‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 128 sur 183 · CITA · texte numérisé non relu

CITA

Comme il ne convenait pns que le chant religieux fui semblable à celui qui exprime dos passions déréglées, l'Eglise chrétienne a toujours veillé à ce que le chant de la liturgie et de l'office divin lût grave et majestueux, exprimât la piété, et non une joie folâtre ; c'est pour cela, même qu'on l'a nommé le plain-chant, pour le dbtinguerde la musique des théâtres et des chansons profanes. Les Pères de l'Eglise les plus respectables , comme saint Jean Chrysoslome, saint Jérôme, saint Ambroise , saint Augustin, donnèrent la plus grande attention à bannir des assemblées chrétiennes- les chants mous , efféminés, et la musique trop gaie, qui ne servaient qu'a flatter les oreilles et à étouffer les sentiments de piété. Les donatistes reprochaient aux catholiques la manière trop grave dont ils chantaient les psaumes ; saint Augustin, au contraire, accuse les donatistes d'exprimer par leurs chants les transports de l'ivresse, plutôt que les affections pieuses (Epist. 55, ad Jununr., n. 34).

Saint Ambroise, qui régla le chant de son Eglise dans un temps où les théâtres du paganisme subsistaient encore, évita soigneusement d'en imiter la mélodie; saint Grégoire, qui Gt la même chose pour l'Eglise de Home, dans un siècle où ces théâtres n'existaient plus, ne trouva aucun inconvénient à introduire dans le chant ecclésiastique des airs plus agréables, mais qui ne pouvaient rappeler aucun souvenir dangereux. De là est venue la distinction entre le chant ambrosien et le chant grégorien; le premier était plus grave, le second plus mélodieux. Maison a eu tort de penser que saint Ambroise était le premier auteur du ptain-chant; avant lui saint Ath mase l'avait établi dans l'Eglise d'Alexandrie; il avait mis en usage, d.t saint Augustin, un chant des psaumes qui ressemblait plus au récitatif d'un discours qu'à un véritable chant (Coufess., 1. x , c. 33). Charlemagne, qui remarqua que le chant gallican était moins agréable que celui de

composée dans une clef ou ton est complètement aliérée et devient insupportable si on la transpose dans un autre. Dans l'espace de peu de siècles il se glissa de trisies corruptions dans la musique ecclésia*tique, et il s'éleva de grandes disputes par rapport au nombre de clefs ou de tons qui s'y trouvaient. C'était alors on temps où l'on respectait l'autorité, et le point en liiige fut référé à Chailemagne. Ce prince étudia à fond la question, prit conseil et rendit son décret impérial , que huit clefs ou modes pa~ routaient bien suffisants. Il parait qu'il s'éleva des réclamations, Bu i tout de la part des Grecs, et un second décret prononça qu'il y avait douze modes (Baini, Vie de l'alestrina, t. II. p. 81).

- Le chant grégorien est complètement diatonique; il esi mélodique, c'est-à-dire chanté par mules les voix. Rousseau a fait ob erver, et tout musicien en conviendra, qu'aucune musique moderne ne saurait s'élever comme lui à ce ton pathétique qui donne un air majestueux à la voix humaine; et un au re auteur remarque que tous les efforts tentés dans le» temps modernes pour l'imiter dans la composition ont complètement échoué, i (Mgr Wiseman, Conjér. sur tes offices de ta sen.aine sainte, dans les Démonsi. évang., ddit. Aligne.)

D;ct. i>t TnÉOL. Dor.viATi jtr.. 1.

Rom?, y envoya des clercs pour apprendre le chant romain, et l'introduisit ainsi dans les Gaules.

Les Pères de l'Eglise, dont nous avons parlé, les fondateurs des ordres monastiques, tels que saint Benoît, saint Bernard et d'autres, ont souvent recommandé l'attention, lo respect, la modestie, le recueillement, la dévotion avec lesquels on doit chanter au chœur les louanges du Seigneur. Toutes les fois que l'on s'e«l écarté de l'ancien esprit de l'Eglise, el que l'on a in'roduit dans l'office divin uie musique profane, les auteurs ecclésiastiques en ont fait des plaintes amères, et plusieurs conciles ont formellement défendu ces abus, comme le concile in Trnllo, l'an 692, celui de Cloveshon, l'an 747, celui de Bourges, l'an 1584, etc. (1 est fâcheux que ce désordre soit aujourd'hui plus commun qu'il ne fut jamais; toutes les personnes vraiment pieuses en désirent la réforme.

Quelques missionnaires, pour apprivoiser les sauvages américains, et les attirer à leurs instructions, n'ont point trouvé de meilleur moyen que de leur jouer des airs de flûte; ils ont ainsi réalisé ce que la fable raconte d'Orphée. Cet artifice innocent et très-louablo prouve le pouvoir de la musique sur les hommes les plus grossiers, et combien il est aisé de les corrompre en général par des airs efféminés et lascifs. (Bingham, Orig. ecclés., I. xiv, c. 1, § 15 et suiv.)

Par un trait d'humeur ordinaire aux protestants, Brucker prétend que saint Grégoire le Grand, par le soin qu'il prit d'établir à Borne des écoles de chant ecclésiastique , et de former des chantres, contribua beaucoup à augmenter l'ignorance et la barbarie du vur siècle. Que l'on juge, dit-il, du progrès que pouvaient faire les lettres et la philosophie, lorsqu'il fallait dix ans pour apprendre a chanter l'office divin (Hist. philos.. tom. 111, p. 57*2 ; loin. VI, p. 561). Ce reproche nous paraît absurde. 1° Ce n'était pas saint Grégoire qui avait attiré les Barbares, qui les avait engagés à ravager l'Europe entière, et à détruire tous les moyens d'apprendre les lettres el les sciences; il ne faut pas lui attribuer le défaut et l'imperfection des méthodes que l'on suivait alors pour apprendre une science ou un art quelconque : il n'était pas obligé d'en créer de nouvelles. Avant d'enseigner aux jeunes gens les sciences et la philosophie, il faut leur apprendri; à lire, à écrire, à chiffrer, elles instruire des vérités de la religion ; dans les écoles de village, ils apprennent aussi à chanter au lu- Irin ; dans Ions les pays du monde, ce sont là les premières éludes : nous présumons qu'il en était de même dans celles de Borne, et il n'esl pas fort étonnant qu'au vui" siècle on y ait employé dix ans de la première jeunesse. 2" Si saint Grégoire avait lort de soigner ces premières études des clercs , il faut blâ.mer aussi Charlemagne, qui ne les dédaigna pas, et le roi Robert, qui s'en occupa; on les regarde cependant comme les restaurateurs des lettres, et non comme les auteurs de la barbarie. Il faudra encore ceusu-

reries anciens philosophes, qui ont regardé la musique comme une i>arlic de la philosophie : or, la musique de ces temps-là n'était pas fort supérieure au plain-chant d'aujourd'hui. M. Burette, dans ses Recherches sur la musique des anciens, a fait voir que l'on peut de nos jours apprendre en six mois ce qui demandait alors une étude de dix ans. Au lieu de reprocher aux grands hommes des bas siècles les efforts qu'ils ont faits pour détruire la première rouille de la barbarie, il faut les bénir de ce qu'ils se sont abaissés jusqu'aux soins les plus minutieux ; s'ils n'avaient pas voulu les prendre, nous n'en serions pas où nous en sommes.

C'est par allusion à ces anciennes écoles romaines, que le pontifical nomme scfmla les clercs qui accompagnent l'évoque et l'assistant dans ses fonctions solennelles : Episcopus cum schola (Ducange, au mol Cantores). C'est encore ce qui a donné de l'importance à la dignité de chantre dans les églises cathédrales ; parce que sa fonction est de veiller à la conduite des chantres et à la décence du culte divin.

Kingham {Orig. ecclés., liv. UI, c. 7), dit qu'il n'a pas été question de chantres dans l'Eglise avant le commencement du ivc siècle : mais il avoue qu'il en est fait mention dans la liturgie de saint Marc : or, nous prouverons en son lieu que celte liturgie est plus ancienne que le ive siècle. Il prétend que l'état des chantres était aulant un ordre ecclésiastique que celui des lecteurs, et qu'ils recevaient une espèce d'ordination; pour nous, nous pensons que si c'avait été un ordre, il aurait continué de l'être. 11 veut que dans l'origine, la fonction de chanter ait été commune à tous les fidèles. Soit, du moins il fallait que des chantres instruits donnassent le ton pour éviter la cacophonie; aussi Van 364 ou 370, le concile de Laodicée ordonna que les seuls chantres inscrits sur le catalogue de l'église, pourraient mouler sur l'ambon et chanter sur le livre. Mais les protestants, infatués de leur usage, trouvent qu'il n'y a rien de si beau que le style gothique des psaumes de Marot, et le chant lugubre qu'ils ont adopté; nous voudrions savoir pourquoi ils ne chantent pas les cantiques de l'Ancien et du Nouveau Testament : sont-ils moins respectables que les psaumes?

* CHAOS. Moïse, dans sa cosmogonie, établit l'existence primitive du chaos. C'est aussi la croyance de tous les peuples; nous en avons l'ouï ni la preuve dans plusieurs articles de ce Dictionnaire. Voy. Cosmogonie, Création.

CHAPE. Voy. Hauits saches ou sacehdo-

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