‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 127 sur 183 · CH.V · texte numérisé non relu

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vie uniforme contribue à inspirer le goût de la vertu et de la piété.

L'institution , les devoirs, les droits des différentes espèces de chanoines sont un objet de discipline qui regarde les canonistes. Nous observerons seulement que si, dans les bas siècles, toutes les institutions pieuses ont pris un air et un ton monastique, c'est qu'alors il n'y avait presque plus de décence ni de régularité que dans les cloîtres. Plus on a pris de prévenlion et d'aversion pour cet éiatdans notre siècle, plus il est à craindre que l'on ne soit bientôt forcé d'y revenir. Ce n'est pas la première fois qu'après avoir secoué le joug de la règle , on s'est trouvé dans la nécessité de le reprendre. — Les cloîtres, dont la plupart des cathédrales sont environnées, sont un monument de la vie commune observée autrefois par les chanoines.

Chanoines réguliers. On appelle ainsi les chano i nés qui non-seulement vivent en commun et sous une même règle, mais qui s'y sont engagés ou par un vœu simple, ou par des vœux solennels, et sont ainsi de vrais religieux. Les congrégations qu'ils ont formées sont très-variées, et portent différents noms.

La plupart ont commencé sur la fin du xr siècle et au xne. Comme le clergé séculier était alors dégradé par l'ignorance et par le relâchement des mœurs, les ecclésiastiques les plus sages comprirent que le seul moyen de remédier à ce malheur était d'imiter la piété et les vertus qui régnaient alors dans les cloîtres. C'est à celte époque que l'on vit éclore en France les congrégations de Saint- Ruf à Avignon, de Saint-Laurent en Dauphiné, de Saint-Yves à lieauvais, de Saint- Nicolas-d'Arose en Artois, de Ivlurbach en Alsace, de Nôtre-Sauveur en Lorraine, de Saint-Sauveur et de Latran en Italie, de Saint-Victor à Paris, etc. De celle dernière sont sorlis, au xue siècle, les chanoines réguliers de la congrégation de France ou de Sainte-Geneviève. Voy. Génovéfains, Victorins, etc.

Ainsi, dans tous les siècles, l'excès du désordre et de la corruption fait renaître enfin la régularité et ramène les hommes à la vertu ; voilà ce qui déplaît aux ennemis de la religion. A quoi sert, disent-ils, d'établir des instituts, des règles, des réformes qui déchoiront nécessairement par le penchant invincible de la nature, et qui auront le même sorl que toutes celles qui ont précédé?

C'est comme si l'on demandait, à quoi sert de rendre la santé à un malade qui, tôt ou lard, retombera dans une aulre extrémité par la destinée inévitable de la nature? C'est justement parce que l'humanité tend naturellement au désordre et au vice, qu'il ne f.iul pas se lasser de la soutenir etdela relover après ses chute*. Quand un établissement utile, une réforme salutaire ne durerait que pendant un sièc'e, c'est autant de gagné sur la faiblesse de la nature au profil de la vertu. * CHANT ECCLÉSIASTIQUE. Dans tous les temps e'. chez l'es peuples les plus grossiers,

le chant a fait partie du culte divin, et il est très-probable que les premiers cantiques ont été destinés à célébrer les bienfaits de Dieu. La reconnaissance, la joie de recevoir continuellement de nouveaux dons de sa Providence, la douce émotion que produit dans les cœurs la réunion des hommes au pied des autels, ne pouvaient pas manquer d'éclater par des chants. Quoique l'Ecriture sainte ne parle pas de cet usage dans l'histoire des patriarches, nous ne pouvons guè,re douter qu'ils n'aient suivi en cela, comme les autres hommes, l'impulsion de la nature.

Ce n'est point à nous de parler des cantiques des païens : ils en avaient perverti l'usage ; au lieu de célébrer par leurs chants le souverain Auteur de la nature, ils chantaient les aventures scandaleuses elles crimes qu'ils attribuaient à de fausses divinités; les rêves de la mythologie n'ont été connus des peuples que par les chants des poêles : c'était une école de \ ices et de corruption.

Dès que les Hébreux furent réunis en corps de nalion, ils surent relever, par les accents de ia voix, les louanges du Seigneur. Qui ne connaît pas les cantiques sublimes de Moïse, de Déb ira, de David, de Judith, des prophètes ? Ils ont pour objet non-seulemenl de loue;1 Di u des bienfaits qu'il a prodigués à lou> les hommes dans l'ordre de la nature, et des faveurs particulières qu'il avait accordées à son peuple, mais encore d'implorer sa miséricorde, et de lui demander l'abondance de ses dons dans l'ordre de la grâce. David ne se borna point à composer des psaumes et des cantiques, il établit des chœurs de chantres et de musiciens pour louer Dieu dans le tabernacle; il exhorte les peuples à louer le Seigneur par les accents de leurs voix et par le son des instruments : Salomon, son fils, fit observer le même usage dans le temple.

Les différentes dissertations que l'on a faites sur la musique des Hébreux, et sur les divers instruments à cordes ou à vent dont ils se servaient, ne nous ont pas fort instruits. Nous savons seulement par les livres saints, que Moïse fil faire des trompettes d'argent pour en sonner pendant les sacrifices solenne's; que les lévites étaient chargés de chanter et déjouer des instruments dans le tabernacle, et ensuite dans le temple; que, sous David et Salomon, il y avait vingt-quatre bandes de musiciens qui servaient tour à tour. H est à présumer que cette musique n'était pas la même que celle dont les Juifs faisaient usage dans les noces, dans les festins et dans les réjouissances profanes ; qu'elle était plus grave et plus majestueuse.

M. Fourmont, dans les Mém. de l* Académie des Inscriptions, s'est attaché à prouver qu'il y a dans les psaumes et les cantiques des Hébreux des dictions étrangères, des expressions peu usitées ailleurs, des inversions et des transpositions ; que le style de ces ouvrages, comme celui de nos odes, en devient plus sublime, plus pompeux et plus énergique ; que l'on y distingue des strophe^, des

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refrains, des mesures, différentes snrles de vers, et même des rimes. Lowtb, De sacra voen Hebrœorum, el Michaclis, dans ses noies sur cet ouvrage, soutiennent la même chose, et ils le montrent par plusieurs exemples. Nos meilleurs poêles se sont appliqués arec succès «à traduire en vers français un grand nombre de psaumes et de cantiques de l'Ectilurc sainte.

Chez les Hébreux, comme ailleurs, les cantiques n'étaient pas toujours les expressions de la joie; on les employait aussi à déplorer des événements tristes et lugubres; témoin le cantique de David sur la mort de Saùl et de Jonathas (// Reg. i), et les Lamentations de Jérèmie sur les malheurs de Jérusalem. Ces cantiques lugubros ou élégies plurent si fort aux Hébreux, qu'ils en firent des recueils ; longtemps après la mort de Josias, on répétait les plaintes deJéiémie sur la fin tragique de ce roi (// Parai, xxxv).

Dès la naissance du christianisme, léchant fut admis dans l'office divin , surtout lorsque l'Eglise eut acquis la liberté de donner à sou culte l'éclat et la pompe convenable; elle y fut autorisée par les leçons de Jésus-Christ et des apôtres. La naissance de ce divin Sauveur avait été annoncée aux bergers de Bethléem par les cantiques des anges ; on connaît ceux de Zacharie, de la sainte Vierge, du vieillard Siméon; pendant sa prédication, Jésus-Christ trouva bon que des troupes de peuple vinssent au devait de lui, l'accompagnassent dans son entrée à Jérusalem , en chantant : Uosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, salut et prospérité au fis de David, et continuassent ainsi jusque dans le temple ; il reprit les pharisiens de ce qu'ils étaient indignés de ces démonstrations de joie {Matth. xxi, 9, 15). Saint Paul exhorte les fidèles à s'exciter mutuellement à la piété par des hymnes et des cantiques spirituels {Ephes. v, 19 ; Coloss. ni, 1G). Dans le tableau de la liturgie primitive que nous présente l'Apocalypse, il est parlé d'un cantique chanté devant l'autel par les vieillards ou par les prêtres à l'honneur de l'Agneau (v, 9j. Les chrétiens que Pline interrogea pour savoir ce qui se passait dans leurs assemblées, lui dirent qu'ils se réunissaient le dimanche pour chanter des hymnes à Jésus- Chrisl comme à un Dieu (l'Un., 1. x, epist. 97). Socrate, dans son Histoire ecclésiastique, I. vi, c. 8, dit que saint Ignace , évétjue d'Anlioche, établit dans son Eglise l'usage de chanter à deux chœurs des cantiques et des psaumes, et qu'il fut imité par les autres l'élises : or, saint Ignace vivait immédiatement après les apôtres.

Lorsque les ariens nièrent la divinité de Jésus-Christ, on leur opposa les cantiques des fidèles qui, dès l'origine de l'Eglise, attribuaient à Jésus-Christ celle auguste qualité [Eusèbe, I. x, c. 28). Paul de Samosate fit supprimer ces cantiques dans son Eglise, parce que ses erreurs y étaient t lai renient condamnées (Ibid., I. vu, c. 30). Saint Augustin composa exprès un psaume fort long , pour prémunir les lidè'cs contre

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les artifices des donalistes. Ainsi, de lout temps , l'Eglise chrétienne a professé sa croyance par ses prières et par son culte extérieur ; et c'est souvent une source où on peut la trouver plus aisément que dans les ; discussions théologiques.

Les valentiniens, Basilido, Bardesanes, les manichéens et d'autres hérétiques composèrent des hymnes et des cantiques pour répandre plus aisément leurs erreurs. Pour remédier à cet abus , le concile de LaoJicée, can. 59, défendit de lire ou de chanter dans les églises des psaumes composés par des particuliers, et ordonna de se borner à la iecturc des livres saints.

Saint Augustin atteste l'impression que firent sur lui les cantiques et les psaumes qu'il entendit chanter dans l'église de Milan (Confcss., lib. ix, c. 6). « Combien je versai de pleurs, dit-il, par la violente émotion que je sentais lorsque j'eutendais , dans votre église, chanter des hymnes et des cantiques à votre louange 1 En même temps que ces sons touchants frappaient mes oreilles, votre vérité coulait par eux dans mon cœur, elle excitait en moi les mouvements de la piété.» Les missionnaires les plus expérimentés nous rendent témoignage de l'efficacité des cantiques spirituels pour porter le peuple des campagnes à la vertu, et pour le dégoûter des chants profanes (1).

(I) i Nous n'avons sur ce sujet aucun témoignage bien clair, avant la paix rendue à l'Eglise, époque à laquelle Euscbe rapporte <|ue des places diverses étaient assignées aux jeunes gens et aux vieillards qui chantaient les psaumes. Saint Augustin attribue l'introduction du chant à deux choeurs alternatifs en Occident à saint Ambroise, qui l'avait appris pendant son séjour en Orient. Il y a dans ses Confessions un passage ce èbte où il décrit la pari qu'eut la musique de l'église de Milan à sa conversion, en lui faisant verser des larmes de tendresse toutes les fois qu'il l'entendait. On ne connaît pas le système introduit par saint Ambroise; il n'y a pas de douie qu'il était fondé sur l'ancien système grec ; et comme il a servi également de base à celui que l'on désigne maintenant sous le nom de chant grégorien , on ne peut douter qu'il n'ait avec lui une grande ressemblance, et qu'il n'ait élé effectivement ou surajouté, ou même entièrement fondu dans la réforme introduite par le pape Grégoire le Grand dans la musique d'église. Je suis loin de vouloir entrer dans des détails purement techniques ; nuis comme il peut être intéressant pour plusieurs de savoir en quoi 1 1 gamme ou les clefs du chant grégorien ou plain-chant diffèrent de celles de la musique ordinaire, je vais en parler brièvement. Saint Grégoiie donna aux huit notes qui composent la gamme les noms qu'elles portent aujourd'hui, A, B, C, l>, etc. Suivant son système et celui de la musique actuelle, chacune de ces notes peut devenir la dominante, mais aloiB il nous faut introduire autant de bémols el de diez.es qu'il est nécessaire pour faire tomber les tons el demitons aux mêmes intervalles dans chaque ton majeur ou mineur respectivement, he là il suit qu'une pièce de chant écrite dans un ton peut être chantée dans un autre, sans qu'il en résulte d'autre changement que celui de la clef. De même dans le chant giégorien , chaque noie peut devenir la dominante, mais il ne peut y avoir de dièu-s ou de bémols, sinon le \\b dans la clef de F. Ainsi, dans chaque clef, la pu- Bilioti de- demi tons varie; et une pièce de musique

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