‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 130 sur 183 · BI · texte numérisé non relu

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e t à mettre en lui tout notre bonheur. Celui, dit Jésus-Christ, qui garde mes commandements est celui qui m'aime; il sera aimé de mon Père, je l'aimerai moi-même, et je me ferai connaître à lui (Joan. xiv, 21 ). iNe cherchons pointa en savoir davantage. Vingt dissertations sur l'amour de Dieu ne nous en feront pas faire un acte de |>lus, et nous mettront en danger de ne pas pratiquer fort exactement l'amour du proi-hain. — Ce qu'il y a de fâcheux, c'est que ceux qui soutiennent le plus chaudement la nécessité de l'amour de Dieu sont justement ceux qui nous en fournissent le moins de motifs : ils affectent de le peindre comme un maître si terrible, qu'ils en inspirent plutôt la terreur que l'amour.

Une seconde question est de savoir si toute action qui n'est pas faite p;ir un motif d'amour de Dieu est un péché, comme l'ont soutenu quelques théologiens, qui prétendaient puiser celte doctrine dans saint Augustin. — On leur a répondu que, selon le concile de Trente , sess. G, de Justifie., c. 6, les sentiments de foi, d'espérance, de crainte de Dieu, sont non-seulement louahles, mais utiles, puisqu'ils nous disposent à la justification ; donc les actions faites par ces motifs seuls ne sont pas des péchés, à plus forte raison celles qui ont pour motif la reconnaissance des bienfaits de Dieu. — Saint Augustin a nommé charité le bon vouloir, la bonne intention, même dans un païen. Op. imperf., \. m, n. 114 et 163. C'est donc une erreur de penser que ce saint docteur a regardé comme péché toute action qui n'a pas pour motif la charité proprement dite. — De ce passage l'on conclut que les actions même qui n'ont pour principe que la vertu morale, telle que pouvait l'avoir un païen, sont bonnes et louahles, quoique non méritoires pour le salut; selon saint Augustin, Dieu en a souvent inspiré aux païens, et les en a récompensés (L. de Gratta Chrisii. c. 24, n" 25; in Ps. lxvih, Serm. 2, n° 3; Epist. 93 ad Vincent. Rogat., n* 9, lib. iv; contra duas Epist. Pelag., c. 6. n" 13; de Civit. Dei, lit), v, c. 19 et 24). C'est la doctrine formelle de l'Ecriture sainte. ( Eelher, xiv, 13; xv,ll ; Esdr. i, 1 ; vi, 22; vu, 27 ; Eztch. xxix, 18 et suivants, etc.) Or Dieu ne peut inspirer ni récompenser des péchés.

Entre les motifs louahles de nos action'., les uns sont naturels, les autres surnaturels ; cl entre ces derniers il n'y en a d'autres que la charité proprement dite. Les motifs naturels, louahles , tels que la pitié et la commisération, l'amour de nos semblables et de la patrie, les sentiments d'honneur, etc., sont un exercice légitime des facultés que Dieu a mises en nous, et des penchants qu'il nous a donnés; ces motifs peuvent donc rendre les actions d'un païen dignes de récompenses en ce monde, puisqu'il ne peut pas en être récompensé dans l'autre. Penser que les actions d'un chrétien, faites par les mêmes motifs , lui seront méritoires dans l'autre monde, par un privilège Attaché au caractère de chrétien, et par la partiri(a-

tion aux mérites de Jésus-Christ, ce serait s'approcher beaucoup du scmi-pélagianismc : mais dece qu'elle? ne sont pas méritoires, il ne s'ensuit pas que ce soient des péchés. — Dans un chrétien, les motifs naturels, n'excluent point les motifs surnaturels, quoique nous ne puissions apercevoir en même temps plusieurs motifs différents. Tantôt l'humanité agira la première, tantôt ce sera la charité; mais le chrétien peut passer d'un de ces motifs à l'autre, se les rappeler successivement , et sanctifier l'un par l'autre. Alors l'action est très-bonne, quel que soit le motif qui a influé le premier ; mais l'action n'est méritoire pour un chrétien qu'autant qu'elle vient d'un motif surnaturel inspiré par le mouvement de la grâce. — Un moyen de donner à nos actions tout le mérite possible, est de perfectionner, par des actes d'amour de Dieu anticipés, nos pensées et nos intentions subséquentes, de demander souvent à Dieu de suppléer ce qui manque à nos actions, lorsque les motifs naturels pourront prévenir les motifs surnaturels. L'habitude de l'amour de Dieu dans le cœur d'un chrétien supplée sans cesse aux actes d'amour particulier; elle influe sur ses actions sans qu'il s'en aperçoive, de même que l'amour habituel que nous avons pour nos parents, pour nos amis, pour notro patrie , etc. il faut donc nous attacher à fortifier en nous la charité habituelle par la prière, par les bonnes œuvres, par la fréquentation des sacrements, par le souvenir des bienfaits de Dieu, etc. .Mais nous n'aurons le bonheur d'aimer Dieu selon toute l'étendue de nos facultés que dans le ciel ; c'est dans le sein de Dieu que se fera la consommation de la charité du chrétien et du bonheur de l'homme. Ici-bas nous avons deux règles : selon Jésus-Christ luimême, celui 'qui gartle les commandements de Dieu est celui qui l'aime véritablement ; et selon saint Jean, personne n'aime véritablement Dieu que celui qui aime ses frères {Joan. xiv, 21, 23, 24 ; / Joan. iv, 20 cl 21 ). C'est à quoi il faut nous en tenir.

(Quelques incrédules ont poussé l'enlélement jusqu'à soutenir qu'il est impossible d'aimer un Dieu tel que la religion nous le représente, c'est-à-dire, un Dieu redoutable qui punit le crime pendant toute l'éternité. Mais si Dieu ne punissait pas le crime, sur quoi fondés espérerions-nous qu'il récompensera la vertu ? Celle double fonction est le caractère essentiel d'un Dieu législateur, cl l'une n'entre pas moins que l'autre dans la notion de la justice. S'il n'y avait pas uno justice divine à craindre, ce monde ne serait pas habitable, les méchants seuls y seraient les maîtres la vertu serait sans espérance et sans motifs. Dieu ne serait donc plus aimableponr les bons, s'il n'était pas redoutable pour les méchants. — Nous concevons lès-bien qu'un mauvais cœur, qui met son honheurà satisfaire des passions vicieuses, ne petit pas aimer Dieu. Mais il lui est utile de le craindre ; et lorsqu'il pourra enfin se r.- SOÉfdrc à mettre son bonheur dans la vertu,

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i! \c trouvera aussi dans l'amour de Dieu.

Chabi té se prend encore pour l'amour que Dieu témoigne aux hommes. Dieu, dit saint Paul , a fait éclater sa charité envers nous, on ce que Jésus-Christ est mort pour nous, lorsque nous étions encore pécheurs (Rom. xv, 8). De même que la charité de Dieu envers nous éclate par des bienfaits, ainsi notre amour pour Dieu et pour le prochain doit se pr u»er par nos œuvres.

Charité à l'égard du prochain. Jésus- Christ en a renouvelé la loi : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Il explique ce qu'il entend sous le nom du prochain, en y comprenant même les étrangers et les ennemis [Luc. x, 29). Il nous apprend en quoi cet amour consiste : Faites aux autres ce que vous voulez qu'ils vous fassent (Luc. vi, 31). 11 se donne lui-même pour modèle : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Jocn. xm, 34). Il nous montre le motif : Aimez vos ennemis, afin que vous soyez les enfants du Père céleste qui fait du bien à tous ( Matlh. v, 45 ). Pouvait-il mieux développer le précepte de la charité ? — Ce précepte renferme donc, non-seulement les sentiments de bienveillance , mais toutes les actions qui en sont la preuve : les bienfaits , les secours, les conseils, la douceur, la commisération , l'indulgence pour les défauts d'autrui, l'oubli des injures, la crainte d'humilier et de conlrisler nos semblables ; nous exigeons tout cela pour nous, si on nous le refuse, nous nous plaignons : nous le devons donc aux autres.

Quelques incrédules ont prétendu que ces maximes de l'Evangile sont obscurcies par d'autres, où il est dit qu'un disciple de Jésus-Christ doit haïr son père , sa mère, ses proches, sa femme, ses enfants, sa propre rie, pour Dieu et pour l'Evangile. Ces dernières paroles auraient dû leur ouvrir les jeux. Qu'est-ce que knir sa propre vie, sinon ê.re prêt à la sacrifier lorsque cela est nécessaire pour obéir à Dieu et pour rendre témoignage à l'Evangile? Donc , haïr son père et sa famille, c'est aussi être prêt à les quitter lorsque Dieu l'ordonne, et pour aller prêcher au loin l'Evangile. Voilà ce que les apôtres ont été obligés de faire, et Jésus- Christ avait droit de l'exiger. Mais les apô- Ires n'ont pu témoigner à leurs proches une affection plus solide qu'en leur assurant la protection d'un bienfaiteur tel que Jésus- Christ. — Une preuve qui démontre que les maximes du Sauveur ont été bien entendues, c'est la charité universelle et héroïque dés premiers chrétiens. « Nous connaissons, dit saint Clément de Rome , plusieurs d'enlre nous qui se sont mis dans les chaînes pour en tirer ceux qui y étaient détenus; plusieurs se sont laits esclaves , et ont employé le prix de leur liberté à nourrir les pauvres. » (t'pist.l, n°7.) Plusieurs ont bravé la mort pour donner des secours aux martyrs. Pendant la peste qui ravagea l'empire romain l'an 252, et qui dura dix ans, les chrétiens soignèrent non -seulement leurs frères, mais les païens, pendant que ceux-

ci abandonnaient leurs malades. (Eusèbe, Hist. ecclés., liv. vu, ch. 22; Ponce, Vie d« saint Cyprien.) Julien convientque les chrétiens nourrissaient leurs pauvres et ceux du paganisme {Lettre 49 à Arsace). Saint Jean Chrysoslome atteste que leur charité est ce* qui a le plus contribué à convertir les païens (Préface sur VEpître aux Philippiens). — Pendant la peste noire de l'an 13'*H, l'on vit les religieuses hospitalières et les moines renouveler les exemples de charité héroïque donl a parlé saint Cyprien; l'on a vu des évêques vendre jusqu'aux vases sacrés pour racheter des esclaves.

La persévérance de celte vertu dans le christianisme est prouvée par h multitude d'établissements de charité qui y subsistent, et donl les nations infidèles n'ont point donné d'exemple. Les hôpitaux pour les malades , pour les vieillards, pour les incurables, pour les enfants trouvés, pour les orphelins, pour les invalides, pour les insensés , pour les voyageurs ; les maisons d'éducation pour les deux sexes, de travail pour tous les âges, de retraite pourles personnes infirmes ; les écoles de charité, les confréries qui assistent le* pauvres, les prisonniers, les criminels condamnés à mort; les fondations d'aumônes, les monts-de-piété, la rédemption des captifs, etc. Tel est l'ouvrage de la charité chrétienne. — Un de nos ph losophes incrédules convient que dans la seule vil e de Rome il y a au moins cinquante maisons de charité de toute espèce; on pourrait en compter un plus grand nombre à Paris, et il en est do même des autres villes du royaume , à proportion. Il en conclut que l'homme n'est point naturellement méchant, mais bon et bienfaisant. Il lest, sans doute, lorsque la religion le rend tel ; mais pourquoi celle bonté ne se montre-t elle point ailleurs avec autant d'éclat que dans le christianisme? Nos philosophes ne nous en disent point la raison. — De nos jours , ils ont voulu substituer au terme charité celui d'humanité ; mais nous n'avons encore \ u aucun philosophe se consacrer, par humanité, aux bonnes œuvres dont nous venons de parler; lorsque l'humanité philosophique aura l'ait autant de bien que la charité , nous verrons laquelle des deux mérite la préférence. La pompe avec laquelle l'humanité fait annoncer au public, ses libéralités est déjà d'un très -mauvais augure. — On a fait plus : nos dissertateurs politiques ont pris la peine de décrier toutes les fondations et les établissements d;> charité comme des institutions imprudentes et pernicieuses, qui produisent plus de mai que de bien, qui sont l'ouvrage de l'ignorance et de la vanité : nous réfuterons leurs réflexions ailleurs. Yoy. Fondation, Hôpital.

Ce serait déjà une erreur grossière de borner les devoirs de la charité an seul précepte de l'aumône; c'en est encore une plus scandaleuse d'enseigner, comme on l'a fait, quo l'aumône même n'est point un précepte rigoureux, mais un simple conseil. Est-ce l'humanité <iui a dicté celte décision? — On oh-

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jecle que l'aumône nourrit la fainéantise , et souvent entretient le libertinage des pauvres. Soil ! Si avant de faire une bonne œuvre on voulait prévoir les divers abus que l'on en peut faire, les inconvénients qui peuvent en arriver , le mérite ou l'indignité de ceux qui en profiteront, etc., on n'en ferait jamais aucune, puisqu'il n'en est aucune de laquelle on ne puisse abuser. La malice humaine trouve toujours plus de moyens pour faire du mal, que la charité la plus prudente ne pourra prendre de précautions pour le prévenir. — Lorsque Dieu jugera nos œuvres, il nous demandera compte du bien que nous avons pu faire, et non du mal que nous n'avons pas pu empêcher. Il faut donc nous en tenir à la leçon de saint Paul : faire le bien sans nous lasser et sans nous rebuter jamais (Galat. vi, 9; IIThess. ni, 13), cl laissera Dieu et à ceux qui tiennentsa place icibas, le soin de punir ou de réprimer le mal. Voy. Aumône.

Un déiste célèbre a compris que les devoirg de la charité ne se bornent point à faire l'aumône. Combien de malheureux , dit-il, combien de malades ont plus besoin de consolation que d'aumônes 1 Combien d'opprimés à qui la protection sert plus que l'argent 1 Raccommodez les gens qui se brouillent; prévenez les procès; portez les enfants au devoir, les pères à l'indulgence; favorisez d'heureux mariages ; empêchez les vexations ; employez, prodiguez le crédit de vos amis en faveur du faible à qui on refuse justice , et que le puissant accable; déclarezvous hautement leprotecleurdu malbcureux ; soyez juste, humain, bienfaisant; ne faites pas seulement l'aumône, faites la charité : les œuvres de miséricorde soulagent plus de maux que l'argent ; aimez les autres et ils vous aimeront , servez-les et ils vous serviront, soyez leur père et ils seront vos enfants. — 11 serait aisé de faire voir que l'Ecriture sainte nous commande en particulier tous ces devoirs de charité, et que, sans ces leçons divines, nous ne connaîtrions pas mieux cette morale que les anciens philosophes auxquels Laclance reprochede n'avoir prescrit ces mêmes devoirs par aucun précepte (Divin. Instit., 1. x, c. 6).

Charité est le nom de plusieurs ordres religieux. Le plus connu parmi nous est celui des frères de la Charité, institué par saint Jean de Dieu, pour le service des malades. Léon X l'approuva comme une simple société en 1520; Pie V lui accorda quelques privilèges ; Paul IV le confirma en 1017 en qualité d'ordre religieux. Outre les trois \œux d'obéissance, de pauvreté cl de chasteté, ces religieux font le vœu de s'employer au service des malades. Ils ne fi ni point d'éludcs et u'enlrcnl point dans les ordres sa crés; s'il se trouve parmi eux un prêtre , il ne peut jamais parvenir à aucune dignité de l'ordre. Le IL Jean de Dieu, leur fondateur, allait tous les jours à la quête pour les malades, en criant : Faites bien, mes frères, pour l'amour de Dieu; c'est pourquoi le nom de fatc Ocn, (ratelHx leur est demeuré en Italie.

— Malgré les préventions des philosophes incrédules contre les ordres religieux en général, ils n'ont pu s'empêcher de donner des éloges à celui-ci. 11 semble avoir été institué exprès à la naissance du protestantisme pour démontrcrcontreles réformateurs l'utilité et la nécessité des vœux monastiques. Des hommes à gages rendraient-ils des services aussi constants, aussi généreux, aussi purs que les frères de la Charité? et sans le vœu par lequel ils s'y engagent, auraienl-ils le courage d'y employer toute leur vie ? La prétendue réforme, avec ses belles idées de perfection, a-t-elle trouvé un moyen de suppléer aux bonnes œuvres pratiquées par les religieux hospitaliers ? 11 est d'autres ordres que celui-ci, et qui rendent les mêmes services : nous en parlerons sous leurs noms particuliers. Ce n'est point la philosophie qui les a fondés, c'est la charité chrétienne. Voy. Hospitaliers.

Charité (Sœurs de la). Communautés de filles instituées par saint Vincent de Paule, avec le secours de Mme Le Gras, pour assister les malades dans les hôpitaux et dans les maisons particulières , visiter les prisonniers, élever les enfants trouvés, tenir les écoles pour les pauvres filles. Elles ne foulque des vœux simples et pour un temps borné ; elles peuventquilter leur congrégation quand elles le jugent à propos. — Cet institut, l'un des plus utiles qui ait jamais été établi , a un grand nombre de maisons ou d'hospices dans la seule ville de Paris, où il remplit les divers objets de sa fondation. Il en possède à proportion dans les autres villes du royaume, et il a quelques maisons en Allemagne et en Pologne ; partout ces vertueuses filles font bénir la mémoire des fondateurs.

On doit comprendre sous le nom de filles de la Charité plusieurs autres congrégations qui remplissent les mêmes fonctions que celle-ci, soit en France, soit ailleurs. Voy.

HosPiTALlÉRES.

Charité (Dames de la). On appelle ainsi , dans les différentes villes du royaume, les dames pieuses qui s'assemblent pour s'occuper des moyens de soulager les pauvres, pour recueillir les aumônes qu'elles font ou qu'elles procurent, et pourlesdistribucravec prudence.

Si l'exemple des souverains est capable de donner du relief à une bonne œuvre , celleci est devenue plus respectable par cette raison. Tous les mois la reine tient chez elle une assemblée de charité; par son exemple, cl en quêtant elle-même pour les pauvres , elle engage les dames de la cour à faire des aumônes; et les remet aux curés des paroisses pour en faire la distribution. — Quelques précautions (lue l'on prenne [tour mettre à couvert de tout reproche celle manière d'exercer la charité , il est rare que l'on y réussisse ; souvent elle donne lieu à des murmures. On dit que dans les recherches qui se font pour connaître les besoins et la conduite des pauvres, il entre de la curiosilé et de l'imprudence ; qu'il v a delà prédilection dans la distribution des aumônes,

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quo souvent elles sont refusées ù ceux qui en sont le plus dignes, et prodiguées à ceux qui les méritent le moins , elc. Jusqu'où ne pousse-t-on point la témérité et la malignité des soupçons ? — C'est donc le sort de toute s les bonnes œuvres d'essuyer des censures ; mais celles-ci ne devraient jamais partir de !u plume des philosophes , qui se donnent pour les défenseurs de la morale et de l'humanité. Faut-il s'abstenir de faire le bien par la crainte d'être blâmé? Non, sans doute. Saint Pierre dit aux fidèles : Ayez une sage conduite au milieu des ennemis de la religion, afin que ceux mêmes qui vous peignent comme des malfaiteurs, soient forcés, par l'examen de vos bonnes œutres, à glorifier Dieu [I Petr. u, 12).

CHARMES, paroles magiques auxquelles on attribue la vertu de produire des effets merveilleux et surnaturels. Ce mot vient du latin carmen, qui signifie non-seulement des vers ou de la poésie, mais une formule de paroles déterminées dont on ne doit pas. s'écarter. On nommait ainsi les lois, les formules des jurisconsultes , les déclarations de guerre, les clauses d'un traité , les évocations des dieux, etc. Tite-Live appelle lex horrendi carminis la sentence qui condamnait à mort Horace, meurtrier de sa sœur.

— Le charme est distingué de Y enchantement, en ce que celui-ci se faisait par des chants ; mais souvent l'on a confondu l'un avec l'autre : on s'est encore servi de ces deux mots pour exprimer un maléfice; il y a cependant une différence à mettre entre ces termes : voyez-les à leur place.

Comment a-t-on pu se persuader qu'il y a des paroles efficaces, à la prononciation desquelles est attachée une vertu particulière, et qui peuvent opérer des prodiges? 11 ne sert à rien d'attribuer à l'ignorance des peuples une erreur aussi commune ; l'ignorance ne produit rien sans une raison bonne ou mauvaise , solide ou apparente ; il faut la chercher , afin de ne pas confondre le vrai avec le faux, les usages légitimes avec les abus. — Tous les hommes ont connu une divinité quelconque , et lui ont adressé des prières ; ces prières, toujours conçues à peu près en même termes, ont passé des pères aux enfants, et ont été retenues par ceux-ci avec un sentiment de respect. Lorsqu'un homme a vu ses vœux exaucés et a reçu de Dieu un bienfait qu'il avait désiré avec ardeur, il a pu croire aisément que sa formule de prière souvent répétée , avait eu par ellemême la vertu d'intéresser la Divinité, et de produire l'effet qu'il avait souhaité. Ainsi , l'on voit encore dans quelques familles certaines prières conservées par tradition, et auxquelles les membres de celte famille ont une dévotion el une confiance particulières, parce qu'ils les ont reçues de leurs pères. Celle confiance, n'a riep de superstitieux lorsquelle n'est pas excessive, el que la formule ne renferme d'ailleurs aucune cireur.

— Après la naissance du polythéisme , les formules d'invocalion devinrent plus importâtes et plus sujettes aux superstitions ;

celle qui était propre à tel dieu ne eonvenail'pasà un autre; chaque dieu avait soi département et son pouvoir particulier ; il fallait que l'invocation y fût analogue. On fut donc obligé de multiplier les formules, et leur différence devint une espèce de grimoire. Toute personne qui crut avoir reçu de lel dieu ce qu'elle lui avait demandé par telle formule, s'imagina que l'efficacité de sa prière était attachée aux paroles ; que si on les changeait, la prière n'aurait aucun effet. Le même préjugé s'introduirait encore dans le christianisme , si l'on n'avait pas soin de répéter souvent au peuple la leçon que Jésus-Christ nous a faite, savoir : que le mérite de la prière dépend de l'affection du cœur, et non de la multitude ou de la tournure des paroles {Mat th. vi, 7, etc.). — La fourberie des imposteurs contribua sans doute à confirmer l'erreur des païens ; un homme qui se vantail de guérir les maladies affecta,- pour donner plus d'importance à son art et de crédit à ses remèdes, d'y joindre des invocations et des conjurations , de les exprimer en termes barbares ou dans une langue inconnue, «fin d'étonner les ignorants. Comme, selon la croyance du paganisme, les biens et les maux, la santé et la maladie , la prospérité et les malheurs venaient des génies, des démons bons ou mauvais , qui disposaient du sort des hommes , les charlatans prétendirent que ces génies leur étaient soumis , étaient forcés d'obéir à leurs conjurations; que, par l'entremise de ces esprits, on pouvait guérir toutes sortes de maladies, ou les donner aux hommes el aux animaux, faire tomber la grêle ou la foudre , exciter des tempêtes, etc. Ainsi s'établit chez toutes les nations la confiance aux charmes ou aux paroles efficaces. Lorsque ces paroles étaient imprimées ou gravées , on les nommait caractères; quand on les portail sur soi comme, un préservatif, c'était une amulette. [Voy. ces termes, et le Dictionnaire des sciences occultes, édil. Aligne.] — On sait à quel excès les païens poussaient l'entêtement sur ce point; ils croyaient que les magiciens ou sorciers pouvaient, par leurs conjurations, forcer la lune à descendre du ciel :

Carmina vel cul-îo possunl deducere lunam. En effet, puisque, suivanllacroyance des philosophes même, laluneétail un êtreanimé, un génie féminin que l'on nommait Hécate ou Diane, pourquoi n'aurail-ellepas été sensible aux invocations ou aux charmes des magiciennes? Pourquoi Jupiter , maître du tonnerre, aurait-il refusé d'accorder un coup de foudre à ceux qui avaient trouvé le secret de lui i,l tire par quelques paroles qu'il aimait à entendre ? Ainsi, la magie en général, el (ou. les ses espèces , tenaient essentiellement au système du polythéisme et ci la philosophie des païens. Voy. M>.gie. — Selon l'opinion des stoïciens, les noms ne sont pas arbitraires ; ils viennent de la nature, et ils ont par eux-mêmes une certaine force. Origène avail adopté ce sentiment des stoïciens , ou du moins il s'en sert pour réfuter Celse : il soutient, contre ce philosophe, qu'il n'est pas

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