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morts. Aujourd'hui l'empereur, les leltrés et le peuple de la Chine, sont tous livrés au po- 'lylhéisme et à l'idolâtrie, et plusieurs de ces lettrés donnent dans l'athéisme. — On a voulu faire un mérite à Confurius de ce qu'il ne s'est pas vanté d'être envoyé de Dieu ni inspiré. On se Irompe : dès qu'il s'est donné pour l'organe des anciens sages chinois, c'est comme s'il s'était dit de-cendu du ci I. Les Chinois portent le respect pour lpurs ancêtres jusqu'à l'adoration ; ils en font comme autant de divinités. Confucius se vantail d'avoir souvent vu en songe un ancien philosophe, et d'en avoir reçu des leçons; cela vaut bien les révélations que Numa avait reçues de la nymphe Egérie, et Mahomet de l'ange Gabriel. D'ailleurs les savants disputent pour savoir si Confucius a supposé un Dieu ; comment se serait-il dit envoyé de Dieu? « La religion chinoise, dit M. de Guignes, prise en général, diffère peu des au'res relisions païennes ; une foule de divinités président au ciel, à la terre, aux éléments, aux tonnerres, aux vents, aux pluies, aux montagnes, aux rivières, et à toules les parties de la l'attire. Toutes ces divinités, dont on veut adoucir l'idée en ne les nommant que des esprits, sont subordonnées à la première, qui récompense les hons et punit les méchants, et qui voit tout ce q>>i se passe dans l'univers. » [M émoires de T Académie des Inscriptions, lom. LXXVil, m-12, p. 304.) Mosheim et Rrucker pensent que le système philosophique qui sert de base à la religion chinoise n'est autre chose que l'ancien stoïcisme et que leur Dieu pré;en lu suprême est l'âme du monde, de laquelle sont orlis par émanation les esprits moteurs de la nature et les âmes humaines. C'est aussi le sentiment de plusieurs philosophes indiens (Ffi-t. etit. philos., t. VI, p. 886 et 888). Ce système a dû entraîner nécessairement les lettres chinois dans l'idolâtrie. Voy. Ame du vonde. — Mais outre cette secte principale, il y en ci encore deux autres à la Chine, celle de Lnhio-Kiun, dont les disciples admettent un dieu matériel et d'autres divinités inférieures, et pensent que l'âme péril avec le corps. Ils croient aux augures, à la divination, rendent un culte aux morts, et donnent dans
Confucius, l'empereur Chi-Hoang-Ti , de la dynastie de Tsin, proscrivit les ouvrag- s de ce philosophe, et ordonna que toutes les c pies en fussent détruites. Le Chon-King repe >d;int fut, sous la dynastie suivante des Han, récrit sous la dictée d'un vieillard qui l'avait retenu de mémoire. Telle est l'origine de la .science historique en Chine ; et, en dépit de toute li vénération du- au grand moraliste de l'Orient, et quoiqu'il afiirine n'avoir écrit que d'après des maiériaux déià existants , Klaproi h n'hésite pas à nier l'existence de tome certitude historique dans le céleste empire , antérieurement à l'année 78-2 avant Jésus-Chris1, vers l'époque de la fondation de Home, et alors que la littérature, hébraïque était déjà sur son déclin (a) ».
toutes sortes de superstitions. Une troisième secte est ce'le de Fo ou Foé, qui a pour auteur un philosophe indien de ce nom; ses partisans adorent trois idoles monstrueuses, en placent encore d'autres plus petites dans les pagodes et sur les grands chemins, et en ont tous dans leurs maisons. Cette secte, qui est celle du peuple, entrelient de< milliers de bonzes , espèces de moines qui vivent en commun et dans le célibat, sont fort intéressés, vicieux el méprisés. On trouve même à la Chine des adorateurs du grand Lama, qui demeure à Raranlo'a dans leTh'bel. — Il n'est donc pas vrai que la religion de l'empereur el des bures chinois soit lodé'sme ou la religion na'urelle, comme on l'assure dans le Dictionnaire géographique ; il est constant, «nu contraire, que la religion eta*efcrné@ dans leurs livres classiques esl le stoïcisme, par conséquent le culte de l'âme du monde , ajouté au polythéisme et à l'idolâtrie, tels q^e les pratiquaient les Grecs et les Romains ; que dans la pratique, l'empereur et les le tics adorent Fo et Poussa, et sonl trèssuperstitieux : c'est un fait attesté dans les nooveaux Mémoires des missionnaires de Pékin.
3° Les lois morales tic Confucius, quoique l'on en dise, ne valent guère mieux que ses dogmes; elles ne portent sur rien : ce philosophe n'y attache que des récompenses temporelles. Or, tin Chinois pent-il êlre assez simple pour se persuader que les vertus morales onl le pouvoir de diriger la marche de la nature, de produire le be.iu temps et la pluie, l'abondance et la prospérité, de prévenir les fléaux el les malheurs ? Confucius le dit forme lement durs le ChouKinq, p. 172. Aussi, de toules les leçons de morale, if n'en est point de plus mal observées que celles do Co>fucius; le peu le n'est en état ni de les lire ni de les connaître.
C'est donc très-mal à propos que l'on nous vante la morale de ce philosophe, la législation el le gouvernement des Chinois, la prospérité singulière de cet empire. Après avoir examiné ces différents chefs, il nous paraît que la moraledes philosopheschinois est trèsimparfaite et vicieuse en plusieurs points, et que les mœurs publiques de la Chine sont très-mauvaises. Il n'y a dans cet empire aucun code de lois fixes : c'est la volonté arbitraire et despotique de l'empereur qui tient lieu de lois. Aussi, la Chine a essuyé vingtdeux révolutions générales, et la police y est Irès-défeclueuse. La population excessivo que l'on y suppose vient du climat et de la fertilité du sol, beaucoup plus que de la sagesse du gouvernement. LrChou-King, livre classique des Chinois, publié par M. de Guignes, les nouveaux Mémoires de fa Chine, dressés par les missionnaires de P< kin, et que l'on a commencé à imprimer en 177G, nous onl enfin détrompés de tout le merveilleux que nos philosophes avaient publié sur cette nation.
Voici ce qu'en dit l'auteur du Voyage fait aux Jnd s et à la Chine, depuis l'année 177V jusqu'en 17S1, t. II, 1. iy, <j. 1 : « En France,
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les économistes, occupes de calculs sur. la subsistance des peuples, ont fait revivre dans leurs leçons agronomiques les fables que les missionnaires avaient débitées sur le commerce et le gouvernement des Cbinois. Le jour auquel l'empereur descend de son trône jusqu'à la ebarrue a été célébré dans <ous leurs écrits; ils ont préconisé cette vaine cérémonie, aussi frivole que le culte rendu par les Grecs à Cérès, et qui n'empêche pas que des milliers de Cbinois ne meurent de faim, ou n'exposent leurs enfants, par l'impuissance où ils sont de pourvoir à leur subsistance.
« Les entraves que les Chinois mettent à toute liaison suivie entre eux et les étrangers n'ont certainement d'autre cause que le sentiment de leur propre faiblesse; le gouvernement des peuples esclaves est trop vicieux pour se rendre respectable par ses
propres forces Les lois ne sont connues
que des seuls lettrés ; les charges de mandarins ou magistrats s'achètent; pour plaider à leur tribunal, il faut se ruiner : à proprement parler, c'est le bâton qui gouverne la Chine. Les ordonnances du gouvernement n'ont de force qu'aussi longtemps qu'elles demeurent affichées; quand l'affiche n'existe plus, on les viole impunément; avec de l'argent, l'on évite tout châtiment. Personne n'oserait regarder l'empereur ; quand il passe il f;iut tourner le dos ou se prosterner, il est précédé de deux mille bourreaux.
« Confucius a écrit quelques livres de morale, adaptés au génie de sa nation; c'est un amas de visions obscures, de vieux contes mêlés d'un peu de philosophie. Les prétendues traductions de ses ouvrages ont été forgées par les missionnaires. Ses ouvrages, quoique pleins d'absurdités, sont adorés par les Chinois. Ce philosophe ajoutait foi aux augures et aux sorts; les Chinois ne font rien sans les avoir consultés; ils ont autant de femmes qu'ils peuvent en nourrir. L'idée de la mort ne cesse pas de les tourmenter, et les poursuit jusque dans leurs plaisirs; ils dépensent des sommes excessives pour les funérailles. Il y a plus d'un million de bonzes dans l'empirequi ne vivent qued'aumônes,et leur chef jouit de la plus haute considération. Un Chinois passe la moitié de sa vie à connaître les caractères desa langue, l:aulre moiliédans son sérail; il est impossible que les sciences fassent du progrès à la Chine; l'empereur ne peut se passer d'astronomes étrangers.
« Les Chinois sont lâches, poltrons et mauvais guerriers, ils seront toujours vaincus par les nations qui voudront les attaquer; aucune de leurs \iiles ne pourrai! soutenir un siège de trois jours. Leur artillerie n'est bonne que pour des réjouissances; leurs fusils sont à mèche , «l après avoir ajusté leur coup, ils détournent la tête. Trente mille Barmans détruisirent, il y a peu de temps, une armée de cent mille Chinois. Ils sont fripons, fiers, insolents et lâches : dix Luropéens, armés seulement d'un bâton, eu feraient fuir mille; et s'ils ne nous accordent aucune liberté, c'est parce qu'ils counai^enl
leur faiblesse. Mais l'intérêt du commerce engage les négociants européens à sacrifier l'honneur de leurs nations; la cupidité seule peut les mettre à la merci d'un peuple aussi méprisable par son caractère que par son ignorance. Us sont exposés à des concussions et des vexations de toute espèce, et ils les souffrent pour exercer un commerce aussi superflu qu'il est onéreux. »
Nous ne garantissons point tous les t ra i ( s de ce tableau, il est évidemment chargé; plusieurs des faits avancés par l'auteur sont formellement contredits dans les mémoires envoyés de Pékin. Mais si le savant académicien qui a fait le parallèle de Zoroastre, de Confucius et de Mahomet, et l'auteur du Dictionnaire de Géographie, avaient consulté ce voyageur et quelques autres monuments, ou ils les auraient réfutés, ou ils se. seraient abstenus de faire l'éloge des lois et du gouvernement de la Chine. Ce que le dernier y trouve de plus admirable, c'est que ce gouvernement tolère toutes les superstitions et toutes les sectes. On n'y établit pas, dit-il, comme ailleurs, une inquisition sur la pensée de l'homme; les lois sur cet objet sont tolérantes, parce qu'elles ont été faites, non par les bonzes, mais par la raison. Il soutient que la logique des Chinois est meilleure que la nôtre, qu'elle ne leur enseigne point à ergoter sur les mots, et à disséquer une pensée; que les logiciens chinois valent bien les étemels disputeurs de nos universités. — Du moins la logique des Cbinois ne brille pas dans les absurdités qu'ils professent en fait de religion et de morale; des hommes qui passent la moitié de leur vie à étudier les caractères de leur langue, n'ont pas beaucoup de temps de reste pour le donner à la philosophie; il n'y a point chez eux d'écoles publiques. Les Chinois, si tolérants, n'ont cependant pas voulu tolérer le christianisme, parce que c'est une religion étrangère, et qui leur paraît nouvelle ; est-ce encore là une preuve de la perfection de leur logique? Par l'état des sciences et du gouvernement à la Chine, nous voyons ce que peut produire la tolérance, dont nos écrivains incrédules ne cessent de nous vanter les merveilleux effets.
M. de Guignes, mieux instruit que l'auteur du Dictionnaire, est persuadé que les Chinois, soit dans les temps anciens, soit dans les siècles plus récents, ont emprunie des peuples qui sont à l'occident d.« la Chine tout ce qu'ils savent, et que c'est une pure vanité de leur part de se l'attribuer.
On ne peut plus douter que le christianisme n'ait pénétré à la Chine de très-bonne heure; quelques auteurs pensent qu'il \ fut porté par l'apôtre saint Thomas, peu l'être même par saint liai thrlemi on par quelqu'un de leurs disciples. Arnohe, qui vivait au iv° siècle, dit que le christianisme était établi dans les Indes, chez les S ères ou Chinois, les Mèdes et les Perses; mais par le défaut de missionnaires ou par d'autres causes, il ne parait pas y avoir subsisté longtemps. Au vuc siècle, les nestoriens, qui as aient porté leur religion sur la côle de Ma-
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lab'ar dans 1rs Indes et- dans la grande Tarlatie, pénétrèrent à la Chine et s'y établirent. Ce fait est prouvé non-seulement par le témoignage de plusieurs écrivains orientaux, mais par un monument qui fut déterré en 1625 dans la ville de Sigan-Fou, capitale d'une province de la Chine. C'était une grande pierre au haut de laquelle était une croix, ensuite une longue inscription, partie en caractères chinois, el partie en caractères syriens, majuscules, nommés communément stranghelo. Le magistrat du lieu, qui crut devoir la conserver, la fit transporter dans un temple de bonzes. Elle portait que l'an 635 de notre ère, il était arrivé à la Chine un homme de Ta-Tsin ou de l'Occident, qui avait présenté à l'empereur des livres de la religion qu'il venait prêcher, et que l'an 638 l'empereur avait donné un édit en faveur du christianisme. On y lisait ensuite les principaux dogmes de la religion chrétienne, el il était dit que celte inscription avait été faite pour servir de monument de ers faits, l'an 1092 des Grecs, de Jésus-Christ 780, sous le pontificat d'Apin-Yesou, patriarche des nestoriens.
La Croze, Beausobre et d'autres critiques prolestants , ont trouvé bon de contester lauthencité de ce monument, de supposer que c'a été une fraude pieuse imaginée par •les missionnaires catholiques en 1625, afin de persuader aux Chinois quelechristianisme n'était pas une religion nouvelle chez eux, mais anciennement établie dansleur empire. M. de Guignes, dans une savante dissertation sur ce sujet [Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tom. LIV, in-12, p. 295), a prouvé la fausseté de ce soupçon , et l'authenticité de l'inscription de Sigan-Fou, par le témoignage des annales dclaC/wie, et de plusieurs auteurs chinois. Il fait voir que ces auteurs ont confondu les missionnaires nestoriens avec les bonzes de Fo, et qu'ils ont désigné sous ce nom tous les prédicateurs de religions étrangères ; mais ce qu'ils en disent se rapporte si exactement, pour le temps et pour les circonstances, à l'établissement des nestoriens à la Chine, qu'il est impossible que le hasardait pu produire cette conformité. 11 prouve aussi, par le témoignage des voyageurs, qu'il y avait encore de ces chréliens nestoriens à la Chine dans les xue et xme siècles, mais qu'alors leur religion était fort altérée el défigurée par un mélange de mahomélisme, tellement que quand les Portugais arrivèrent à la Chine, en 1517, ils n'y trouvèrent plus aucun vestige du christianisme. Le savant Assémani, de son côté, a produit plusieurs autres preuves de l'authencilé et de la vérité de l'inscription trouvée à Sigan-Fou [Biblioth. orient., t. IV, c. 9, § 6). Le jugement de ces savants est d'un tout autre poids que les vaines conjectures des critiques protestants.
Ce fut en 1580 que les Pères Roger et Hicci, missionnaires jésuites, entrèrent à la Chine, et trois ans après ils obtinrent la permission de s'y établir. Dans l'espace d'un siècle la religion chrétienne y fit lant de
progrès qu'en 1715 il y avait dans cet empiro plus de Irois cents églises, et au moins trois cent mille chrétiens. Mais en 1722, l'empereur Yong-ïching publia un édit coulre le christianisme, résolut de l'exterminer, el fit exercer contre les chrétiens une sanglante persécution. En 1731, tous les missionnaires furent bannis à Maeao : depuis 1733, on ne permet plus à aucun étranger de pénétrer dans l'intérieur de. la Chine, et les prédicateurs qui ont été découverts, ont été mis à mort. Les jésuites, que l'empereur a gardés à la cour, en qualité de mathématiciens , n'ont pas la permission d'exercer les fonclions de missionnaires. Cependant, depuis l'an 1753, la persécution paraît ralentie; il leur est permis d'assister les chrétiens qui s'y trouvent encore ; ils ont demandé au gouvernement français des successeurs, dans l'espérance d'obtenir peu à peu plus de liberté de faire des prosélytes. On prétend qu'actuellement il y a déjà plus de soixante mille chrétiens dans cet empire. — Malheureusement, au commencement de ce siècle, il s'éleva une contestation entre les Jésuites de la Chine et les missionnaires des autres ordres religieux. Il s'agissait de savoir s'il y avait de la superstition el de l'idolâtrie dans les honneurs que les Chinois rendaient à Confucius et à leurs ancêtres, honneurs accompagnés d'offrandes, d'invocations, de parfums, etc. En 1704, Clément XI condamna ces riîeschinois comme superstitieux et idolâtriques; en 1742, Benoît XIV confirma ce décret par sa bulle Ex quo singulari : depuis ce temps-là les missionnaires ont interdit ces rites à leurs prosélytes. Mais cette dispute, Irop animée de part et d'autre, a nui beaucoup aux intérêts du christianisme. — Outre cet obstacle accidentel et passager, il. y en a d'autres qui retarderont toujours les progrès de la religion chrétienne dans cette partie du monde. La corruption des mœurs populaires de cet empire, l'attachement opiniâtre des Chinois à leurs usages,, attachement cimenté par le culle religieux qu'ils rendent à leurs ancêtres ; leur vanité, qui leur persuade qu'ils soûl le peuple le plus parfait de l'univers ; l'orgueil, l'ambition, la jalousie des lettrés, qui soni seuls en possession de l'enseignement, dont les uns sont athées, les autres idolâtres et superstitieux ; le despotisme de l'empereur, qui est le chef suprême el l'arbitre de la religion aussi bien que des lois, sont autant d'obstacles qui rendent les conversions trèsdilliciles. Les Chinois méprisent les étrangers, les craignent el les haïssent. Malheureusement les navigateurs des différentes nà-r lions européennes qui ont séjourné à la Chine, ne s'y sont pas comportés de manière à gagner la confiance et l'affection des habitants du pays; et celte conduite n'a pas peu contribué à indisposer les Chinois contre le christianisme. lis auraient moins de répugnance à écouter des missionnaires nationaux que des étrangers.
Si nos philosophes incrédules étaient véritablement amis de l'humanité, ils auraient