‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 131 sur 183 · R5 CHA · texte numérisé non relu

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iuditTcrent de donner à Dieu les noms sous lesquels il s'osl désigné lui-mémo dans les Livres saints, ou de l'appeler Jupiter, Zeus , ie Ciel , elc. , comme faisaient les païens, il atait raison pour le fond , puisque c'aurait clé donner lieu de confondre le vrai Dieu flvrc des démons imaginaires; mais il le prouvait par un mauvais argument toujours lire de la philosophie stoïcienne : c'est que les noms dont se servent les enchanteurs et les magiciens n'ont plus de vertu quand on les change et qu'on les traduit dans une autre langue. Jamblique pensait de même.

Platon élait persuadé que les noms primitifs des choses étaient de l'invention des dieux (Origène, contre Celse, I. i, n. 2V ; I. v, n. i5. Notes de Spencer). Ainsi, l'efficacité de certains noms était un dogme philosophique dont les meilleures tètes d'Athènes et de Rome étaient prévenues.

On ne trouve rien dans l'Ecriture sainte qui ait pu contribuer à établir cette erreur; nous ne voyons dans l'histoire des patriarches aucune formule d'invocation ni de conjuration : chez les Juifs, aucun nom n'était sacré que celui de Dieu; ceux des anges exprimaient leur fonction. Les écrivains qui ont avancé que les Juifs ont poussé aussi loin que les autre* peuples la superstition des charmes se sont trompés ; cela ne peut être arrivé aux Juifs que quand ils se livraient à l'idolâtrie de leurs voisins; ou l'on a confondu les Juifs des derniers siècles, infectés des erreurs égyptiennes et chaldéennes , avec les anciens Juifs instruits par Moïse el par les prophètes. Il leur était sévèrement défendu par leurs lois d'avoir recours aux charmes et aux enchantements.

{Deut. xviii, 11). C'est un des crimes que l'Ecriture reproche à l'impie Minasses (// Parai, xxxm, 6). Moïse, de la part de Dieu, avait prescrit aux prêtres une formule pour bénir le peuple (Num. vi, 22) ; mais elle esl conçue dans les termes les plus simples, et Dieu avait promis de l'exaucer. — Par la lumière de l'Evangile, le monde fut désabusé du prétendu pouvoir des divinités païennes, et appril à n'attendre des bienfaits que de Dieu seul. Nous savons que Jésus-Christ a vaincu les puissances infernales, el que la seule présence d'un chrétien a souvent sulû* pour déconcerter toutes leurs opérations. Cependant il s'est encore trouvé des hommes assez pervers el assez impies pour vouloir opérer des prodiges par l'intervention du démon, el se persuader que les esprits infernaux obéissaient aux charmes, aux invocations, aux conjurations qu'on leur adresse : il y a eu des siècles dans lesquels cette abomination n'était que trop commune. Ces prétendus charmée étaient ordinairement un mélange sacrilège du nom de Dieu, des paroles «le l'Ecriture sainte, du signe de la Cioix, avec des mots barbares, des noms de démons, rie. Plusieurs sectes d'hérétiques ont fait profession de magie ; l'Eglise n'a pas ci^sé de lancer des anathèines contre eux et COIlIre leurs imitateurs: c'était un reste de paganisme qui s'est perpétué par la injlice

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I a eu le pouvoir d'attacher à ces paroles elle vertu et telle efficacité qu'il lui a plu. ^'Eglise a instituédes formules d'invocation , le bénédiction, d'exorcismes, de conjura-

obstinée des hommes. On peut voir dans lo Traité des superstitions de Thiers, I. vi, c. 1. avec quelle sévérité les Pères de l'Eglise, les conciles, les statuts synodaux de divers diocèses, ont défendu toutes ces pratiques abominables ; et dans le Dictionnaire de Jurisprudence, les lois par lesquelles elles ont été proscrites el punies. — Jesus-Christ nous a enseigné une formule de prière, mais elle s'adresse à Dieu, el il nous avertit que l'efficacité de la prière en général dépend de l'affection du cœur. Saint Paul exhorte les fidèles à prier de cœur el d'esprit, de manière qu'ils entendent ce qu'ils disenl (/ ('or. xiv, 15). Nous savons que Dieu connaît nos désirs elles plus secrèles pensées do notre âme (Ps. x, 17, elc). Jésus-Christ par lui-même a institué la forme du baptême et de l'eucharistie ; par ses apôtres le rite et les paroles des autres sacrements , mais il est Dieu, il a eu le pouvoir d'attacher à ces paroles te" L' de

lion, mais elle nous avertit que leur efficacité vient des mérites de Jésus-Christ, delà foi, de la confiance, des saintes dispositions de ceux auxquels on les applique. Les incrédules , qui oui affecté de comparer ces rites et ces formules aux charmes el à la théurgie des païens, n'ont fait qu'une raillerie insipide, répétée d'après Celse et Julien ; quelques protestants, qui se la sont permise, oui oublié qu'eux-mêmes se Croient obligés à observer la forme du baptême et de la cène que Jésus-Christ a prescrite.

De même qu'il a été nécessaire, dans la société civile, d'établir, cl pour ainsi dire, de consacrer des formules pour la validité des contrats, des testaments, des procédures, des arrêts, sans lesquelles tous ces actes sont censés nuls, il a fallu aussi en instituer dans la religion, afin de prévenir les erreurs, les indécences et les absurdités qui pourraient naître de l'ignorance, de la négligence ou du caprice des ministres de l'Eglise; il n'y a pas plus de magie ni de superstition dans les unes que dans les autres : l'uniformité n'est pas moins nécessaire dans le culte que dans la croyance. Voy. Thkukgie.

CHAKTREDX , ordre religieux institué par sainl llruno, chanoine de Reims, l'an 10S3, et remarquable par l'austérité de sa règle. Klle oblige les religieux à une solitude perpétuelle, à l'abstinence de la viande, même en cas de maladie dangereuse ou mortelle, el au silence absolu, excepté en certains temps marqués.

Un philosophe célèbre, qui ne pouvait leur refuser des éloges, \ a joint cependant deux restrictions malignes : « C'est, dit-il, le seul ordre ancien qui n'ait jamais eu besoin de réforme ; il est peu nombreux, trop riche, à la veriié, pour des hommes séparés du siècle ; mais, malgré ces richesses, cousac iés sans relâchement au jeune, au silence, à L'i prière, à la solitude, tranquilles sur la terre, au milieu de tant d'agitations dont lo bruit \ ient à peine jusqu'à eux, et ne cou -

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naissaut les souverains que par les prières où leurs noms sont insérés. Heureux si des vertus si pures et si persévérantes pouvaient être utiles au inonde 1 » — Jusqu'à présent l'on n'a pas accusé les Chartreux de faire un mauvais usage de leurs richesses, ni île refuser du secours au malheureux. Nous ne croirons j imais que l'exemple des vertus pures et persévérantes soit inutile au monde ; il n'est nulle part plus nécessaire que dans la capitale du royaume. — Voilà donc un ordre religieux qui depuis sept cents ans persévère dans la ferveur de sa première institution : preuve assez convaincante de la. sagesse et de la saintelé de la règle qu'il observe. C'est donc à tort que les censeurs de la vie monastique onl répété cent fois que la prétendue perfection à laquelle aspirent les relgieux, est incompatible avec la faiblesse humaine ; que leurs fondateurs ont été des enthousiastes imprudents; que la vie du cloître est un suicide lent et volontaire, etc. M. de Rancé, abbé de la Trappe, voulut prouver que les Chartreux s'étaient relâchés de l'extrême austérité qui leur était prescrite par les constitutions deGuigues I", leur cinquième général ; mais D. innocent Masson, élu général en 1675, dans une réponse à M. de fiancé, a fah voir que les prétendues constitutions ou statuts de Guigues n'étaienl que des coutumes qu'il avait compilées, et qui ne devinrent des iois que longtemps après. — En effet, saint Bruno ne laissa aucune règle écrite à ses religieux. Guigues, élu l'an 1110, mit par écrit les coutumes et les usages de l'ordre ; et ce lut Basile, huitième général, élu l'an 1151, qui dressa leurs constitutions, telles qu'elles furent approuvées par le saint-siége. Les Chartreux onl donné à l'Eglise plusieurs saints prélats, et un grand nombre de sujets illustres par leur doctrine et par leur piété. Leur général ne prend que le titre de prieur de la Grande Chartreuse. D. Petréius, Chartreux, a fait imprimer la Bibliothèque des écrivais de son ordre, à Cologne, en 1001), î"n-8°.

Brucker s'est attaché à prouver, contre D. Mabillon, que saint Biuno, fondateur des Chartreux, avait été disciple du fameux Bérenger, hérétique condamné pour avoir nié la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Qu'importe le fait, dès qu'il est certain i|ue saint Bruno a réfuté expressément Bérenger dans son commentaire sur la première Epîire de saint Paul aux Corinthiens, c. li, et qu'avant de mourir il lit la profession de foi la plus formelle du dogme catholique touchant la présence réelle [Via des Pères et des Martyrs, tome IX, pag.4-66). Voilà deux faits que Bucker n'aurait pas dû passer sous silence; mais il n'en a rien dit, ufin de laiser soupçonner que saint Bruno pensait probablement comme Bérenger touchant l'eucharistie. [Hùt. plii.osoph., tom. III, page 602).

On sait que l'histoire de la conversion de saint Bruno, causée par la déclaration (ire e. '.due d'un chanoine mort, qui révéla qu'il était damné, et une fable dont plu-

sieurs critiques ont prouvé la fausseté, ei qui n'a été publiée que cent cinquante ans après la mort de saint Bruno. Son ordre possède 172 maisons, divisées en seize provinces ; la ferveur de ses religieux est la même dans les divers Etats de l'Europe. Il y en a, dit-on, 70 en France ; l'auteur du Dictionnaire géographique esl d'avis qu vl faut les supprimer, de peur, sans doute, que l'exemple des vertus pures et persévérâmes de ces religieux ne devienne contagieux, et ne prouve trop clairement l'absurdité de la morale philosophique.

CHARTREUSES, religieuses dont l'institut esl assez peu connu. Ce que l'on en sait, esl que le premier monastère de Chartreuses paraît avoir été fondé pendant la vie du B. Guigues, vicaire général de l'ordre. Il n'y en a plus à présent que cinq monastères : Prémol, à deux lieues de Grenoble, fondé l'an 12,% par Béatrix de Monlferral, épouse du dauphin André ; Melun, dans le Eaussigny en Savoie, diocèse de Genève, fondé eu 12S8; Salette, sur le bord du Rhône, dans la baronnie de la Tour, fondé par le dauphin Hum'bert Ier, Anne son épouse, et Jean leur* (ils, l'an 129i): Mirie de Viennois leur fille s'y fit religieuse, et en fut prieure; Gosné, audiocèsed'Arras, fondé par l'évèque Thierry Hérisson, en 1308; Bruges, fonde en 13'*'*.

Les Chartreuses se conforment en toutes choses, autant qu'il est possible, aux religieux de ce saint ordre, tant pour l'office divin, les rites et les cérémonies de l'Eglise, que pour les abstinences, les jeûnes, le silence et les autres austérités, excepté qu'elles mangent toujours en commun ei dans un même réfectoire. — Avant le concile de Trente, elles faisaient profession à l'âge do douze ans, et allaient au spaciement avec les chartreux leurs directeurs elles convers. Le nombre des religieuses était fixé dans chaque maison ; elles ne prenaient point de dot, et ne recevaient de sujets qu'autant que le monastère pouvait en entretenir. A présent elles reçoivent des dots , ne sortent point de leur clôture pour aller du spacicment , et ne font profession qu'à dix-huit ans. — Comme 1. s Chartreux ont conservé les anciens rites de l'Eglise, les Chartreuses onl aussi retenu l'usage de la consécration des vierges marqué dans les anciens pontificaux; elles ne la reçoivent qu'à l'âge de vingt-cinq ans, et conservent le voiie blanc jusqu'à ce temps-là. Celte cérémonie se fait par l'évèque, qui leur donne l'etole, le manipule et le voile noir, en prononçant les mêmes paroles que dans l'ordination des diacres et des sous-diacres. Eiles portent ces ornements le jour de leur consécration, à leur année de jubilé, c'est-à-dire, à la cinquantième année de religion, et on les enterre avec ces mêmes ornements. — Les prieures et les religieuses promettent obéissance au chapitre général de l'ordre, et y envoient tous les ans une nouvelle promesse de soumission ; les prieures sont encore ienues d'obéir au père vicaire qui dirige leur maison ; les simples religieuses cl les converses sont soumises à

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