CER TC
confondu les cérinthinns avec les éhionitcs — Il est plus naturel de s'en rapporter à saint lrénée, qui est plus ancien. Selon ne qu'il dit, Cérinthe ne parut que sous le règne de Domitien, vers l'an 88, et fut connu de l'apôtre saint Jean, qui écrivit son Evangile pour le réfuter.
Cérinthe, conformément aux idées de Pla • ton, croyait que Dieu n'avait pas créé l'univers immédiatement par lui-même, mais qu'il avait produit des esprits, des intelligences ou génies, plus ou moins parfaits les uns que les autres ; que l'un de ceux-ci avait été l'artisan du monde; que tous le gouvernaient et en administraient chacun une portion. 11 prétendait que le Dieu des Juifs était un de ces esprits ou génies, qu'il était l'auteur de leur loi, et «les divers événements qui leur sont arrivés. Il ne voulait pas que l'on abolît entièrement cette loi ; il pensait qu'il fallait en conserver plusieurs choses dans le christianisme. — Il prétendait que Jésus était né de Joseph et de Marie, comme les autres hommes, mais qu'il était doué d'une sagesse et d'une sainteté fort supérieures ; qu'au moment de son baptême, le Christ, ou le Fils de Dieu était descendu sur lui en forme de colombe, lui avait révélé Dieu le Père, jusqu'alors inconnu, afin qu'il le f.t connaître aux hommes, et lui avait donné le pouvoir de faire des miracles ; qu'au moment de la passion de Jésus, le Christ s'élail séparé de lui pour retourner auprès du Père, que Jésus seul avait souffert, était mort, était ressuscité ; mais que le Christ, pur esprit, était incapable de souffrir. Ces erreurs sont les mêmes que celles de Carpocrate; mais il paraît que les disciples de Cérinthe y en ajoutèrent d'autres dans la suite.
Oa croit encore qu'il fut l'auteur de l'hérésie des millénaires; qu'il supposait qu'à la fin du monde Jésus-Christ reviendrait sur la terre pour y exercer sur les justes un règne temporel pendant mille ans ; que pendant cet intervalle les saints jouiraient ici-bas de toutes les voluptés sensuelles. C'est ce qui donna lieu à quelques anciens d'attribuer à Cérinthe le livre de l'Apocalypse, dans lequel ils croyaient trouver ce prétendu règne de mille ans; d'autres ont cru que Certaine avait composé une Apocalypse différente de celle de saint Jean, et y avait enseigné cette réveiic.
Il est essentiel de remarquer que Papias et les autres Pères anciens qui ont aussi admis un règne temporel de Jésus-Christ pendant mille ans, ne l'ont jamais conçu comme Cérintbe; ils n'ont jamais cru que les saints goûteraient sur la terre des voluptés sensuelles, mais «les délices purement spirituelles , telles qu'elles conviennent à des corps ressuscites, glorieux, affranchis des besoins de la nature. Les incrédules qui ont attribué aux anciens Pères le millénnrisme de Cérinthe, ont voulu en imposer aux ignorants. y ai/. Mh.i.kn lires.
Les opinions de cet hérétique donnent lieu à des remarques importantes, t' Voilà Ull
philosophe1 formé à l'école de Platon, qui ,
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loin d'admettre en Dieu une trinité, n'y admet pas seulement une dualité, ne suppose point le Fils de Dieu égal à son Père, mais le regarde comme une créature : comment les anli-trinilaires ont-ils osé soutenir que le mystère de la Trinité était un dogme sorli de l'école de Platon ? Quand on connaît les principes de ce philosophe, on est convaincu qu'il n'a jamais pensé a supposer une trinité en Dieu. 2° Cerinthe ne s'est point laissé subjuguer par les apôtres, il a été leur adversaire ; cependant, loin d'attaquer le témoignage; qu'ils ont rendu des miracles de Jésus-Chrisl et de sa résurrection, Cerinthe le confirme , convient de ces faits essentiels , tâche d'en rendre raison par le pouvoir surnaturel communiqué à Jésus : les incrédules viendrontils encore dire que ces faits n'ont été crus que longtemps après, lorsqu'on ne pouvait plus le* vérifier, et par des hommes simples et ignorants qui ne se sont pas donné la pei- 11e de rien examiner. 3° Il faut que Jésus- Christ ait enseigné clairement et formellement qu'il était le Fils de Dieu; s'il n'était question que d'une filiation métaphorique et par adoption, Cerinthe n'aurait pas eu tort de l'entendre comme il a fait ; cependant il a été regardé comme hérétique, et réfuté par saint Jean. De quel front les sociniens et leurs adhérents, Locke, Dury, etc., ont ils osé soutenir que pour être chrétien, il suffisait de croire que Jésus-Chri4 était le Messie, l'envoyé de Dieu ; que le litre de Fils de Dieu ne signifie rien autre chose, etc.?
Nous ne pouvons pas douter que saint Jean n'ait composé son Evangile pour réfuter Cerinthe, comme le dit saint Irénée, I. ;n, c. 11. L'Apôtre attaque de front cet hérétique, en commençant sa narration. Il dit : Au commencement était le Verbe, il était en Dieutt il était Dieu.... tout a été fait par lui, et rien nya été fait sans lui. C'est donc une erreur d'enseigner, comme Cerinthe, que le Créateur du monde n'est pas Dieu lui-même, mais une vertu, une intelligence, un esprit distingué de Dieu, inférieur à Dieu , et qui ne connaissait pas Dieu (Saint Irénée, liv. i, c. 26). Selon saint Jean, ce Verbe était la vie cl la lumière de tous les hommes ; il n'a cessé de les éclairer, quoiqu'il n'ait pas été connu ; il a toujours été dans le monde, et il y est venu comme dans son propre domaine, quoiqu'on n'ait pas voulu le recevoir. 11 n'est donc pas vrai que le monde ait été gouverné par des génies subalternes, par des esprits créés, comme le prétendaient Cerinthe cl Carpocrate ; c'est ce même Verbe qui s'est fait chair, qui a vécu et conversé avec les hommes, et c'est le Fils unique du Père ; c'est lui-même qui nous l'a fait connaître. Il est donc faux que .lésus el le Christ soient deux personnages différents, eic.
Il ne paraît pas que la secte des cérinthiens ail subsisté fort longtemps, il n'en est plus question depuis Origène; probablement elle fce fondit dans quelqu'une des autres sectes du u« siècle.
Musheim (Uist. christ., sa>c. i, § 78, et lutit. mi/., i.o part., c. 5, § 1G) s'est attache
à donner un plan suivi et un système rai» sonné des erreurs de Cerinthe ; mais il nous paraît faire un peu trop d'honneur à cet hérétique et aux autres sectaires du w siècle, puisqu'il est prouvé que tous étaient trèsmauvais raisonneurs. Il ne peut pas se persuader que Cerinthe ait prétendu que les voluptés sensuelles auraient lieu dans le règne de Jésus-Christ sur la terre, pendant mille ans. Comment ce docteur, dit-il, aurait-il pu donner dans celle idée grossière, lui qui rendait témoignage de la sainteté émiuente, et des vertus de Jésus Christ? Mais outre qu'il n'y avait aucune absurdité à supposer que Dieu n'exigeait pas des justes une vie aussi pure et aussi sainte que celle de Jésus-Chrisl, une simple probabilité ne suffit pas pour accuser les Pères d'avoir voulu rendre Cerinthe odieux, afin de détourner les fidèles de l'erreur des millénaires dont il était l'auteur. Ce soupçon ne s'accorde guère avec la prétention des autres protestants, qui disent que tous les l'ères des premiers siècles ont été prévenus de cette erreur.
CERTITUDE. Nous laissons aux philosophes le soin de distinguer les différentes espèces tic certitude, .d'en établir les règles, de répondre aux objections des sceptiques et des pyrrhoniens (1). La seule question qui
(I) Il y a quelques années, une nouvelle école de philosophie avait essayé de donner de nouveaux fondements à la certitude : elle avait surtout en vue les intérêts religieux. D'après son système, la théologie devait nécessairement eue fondée sur d'autre» baseï; les arguments devaient procéder d'une autre source et eue appuyés uniquement sur le sens commun. L'auteur des Notes de l'édition de Besançon (I82G) avait eu soin dans toutes les occasions de surcharger le Dictionnaire de Itergier de notes puisées dans les livres des plus grands maîtres de la nouvelle école. Ce système de certitude est jugé aujourd'hui el rejeté par les hommes les plus sages. Il a été condamné par la bulle que nous avons citée dans notre avertissement. Mgr Doney, dans son édition de Itergier, n'a pas cul. èrement purgé la première édui n de Besançon des mauvais principes uu'elle renferme. Nous allons donner sur la certitude quelques notions' qui nous paraissent plus exactes.
Notre laeuilcdeconnaiirc, dont il faut avant lout, comme on le démontre en philosophie, admellre l'infaillibilité, en supposant toutefois qu'elle soit dirigée convenablement, a à sa disposition trois moyens naturels pour s'appliquer à la recherche de la vérité : ce .sont l'observation dans l'espace, la contemplation interne ou le raisonnement , le témoignage des hommes. Ces trois moyens nous mènent à la connaissance de trois ordres de faits, qui sont les laits physiques entendus dans toute la généralité du terme, les faits psychologiques ou intellectuels, el les laits historiques. L'appréciation des faits de chacun de ces trois ordres doit avoir lieu selon certaines lègles, qui sont la garantie nécessaire de la certitude.
Outre ces moyens, qui, bien appliqués, conduisent a la certitude spéculative et naturelle, noire faculté de connaître a la ressource de l'autorité, qui détermine une certitude surnaturelle et pratique, laquelle e>t ou dogmatique ou morale, selon qu'elle a po.ir objet la croyance ou les mœurs. i\ous ne pouvons nous occuper de certitude surnaturelle avant d'avoir é.abli sou l'existence de l'autorité, qui en est le fondement, s.;it l'institution de> moyens employés
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ires • si nous pouvons être aussi certains d'un saules pour nous faire croire l'autre
par elle pour parvenir à ses lins. Nous ne parlerons doue maintenait! que «le la certitude naturelle.
On ailinel communément trois sorte- de certitude : la certitude physique, la certitude métaphysique et la certitude morale, auxquelles correspondent, diton, des vérités de trois ordres , c'est-à-dire des vérités physiques, des vérités métaphysiques et des vérités morales. Quiconque a réfléchi, a reconnu sans grand effort que les métaphysiciens sont inconsé- /|iienis en ce qu'ils attachent aux expressions certitude morale , ordre moral, ventés morales, des sens biens différents. Us entendent ordinairement par certitude morale celle qui est fondée sur le témoignage des hommes, lequel a principalement pour objet la constatation de faits sensibles, appartenant p.ir conséquent à l'ordre physique. Ils rangent an contraire dans l'ordre moral, dans la catégorie des te'rités morales, tout ce qui concerne la règle des mœurs et sort nécessairement de l'ordre physique. On voit en outre qu'ils confondent le vrai avec le bien, la certitude spéculative avec la certitude pratique. Il résulte de toutes ces incohérences une contusion d'idées qui ne peut amener aucun résultat logique. Encore, qu'enteiident-iis par certitude métaphysique , ordre métaphysique, vérités métaphysiques? c On nomme certitude métaphysique, dit l'abbé Para du Phanjas (l'hilos. de la reluj., prem. part., prem. section, 24), celle dont l'objet a une immutabilité absolue et essentielle, à laquelle il est impossible qu'un miracle même déroge. » Cela ne caractérise rien. La lui par laquelle Dieu veut être aimé de ses créatures raisonnables n'a-l-elle point une immutabilité absolue ? Cependant elle appartient à l'ordre moral. La loi de l'ordie, qui régit le monde visible, ne rentre-l-elle pas dans l'ordre physique? Cependant elle est d'une immutabilité absolue; puisque Dieu ne pourrait vouloir le désordre, ou créer pour une aune lin que pour sa gio.re. D'un autre côté, combien d'assertions sci. indiques ne sont point années de celle immutabilité absolue, et sont cependant classées dans l'ordre métaphysique? Et même nous mettrons à découvert plus tard la faiblesse des principaux arguments dits métaphysiques. Nous le répétons donc : la certitude métaphysique , l'ordre métaphysique ne caractérisent rien. Aussi M. Cauchy, un des premiers mathématiciens et des meilleurs esprits de notre époque, a-l-il substitué l'ordre intellectuel a l'ordre métuphysique dans son célèbre Mémoire sur l'accord des théories mathématiques et physiques avec la véritable philosophie (Compte rendu, séance du 14 juillet 18ia). ,
Nous avons 'fondé trois ordres de vérités, ou, si l'on aime mieux, trois ordres de laits, sur nos trois moyens naturels de connaître : sur ces trois ordres nous établissons trois sortes de certitudes, qui sont la certitude sensible ou physique, la certitude intellectuelle ou psychologique,1 et la certitude testimoniale ou historique. tiecherehons quelles sont les règles au moyen desquelles on peut juger que les laits ont le caractère de la certitude.
Certitude, physique. Les laits physiques, sont coustalés par l'observation des diverses parties du monde visible. Dans l'observation directe, qui donne toujours la certitude, il est quelquefois nécessaire, soit de faire usage de plusieurs sens et des m illcurs ■nstrumenls, soit de réitérer les expériences. Selon la rè^le sui\ie généralement par l'Académie des Il iences, un fait n'est réputé certain et acquis a l;i science que quand il a été certilié par des savants mires que ceux qui les premiers en ont annonce la Jécouverte. Dans l'observation indirecte, on h la
certitude qu'on se base sur une analogie réelle, ou sur des ressemblances b en constatées, dont on déduit des conséquences rigoureuses. A plus forte raison a-l-on la certitude, quand l'analogie est fondée sur l'identité de causes ou d'effets, c'est-à-dire, en dernière analyse, sur la constance des lois de la nature.
Voyons comment, en bonne physique, nous devons entendre celte conslai.ee des lois de la nature. La seule propriété qui soit essentielle à la matière, ou au point matériel, à l'atome, c'est l'inertie, qui la rend inc.ipable par elle-même de changer son état de repos ou de mouvement. Four changer cet éiai, pour imprimer à un point matériel une vitesse qu'il n'avait pas, ou pour modilier, soit en grandeur, soit en direction la vitesse acquise, il faut appliquer nue force au point dont il s'agit. Mais la force appliquée au point matériel aurait pu ne pas l'être ; dans ce c;is il aurait été abandonné à son inertie. Aussi, dans le bel ouvrage qui a pour litre Philosophiœ nalurulit l'rincipia muthemalica(L\b. m Régulai plulosopliandi), Newton a-t-il dit expressément : Gravitaient eorporibus essenlialem esse minime affirma, je n'alln ine nullement que la grav. talion soit essentielle; aux corps. Si les corps sont doués de mouvement, s'ils sonl assujettis à des lois constantes, comme il n y a point u'ellèt sans cause, il faut en conclure qu'ils obéissent à une force impulsive et directrice qui est l'attribut d'un èire immatériel. Il nous est inutile pour le présent de rechercher où rcside la cause première do celle force, il nous suffit de constater que ce n'est point en ['homme. Li graviiation universelle, la pesanteur des corps à la surface de la lerre, le> forces électriques et magnétiques, les actions el réactions moléculaires sont des lorces physiques permanentes, qui subsistent sans nous el même malgré nous, que nous pouvons quelquefois mettre en œuvre, ou opposer les unes aux autres, mais qui sont indépendantes «le notre volonté. 11 en est de même à plus forte raison de la force vitale, dont soin doués tous les êtres organisés, el de la force non moins mystérieuse de l'Instinct chez les animaux, chez l'uomme lui-même. Mais si l'eue essentiellement immatériel, et évidemment supérieur à tous ceux que nous pouvons observer, suspendait ou Modifiait d'une manière quelconque, el par rapport à un être quelconque. l'action de sa force, qui n'esl que l'expression de sa volonté, il en lésuilerail nécessairement un dérangement, une anomalie plus ou moins considérable dans l'application des lois générales de la nalure. 11 s'ensuit donc que la constance de ces lois n'a rien d'absolu, el qu'elle est sous la dépendance de la volonté d'un cire immatériel quelconque, supérieur à l'homme lui-même, l'ar conséquent, la certitude physique, même londée sur les faits les plus généi i.iux et les plus sensible-, est purement hypothétique, el toute alliruiation dans l'ordre physique est subordonnée à celle condition: posilis nutunv legi- Us, supposé que les lois ordinaires de la nature aient leur cours. En voila autant qu'il en faut, je pense, pour oéiuo.l;er scieniiliquemenl, el u'u. e manière rigoureuse, la possibilité des miracles dans l'ordre physique : c'est le but que je m'étais proposé.
Certitude intellectuelle ou psychotonique. Les laits psychologiques sont tous acquis, quoique de diverse» manières, doni nous n'avons point a nous occuper. Dcscartes, lui-même, réputé le père des idées limées, a avoue que la seule faculté d'eu acquérir csi innée. Voiei comment il s'explique au sujet do l'idée de Dieu : i Q •laml j'ai du que l'idée de Dieu
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