‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 123 sur 183 · TER · texte numérisé non relu

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Malgré la multitude des sophismcs par lesquels les incrédules ont embrouillé cette (juestion, il nous paraît évident, 1° que, pir le sentiment intérieur, un homme sensé peut

est naturellement en nous, je n'ai jamais entendu. ... sinon que la nature a mis en nous une faculté par laquelle nous pouvons connaître Dieu ; niais jamais je n'ai écrit ni pensé que telles idées lussent actuelles, etc. » (Tom. I, Lett. xcix). Les prétendues idées innées de certains philosophes sont tout simplement des notions révélées qu'ils ont puisées au sein de la socié;c chrétienne, et dont ils ne peuvent se rendre compte par leurs moyens naturels. L'incrédulité ou le défaut de logique peut seul engendrer des idées innées. Nous avons toujours la certitude subjective de nos p usées, attendu que notre âme ne peut pas plus douter de ses modifications que de sa piopre existence. Quant à la certitude objective, elle existe partout où ^e trouve l'évidence, comme dans les axiomes, les propositions mathématiques, les rigoureuses déductions logiques basées sur des prémisses certaines, les inductions légitimes de vérités bien reconnues. En résumé, on a la certitude objective dans l'ordre intellectuel toutes les lois que l'un peut appliquer la règle infaillible du principe d'identité:

'Ce qn; esl, esl ; on celle du principe de contradiction, qui en est un corollaire: Le même objet ne peut tout à la (ois être et tCêtre pas. Dans cet ordre de faits, l'analogie n'engendre, la plupart du temps, qu'une probabilité plus ou moins grande: il en est de même de riuduction. Comme toute science de raisonnement est basée sur l'absiraclion, il importe de généraliser sur des rapports bien établis, et de vérifier l'harmonie des diverses parties d'un tout au moyen de la synthèse.

L'homme aime la science, non-seulement pour sa propre satisfaction, mais pour la communiquer à ses semblables ; et c'est une vérité de l'ordre psychologique fondée incontestablement sur l'expérience de tous les siècles, qu'il éprouve le besoin de (aire part de tout ce qu'il a appris soit par lui-même, soit par autrui, surtout s'il le trouve extraordinaire. C'est qu'i/ y a dans la vérité évidemment connue, dit Para du Phanjas (l'Iiilos. de la relig., ire part., seet. lre, 2G), une force qui nous incline à lui accorder noire suffrage ; et que nous ne trahissons la vérité connue, en faveur du mensonge, que quand notre âme est dominée pur quelque passion déré ,lée. Il s'ensuit qu'en général nous pouvons accroître noire science à l'aide des connaissances de nos semblables. Mais, dans l'ordre psychologique, ce moyen de connaître, considéré eu lui-même, ne peut induire qu'à une certaine probabilité ; à moins que les faits intellectuels enseignés ne soient de nature à devenir évidents pour tout le inonde, comme sont, par exemple, des découvertes eu mathématiques.

Les connaissances de l'homme, quoique pouvant s'étendre liès-loin, ont cependant leurs limites. Il peut prédire les positions des astres plusieurs milliers d'années d'avance ; nids il ne lui est point d .inné de prévoir des elfels qui n'ont aucune connexion

\avec des causes déjà existantes et connues. Ainsi, il ne peut naturellement connaîtie d'avance les futurs lonlingeuts, lesquels dépendent d'une volonté libre , à laquelle il ne laut qu'un instant pour se délerminur à la production de tel ou tel acte. De n.è ne, il ne peut naturellement réirogiader dans le pa se, pour y voir des événements qui dépendaient d'une volonté libre, et qui n'ont aucune liaison rigoureuse avec des phénomènes actuellement constatâmes. Dans le présent même, il ne lui est ordinairement point donné d'observer à distance en dehors des [imites naturelles de l'action de ses sens. A p'us forte raison les pensées et les sentiments purement internes de ses semblables lui sont-ils tout à fait

être mélaphysiquemenl certain d'un miracle opéré sur lui-même, en avoir autant de certitude que de sa propre existence. Le paralytique de trente-huit ans, guéri par Jésusétrangers dans son éiat normal. Mais nous avons dit, en traitant de la certitude physique, que la matière, essentiellement inerte, ne peut tenir (pie d'un être immatériel, supérieur à l'homme, les diverses f >rces dont elle esl douée ; d'où il suit qu'un tel è'.re dispose la matière selon sa volonté. Cela posé, un être immatériel qui aurait déterminé ilans le passé, ou qui déterminerait dans le présent, ou qui se proposerait de déterminer dans l'avenir certaines combinaisons de mouvements qui donnassent lieu à des phénomènes quelconques, ne pourait-il pas eu instruire un ou plusieurs hommes ? M a-t-il pas, puir obten.r cette fin, plusieurs moyens à sa disposition ? D'abord il lui esl facile, au moyen de déplacements, d'arrangements et de simples mouvements de molécules matérielles, d'agir sur les organes des sens, de faire voir et entendre ce qu'il veut, et même de modifier tout simplement les nerfs optiques ou acoustiques comme ils le seraient pour la vue de certains objets ou par l'audition de certains sous. Ensuite, ne peut-il pas communiquer directement avec l'âme humaine ? L'homme a aussi à sa disposition certaines forces qu'il dirige à son gré, ce qui prouve qu'il y a en lui un êlre de même nature que celui ou ceux qui produisent des résultats analogues, indépendants de sa volonté. Or, quelle répugnance y a-t-il à ce que des êtres actifs communiquent directement entre eux? De plus, il est certain que les forces de l'homme ne sont que des forces communiquées, puisqu'il y en a en lui qui sont absolument indépendantes de sa volonté, el que celles dont il peut disposer s'affaiblissent et se perdent. Mais comment nier que l'être immatériel qui lui prêle temporairement des forces, puisse communiquer directement avec lui? Pourquoi ne pourrait-il pas aussi communiquer successivement et même simultanément avec plusieurs âmes humaines, et faire connaître aux unes les modifications des autres ? De tout cela nous sommes en droit de conclure rigoureusement que l'homme peut être instruit exlraordina.remenl de choses qu'il ne lui est pas ordinairement donné de connaître, et que, par conséquent, le miracle e>t possible dans l'ordre psychologique, et dans beaucoup de cas au même litre qu'il l'est dans l'ordre physique. D'après ces données, on conçoit très-bien qu'il puis-e exister des prophètes, révélateurs du passé, du présent el de l'avenir, et qu'un miracle a la même valeur dans le sys:ème de Houtleville que dans le sentiment commun : seulement, il e*l de l'ordre psychologique, au lieu d'être de l'ordre phys:que. Les métaphysiciens rapportent ordinairement à l'ordre moral les miracles de l'ordre psychologique, qui ont pour objet l'illumination extraordinaire de l'intelligence ; c'est peu rationnel. Poumons, nous ne reconnaissons de miracles dans l'ordre moral que ceux qui oui pour résultat des effets extraordinaires delà grâce, comme par exemple la détermination subite au bien d'une volonté longtemps rebelle au devoir. Mais, comme nous l'avons déjà dit, l'ordre moral sort de celui des vérités connues naturellement, et nous n'avons point encore acquis le droit d'en traiter.

L'exigence de la force, et surtout celle de la force vit de, démontre uicontcsiab'ement l'existence d'un ou de plusieurs êtres immatériels. Nous avons vu aussi que ces êtres peuvent communiquer, même directement, avec bsê.res immatériels humains, et leur faire connaître des événements soit passés, soit présents, soit futurs. Ces mêmes êtres, qui communiquent aux hommes la vie- et la f nce, el qui, par conséquent, doivent connaître les relations mystérieuses des êtres immatériels avec les matériels, [er-

CER

Christ, avait celle certitude métaphysique, de l'impuissance dans laquelle il avail été de marcher et de se mouvoir, du pouvoir qu'il eu avail reçu de Jésus-Christ, et dont il fai-

ço'iveni aussi indubitablement, soil dans leur être propre, soit dans d'autres, des rapports imonuus

aux êtres qui leur sont intérieurs. Ainsi, l'on conçoit qu'ils puissent instruire l'homme de bien des choses qui existent en dehors de sa sphère, et qu'il ne comprenne pas, rame de moyens termes, qu'il ne saurait irouver dans l'ordre de ses propres connaissances. Ou doit conclure de là qu'il peut y avoir des mystères pour l'homme dans l'ordre psychologique, comme il y en a dans l'ordre physique.

Certitude testimoniale ou historique. Tous les faits constatantes par le témoignage des hommes sont de l'ordre historique. Considérés sous le rapport de leur origine, c'est-à-dire dans le temps même où ils ont éié constates, il sont nécessairement physiques ou psychologiques. Avant de faire connaître les con- «Ji ; ions pai ticulièies dont doivent être revêtus les faits historiques de diverses sortes pour être admis avec certitude, nous posons en principe général que tous, sans exception, doivent être jugés possibles avant d'être crus («). Il est difficile de concevoir en effet que l'on croie des phénomènes sensibles ou des manifestations de rapports que l'on regarderait comme impossibles. Cependant, le motif de notre croyante ne peut être la possibilité de^ faits, laquelle n'est qu'une noie nég'live de leur vérité. Il faut de plus, pour déterminer notre assentiment, que la réalité eu soit convenablement constatée. Nous avons démontré scientifiquement et rigoureusement la possibilité sotl des miracles, tant de ' l'ordre physique qoe de l'ordre psychologique, soit des mystères eux-mêmes. Quand donc des laits quelconques sciout établis suides témoignages juges sullisants par des esprits sages, et d'un caractère tel que leur récusation consacrerait le pyrrhonisme historique, on ne sera pas eu droit d'opposer à leur cié nbilué leur qualité soit de miraculeux, soit de mystérieux. D'autant, plus que les faits de cette sorte n'ont pas besoin, pour être incontestables, d'être prouvés par d'autres moyens que par les moyens ordinaires. Lu tslfei, les faits miraculeux, comme par exemple la résurrection d'un mort, lu guérison d'un malade, ne sont jugés tels par ceux qui les observent qu'en vertu d'une induction : ils voient le même individu dans l'état d • mort ou de maladie, puis un instant après dans l'étal de vie ou de sauté ; et de la prompte succession de ces deux états, coustalables par les moyens ordinaires de connaître, ils concluent qu'il y a eu résurrection ou guérison miraculeuse. Il est clair, d'après »cs données, que des témoignages humains ordinaires pourront garantir la certitude de toutes sortes de laits.

Toutefois, il y a cette différence entre la consialaiiou laite par des témoins contemporains, des faits physiques, et celle des laiis psychologiques, que les premiers sont réputés vrais sur la foi du simple témoignage, taudis que les seconds sont seulement rapporter avec certitude à leurs véritables auteurs, sans aucune garantie de leur vérité. Si ces ailleurs relatent des laits psychologiques auxquels ils donnrnt l'autorité divine, il faut, pour être crus, ou qu'ils rapportent à l'appui de leurs doctrines des miracles divins convenablement attestés, ou qu'ils en opèrent eux-lliéuicS devant des témoin.-, Lu tout cas, il faut que le témoignage historique nous offre ces garantes Oe l'origine divine des laus psychologiques c >minu-

(«) S'il s'agit des lails rapportés daus les monuments .kur lesquels la religion chrétienne esi lo.nlee, il i si clair (pie mais n'exigeons la reconnais* .nue préalable de la poss -

bihlé, que des pbilosopbi s qui veuleui Buivrc une méthode iniiouuellâ pour établir leur croyance.

soit actuellement usage, du passage subit qu'il avail fait du premier de ces étals au second, sans remèdes, sans préparatifs, sans y avoir contribué lui-même en rien : ici l'illusion ne peut avoir lieu. Que ce passage ou ce changement fût surnaturel et miraculeux, c'est une conséquence évidente qu'il pouyai' tirer, saus craindre d'y être trompé; il n'est

niques, pour que l'autorité en soit incontestable. Ainsi, en dernière analyse, le témoignage historique transmis porte immé Maternent sur des faits physiques et médiatement seulement sur des faits psychol gique-.

Il importe surtout d'examiner si les faits testimoniaux ou de l'ordre h slorique sont susceptibles de certitude, et dans quels cas on peut y ajouter foi sans craindre de se tromper. Les faits qui sont l'obj t du témoignage des hommes sont de deux sortes si on les considère sous le rapport du temps : les uns sont contemporains, et les autres passés. Comme ces sortes de laits sont essentiellement basés sur la liberté humaine, mobile de sa nature et inconstante, ils ne portent pas sur un fonds aussi solide que ceux des ordres physique et psychologique, qui reposent immédiatement sur la conscience ou faculté de connaître. Aussi, u'engendrenl-ils le plus souvent qu'une probabilité plus ou moins grande, motivée tant sur notre propre expérience que sur la min. ère d'agir de nos semblables. Celte probabilité sul'lit dans l'usage de la vie et dans le tours des affaires de la société; aussi, le lalcul des probabilités, qui louche à presque toutes nos connaissances, eu est le supplément nécessaire dans une multitude d'occasions.

Cependant, il est des cas dans lesquels tout homme qui réfléchit seul le besoin d'avoir la certilu.le dans l'ordre historique ; c'est surtout quand il s'agit de croyances religieuses, que l'on dit être fondées sur le témoignage des hommes. 11 faut alors, pour adhérer prudemment à telle ou telle religion, donnée par ses sectateurs comme l'expression de la volonlé divine, que l'homme ail des motifs suffisants de croire à la vérité du témoignage. Nous savons par expérience, ainsi que nous l'avons vu eu traitant de la certitude psychologique, que l'homme, par amour pour la vérité, aime à communiquer à ses semblables tout ce qu'il sait, et qu'il ne manque pas de le faire, surtout quand la chose est extraordinaire et importante, loisqu'aueune passion ne le domine assez, pour le porter au mensonge. Si donc un témoignage est revêtu de conditions telles, que ies contemporains qui l'ont rendu n'aient pu être trompés daus l'a pptécialiou des faits qui eu sont l'objet, et ne puissent être supposés avoir voulu tromper leurs semblables, ou doit prudemment y ajouter foi, sous peine de n'admettre jamais que ce que l'on seul ou perçoit soi-même, ce qui serait le comble du ridicule, et anéantirait tout ordre social. Or, il est des témoignages revêtus de conditions qui ollreut ce. te garantie stillLaiiie.

Ces coud. lions sont, suivant Tara du Phanjas (l'Ittl. de tareliij., irL' part., seel. lre, 27), 1° un noue bre suffisant de témoins ; 2° la giavilé des témoins ; 5° leur droi ure bien reconnue ; 4° la constance et la persévérance dans les témoignages ; 8° l'accord cl l'unanimité morale dans les mêmes lémo guagts , ti" la possibilité (nous l'avons comme on .-aii, exigée avant tout) et la sensibilité dans l'objet des témoignages. L'ahé de l'rades (Cncycl. m.t/i.,ail. Certitude) veut f,iie les témoins soient opposés de passions cl d'intérêts : cette condition donne au témoignage un nouveau degré de force, mais elle n'us*

point nécessaire pour constituer la certitude lusto-

lique.

cru

pas nécessaire d'être philosophe, médecin ou naturaliste, pour le sentir.

On aura beau dire qu'il y a des rêves d'imagination qui font sur nous la même impression que les faits réels ; que plusieurs personnes saines se sont crues malades, que plusieurs malades se croien.tguérissansl'être: il n'est arrivé à personne de rêver pendant trente-huit ans qu'il était paralytique, ou de croire qu'il marchait pendant qu'il était dans l'impuissance de se mouvoir. Entreprendral-on de nous prouver que jamais nous ne sommes absolument certains si nous sommes sains ou malades, impotents ou valides? — 2° Ceux qui avaient vu ce paralytique pendant trente-huit ans, qui avaient aidé à le porter et à le. mouvoir, qui le voyaient marfh'er et emporter son grabat, étaient, par le témoignage de leurs sens, physiquement certains de ces mêmes faits. L'illusion ne pouvait pas plus avoir lieu pour eux que pour le malade même. Un homme ne peut tromper tous les yeux, pendant trente-huit ans, par une paralysie feinte; les yeux d'une multitude d'hommes ne peuvent être fascinés au point de leur faire croire qu'un homme marche et agit pendant qu'il est immobile, ou de leur faire prendre à tous, pour un même homme, deux hommes différents. Où en serions-nous ? la société pourrait-elle subsister, si le témoignage de nos yeux , sur des faits aussi palpables, n'était pas physiquement certain, et pouvait nous induire en erreur? — On peut nousétonnerun moment par dos dissertations sur les artifices des fourbes, sur les prestiges des jongleurs, sur la ressemblance des visages, etc. Sans aucun effort de logique, nous sentons que los prestiges ne peuvent nous en imposer au point de nous rendre incertains si un homme, avec lequel nous vivons habituellement, est toujours lui-même et non un autre.— Ces lémoins oculaires étaient donc certains du miracle, par le même raisonnement évident que faisait le paralytique. — 3" Le témoignage réuni de cette multitude de témoins oculaires donnait à ceux qui n'avaient pas vu le miradeni le paralytique une certitude morale complète de ces mêmes faits. Ils senta'enl qu'un grand nombre de témoins qui n'avaient aucune part ni aucun intérêt à ce miracle, ne pouvaient avoir formé entre eux le complot de tromper leurs concitoyens , pour le seul plaisir de mentir; que tous ne pouvaient avoir eu les yeux fascinés et l'esprit saisi du même délire; que la simplicité, l'uniformité, la constance de leur témoignage était une preuve irrécusable contre laquelle le pyrrhonisme se trouvait désarmé. — Si la déposition des témoins oculaires a donné aux contemporains une certitude morale du miracle, ce même témoignage, mis par écrit sous les jeux des contemporains et transmis aux générations suivantes, par une histoire qui a toujours été lue, connue et regardée comme incontestable , nous donne du fait la même certitude que nous avons de tous les auires faits passés, soit naturels, soit surnaturels. — 11 serait absurde de soutenir

1) C.T. DE Ttll 01 ■ DOGMATIQUE. I.

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