qu'il l'ait laissé faire à des ouvriers impuissants et mal habiles, la faute est égale de sa part; qu'il ail donné par lui-môme une loi imparfaite et vicieuse, ou qu'il l'ail laissé établir par d'aulres, l'in- < onvénient est le même. N'est-il pas aussi indigne de la Divinité de tromper les bommes, de fasciner leurs yeux, de les induire en erreur par de fausses apparences d'une »:hair humaine, que de se revêtir des misères de l'humanité? Quant à l'hypothèse de deux principes coéternels , nous ferons voir à l'article Mal qu'elle ne soulage pas mieux la raison que la précédente.

Mais les raisonueurs du ne siècle, malgré leur entêtement, n'osèrent pas nier les faits publiés par les apôtres, la naissance, les miracles, la prédication, les souffrances, la mort et la résurrection du moins apparente de Jésus-Christ; parce que tous ces fails étaient prouvés par la notoriété publique : ils n'élevèrent aucun soupçon contre la sincérité et la bonne foi des apôtres. C'est le point essentiel. De là il résulte contre les incrédules, que les apôtres n'ont pas seulement subjugué des ignorants , des hommes crédules el incapables d'examiner des faits y mais des philosophes Irès-disposés à les contredire, s'ils avaient pu, el qui cependant ont confirmé leur témoignage.

CÉRÉMONIE, signe extérieur ou démonstration des sentiments du cœur; telle paraît être l'élymologie de ce terme : il est dérivé de -/é«p, xiip le cœur, et de moneo, avertir, faire connaître. Mettre en question si les cérémonies en général sont nécessaires, c'est demander si les hommes ont besoin de se communiquer mutuellement leurs pensées et leurs affections par des signes extérieurs. Sans cela, pourrait-il y avoir entre eux aucune société?

11 n'est aucun sentiment qui ne se montre au dehors par un geste particulier; nous n'avons pas besoin de leçon pour comprendre que se prosterner e*t une marque de respect et de soumission, qu'élever les yeux ot les mains vers le ciel est un signe d'invocation, qu'une offrande est un témoignage de reconnaissance; un homme qui se frappe la poitrine montre qu'il a du repentir, celui 'Mii se lave le corps fait profession de vou-

loir purifier son âme, etc. Un discours accompagné de ces signes éloquents fait une impression plus profonde; il fait passer dans l'âme des auditeurs les passions dont un orateur est agité. On convient qu'il faut des cérémonies dans la vie civile, que chez le3 Chinois elles suppléent à la morale et à la législation ; pourquoi n'en faudrait-il pas dans la religion? Les signes extérieurs de bienveillance mutuelle adoucissent les mœurs; les démonstrations de respect envers la divinité rendent l'homme religieux. — Parmi les cérémonies qui tendent à ce dessein, les unes sont saintes et louables, les autres superstitieuses et absurdes. On ne doit mettre au rang des premières que celles qui ont pour objet le culte du vrai Dieu, et qu'il a daigné prescrire ou approuver. Il ne faut pas se persuader qu'il y ait eu jamais une religion sans cérémonies.

Dès le commencement du monde les premiers hommes, qui n'avaient point reçu d'autres leçons que celles de Dieu, lui ont fait des offrandes et des sacrifices, lui ont adressé des voeux, ont élevé dt>s autels, les ont consacrés par des effusions d'huile et de parfums, ont juré par son saint nom, l'ont pris pour témoin de leurs alliances , ont usé de purifications, ont mangé en commun la chair des victimes, elc. C'est ainsi que l'histoire sainte nous peint la religion des patriarches. — Lorsque Dieu réunit les Hébreux en corps de nation, il leur prescri ni, par l'organe de Moïse, les riles qu'ils devaient observer; les lois cérémonielles furent incorporées à leurs lois civiles. Mais ce cérémonial n'était pas absolument nouveau pour eux ; une partie avait déjà élé pratiquée parleurs pères. Vainement le chevalier Marsham , Spencer et d'aulres, ont prétendu que la plupari des cérémonies juives étaient empruntées des Egyptiens ; les patriarches s'en étaient servis pour honorer Dieu avant que les Egyptiens les eussent profanées par l'idolâtrie. Un grand nombre de ces rites tendaient à préserver les Juifs des superstitions de leurs voisins. Voy. Lois céuémomeiles. — Enfin, lorsqu'il a plu à Dieu de réunir toutes les nations dans une même société religieuse, il a envoyé son Fils unique pour leur enseigner à honorer Dieu en esprit et en vérité. Ce divin Maître a institué par lui-même une partie de nos cérémonies, et a laissé aux apôtres, remplis de son Esprit, le soin d'établir les autres. Dès les temps apostoliques, au milieu même des persécutions, nous voyons déjà une liturgie, des sacrements, un clergé, une hiérarchie. Auive siècle, lorsquo l'Eglise eut la liberté de pratiquer son culte au grand jour, la liturgie fut mise par écrit; mais on l'avait reçue par tradition des apôtres. Dans les différentes Eglises de l'Orient, de l'Occident, dans les langues grecque, syriaque et latine, elle se trouva la même pour le fond. Si c'eût été l'ouvrage des hommes, il se serait senti du caractère et du génie de chaque nation, nous ne voyons pas que l'on ait tenu aucune assemblée pour le former. —Dieu n'a donc jamais laisse les cér^moniei

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«le son culte au choix et à In discrétion dos hommes; elles ont nne linison irop étroite avec le dogme, avec la momie, avec le bien rie la société. Ceux qui les envisagent comme un hors-d'œuvre indifférent à la religion n'en connaissent ni l'origine ni les conseil u en ces.

Une cérémonie qui était sainte et respectable lorsqu'elle servait au culte du vrai Dieu, est devenue superstitieuse et criminelle lorsqu'elle a été employée à honorer de fausses diviniiés. L'homme, après s'être formé des dieux selon son goût, s'est fait aussi un cérémonial à son gré. Il n'a eu besoin pour cela ni des leçons des prêtres, ni du conseil des imposteurs, ni du secours des faux inspirés ; il lui a suffi de suivre l'instinct des passions et les caprices d'une imagination déréglée. Le désir immodéré d'obtenir du ciel «les biens temporels^, l'impatience, de se délivrer d'un mal présent, une curiosité effrénée de connaître l'avenir, de fausses observations delà nahirc, les équivoques inévitables du langage : voilà les vraies sources de toutes les superstitions imaginables. Voy. Superstition. ^- Aucune de ces causes n'a contribué aux cérémonies religieuses des adorateurs du vrai Dieu; une sagesse supérieure a présidé à leur institution : pour s'en convaincre, il suffit de considérer leur analogie avec les besoins de l'humanité sous les différentes époques de la révélation.

Dans le premier âge du monde, les cérémonies avaient pour objet d'inculquer aux hommes le dogme essentiel d'un seul Dieu, créateur et conservateur de l'univers, souverain distributeur des biens et des maux, protecteur des familles, vengeur du crime, et rémunérateur de la vertu ; de les faire souvenir que l'homme est pécheur et a besoin de pardon : elles tendaient à resserrer entre eux les liens de la société fraternelle. Il serait aisé de le montrer en les considérant en détail. Leur usage devait doue préserver les hommes du polythéisme, du préjugé qui dans la suite a peuplé l'univers d'une multitude d'esprits, de génies, nommés dieux ou démons: erreur de laquelle s'est ensuivie l'idolâtrie avec tous ses crimes. Puisqu'il faut à l'homme des rites extérieurs, il ne peut être préservé des cérémonies superstitieuses que par des pratiques saintes et raisonnables. — Sous la loi de Moïse, les rites religieux étaient destinés à persuader aux Juifs que Dieu est nonseulement l'unique maître de la nature, mais le souverain législateur, le fondateur et le père de la société civile, l'arbilrcdes nations, qui dispose de leur sort comme il lui plaît, les récompense par la prospérité, ou les pu- •)il par des malheurs. La plupart des cérénonirs juives étaient autant de monuments des faits miraculeux qui prouvaient la mission de Moïse, la protection spéciale de Dieu sur son peuple, la certitude des promesses nue Dieu lui nvail faites. Klles devaient donc tenir les Juifs en garde contre l'erreur générale des autres peuples touchant les dieux locaux, iudigèles, nationaux, auxquels ils offraient leur encens. Dieu lui-môme témoi-

gne par ses prophètes qu'il n'a prescrit aux Juifs cette mu'tilude de cérémonies que pour réprimer leur penchant à l'idolâtrie (Ezeeh. xxn, 5 et suiv.; Jerem. vu, 2-2). Ces mêmes prophètes ont souvent répété aux Juifs que le culte cérémoniel ne peut plaire à Dieu, qu'autant qu'il est l'expression des senti-' ments du cœur. En quel sens nommera-t-on superstitions, des cérémonies que Dieu avait prescrites pour prévenir la superstition?

Sous le christianisme, les cérémonies ont un objet encore plus. auguste et un sens plus sublime; elles nous mettent continuellement sous les yeux un Dieu sanctificateur des âmes, qui, par Jésus-Christ son Fils, a racheté les hommes du péché et de la damnation; qui, par des grâces continuelles, pourvoit à tous les besoins de notre âme; qui ji établi entre tous les hommes, de quelque nation qu'ils soient, une société religieuse universelle que nous nommons la communion des saints.

Ainsi dans le christianisme, aussi bien qne sous les deux époques précédentes, les cérémonies sont, 1° un monument des laits qui prouvent la divinité de notre religion: nous célébrons par nos fêtes la naissance, les miracles, les souffrances, la mort , la résurrection de Jésus-Christ, la descente du Saint-Esprit : monument d'autant plus irrécusable, qu'il remonte à la date même des événements, et qu'il a été établi par les témoins oculaires. 2° C'est une profession de foi des vérités que Jésus-Christ nous a enseignées, qui marche à côté de l'Ecriture sainte et en détermine le sens : les cérémonies du baptême nous apprennent la corrupiion de la nature humaine par le péché; celles de la liturgie nous attestent la présence réelle de Jésus Christ ; le signe de la croix nous rcirace les mystères de la sainte Trinité, de l'incarnation et de la rédemption, etc. 3" Ce sont autant de leçons de morale qui nous enseignent nos devoirs, nous avertissent des vertus que nous devons pratiquer et des vices que nous devons éviter. Le cérémonial du baptême est un tableau des obligations du chrétien ; celui du mariage, un catéchisme sur les devoirs mutuels des époux; celui de l'ordre, une instruction pour les prêtres : les bénédictions de l'Eglise nous prêchent la reconnaissance et la soumission envers Dieu , l'usage modéré des biens de ce monde, etc. h* Nos cér'monies sont des liens de société qui nous réunissent ôux pieds des autels, qui rapprochent les conditions trop inégales , qui contribuent à la douceur des mœurs et au repos de la société; le mariage et le baptême assurent la conservation cl l'éducation d -s enfants, l'étal et les droits du citoyen; les obsèques des morts sont établies, nonseulement pour attester le dogme de la résurrection future, mais pour In sûreté des vivants : c'est une précaution contre les morts clandestines, pnr conséquent contre l'homicide ; la pénitence et la confession préviennent plus de crimes que les lois pénales ; la communion nous place tous à la même table, etc. L'orgueil des grands, l'c-

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goïsme philosophique, délestent tous ces rites destinés à les humilier.

Aussi, sur celle partie de la religion, dans quels écarts une fausse philosophie n'a-t-elle pas donné? — Quelques auteurs, dont les intentons étaienl pures, sans doute, /nais dont les lumières étaient très-bornées, ont imaginé qu'il n'y avait dans les cérémonies rien de moral ni dr mystérieux, que toutes étaient fondées sur des raisons physiques et historiques. Selon leur opinion, l'on emploie l'encens pour chasser les mauvaises odeurs, les cierges pour dissiper les ténèbres de la nuit, les différents gestes pour faire allusion aux paroles que l'on prononce, etc. C'esl le système qu'a suivi dom Claude de Vert, dans son Explication littérale et historique des eirémonies de l'Eglise. 11 a été solidement réfuté par M. Languel et par le P. Lebrun, dans la préface de. son Explication des cérémonies de la messe. — Les protestants, plus hardis, ont dit que les cérémonies de l'Eglise sont des superstitions nouvelles, inconnues aux premiers fidèles, une source infaillible d'erreurs pour le peuple, un effet de l'ambition des prêtres; conséquemment ils les ont retranchées et proscrites : ils ont appelé réforme ce trait d'ignorance et de lémérilé. D'autres cependant prétendent que ce sont des restes de judaïsme. Comment accorder ensemble tous ces reproches? On leur a fait voir que nos cérémonies ne sont ni nouvelles ni superstitieuses , mais aussi anciennes pour la plupart que le christianisme; que quelques-unes sont aussi anciennes que le monde. En mettant au jour la liturgie, au ive siècle, on n'a fait que rédiger par écrit ce qui avait été pratiqué dans les trois siècles précédents , puisque l'Apocalypse nous montre déjà le plan de la liturgie telle que saint Justin l'a représent e au .1* siècle, et saint Cyrille de Jérusalem au m'. C'est ce qu'a démontré l'abbé Renaudot dans les tomes IV et V de la Perpétuité de la Foi, el après lui le P. Lebrun. — A la vérité, lorsqu'un dogme catholique a été attaqué par les hérétiques, l'Eglise en a fait une profession plus expresse dans son culte, el a multiplié les formules qui l'exprimaient. Ainsi, comme le mystère de la sainte Trinité a été attaqué de très-bonne heure par les gnostiques, par les sabelliens, les ariens, les macédoniens, etc., l'Eglise, pour attester sa loi aux trois personnes divines, a partout affecté le nombre de trois; de là le kyrie répété trois fois à l'honneur de chacune, le trisagion ou trois fois saint, la triple immersion pour le baptême, la doxologie placée à la lin de chaque psaume, etc. Les défenseurs Je l'orthodoxie ont opposé aux ariens les cantiques des fidèles ; aux pélagiens , les prières de l'office divin ; aux berengariens, l'adoration de l'eucharistie, etc. C'est donc par les cérémonies que l'Eglise a prémuni Los enfants contre l'erreur ; et l'on vient nous dire que cette profession de foi est une source d'err. urs.

Si les protestants out déclamé contre la liturgie .c'est qu'ils \ voyaient leur condam-

nation, la présence réelle attestée par l'adoration de l'eucharistie, des termes qui expriment la transsubstantiation, les notions d'offrande et de sacrifice , la communion sous une seule espèce , l'invocation des saints, la prière pour les morts, la hiérarchie, etc. Qu'a fait l'Eglise dans celte circonstance? Ce qu'elle avait fait de (out temps; depuis la prétendue réforme, elle a rendu le culte de l'eucharistie plus pompeux, l'invocation de la sainte Vierge et des sainls plus fréquente, la liturgie plus majestueuse. C'est une profession de foi qui parle aux yeux, qui fait distinguer aux plus ignorants une contrée protestante d'avec un pays catholique. Nous ne concevons pas comment les théologiens anglicans et autres peuvent jeter les yeux sur ces anciens monuments de la croyance de l'Eglise, et persévérer dans leurs préjugés ; ils en parlent historiquement comme (l'une chose indifférente, sans en considérer jamais les conséquences.

Les trois principales sectes protestantes ne se sont point accordées sur les cérémonies qu'il fallait retrancher ou conserver : les calvinistes les ont presque toutes supprimées ; ils n'ont retenu que le baptême et la cône, et ils en ont banni tous les anciens rites : les luthériens en ont gardé un peu davantage, el, si Luther avait été le maître, il en aurait conservé un plus grand nombre; mais il fut obligé de céder à la frénésie de quelques autres réformateurs ; c'est ce qu'il écrivait en 1523 à Guillaume Prawesl sou ami. Les anglicans, plus rmdérés, sont ceux qui en ont le moins retranché, el c'est une des raisons pour lesquelles les calvinistes leur reprochent des restes de papisme. Un écrivain anglican est convenu qu'il n'était pas fort aisé de fixer le point jusqu'où il fallait pousser la reforme sur cet objet; c'est le goûl et la fantaisie qui en ont décidé. — Néanmoins un calviniste très-entêté est convenu que les cérémonies sont utiles pour confirmer ce qui a été dit par les théologiens, et pour connaître le véritable sens des e*pressionséquivoques ou contestées. Il y en a quelques-unes, dit-il, dont on tire une conséquence si naturelle et si évidente, qu'on ne peut se défendre de l'admettre. Cet aveu nous paraît remarquable et très-important (Basnagc, Ilist. de l'Eglise, 1. xm, c. G,

Mosheim dît, comme les calvinistes, que, Jésus-Christ n'a institué que deux cérémonies, le baptême el la cène : s'il entend que Jésus-Christ n'a ordonné, par un précepte formel, que ces deux- cérémonies, cela est vrai; mais les apôtres n'ont-ils rien pratiqué ni rien commandé de plus ? Ils ont donné le Saint-iïspril par l'imposition des mains : ils ont ordonné des prclres cl des diacres avec, le même rite. Saint Jacques a recommandé l'onction des malades et la confession des péchés , saint Jean, dans l'Apocalypse, a tracé le plan d'une liturgie pompeuse. Les pasteurs, successeurs des apô .1res , ii'ont-ils pas eu comme eux une autorité législative, cl onl-i!s abusé de leur

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pouvoir, en établissant d'autres cérémonies rrl;itivcs aux circonstances et aux besoins de IKiilise ? — Mosheirn ne leur conteste pas formellement cette autorité ; il avoue même que les apôtres ont institué plusieurs cérémonies, et que les progrès du christianisme ont rendu cette institution nécessaire ; mais il s'efforce de rendre suspects les motifs que se sont proposés les successeurs des apôtres. Il prétend qu'au ue siècle l'on établit plusieurs nouvelles cérémonies, 1° par condescendance pour les Juifs et pour les païens, qui étaient accoutumés à un culte extérieur pompeux, et afin de les a nener plus aisément au christianisme; 2° pour réfuter le reproche d'athéisme que les païens faisaient aiix chrétiens, parce qu'ils ne voyaient chez ces derniers aucun appareil de religion ; •i° parce que l'on emprunta des Juifs les termes de pontife, de prêtre , de lévite , de sac> ifice, d'autel, etc.; ku afin d'imiter les mystères du paganisme, qui inspiraient du respect pour la religion; 5" pour se conformer au goût des Orientaux, qui aimaient une manière d'enseigner symbolique et mys érieuse; 6 pour ménager les anciens préjugés des prosélytes juifs et païens. (Uist. Christ., Proleg., c. n, § 5, et seec. n, § 3G ; Inst. maj., sa)c. i, part, n, c. k, § 7; Ilist. E celés, du iv siècle, u° p.irt. , c. 4-, § 1 et suiv., etc.) — Il pense qu'au ine siècle le nombre des cérémonies fut encore augmenté, parce que les ['ères de l'Eglise adoptèrent les iiiées de Pythagore et de IMaton touchant le pouvoir des démons sur les corps et sur les âmes ; de là naquirent, selon lui, les exorcismes et les autres rites du baplème , les bénédictions des aliments et des autres choses usuelles, l'estime pour les morliûcalions et pour la continence, les pénitences rigoureuses imposées aux pécheurs scanda-» leux, l'horreur pour les excommuniés, etc. il dit que le nombre des cérémonies inventées au ivl siècle paraissait déjà excessif à saint Augustin {Epist. 53 ad Junuar., c. 19, n. 33). — Nous sommes déjà redevables à ce critique, de ce qu'il reconnaît que la plupart de nos cérémonies ont pris naissance au irct au 1 1 i° siècle ; par là il relève la bévue de ceux (jui ont soutenu que c'étaient des abus introduits dans les siècles d'ignorance qui ont suivi l'irruption des barbares. Il n'était pas possible de trouver plus tôt des ve>ti»es «le nos rites, puisqu'il nous reste très-peu de monuments du Ier siècle , cl l'apôtre saint Jean a vécu jusqu'au commencement du h».

Nous n'opposerons pas aux conjectures de Mosfeeim l'attachement que les Eglises fondées par les apôtres, dans les différentes parties du momie, conservaient pour les leç >ns de leurs fondateurs, la profession que font les Pères les plus anciens de s'en tenir à «c que les apôtres avaient établi ; mais l'impossibilité d'introduire en même temps un nouvel usage dans l'Eglise de l'Egypte, de l'Arabie, de la Syrie, de la l'erse, de l'Asie t 'iueure, de la Grèce, de l'Italie, des «Saules, de l'Iv p.';;e.o cl tics cotes de l'Afrique "•

pendant les persécutions du nc cl du ui« siècle, il y avait peu de relation entre ces sociétés différentes. Qui a pris la peine de les parcourir pour y introduire uniformément une nouvelle pra'ique? Comment dans toutes les Eglises, très-éloignées les unes des autres, dont le tangage, les mœurs, les préjugés, n'étaient pas les mômes, ne s'en est-il trouvé aucune qui ait eu la constance et le bon esprit de vouloir s'en tenir à ce que les apôtres et leurs disciples immédiats avaient réglé ? Voilà ce qu'il faudrait d'abord expliquer. — Dans les écrits des Pères du 11e et du ine siècle, dans les ouvrages de nos apologistes, loin de trouver aucun vestige de condescendance pour les préjugés et les habitudes des Juifs ou des païens , nous voyons toul le contraire , une affectation marquée de la pari de ces écrivains d'attaquer de front les idées et les notions du paganisme et du judaïsme , et d'y opposer celles que les chrétiens avaient reçues do Jésus-Christ et des apôtres. On peut compa-rer sur ce point les apologies de saint Juslin, de Terlullien , de Miuulius-Félix, d'Origène, etc.; on verra s'ils ont cherché à ménager les préjugés de leurs adversaires, afin de les gagner, et s'ils ont été tentés de les imiter en quelque chose. D'un côté, les prolestants nous objectent le silence de ces écrivains louchant les cérémonies dont parlent les auteurs du ive siècle; de l'autre ils supposent que ce sont ces docteurs silencieux, ou leurs contemporains , qui les ont établies ; ils ont donc rougi d'apprendre aux païens ce que l'on faisait dans l'Eglise chrétienne par condescendance pour eux. — Nous convenons du goût général, non-seulement des Orientaux, mais de tous les peuples du monde, pour la manière d'enseigner symbolique el allégorique, pour les cérémonies majestueuses el instructives qui renferment un grand sens. De là même nous concluons que Jésus-Christ, les apôtres et leurs disciples, étaient trop sages pour relrancher aux hommes un aussi puissant m >yen d'instruction. Ces symboles, disent nos adversaires, cet appareil extérieur plaisent aux ignorants ; cela est vrai, et en cela ils sont plus sensés que les prétendus savants qui les dédaignent et qui veulent les supprimer. Jésus-Christ et les apôtres n'onl-ils voulu instruire et convenir que des philosophes? — Quant à la doctrine des pythagoriciens el des platoniciens du M* siècle, iMosheim pouvait remonter plus haut : il l'aurait vue dans les écrits des apôtres et des évangéli.sles. Ils nous apprennent que le démon a ose lenler Jésus -Christ lui-même; que c'est lui qui tourmentait les possédés guéris par Jésus- Christ, el qui mit dans le cœur de Judas de trahir son .Maître. Ils disent que cet esprit malin enlève la parole de Dieu du cœur de (eux qui l'écoutent; qu'il tourne autour de non- comme un lion rugissant; qu'il nous lent! des embûches ; qu'il CilUl lui résister cl le mettre en fuite, etc. Ces vérités suffisaient sans doute pour faire instituer des exur-isuii s ol des bénédictions, pour inspi-

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rer aux chrétiens l'estime de la morlification, de la continence, de la chasteté, de la pénitence, sans qu'il fût besoin de consulter Pythagore ou Platon. Nous présumons que les Pères et les chrétiens du 11e et du 111e siècle ont formé leur croyance sur les livres du Nouveau Testament, plutôt que sur la doctrine des philosophes païens. Quelquesuns de nos incrédules ont dit que les éclectiques ou nouveaux platoniciens avaient imaginé leur tliéurgie sur le modèle des cérémonies chrétiennes; d'autres, que ce sont les chrétiens qui ont imité cette théurgie; c'est sans doute Mosheim qui leur a suggéré celle idée : on doit le féliciter des disciples qu'il a formés. — 11 a dû voir de même, dans les écrits des apôtres, les noms de pontife, de prêtre, de sacerdoce, d'autel, de sacrifice, de victime, etc. C'était à lui de prouver que les pasteurs de l'Eglise en ont abusé au ne et au 111e siècle, pour changer la vraie notion de l'eucharistie , pour s'arroger des pouvoirs, des droits, des privilèges, auxquels ils n'auraient pas dû prétendre.

11 dit que les personnes sensées et vertueuses furent indignées de la multiplication des cérémonies, et il cite le livre de Tertul- Hen de Creatione ; on ne trouve point ce livre prétendu parmi les écrits de Terlullien; il allègue, avec encore plus d'infidélité, le témoignage de saint Augustin. Ce saint docteur parle des cérémonies qui ne sont fondées ni sur l'autorité de l'Ecriture sainte, ni sur les décrets des conciles, ni sur l'usage de l'Eglise universelle, mais qui varient suivant les différents lieux, de manière que l'on ne peut découvrir les causes de leur institution ; il est d'avis de les retrancher absolument, et il ditque le joug des rites judaïques est plus favorable que celui de ces inventions de la présomption humaine. Mais il dit qu'il ne faut ni rejeter ni blâmer, mais plutôt luuer et imiter les pratiques dans lesquelles on voit les caractères opposés, et qui ne sont contraires ni à la foi, ni aux bonnes mœurs, mais qui peuvent servir à l'édification (Epist. 55 ad Januar., ch. 18 et 19, n. 34 et 35). Voilà une doctrine, bien différente de celle de Mosheim et des protestants. — 11 allègue enfin, en troisième lieu, un trait de la vie de saint Grégoire Thaumaturge, dans laquelle il est dil que, voyant la multitude ignorante persévérer dans l'idolâtrie à cause des plaisirs sensuels el de la joie qui régnaient dans les fêtes des païens, il permit aux chrétiens de se récréer et de se réjouir dans les fêtes des martyrs , espérant que il'eux-mêmes ils en viendraient à une conduite plus grave et plus honnête. De là Mosheim conclut que saint Grégoire permit aux < hréliens de danser , de jouer, de faire des festins sur les lombcaux des martyrs le jour de leur fête , et de pratiquer tout ce que les paiens faisaient dans leurs temples en l'honneur de leurs dieux ( Hist. ecclés. du ne siècle, ir partie, c. k, § 2). Si cela est vrai, saint Grégoire Thaumaturge permit encore aux chrétiens les spectacles du théâtre, l'ivroçnerie el la prostilulion ; puisque les

païens faisaient tout cela dans leurs temples à l'honneur de leurs dieux. Esl-il doue impossible de se récréer et de se réjouir d'une manière honnête, cl sans aucun danger pour les mœurs? Voilà comme, par des commentaires malicieux, les protestants calomnient les Pères de l'Eglise. — Nous ne répondrons rien au reproche qu'il fait aux évèques des siècles suivants, d'avoir multiplié de nouveau les cérémonies par un motif d'ambition, afin de s'allirer plus de considération et de respect de la pari des peuples. Il ne coûte rien à la malignité de nos adversaires de prêter des motifs vicieux à ceux qui en ont d'ailleurs de très- louables.

Nos philosophes incrédules ne pouvaient manquer d'enchérir sur les reproches des hérétiques ; mais ils n'ont fait que suivre le chemin que ceux-ci leur avaient tracé. Ils disent qu'un culte aussi chargé de cérémonies et de pratiques extérieures que le nôtre, n'est pas l'adoration en esprit et en vérité que Jésus-Christ est venu établir, qu'il ressemble trop au judaïsme, qu'il ne convient qu'au peuple le plus grossier. Nous répondons que le culte en esprit et ep vérité est celui qui est profondément gravé dans l'esprit et dans le cœur, et qu'il ne peut l'être que par l'entremise des sens. Celui des Juifs se bornait à l'extérieur, ne leur inspirait ni respect, ni reconnaissance, ni soumission à Dieu, ni charité pour leurs frères; c'est ce que Jésus-Christ leur a reproché. Tout homme, philosophe ou autre, qui ne veut point d'extérieur de religion, en a déjà d'avance abjuré les sentiments. Si Jésus- Christ avait aboli le culte extérieur, il serait venu pour rendre les hommes alliées el incrédules. — Ils objectent que les cérémonies sont un piège d'erreur pour le peuple, qu'il y met sa confiance, leur attribue la vertu de purifier l'âme, est plus jaloux d'y satisfaire que de remplir les devoirs essentiels de la morale. Quand cet abus serait vrai, il prouverait la lurpiludeel la stupidité de l'homme, et non le danger des cérémonies. De deux maux, il faudrait encore choisir le moindre : or, c'est un moindre mal que le peuple abuse quelquefois de l'extérieur de la religion, que s'il perdait tout sentiment de religion. Il est absurde de dire que les cérémonies sont faites pour le peuple, et que c'est pour lui un piège inévitable d'erreur; c'est supposer qu'il est né pour être trompé. Mais le peuple rend aux philosophes le mépris qu'ils ont pour lui ; en dépit de leur sagesse sublime, le peuple sent très-bien que la piété consiste, non dans les gestes, mais dans les sentiments, de même que l'humanité consiste dans les affections et les services, el non dans les dehors de la politesse. — D'autres plus entêtés ont soutenu que nos cérémoniei sont un reste du paganisme, qu'il n'y a aucune différence outre les rites du christianisme et la Ihéurgie des païens. C'est une vieille objection des manichéens (Saint Augustin, contra Faustum, 1. XX, c. k et 21). Nous soutenons au contraire que l'emploi des cérémonies au aille du vrai Dieu cal \o

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restitution d un vol l'ail par les païens. La vraie religion est plus ancienne que les fausses, elle a droit de revendiquer les rites que ses rivales ont profanés. Faut-il nous abstenir de prier Dieu, parce que les païens ont prié Jupiter et Vénus , ni plus nous mettre à genoux, parce qu'ils se sont prosternés devant des idoles ?

Les protestants eux-mêmes ont retenu des cérémonies les assemblées de religion et le chant ; le baptême, qui est une purification ou une lustration ; la cène, qui est un repas religieux ; des fêtes, des jeûnes solennels, l'imposition des mains, les obsèques pour les morts ; ils se mettent à genoux pour prier, quelques-uns font le signe de la croix : les païens ont observé presque tous ces rites ; sont-ce des restes de paganisme ?

Quand on nous dit que noire culte extérieur est un reste de judaïsme, nous répondons que le judaïsme lui-même était un reste de la religion des patriarches ; que celle-ci venait d Adam, et de Dieu qui la lui avait enseignée. — 11 n'y a pas plus de ressemblance entre la théurgie païenne et le culte de l'Eglise, qu'entre l'impiété et la religion. Un théurgiste prétendait, par le moyen des rites qu'il avait imaginés, forcer les génies ou démons qu'il adorait à faire des miracles, à lui dévoiler l'avenir, etc. Un prêtre emploie, non des cérémonies dont il est l'auteur, mais que Dieu lui-même a instituées ; loin de commander à Dieu , il sait que Dieu lui défend d'y rien mettre du sien ; il ne demande pas à Dieu des miracles, encore moins des «onnaissances prophétiques, mais les grâces que Dieu a promises aux fidèles.

Enfin , ceux qui disent que les cérémonies ont été établies pour l'intérêt des prêtres, se persuadent sans doute que, dans les quatre premiers siècles de l'Eglise, il y avait des droits casuels attachés à chacune di s fonctions du sacerdoce. Us ne savent pas, ou ils oublient que ces droits n'ont commencé à s'établir qu'au xc siècle ou plus lard , lorsque le clergé eut été dépouillé de ses possessions par les seigneurs qui s'en emparèrent. C'est ainsi que l'ignorance décide de tout sans réflexion. Voy. Ccltb, Liturgie, Slpekstition, Thbûruib, [Sacrements].

CEREMONIES JlDAÏQl'KS. Yoy. LÉVIT1QUE ,

Lois cérémoniklles.

CEItlNTHIENS, hérétiques du irr et du n« sièile. Leur chef lut Cérinthe, juif de nation ou de religion, qui, après avoir étudié la philosophie dans l'école d'Alexandrie, parut dans la Palestine, cl répandit ses erreurs principalement dans l'Asie Mineure.

Quelques anciens, surtout saint Kpiphane, ont cru que Cérinthe était un de ces Juifs zélés pour la loi de Moïse, qui voulaient y assujettir les Gentils, qui trouvèrent mauvais que saint Pierre eût instruit et baptisé le centurion Corneille, qui troublèrent l'Eglise d'Anlioclic par leur obstination à garder le.s cérémonies légales, qui décriaient l'apôtre saitil Paul, parce qu'il exemptait de ces cérémonies .ceux qui n'étaient pas nés Juifs *, mais il parait qu'en «la saint Epiphane a

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