‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 136 sur 183 · III. Allégorie du Messie · texte numérisé non relu

III. Allégorie du Messie

i Les livres canoniques de la Chine contiennent une allégorie frappante du Messie. Comme les Chinois n'ont rien pu emprunter à Isaïe, il paraît qu'ils tiennent de No, leur auteur, l'idée de la rédemption ; car leurs ancêtres savaient, aussi bien que les anciens Toscans, qu'une vierge concevrait, qu'elle enfanterait le Saint des saints; mais assurément celte prophétie, héréditaire chez les enfants de Sem, fut aussi mal comprise en Chine qu'elle fut mal interprétée par les descendants de Japhet, en Italie : dans ces deux régions, elle donna lieu au même abus. De même que Virgile, à l'égard du fils de Pollion , les Chinois faisaient naître d'une vierge chacun de leurs personnages les plus remarquables : toutefois, malgré cet abus, ce peuple égaré conservait, avec toute sa pureté, la tradition que le Saint des saints naîtrait un jour dans un pays silué à l'occident de la Chine. On sait que Confucius, antérieur de cinq cent cinquante et un ans à Jésus-Christ, objet d'ailletnsde la nlus haute vénération chez les Chinois, avait prédit t qu'à l'Occident apparaîirait le Seigneur. » Confucius n'était point un prophète : il confirmait seulement la tradition orale et écrite de la mystérieuse doctrine par laquelle les livres canoniques chinois et leurs interprètes classiques désignaient le Saint des saints d'une manière positive et reconnaissable. Ils entendent par le Saint des saints : < Celui qui sait tout, qui voit tout, dont toutes les paroles instruisent, dont toutes les pensées sont vraies ; celui qui

D.CT. DK TuÉOL. BOÛMATIQUE. 1.

est céleste et miraculeux, dont la sagesse n'a point de bornes, aux yeux duquel l'avenir entier est sans voiles, dont chaque parole est efficace. Il est un avec le Tien (Dieu), et, sans le Tien, le monde ne pourrait le reconnaître ; lui seul peut offrir un holocauste digne de la majesté du Schantzti (Dieu, souverain du ciel). Les peuples l'attendent, dit Mentius, disciple de Confucius, comme les plantes flétries attendent la rosée, i

i Le livre Tschong-Jong, ou le juste milieu, composé sans doute par un disciple du célèbre Confucius, offre quelques passages qui ont directement trait au futur Messie. < Combien sont sublimes les voies du Saint des saints ! sa vertu embrassera l'univers entier; il inculquera à tout une nouvelle vie et une nouvelle force, et s'élèvera jusqu'au Tien (c'est-à-dire jusqu'au ciel). Quelle immense carrière s'ouvrira pour nous ! Combien de lois et de devoirs nouveaux ! Que de rites majestueux el de solennités ! Mais, comment les observer, s'il n'en donne luimême l'exemple? Sa présence peut seule en préparer, en faciliter l'accomplissement. De là vient cet adage de tous les siècles : Les voies de la perfection ne seront fréquemment parcourues, qu'alors que le Saint des saints les aura consacrées en y imprimant ses pas. Les peuples se prosterneront devant lui; en le voyant, en l'écoulant, ils seront convaincus, et tous ensemble n'auront plus qu'une voix pour chanter ses louanges. L'univers retentira du brait de son nom, sera rempli de sa magnificence. La Chine verra les rayons de sa gloire parvenir jusqu'à elle ; ils pénétreront chez les nations les plus sauvages, dans les déserts les plus inabordables, ou dans les lieux que ne peut visiter aucun vaisseau. Dans i'un et dans l'autre hémisphère, de l'une à l'autre extrémité de la mer, il ne demeurera aucune région, aucun parage , aucun pays, éclairés par les astres, humectés par la rosée, habités par les hommes, où son nom ne soit béni et honoré. » (Mémoires concernant les Chinois.)

t Le grand commentaire sur le Chou-King, uu de leurs autres livres classiques, s'exprime ainsi : < Le « Tien est le Saint des saints invisible; le Saint des t saints es; le Tien rendu visible pour instruire les « hommes. > Et l'explication de l'Y-King dit : « tJu < homme d'une certaine nature est le Tien, et le Tien i est un homme d'une certaine nature (a). » — Les anciens sages de la Chine nomment le Saint des saints, l'homme, l'homme le plus grand, le plus beau des hommes, l'homme par excellence, l'homme miraculeux, le premier-né; il renouvellera l'univers , changera les mœurs, expiera les péchés du monde , mourra accablé de douleur et d'opprobre, ouvrira la porte du ciel. — Peut-on, de nos jours, et sans prononcer son nom, désigner Jésus-Christ d'une manière plus positive? peut-on en parler d'une manière plus sublime? Or ce Saint des saints, qui voit tout, qui connaît tout, qui est un avec D.eu, a paru ou paraîtra à l'occident de la Chine. Assurément, en se rendant visible, en devenant homme, le Tien a revêtu l'humanité. La secte de Fo se sert d'un signe

(a) Ce mot, si souvent répété en cet endroit, ne saurait signifier ici le ciel matériel. Comment , eu eilVt , le ciel matériel peut-il devenir visible , peu'.-il devenir homme ? Cornmeut le Saint des saints qui doit naître à l'occident de la Chine, peut-il ne taire qu'un avec lai? Comment peut briller sa sagesse, et l'avenir se dé\oiler ii ses yeux ? Comment aussi des ignorants, capables a peine de balbutier que'ques mots chinois, ont-ils pu faire aux jésuites lia crime du dire Tiou avec ces peuples, lorsqu'ils voulaient, parler de Dieu ? Le mot Tien signifie le ciel, mais il signifie encore l'Iitre suprême. [Note de Schmilt.)

Page 1