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Nestorius, qui admettait deux personnes eu Jésus-Christ, soutint qu'il n'y avait qu'une seule nature; que, par l'union hypostatique, là nature humaine de Jésus-Christ avait été
édition de Terlullien, que ce mot de chaires doit être entendu ici dans un seul sens figuré; mais d'abord rien n'oblige à répudier le sens littéral, le savant annotateur n'en donne aucune raison. En second lieu, il n'est pas vraisemblable nue Tertullien se soil borné à citer des monuments métaphoriques, tandis qu'il pouvait signaler les chaires réelles, comme le prouve le passage d'Eusèbe, que nous rapporterons tout à l'heure. Cela est d'autant moins probable que cet écrivain était porté, par ses habitudes d'esprit et de style, à rattacher autant que possible ses assertions à quelques faits maléiiels : ses ouvrages en offrent une foule d'exemples. Le sens naturel de ce passage est donc celui-ci : dans le second membre de celle phrase, Terlullien rappelle q*ue les églises, fondées par les apôtres, pouvaient montrer les exemplaires authentiques des lettres qu'ils leur avaient adressées; il dit, dans le premier membre, que ces églises conservaient encore les chaires sur lesquelles ils étaient assis : ces deux faits servent de pendant l'un à l'autre. Ensèbe nous apprend qu'on voyait de son temps, à Jérusalem, la chaire de son premier é\ê'|ue, saint Jacques le Mineur, que les chrétiens avaient sauvée à travers tous les désarlres oui avaient accablé cette ville (a). On sait aussi que l'église d'Alexandrie possédait celle de saint Mare, son fondateur, et qu'un Jour un de ses évêques, nommé Pierre, ayant pris place au pied de celle même chaire dans une cérémonie publique, cl tout le peuple lui ayant crié de s'y asseoir, l'évêque avait répondu qu'd n'en était pas digne, Acl. S. Petr. Alexand. mari., traduits du grec en latin par Anaslase le Bibliothécaire. L'Eglise de Home dut mettre au moins autant d'empressement et de soin à garder celle du prince des apôtres, d'autant plus qu'oulre les motifs de piété communs à tous les chiéiiens, le caractère romain était, comme on le sait, éminemment conservateur des monuments, et que les catacombes fournissaient aux premiers fidèles de Rome une grande facilité pour y cacher, en lieu sûr, un dépôt au->si précieux.
< Suivant une Iradilion d'origine immémoriale, saint Pierre s'est servi de celte chaire, qui se trouve maintenant au fond de l'église, et quia été revêtue d'une enveloppe de bronze. Avant cette époque, elle avait été successivement placée dans d'autres pat lies de la basilique. Les textes que Phoebus a recueillis, De identilate cath. B. Pétri tlomœ, 1006, particulièrement dans les manuscrits de la b bliolhéque valicane, nous font suivre son histoire dans ces diverses translations. Le pape Alexandre VII, qui l'a fixée à l'endroit où nous le vénérons actuellement, l'avait prise près de la chapelle qui sert aujourd'hui de baptistère, où Urbain VIII l'avait fait transporter peu de temps auparavant, Carol. Fontana, de Basil, val., c. 29. Elle avait été précédemment déposée dans la chapelle des reliques de l'ancienne sacristie, Grimald, martus. Calai, sac. reliq. Basil, vatic. Ou sait aussi qu'elle était restée, durant quelque temps, dans un autre oratoire de cette sacust e, celui de Sain e Anne : In hoc saccllo ubi sedes seu cathedra S. Pétri pulcherrima, saper quant
(a) Les fidèles de Jérusalem ont encore parmi eux la chairedeS.Jacques.sumouimé le frère du Seigneur, qui fut établi par le Sauveur et par les apôtres le premier évêque de leur ville, et ils le gardent avec grande vénération ; ce qui fait voir clairement que les chrétiens, tatil des siècles passés que du nôtre . ont toujours rendu de grands liounpurs aux saints, a cause de l'amour donl ds brillaient pour Dieu. U ht. ceci, liv. \i>, cap. lrt.
[Soie de 51 Gab:l)
sedebat cum mania ponlificalia exercebal , KononfTce conaervatur (Tib. Alfarani, manu s. vatic), après avoir eu pour résidence la chapelle de Saint-Adrien : Porro in ipso S. Adriani f'actus est nunc egregie ornatus, ubicollocata est cathedra super quant sedehal B. Pelrus dum salemnia agerel (Maph. Veggius, de rébus anliq. memorab. basilic. S. Pétri, lib. iv, manusc. valic), près de l'endroit où nous voyons aujourd'hui la chaire du grand pénitencier. Adrien P' l'y avait fixée dans le vine siècle (Grimald., Calai. S. Beliquiar. asservat. in Arch. vatic. Il s'appuie sur un passage de Maph. Veggius). Pendant toute cette période, divers passages des anciens auteurs lotit mention d'elle. Nous en mentionnerons ici plusieurs, pour marquer la suite de la tradition relative à uri monument si vénérable, lien est question dans une bulle de Nicolas 111, en 1271): Denaiii qui danlurporlantibus ad aitare etreporlantbus cathedram S. Pétri. Pierre Benoît, chanoine de la basilique valicane, dans le xur sièile, a laissé un manuscrit qui contient des renseignements sur la liturgie de celte église : voici ce qu'il marque pour la fêle de la chaire de saint Piètre : « L'office est celui de la fête même de l'apôtre ; seulement à vêpres, à m ilines et à laudes, on chaule l'anlienne Ecce sacerdos. S'.ation dans sa basilique. A la messe, le seigneur pape doit s'asseoir sur la chaire, in cathedra. In cathedra S. Pétri legitur sicut in die natali ejus, tantum ad vesperas, ad malulinum et laudes canilur : Ecce sacerdos. Slalio ejus in basilira ; dominus papa sedere débet in cathedra ad niissam. Depuis les premiers siècles, les papes étaient dans l'usage de prendre place sur un siège éminent, non pas seulement pendant la messe, mais aussi pendant les vêpres, les matines et les laudes, lorsqu'ils a>s'st>ient aux offices, ce qui arrivait plusieurs fois dans l'année, aux principales fêles. Il est visible, d'après cela, qu'en notant, comme une rubrique particulière de la fêle do la chaire de l'apôtre, que le pape devait être assis sur la chaire à la messe, l'auteur que nous venons de ciler, a désigné la chaire même que la tradition considérait comme celle de saint Pierre. D'ailleurs, dans tout son livre, lorsqu'il parle seulement du siège ordinaire du pontife, il le désigne toujours sous le nom de siège élevé, et j 'mais sous celui de chaire. Pierre Manlius, qui appartient à la même époque, dit avoir lu dans Jean Caballinus que, durant le siècle précédent, sous Alexandre II, la chaire de saint Pierre avait été respectée par un incendie qui avait consumé les obje s environnants (Pelrus Manlius, de Cunsuetudin. el reb. busil. vatic). Nous trouvons aussi, dans un écrivain du xi" siècle, Olhon de Freissingie, des passages qui font mention d'elle (Ou. Frisigens, in Freder.). On voit, par des récits d'Anasiase le Bibliothécaire, relatifs aux ixe et vnr siècles (Anast., in Vit. Paul. I. Serg. II), que le pape élu était d'abord conduit au patriarcal de Latran, où il s'asseyait sur le trône pontifical ; que, le dimanche suivant, il se rendait, revêtu du manteau papal et au milieu des chants sacrés à la basilique valicane, et que là il prenait place sur Y apostolique cl Irèssainle chaire de saint Pierre; ce sont les termes employés p;ir Anastase (a). Nous voilà arrivés au vi Ie siècle, c'esl-à-dire à l'époque où le pape Adrien la lit établir, ainsi que nous l'avons déjà dit, dans l'oratoire consacré au saint dont il poric le nom. Les textes d'Anasiase nous font remonter encore
(a) Aposhlica sacratismia Pétri ca hedra. Lorsque l'élection avait eu lieu dans la basilique valicane, on procédait i uni'jdiatemenl a l'installation du pontife sur celte diana
(Soie de U. Cirbet.)
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absorbée par la nature divine; d'où il s'ensuivrait que c'était la nature divine qui avait soutTerl la passion et la mort.
Cette doctrine fut d'abord condamnée dans
plus haut, puisqu'en parlant de l'usage dont il vient d'être question, il l'appelle la coutume ancienne, la Coutume blanchie par le temps, cana comuetudo. Le catalogue des saintes huiles envoyées par Grégoire le Grand à Théodoiiode, reine des Lombards, fait mention de l'huile des lampes qui brûlaient devant la chaire sur laquelle saint Pierre s'était assis, de deo de sede ubi prius sedit S. Petrus. Il paraît qu'à celle époque les fidèles la rencontraient avant d'entrer dans la basil que : elle se trouvait près de la place qu'occupe aujourd'hui la Porte-Sainte (Histor. templ. vatic, c. 23). Les néophytes, revêtus de la mbe blanche du hapiême, étaient conduits au pied de celle chaire pour la vénérer. En rappelant cet usage, dans son Apologie pour le pape Symmaque, Ennodius désigne ce monument d'une manière fort claire. < On les mène, dit-il, pi es du siège geslaioire de la confession apoitolique, et, pendant qu'ils versent avec abondance des larmes que la joie leur fait couler, la bonié de Dieu double les grâces qu'ils ont reçues de lui : Ecce nunc ad gesiatoriam sellant apostolcœ confessions vda miitunl limina candidntos, et uberibus gaudjo exatore flelibus, collata Dei bénéficia donacuniulanlur. (Ennod. Apolog., p. 552. Tornaci.) » Cette expression, siège gestatoire, caractérise exactement, comme on le \erra I ienlôt, la forme spéciale et la desiinaiinn primitive de celte chaire. Ennodius écrivait au commencement du vi« siècle. Le ive nous fournil un témoignage très-posi: if d'Optatde Milève. Sadressant à des schématiques, qui se vantaient d'avoir des partisans à Home, il leur fait celle interpellation : « Qu'on demande à votie Microbe où il siège en celte ville; pourra-t-il répondre: Je siège sur la chaire de Pierre ?» Si cet auteur n'avait rien dit de plus, on pourrait douter qu'il ail parlé, dans ce passage, de la chaire matérielle : comme il ne faisait pas de l'histoire, mais de la polémique, il aurait très-bien pu se servir decel'e expression pour signifier seulement la chaire moralement prise, ou l'autorité de saint Pierre, survivant dans ses successeurs, et méconnue par les schismatiques, contre lesquels il argumentait. Mais ce qu'il ajoute ne permet pas cette supposition : « Je ne sais pas même, dit-il, t\ Macrobe a seulement vu cette chaire de ses propres ijeux. > Evidemment, il a voulu désigner la chaire matérielle, ce qui est d'ailleurs continué par tout le reste du même passage, dans lequel il continue d'opposer aux schismatiques les monuments de saint Pierre el de saint Paul : Denique si Macrobio dicalur vbi il lie sedeat, numquid potest dicere ; in cathedra Pelii ? Quant nescio si vel oculis novit, et ad cujus memoi-.iam no* acceuit , quasi schismaticus contra aposiolum f ariens, qui ail : memoriis sanctorum communicantes. Ecce prœsenles sunt ibi duorum memoi,ii aposlolorum : dicilesl ad iias ingkedi potuit, ita ut obtulerit illic ubi sanctorum memorias esse constat. (Opiatus Milevil., contr. Parm., lib..\i-) Dans le style des premiers chrétiens, le mot memoria était employé pour désigner les monuments funèbres des ;i| ôtres ou des martyrs, comme nous l'avons déjà vu dans un passage cité précédemment, relatif à la construction du monument de saint Pierre (courir uxit mrmoriam). Ge terme a pu être ensuite appliqué aux basiliques érigées sur ces tombeaux.
« Il est donc certain que celé chaire a été exposée publiquement à la vénération des chrétiens, dans le siècle même où le christianisme a eu la iihei lé du culte public. Il n'est pas étonnant qu'il n'en soit point fait mention dans les documents de l'époque antéiieure : il serait, au contraire, étonnant qu'ils eu tussent parlé. 11 ne nous ie>tc qu'un petit nombre
un concile de Constantinople, tena en 448, par saint Flavien, patriarche de celte ville. Eutychès s'en plaignit au pape saint Léon; Flavien, de son côté, rendit compte à ce
d'écrits rédigés à Rome pendant les irois premiers siècles : les actes des martyrs ne mêlent guère à leurs récils les particularités monumentales, si ee n'est qu'ils indiquent, et souvent par un seul mot, le lieu du supplice et celui de l'inhumation. Les ouvrages apologétiques et polémiques avaient à faire quelque chose de plus pressé que le soin de tenir note des meubles sacrés, ce qui eût élé d'ailleurs une indiscrétion dangereuse, qui eût pu provoquer les perquisitions des païens. Quant aux livres composés à cette époque par les écrivains qui résidaient dans d'aulres parties du monde romain, les mêmes observations s'y appliquent ; et il est , du reste , extrêmement vraisemblable que leurs auteurs, au moins la plupart, ont ignoré l'existence de ce monument, qui devait être renfermé à Rome dans quelque lieu secret, suivant la coutume des temps de persécution. Ge n'est qu'au ive siècle que d'aulres chaires, contemporaines de la chaire de saint Pierre, celle de saint Jacques à Jérusalem, celle de saint Marc dans l'église d'Alexandrie, reparaissent sou9 le soleil el dans l'histoire. Les chrétiens s'empressèrenl alors de vénérer, dans la lumière de leurs basiliques, les dépôts que leur avaient conservés les cryptes souterraines. Tout nous persuade que la chaire de saint Pierre avait élé cachée dans le sanctuaire même de son tombeau. Un manuscrit de la bibliothèque Barberiue (Mich. Leonic, noi. manus..), qui l'affirme posil vement, a élé, on peut le croire, l'écho d'un souvenir traditionnel ou de renseignements consignés dans quelques feuilles des archives romaines, qui se sont ensuite perdues. C'est donc, suivant toute apparence, à l'époque des constructions faites par saint Sylvestre dans la confession de saint Pierre, quecetie chaire a é.é offerte à la dévotion publique el libre du peuple qui alfluaii dans le temple que Constantin venait d'ériger. Sortant du tombeau, elle a pris possession de la grande basilique; elle eu a visité successivement, dans le cours des âges, le vestibule, les chapelles, le chœur, pour se fixer enfin à la place radieuse qu'elle occupe aujourd'hui, éclairée d'en haut par l'auréole de la colombe qui plane sur elle, couronnée par les anges, légèrement soutenue par quatre grands docteurs du rite latin et du rite grec, saint Ambroise, saint Augustin, saint Alhanase , sainl Chrysoslôme, et suspendue au-dessus d'un autel dédié a la sainte Vierge et à tous les saints papes. Sur leurs trônes célestes, ils gardent sans doute un souvenir de celte chaire, au pied de laquelle ils se sont sanctifiés, si quelques images des monuments terrestres vont se réfléchir , comme l'ombre du temps, ju?que dans les splendeurs de l'éternité.
« Depuis plusieurs siècles, les papes ont cessé de s'en servir aux fêtes solennelles. Sa vétusté pouvait faire craindre que cette relique précieuse ne souffrit quelque dommage si l'on eût continué de la déplacer et de l'employer pour des fonctions du culte : le soin de sa conservation l'a rendue désormais immobile. C'est aussi potir cela qu'elle a été revêtue, sous Alexandre VII, d'une enveloppe de bronze. Du reste, tout le monde peut en avoir une copie dans une des salles de la sacristie vaticane, el on en conserve un fac-similé dans les combles de l'église, près de l'endroit où sont déposés les plans en relief des divers projets qui ont été proposés dans le temps | our l'architecture de. la basilique moderne.
< Torrigi, qui a examiné celle chaire en tC37, et qui en a pris la mesure dans lotis les sens, nous en a laissé la description suivante :
< Le devant (du sié^c) csl large de nualrc palmes
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pontife des motifs de la condamnation ; saint Léonl'approuva, et écrivit à Flavien une lettre qui est devenue célèbre par la netteté avec laquelle ce saint pape y expose la doctrine
et haut de trois et demie ; ses côlés en ont un peu plus de deux et demie en largeur; sa hauteur, en y comprenant le dos, est de six palmes. Elle est de bois avec des colonnelles et de pentes arches : les colonnetles sont hautes d'une palme et deux onces (a), les petites arches de deux palmes et demie; sur le devant du siège sont ciselés dix-huit sujets en ivoire, exécutés avec une rare perfection, et entremêlés de petits ornements en laiton, d'un travail irèsdélicat. Il y a autour plusieurs figurines d'ivoire en bas-relief. Le dos de la chaise a quatre doigts d'épaisseur (Li sacr. trofei Roman., c. 21, p. 122). •
< Il faut ajouter à cette description que le dos carré est terminé à son sommet par un compartiment triangulaire. Torrigi a omis aussi de noter une auire circonstance plus importante que nous rappellerons loul à l'heure, et il s'est trompé en un point : les ornements qu'il a cru être en laiton sont en or trèspur. Cette particularité, qui a été vérifiée par une commission qu'Alexandre VU a nommée à cette effet, n'est point, comme nous le verrons, indifférente pour l'explication de ce monument.
< Les petites sculptures d'ivoire, qui représentent les Travaux d'Hercule, prouvent qu'il est d'origine païenne. Abstraction faite de la tradition que nous avons constatée, il n'est pas possible de supposer, avec quelque apparence de raison, que celte chaire romaine ait été fabriquée dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé depuis la chute du paganisme au v« siècle, jusqu'à la révolution opérée dans la sculpture vers la (in du moyen âge. On ne se fût pas permis de représenter une légende essentiellement mythologique sur un meuble aussi sacré, destiné à figurer près de l'autel pendant les saints mystères. Les monuments religieux de cette période, qui existent à Rome en grand nombre, font voir clairement, par leur sévéri é chrétienne, que celte fantaisie profane y a été aussi étrangère au caractère de l'art qu'elle eût é:é opposée aux préoccupations dominantes : les siliyles n'ont pu être admises à figurer sur ces monuments que parce qu'elles étaient considérées, suivant l'opinion dt! plusieurs anciens Pères de l'Eglise, comme ayant prophétisé le Christ. Nous verrons d'ailleurs que le style des sculptures dont il s'agit dénote une origine bien antérieure à cette période. En remontant plus haut, nous rencontrons l'époque qui est comprise entre le triomphe du christianisme, sous Constantin, et la chute complète du paganisme. Elle est encore^ moins favorable à l'hypothèse de l'origine chrétienne de ce monument. Loin d'être dispo-és à jouer avec de pareils emblèmes, les chrétiens, qui avaient été lor< es jusqu'alors de tenir secrets les signes extérieurs de leur foi, s'empressèrent de les multiplier sons diverses formes, sur les monuments publics et privés. Restent donc les trois siècles de peisécution. Dans celle période nous trouvons, il est vrai, parmi les peintures des catacombes, une figure allégorique tirée de la mythologie: le Christ, le céleste enchanteur, comme l'appelle Clément d'Alexandrie, y est représenté sous les traits à'Orpliée. Toutefois les motifs qui ont fait tolérer celte exception aux règles suivies, ne s'appliquent pas aux sculptures deceuecliaire. L'image symbolique d'Orphée était d'une dimension assez gramle pour frapper les regards des fidèles qui se réunissaient dans les souterrains sacrés ; on leur en expliquait le sens, et ce tableau devenait ainsi, comme toutes les autres peintures qui décoraient ces galefa) L'once, ou la douzième partie de la palme romaine
équivaut à un centimètre, huit millimètres.
catholique louchant 1 incarnation. Dans l'intervalle l'empereur Théodose fit assembler à Ephèse un concile, en kïd , auquel présida Dioscore, patriarche d'Alexandrie, homme
ries, une prédication qui parlait aux yeux. Mais de petites ligures mythologiques, sculptées dans les parois d'un meuble et qu'on pouvait à peine distinguer à deux pas, ne pouvaient remplir le même but. lies incrustations n'eussent é é qu'un caprice sans utilité comme sans convenance, et les premiers chrétiens ne faisaient fléchir leur aversion pour les allégories de la poésie païenne, que lorsque de graves raisons les y déterminaient. Dans ces mêmes ratacombes qui ont fourni le tableau dont il vient d'être question, on n'a retrouvé aucun emprunt mythologique parmi les petits symb des tracés par les fidèles sur les pierres sépulcrales; ils sont tous exclusivement chrétiens. Nous sommes donc conduits à penser que ce monument a dû appartenir primitivement, à un païen, et qu'on ne doit pas lui assigner une origine postérieure aux premiers siècles de l'ère chrétienne.
« Le caractère de ces ornements, envisagés sous un point de vue purement artistique, sert à déterminer, d'une, manière plus circonscrite, la période de temps à laquelle ils remontent. Ils sont Tort remarquables par la beauté, la dé icatesse et le fini du travail qui décèlent une époque où la sculpture était très florissante. Or, les historiens de l'art oui constaté, d'après l'élude comparée des monuments, que la sculpture a subi une dégénération très-prononcée à partir du coinmen ement du troisième siècle, et comme cette décadence se fait déjà remarquer dans le second, ils attribuent en général au siècle d'Auguste les œuvres qui se distinguent par un grand mérite d'exécution.
< Une autre particularité permet de resserrer encore en des limites p'us étroites l'époque de ce monument. On sait que la mode des sièges gestaloires ou chaises à porteur a commencé parmi les principaux personnages de Rome, après l'avènement de Claude à l'empire. C'est ce qui a fait dire à Juste Lipse, après avoir examiné à ce sujet les passages des auteurs latins de celte époque : € Au temps d'Auguste, je ne trouve pas la chaise, mais toujours la Liièrc ; au contraire, depuis Claude, très-rarement la litière, et presque toujours la chaise. ISon reperio lempore AuguUi sellant, sentper lecticam ; asi posl Ctaudium plerumque sellant, rara mentoria leclicœ (Just. Lips., Oper. oinu. Lngdun. 1G13, t. I; Elect., lib.,i, cap. 14, p. 512). > Il serait bien diflicile de ne pas reconnaître une de ces chaises à porteur, sella geslatoria, dans le meuble doul nous nous occupons en ce moment, puisqu'on y voit de chaque cô é des anneaux doubles en 1er, par lesquels on devait faire passer des brancards. Ad usant geslatoria; setlce procul dubio afl'abre fada cernilur, habens in uiroque la- 1ère duplicia manubria ferrea, hastis porialilibus immiltendis apposita (Pltœb., de Ment. Cath., p. 46). Les grands seigneurs romains de celle époque, trèsauiis du luxe et de leurs aises, ne manquaient pas de garnir leurs chaises à porteur de riches et moelleux coussins; elles devaient avoir une dimension qui pût se prêter à cet arrangement. La structure du meuble en question, qui est celle d'un grand et largo fauteuil, s'accorde ainsi irè^-b en avec la destination clairement indiquée par les anneaux de 1er latéraux. Il ré-ulie de tes observations que, selon toute probabilité, son origine n'est i asanléiieure au régne de Claude, et qu'elle est postérieure aux commencements de la prédication évaugélique qui ont eu lieu sous le règne de Tibère.
« En suivant ces divers indices, on parvient à découvrir quelle* a dû être la position sociale de son premier possesseur, Les particularités qui cflraete ruent en clic une chaise à porteur, et par là même
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violent, orgueilleux, d'un caractère intraitable, et ennemi de saint Flavien. Il se déclara hautement pour la doctrine d'Eulychès, an<ithémalisa saint Flavien cl saint Léon,
un genre de meuble dont les grands seuls se servaient, son ampleur, sa structure soignée, ses élégants ornements d'ivoire entrelacés de filets d'or, la perfection des sculptures, tout annonce qu'elle n'était pa^ un meuble ordinaire, mais un siège de distinction, une espèce de chaise eu r nie, appartenant à que'que personnage opulent de la classe aristocratique ou sénatoriale.
« Nous venons de recueillir quatre indications distinctes : 1° cette chaire a été originairement une chaise à porteur ; â° le personnage dont ele était la propriété était païen; 5° il faisait partie de la haute société dans la Roue impériale ; 4* le siècle d'Auguste, si l'on en retranche le premier tiers qui précède le règne de Claude, se présente comme étant l'époque à laquelle il est le plus raisonnable de faire remonter ce monument.
i Confrontons maintenant ces indices avec des observations qui dérivent d'une autre source. Saint lierre, arrivé à Home dans le siècle d'Auguste et sous le règne de Claude, y a reçu l'hospitalité chez le sénateur Pudeus, conveilipar lui au christianisme. C'est là que se sont tenues b'S premières assemblées des fidèles, c'est laque sa chaire pastorale lui a été fournie. Comme la cliaire était une marque d'autorité, il est très-naturel (pie Pudens ail tenu à lui procurer à cet effet un meuble distingué. Le gestaioire, dont se servaient l'empereur et les grands, était éminemment un siège d'nonneur, et il n'est guère douteux que le sénateur Pudens n'ait possédé un meuble de ce genre, puisqu'il faisait partie de la classe qui avait ado, lé celte mode, à l'exemple du souverain.
< Nous avons donc deux séries d'indications : les unes se déduisent des particularités matérielles du monument; les autres résultent des données historiques sur l'époque et la maison où saint Pierre a pris possession d'une chaire dans Home. Ces deux séries, quoique d'origine diverse et réciproquement indépendantes, s'ajustent l'une à l'autre sur tous les points pour concorder, d'une manière frappante, avec la tradition qui a répété de siècle en siècle que cette chaire antique est celle de saint Pierre.
i On demandera sans doute si la légende mythologique, représentée par les sculptures d'ivoire, ne peut pas loi mer une objection légitime contre l'authenticité de ce monument. Assurément il ne serait pas raisonnable de supposer qu'en faisant fabriquer une chaire apostolique, on ail exigé que ses ornements (igurassenl des objets profanes ; mais L 1 n'est poiu! le cas pi ésenl, puisqu'il s'agit d'un siège (pie Pudens aurait pris parmi les meubles qu'il possédait avant sa conversion au christianisme. Il csl aisé de concevoir qu'où y ail laissé subsister ces petits emblèmes eu laveur du sens allégorique auquel ils se prêtaient aussi naturellement que celle ligure d'Orphée que m us avons rappelée loul-à l'heure, et qui avait élé tracée sur les murs des catacombes par les premiers chrétiens. Orphée, domptant les animaux par les aceo-ds de sa lyre, était une belle allégorie du Christ subjuguant les âmes rebelles par ta doctrine céleste; de même saint Pierre éiail le véritable Hercule qui était venu à Home |»oui y terrasser l'hydre infernale de l'idolâtrie. C'eût élé, je l'avoue, un symbolisme presque imperceptible à raison de l'exiguïté des figures, et il n'aurait pas eu, comme je l'ai déjà dit, le genre d'utilité qu'avaient les peintures de» cataeombes. Mais, si <c rapprochement allégorique n'explique pas pourquoi l'on aurait choisi tout exprès de pareils emblèmes pour i< s incruster dans le meuble destiné à êtie la cliaire de l'apôtre, il explique suffisamment pourquoi on a
força les évêques à signer celle décision , fit employer même les coups et les outrages conlre saint Flavien et contre les évéques qui lui étaient attachés, le fil envoyer en
pu les laisser dans un meuble préexistant, pourquoi on n'a pas tenu à briser sur celle chaire curule du conquérant chrétien de Rome les ligures en quelque sorte prophétiques dont elle se trouvait ornée. Celle explication se présente très-naturellement, supposé que ces premiers chrétiens aient attaché quelque importance à ces ornements; mais, du reste, il est trèspossible et même probable qu'ils n'y ont guère pris garde. 11 ne faut pas juger de ce qui a dû arriver alors d'après ce qui se passe aujourd'hui, lorsqu'on fournit une chaire à un évèque : la chose ne s'est pas faite avec tant d'an prêt. Saint Pierre étant établi cliez Pudens, des néophytes s'y sont réunis dans une ^alle pour l'entendre prêcher et pour recevoir da lui le s. eau du baptême. Ou a choisi sans délai, parmi les meubles de cette maison, qui la veille était encore païenne, un siège d'honneur dont il put se servir en présidant celle assemb ée religieu-e, et il a continué d'en user, suis que lui ni ses disciples se soient mis à éplucher les petites figures décou- I ées entre les pieds de celte chaise, tandis qu'il s'agissait de commencer la lutte contre le grand colosse de Rome. Après la mort de l'apôtre, la vénération due à sa mémoire n'aura l pas permis, si la pensée en était venue, de mutiler la chaire sur laquelle il s'était assis, et de proscrire ce qu'il avait toléré.
« Quelque supposition qu'on fasse, ces emblèmes ne sauraient donc former une objection solide ; car, en matière de criliq ie, et spécialement de critique monumentale, il est de principe que lorsqu'une difficulté se ré-out par une explication plausible, elle ne peut ni infirmer les indices qui éclairent les origines d'une chose, ni à plus forte raison prévaloir contre une tradition conslanie. Combien n'y a-t-il pas de monuments do.it on ne conteste point l'authenticité, quoiqu'ils présentent des singularités moins facilement explicables que celles dont nous venons de parler ?
« Loin de porter atteinte à la tradition, cette particularité sert au contraire à l'appuyer. Si après quelques siècles on avait commencé à présenter aux respects publics une fausse chaire de saint Pierre, on n'aurait pas manqué de choisir un meubLexenipl de ces images païennes qui pouvaient la rendre suspecte. La piésence de pat cilles sculptures sur un pareil monument semble donc prouver qu'il n'a pu être vénéré de siècle en siècle que parce que chaque siècle a trouvé une tradition préexistante qui en garantissait l'autbenliciié. Ces ornements profanes, incrustés dans la première chaire de la chrétienté, ont sans doute embarrassé plus d'un savant du moyen âge qui ne pouvait pas connaître, comme nous, d'après des monuments retrouvés ou étudiés plus tard, l'indulgence des premiers fidèles envers certains emblèmes mythologiques. Mais ce qui a pu être une tentation de doute pour la simplicité de nos aïeux, n'est plus, pour les lumières archéologiques des temps modernes, (pie la confirmation d'une vénérable croyance.
< Sous un point de vue simplement archéologique', ce serait déjà chose fort intéressante qu'une cliaire, non de marbre ou d'airain, mais de bois, appartenant au premier siècle, qui a subsisté jusqu'à nos jours pour se perpétuer bien au delà, dans un assez bon éi:.i de conservation et presque dans son intégrité native. La vénération des reliques a contribué, pas l'ellicacité propre aux sons qu'elle piescril, à confiier BU siège tlti premier des apôtres ce privilège de durée. Ma s il faut convenir qu'elle a été singulièrement favorisée à cel égard, puisque les autres