‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 129 sur 183 · TAUX · texte numérisé non relu

TAUX

CHAPELAIN, CHAPELLE. Une chapelle est un oratoire ou un lieu destiné à la prière, dans lequel il y a souvent un autel, et où l'on dil la messe ; le chapelain est l'ecclésiastique chargé de la desservir. On nomme aussi chapelle l'office pontifical célébré par le pape; on dit qu'il lient chapelle lorsqu'il officie solennellement. A Versailles, on appelle jours de grande chapelle les fêles solcn-

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nelles auxquelles l'office est fiil par un évoque à la chapelle du roi.

Il > a beaucoup d'apparence que les chapelles ont été ainsi nommées, parée que l'on y conservait les chapes ou manteaux des saints. On sait que nos rois faisaient porter à la tête de leurs armées la chape de saint Martin ; après, on la renfermait dans la Sainte-Chapelle (Ducange, au mot Capella).

De savants critiques ont remarqué que les anciennes églises ou les cathédrales étaient sans chapelles collatérales. On bâtit d'abord les premières au dehors, et en joignant le mur, pour y placer'le tombeau des saints; dans la suile on perça le mur, et les chapelles se trouvèrent ainsi faire partie de l'église.

Ce n'est point à nous de réformer l'abus des chapelles domestiques, et les scandales qui s'ensuivent; mais il est permis de les faire remarquer. Depuis que les grands ont cru qu'ils seraient dégrades, s'ils étaient confondus avec le peuple dans la maison de Dieu, que les exercices publics de religion leur ont paru trop incommodes , ils ont voulu avoir des autels presque dans leur chambre, des prêtres à leurs ordres, dos prières pour eux seuls ; on dirait qu'ils ont renoncé à la communion des saints, et l'on sait de quelle manière Dieu est honoré dans ces lieux profanes. Faut-il s'en prendre à l'Eglise et à ses pasteurs trop faibles ? Souvent on leur force la main, et l'on se venge quand ils refusent. L'irréligion déclarée porte peut-être moins de préjudice au christianisme qu'un masque de pieté contraire aux règles, aux lois, à la discipline de l'Eglise : vainement le concile de Trente a voulu prévenir cet abus, sess. 22; il subsistera aussi longtemps que l'orgueil, la mollesse, l'indévotiondes grands. Le peuple des campagnes fait souvent plusieurs lieues de chemin dans la plus mauvaise saison pour satisfaire aux devoirs delà religion; tel qui veut s'en acquitter sans sortir de chez lui, refuserait de contribuer à la construction d'une succursale dans un village. Voy. l'Ancien Sacramentaire , trc part., pag. G55 et S'*k.

CHAPELET. Ce sont plusieurs grains enfilés qui servent à compter des Pater et des Ave, que l'on récite à l'honneur de Dieu et de la sainte Vierge. On les appelle- aussi patenôtres, et ceux qui les font patenôlriers. Il y a aussi des chapelets de corail, d'ambre, do coco; et d'autres matières plus précieuses. Leur nom est venu de ce qu'ils ressemblent à une couronne de roses, que l'on nommait, en vieux français, chapel de roses.

Dans la basse latinité ils ont été nommes capellina, et chez les Italiens arona; ils contiennent cinq dizaines de gr;iins, et les rosaires en ont quinze.

L'usage de rcc\U-r\c chapelet n'est pas fort ancien; quelques protestants en rapportent l'origine à Pierre l'Ermite, personnage célèbre dans l'histoire des croisades , sur la On du xr siècle ; le rosaire a été institué par saint Dominique.

Il y a aussi un chapelet du Sauveur, com posé de trente-trois grains, à l'honneur des

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Irenle-lrois ans que Noire-Seigneur a passé sur la terre; il a été imaginé par le père Miche), de l'ordre des Camaldules. Voy. Rosaire.

CHAPITRE d'un livre. Sur la division des Livres saints en chapitres et en versets, voyez Concordance.

Chapitre. Assemblée de chanoines ou de religieux. [Voy. le Dictionnaire de Théologie morale.]

Chapitres (Trois). Ce sont trois écrits condamnés dans le cinquième concile général tenu à Constantinople. Voy. Constantinople.

CHARITÉ, vertu théologale, par laquelle nous aimons Dieu sur toutes choses, et notre prochain comme nous-mêmes; ainsi la charité a deux objets, Dieu et le prochain.

Comme on distingue un amour parfait de Dieu et un amour imparfait, les théologiens disputent pour savoir en quoi l'un est différent de l'autre. Quelques-uns disent que c'est seulement par le degré d'intensité ou de Ferveur, et non par la diversité des motifs ; les autres prétendent que l'amour parfait consiste à aimer Dieu précisément pour luimême, sans aucun rapport à nous, au lieu que l'amour imparfait est accompagné d'un ïnotif d'intérêt propre. — Mais la question est de savoir si la charité parfaite exclut toute espèce de retour sui nous-mêmes.

Lorsque saint Paul disait : Je désire ma dissolution et d'être avec Jésus-Christ (Philipp., i, 23); le désir de la béatitude était uni en lui à la p'us ardente charité.

11 y a donc deux excès à éviler dans cr tte matière. Plusieurs aiment Dieu en pensant tellement à eux, que Dieu ne tient que le second rang dans leur affection. Cet amour mercenaire ressemble à celui des faux amis, qui nous abandonnent aussitôt que nous cessons de leur être utiles. Une âme qui aime ainsi est en quelque manière son dieu à elle-même; cet amour n'est point la charité.

D'autres, en aimant Dieu, renoncent à tout motif d'intérêt; leur amour est si pur qu'il exclut tout autre bien que le plaisir d'aimer; ils n'espèrent, ils ne désirent rien au delà; ils sont même prêts à sacrifier la douceur de ce sentiment, si les épreuves qui servent à le purifier exigent ce sacrifice. Cet amour nous paraît une illusion de quelques faux spéculatifs. En plaçant le sublime de la charité à se détacher de toute espérance, ils se rendent indépendants.

Un principe incontestable est que nous cherchons naturellement à être heureux ; c'est, selon saint Augustin, la véi ité la mieux entendue et la plus constante, c'est le cri de l'humanité : ce penchant ne peut déplaire à Dieu, puisque c'est lui qui nous l'a donné. Suivant l'observation du savant évêque de Meaux, saint Au»uslin ne parle pas d'un instinct aveugle; car on ne peut pas désirer ce que l'on ne connaît point, et on ne peut ignorer ce que l'on sait qu'on veut. L'illustre archevêque de Cambrai, écrivant sur cet endroit de saint Augustin, croyait que ce Père

n'avait en vue que la béatitude naturelle. Qu'importe, lui répliquait M. Bossuct, il demeure toujours incontestable que l'homme ne peut se désintéresser au point de perdre, dans un seul acte, la volonté d'être heureux, puisque c'est par cette volonté que l'on veut toute chose. Donc l'homme aura la même ardeur pour la béatitude surnaturelle que pour la béatitude naturelle, dès que la première lui sera connue. — Comment, en effet, se détacherait-on du seul bien que l'on veuille nécessairement? Y renoncer formellement est une chose impossible. Si l'on en fait abstraction, la fin que l'on se propose n'en est pas moins réelle. L'artiste qui travaille n'a pas toujours son but présent à l'esprit, quoique toute sa manœuvre y soit dirigée. D'ailleurs, le cœur ne fait point d'abstraction, et il s'agit ici d'un mouvement du cœur , et non d'une opération de l'esprit. — Saint Thomas, qui s'est distingué par son grand sens, disait : Si Dieu n'était pas tout le bien de l'homme, il ne lui serait pas l'unique raison d'aimer. L'amour présent et le bonheur futur sont toujours unis chez ce docteur de l'école.

Mais, dira-t-on peut-être, quand nous ignorerions que Dieu peut et veut nous rendre heureux, ne pourrions-nous pas nous élever à son amour par la contemplation seule de ses perfections infinies?M. Bossuet répond qu'il est impossible d'aimer Dieu sans l'envisager comme un être souverainement parfait: or, une partie de ses perfections est d'êtrebon, libéral, bienfaisant, miséricordieux envers ses créatures. Que l'on choisisse, si l'on veut, pour objet de contemplation entre les perfections divines celles qui n'ont aucun rapport à nous, l'immensité de Dieu, son éternité, sa prescience, sa toute-puissance, etc. ; il en résultera del'admiration,del'étonnement, du respect, mais non de l'amour; l'esprit sera confondu, le cœur ne sera point touché. — D'où il s'ensuit qu'entre les attributs de Dieu, les seuls qui excitent en nous des sentiments d'amour, sont ceux qui mettent de la liaison entre Dieu et nous ; que ces sentiments sont tellement unis à l'idée du bonheur, qu'on ne peut les en séparer que par des précisions chimériques, fausses dans la spéculation et dangereuses dans la pratique. Mais il faut se souvenir que le sentiment d'amour de Dieu peut exciter en nous de bons désirs, nous porter à des actions excellentes, influer sur notre conduite, sans que nous en ayons toujours une perception distincte et présente.

Comme il nous est impossible de démêler parfaitement les motifs de nos actions, de sentir jusqu'à quel point tel ou tel motif y contribue, les disputes sur l'essence de la charité seront toujours interminables; les systèmes sur ce sujet sont aussi mal fondés que les scrupules des âmes timides, cl l'enthousiasme des imaginations vives. De quoi nous sert de savoir si un acte d'amour de Dieu peut ou ne peut pas être absolument désintéressé ? 11 nous suffit de comprendre que Dieu a daigné nous intéresser à l'aimer

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