VI. Apparition du christianisme
t Au milieu du xvn- siècle, à l'aide des missionnaires catholiques et particulièrement des jésuites, l'Evangile trouva accès en Chine. L'empereur Xun- Chi protégeait les missionnaires, les jésuites surtout qui, par leur éducation, leurs mœurs austères, leurs connaissances en physique et en mathématiques, se concilièrent rattachement de la cour impériale. Mais à la mort de ce monarque, et sous le gouvernement des ministres qui administraient pendant la minorité de son successeur, les choses changèrent. L'influence des jésuites sous le règne précèdent leur avait fait des ennemis et les exposa à des persécutions. Quelques-uns furent bannis, d'autres mis à moi t. — Mais quand l'empereur Kang-Hi commença à régner par lui-même à sa majorité, en iCG'J, la mission en général, les jésuites en particulier, éprouvèrent un meilleur traitement. Cet empereur lit venir d'Europe un plus grand nombre de jésuites, les honora à sa cour des premières dignités, Jeur cou lia les plus importantes attires de l'empire, leur lit bâtir une superbe église à proximité du palais, déclara la religion chrétienne innocente, et permit à ses su- ; jets de l'embrasser. Sous quelques empereurs qui ' lui succédèrent, les chrétiens souffrirent d'horribles persécutions, quelquefois d'après leurs ordres directs et dans toute l'étendue de l'empire ; plus souvent , isolément dans les provinces, de la part des mandarins (gouverneurs). Ceux ci sont- ils ennemis des chrétiens, ils remettent en vigueur les lois qui les proscrivent, et que les mandarins animés d'un autre esprit laissent dormir dans les districts confiés à leurs soins. »
c'est là que les religieuses chantent l'office. Bingham (Orig. ecclés., 1. vin, c. G, § 7) , a prouvé par plusieurs anciens monuments, quedansles premiers siècles le chœur des églises était réservé au clergé seul ; qu'il n'était permis aux laïques d'approcher de l'autel que pour faire leur offrande et pour recevoir la communion. Cette enceinte est souvent nommée adytum , lieu où l'on n'entre point. Quand on compare le plan des anciennes basiliques avec le tableau des assemblées chrétiennes , tracé par saint Jean dans VApoca'ypse, c. iv et v, on voit que cette discipline venait des apôtres ; l'empereur Julien , quoique apostat, la respectait. Saint Ambroise ne permit point à l'empereur Théodose de se placer dans le chœur de l'église de Mil in : l'entrée du sanctuaire était surtout interdite aux femmes; les laïques, sans distinction, devaient se lenirdans la nef pendant les saints mystères : preuve irrécusable, contre les protestants, de la distinction qui a régné entre les prêtres et les laïques , dès l'origine du christianisme , et de l'idée que l'on attachait à l'auguste sacrifice des autels. — Mais lorsque les barbares se furent rendus maîtres de l'Occident, ils portèrent dans la religion leur caractère hautain, militaire et féroce; ils entrèrent dans les églises avec leurs armes, qu'ils ne quittaient jamais; ils prirent les places du clergé, et ne respectèrent aucune loi. Les possesseurs des moindres fiefs suivirent l'exemple des princes, et prétendirent au même privilège; une place dans le chœur devint un droit seigneurial. Aujourd'hui encore un seigneur de paroisse ne se contente pas de l'occuper; mais sa femme , ses enfants , ses laquais, ses servantes , ont l'impudence de s'y placer; et si les pasteurs s'y opposaient, ils seraient condamnés dans tous les tribunaux.
Les évêques de l'Eglise primitive, les disciples des apôtres, seraient bien étonnés si, revenus au monde, ils voyaient, dans les jours les plus solennels, le sanctuaire des églises occupé par des soldats armés, qui s'y conduisent à peu près comme dans un camp, et comme s'ils venaient faire la guerre à Dieu, les laïques et les femmes approcher du saint autel avec aussi peu de respect que d'une table profane , étouffer les sentiments de religion par orgueil cl par curiosité. Tremblez de respect à la vue de mon sanctuaire; je suis le Seigneur (Levit. xxvi,2). On ne se souvient plus de cette leçon.
Parmi les lettres de Julien , il en est une adressée à Arsace, souverain pontife de Galalie, qui est une censure sanglante de nos mœurs. « Lorsque les gouverneurs , lui ditil , viendront aux temples , on ira les recevoir dans le vestibule. Qu'ils ne s'y fassent point accompagner par des soldats , mais qu'il soit libre à qui voudra de les suivre. Dès qu'ils mettent les pieds dans le temple , ils deviennent de simples particuliers. Vous seul avez droit d'y commander, puisque les dieux l'ordonnent ainsi. Ceux qui se soumettent à celte loi font voir qu'ils ont véritablement de la religion ; les autres , qui ne
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veulent pas se dépouiller un moment de leur faste el de leur grandeur, sont dos hommes superbes , remplis d'une solte vanité. "(Lettre 49 ). — Nous ne faisons poinl ectte remarque pour censurer nos lois civiles ; nous savons qu'elles ont été l'ouvrage des circonstances, et souvent de la nécessité, qui est la plus foi te de toutes les lois ; mais il est toujours utile de rappeler le souvenir de l'ancienne discipline, parce que c'est un monument de la croyance primitive.
Choeur des Anges. Voy. Anges.
CHOIX, élection de Dieu. Selon les monuments de la révélation , Dieu a ch nsi Abraham pour se faire connaître à lui plus parfaitement qu'aux autres hommes; il a choisi la postérité de ce patriarche pour en faire son peuple particulier; il nous a choisis nousmêmes pour nous rendre , par le baptême , ses enfants adoplifs. Ce choix de la part de Dieu est-il , comme le prétendent les incrédules, un trait de partialité, une aveugle prédilection, une injustice?
On pourrait le dire , si la grâce que Dieu a faite à Abraham avait dérogé en quelque chose à celles qu'il accordait aux autres hommes ; si , en adoptant les Israélites , il avait absolument abandonné les autres peuples; si les grâces dont il a daigné nous combler, diminuaient la mesure de celles qu'il veut départir aux infidèles : mais qui a jamais osé l'écrire ou le penser? Dieu , maître absolu de ses dons , soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce, peut, sans injustice , mettre dans la distribution qu'il en fait telle inégalité qu'il lui plaît. Un infidèle, qui a reçu moins de grâces qu'un chrétien , n'a pas plus de droit de se plaindre , qu'un homme disgracié par la nature ne peut accuser Dieu, parce qu'il a donné à un autre homme une âme plus belle , uu esprit plus pénétrant, un cœur plus noble, etc. Dans l'une et l'autre espèce de bienfaits , tous sont absolument gratuits. — La justice de Dieu est à couvert de blâme, parce qu'elle ne fait rendre compte à chacun que de ce qu'il a reçu ; sa bonté est justifiée , puisqu'il n'est aucune créature à laquelle il n'ait fait du bien , plus ou moins. La sagesse divine brille dans cette conduite ; puisque par cette diversité même elle conduit toutes choses à leurs fins. 11 n'y aurait plus ni dépendance , ni besoins mutuels, ni société entre les hommes, 6'i'ls étaient tous égaux , tous doués des mômes qualités, tous favorisés des mêmes avantages: l'égalité parfaite qu'exigent les incrédules, n'est dans le fond qu'une absurdité.
L'objection des déistes contre la révélalion, contre la dispensation des grâces surnaturelles , est donc précisément la même que celle des alliées contre la conduite de la Providence dans la distribution des dons do la nature : les uns cl les aulrcs se fout une idée fausse de la bonté , de la justice , de la sagesse de Dieu; ils ne s'entendent pas euxmêmes. Us demandent pourquoi Dieu est appelé par les Ecritures sacrées le Dieu d'/sratl, le Dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob; n'esl-il doue pas le Dieu de tous les peuples
el de tous les hommes? Il est sans doute leur créateur, leur bienfaiteur, leur souverain Seigneur, mais tous ne l'ont pas reconnu comme tel, puisque la plupart ont adoré des dieux qu'ils avaient forgés eux-mêmes.
Abraham et ses descendants, mieux instruits, n'ont rendu leurs hommages qu'au vrai Dieu; il a donc été leur Dieu par préférence, et dans le même sens qu'il est encore le Dieu des chrétiens , parce que nous n'en connaissons point d'autre.
Toute la question est donc réduite à savoir si Dieu n'a pas donné à tous les hommes , sans exception, les moyens de le connaître , et s'il n'a pas tenu à eux de l'adorer : or l'Ecriture nous atteste que Dieu s'est révélé et manifesté à tous les hommes par les ouvrages de la création, par les lumières de la raison, par les leçons de leurs premiers pères , par le témoignage de la conscience , par les bienfaits et les châtiments qu'il leur a départis. Les incrédules ont donc tort de supposer que Dieu a délaissé , abandonné , méconnu aucune de ses créatures. Voy. Inégalité, Bienfaits de Dieu, Justice de Dieu, etc.
* CHOLERA-MORBUS. Celle maladie terrible, qui a décimé l'Europe il y a dix-neuf ans et qui continue ses ravages aujourd'hui, affligeait aussi le peuple juif et pesait comme une malédiction sur les inlempéranis. Voici deux passages de l'Ecriture sur celle eflïuyante maladie : Quam suj'ficiens eslhomini erudito vinum exiguum! et in dormieudo non laborabisab Mo, non senties dolorem ; vigiHa, choléra et tortura viro infrunilo ( Eccli. xxxi, ±2, fb ). Noli aviclus esse in omnï epulalione , et non le effundas super omnem escam ; in multis enim escis erit infirmant, et avidïtat approp nquabil usque ad ciioleram. Propler crapulam multi obieruni ; qui autem abstinens est , adjiciel vitam ( Eccli. xxxvn, 52, 54 ).
CHORÉVÈQUE. On appelait ainsi autrefois un prêtre qui exerçait quelques fonctions épiscopales dans les bourgades et les \ illages , et qui était censé le vicaire de l'évêque. Ce nom vient de x^/ao,-, région, contrée. 11 n'en est pas question dans l'Eglise avant le concile d'Antioche, tenu en 341), qui fixa les limites de la juridiction des chorécéques; le concile de Riez, qui réduisit Anuenlarius à cette dignité, l'an 43(J, est le premier concile d'Occident qui en ait parlé. Le pape Léon 111 voulait abolir ce titre : ii en fut empêché par le concile de Ratisbonne.
Les chorévétjues n'avaient pas tous reçu l'orlination épiscopale , mais seulement un degré de juridiction sur les autres prêtres; ils pouvaient cependant ordonner des clercs mineurs et des sous-diacres, et donner, conjointement avec l'évêque diocésain, le diaconat et la prêtrise. Ceux qui, dans l'Occident , voulurent s'attribuer toutes les fonctions épiscopales , furent réprimés ; on les supprima entièrement au x' siècle; on leur substitua les archiprèlres et les doyens ruraux. Aujourd'hui quelques évéques dont le diocèse est fort étendu , ont des vicaires généraux chargés de faire plusieurs fondions épiscopales dans une partie do leur territoire : tels sont en France les grands vicaires de Pontoiie cl de Moulins. Le premier des sous diacres de Saiul-Martin d'Urcthl , 1<
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premier chantre des collégiales de Cologne , ei quelques dignitaires des chapitres de Trêves, ont le titre de chorévéques , et font les fonctions des doyens ruraux. Bingham [Orig. ecclés. , I. il, c. ik, § 4 ) pense , comme plusieurs autres théologiens anglicans, que tous les chorévéques avaient reçu l'ordination épiscopale; mais les preuves qu'il en donne ne sont pas sans réplique. — Mosheim fait remonter plus haut l'origine des chorévéques ; il la rapporte au ier siècle (llisl. ecclés., ier siècle, second, part., chap. 2, § 13; Inst. Hist. christ. , seconde part. c. 2 , § 17). Les évêques , dit-il , établis dans les villes , avaient, soit par leur ministère, soit par celui de leurs prêlres , fondé de nouvelles église s dans les villes et les villages voisins ; elles rotèrent sous l'inspection des évêques desquels elles avaient reçu l'Evangile. Mais à mesure que leur nombre augmenta, elles formèrent des espèces de provinces ecclésiastiques, auxquelles les Grecs donnèrent, dans la suite, le nom de diocèses. Comme l'év.êque delà ville principale ne pouvait veiller seul sur cette quantité d'églises répandues dans les villes et les villages, il établit , pour instruire et gouverner ces nouvelles sociétés, des suiïraganls ou dépulés , auxquels on donna le liire de chorévéques, ou d'évêques de campagne. Ils tenaient un rang mitoyen entre les évêques et les prêtres ; ils étaient inférieurs aux premiers , et supérieurs aux seconds. Selon celte noiion , les chorévéques , dans l'origine , étaient les pasteurs du second ordre, qui, dans la suite, ont été nommés curés, lorsqu'ils ont été attachés par un titre perpétuel à une église particulière : mais il paraît que, dans la première institution , c'étaient plutôt des missionnaires de campagne que des curés. — Sous le ive siècle, Mosheim prétend que les évêques exclurent enlièrement le peuple de toute administration dans les affaires ecclésiastiques , qu'ils dépouillèrent même les prêtres de leurs anciens privilèges et de leur autorité primitive, afin de n'avoir plus personne qui pût s'opposer à leur ambition, et afin de pouvoir disposer à leur gré des bénéfices et des revenus de l'Eglise ; qu'ils supprimèrent les chorévéques dans plusieurs endroits, dans la vue d'étendre leur propre puissance et leur juridiction (ive siècle, seconde part., c. 2, § 2 et 3).
Ce reproche nous paraît une pure imagination. 1° C'est mal à propos que Mosheim suppose que pendant les trois premiers siècles le peuple avait part à l'administration des affaires ecclésiastiques ; il eit prouvé , par les Epîires de saint Pau!, par les canons des apôtres, par ceux de plusieurs conciles, par le témoignage des écrivains ecclésiastiques, que celle administration a toujours été la fonction des évêques. Voy. Autorité e:-
CLESUSTIQUE, EvÊQlE, HlERARCFHE , CtC.
2° Il n'y a aucune preuve que pendant ces trois siècles les simples prêtres aient eu plus d'autorité qu'ils n'en eurent au quatrième; le contraire paraît supposé par Mosheim luimême, qui dit que pendant ce siècle les prê-
tres et les diacres poussèrent leur ambition et leurs prétentions aux derniers excès , (Ibid., § 8). Les évêques pouvaient-ils éiendre leur autorité en même temps que les ministres inférieurs travaillaient à augmenter la leur? Si les premiers s'y opposaient , cela ne prouve pas qu'ils aient dépouillé les prêtres de l'influence qu'ils avaient eue auparavant dans les affaires ecclésiastiques. 3° C'est au contraire pendant le iv siècle que les chorévéques , ou pasteurs des églises de la campagne, paraissent être devenus titulaires et inamovibles, au lieu qu'ils ne l'avaient pas été auparavant. Mais la prévention des protestants contre le gouvernement hiérarchique leur fait confondre toutes les époques , et embrouiller tous les faits de l'histoire ecclésiastique.
Il est bon de se souvenir que les chorévéques ne sont pas la même chose que les co~ évêques ou suffragants. Voy. Coé\êque.
CHREME, terme formé de xpi.crpc/., onction, est une composition d'huile d'olives et de baume , consacrée par l'évêque , le jeudi saint, de laquelle on se sert dans l'administration du baptême, de la confirmation et de l'ordre. Pour l'extrême-onction , on se sert d'huile seule, bénite aussi par l'évêque pour cet effet. Les Grecs nomment le saint-chrême, myron, onguent, parfum.
Les maronites, avant leur réunion à l'Eglise romaine, employaient dans la composition de leur chrême, l'huile, le baume , le musc, le safran, la cannelle, les roses , l'encens blanc et d'autres drogues. Le P. Dandini, jésuite, envoyé au mont Liban en qualité de nonce du pape , en 1556 , ordonna , dans un synode , que le saint-chrême ne fût à l'avenir composé que d'huile et de baume.
Co nme l'onction du saint chrême est censée faire partie de la matière du sacrement de confirmation , l'évêque seul a le pouvoir de la faire , aussi bien que celle dont on se sert dans l'ordination ; mais c'est le prêtre qui la fait dans le baplême et dans l'extrême • onction. — Autrefois les évêques exigeaient du clergé, pour la confection du saint-chrême une contribution qu'ils appelaient denarii chrismales ; à présent on tire seulement une légère rétribution des fabriques, en leur distribuant les saintes huiles dans la plupart des diocèses. Voy. l'Ancien Saéramentaire , par Grandcolas , seconde partie, p. 103. — La bénédiction ou consécration du chrême , qui sert de matière à plusieurs sacrements , est un témoignage de la croyance de l'Eglise, et des effets qu'elle attribue à ces augustes cérémonies ; on le voit par le Pontifical romain, où se trouve la formule dont l'évêque se sert. Les protestants n'ont pas manqué de tourner en ridicule cet usage, et de le traiter de superstition ; il est cependant très-ancien, puisqu'il a été conservé par les sectes de chrétiens orientaux qui se sont séparés de l'Eglise romaine depuis plus de douze cents ans. Il n'y a pas plus de superstition dans cette cérémonie, que dans l'action de Jésus-Christ, qui se servit de boue et de crachat pour rendre la vue à un avcuglc-ué
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(Joan. ix , 6 ). — La Crozc , dans son Histoire du christianisme des Indes, tome I r, p. 308 , prétend que les Arméniens regardent la bénédiction du myron ou du snintcliréme , comme un sacrement, et qu'ils attribuent à cette action la même vertu qu'à la consécration de l'eucharistie, il cite en preuve une homélie de Grégoire de Naréka, docteur de l'Eglise arménienne , qui a vécu au x' siècle, et un'passage de Vardanès, autre docteur arménien , du xin% où il dit : « Nous voyons des yeux du corps, dans l'eucharistie, du pain et du vin, et par les yeux de la foi ou de l'entendement, nous y concevons le corps et le sang de Jésus-Christ : de même que dans le myron nous ne voyons que de l'huile ; mais par la foi nous y apercevons l'Esprit de Dieu. » Donc, dit La Croze, tou9 les Arméniens admettent un sacrement inconnu dans l'Eglise romaine, ou , selon leur opinion, il no se fait pas plus de transsubstantiation dans l'eucharistie par la consécration, que dans le myron par la bénédiction. — Voilà sans doute un fort argument ; mais est-ce de deux docteurs trèsmodernes, et qui ne paraissent pas fort habiles théologiens , que nous devons apprendre quelle est la croyance de l'Eglise arménienne ? Les livres liturgiques de cette Eglise, et les professions de foi de ses évoques , nous paraissent des preuves plus solides de sa doctrine , que les écrits de deux particuliers ; on peut voir ces preuves dans le premier et le troisième tome de la Perpétuité delà Foi, et dans le P. Lebrun, tomeV. Tout ce qui s'ensuit du passage de Vardanès, est que la comparaison qu'il fait entre l'eucharistie et le myron n'est pas fort exacte ; elle signifie seulement que par l'onction du sa'mt-chréme nous recevons la grâce du Saint-Esprit aussi réellement que nous recevons le corps et le sang de Jésus-Christ par l'eucharistie, et telle est aussi la doctrine de l'Eglise romaine. 11 n'est pas plus besoin pour cela d'une transsubstantiation dans le saint-eftr^me , que dans l'eau du baptême pour effacer le péché originel. Ce n'est point sur l'effet que produit l'eucharistie que nous fondons le dogme de la transsubstantiation, mais sur les paroles de Jésus-Christ. — Au reste, cette remarque de La Croze n'est pas la seule dans laquelle il a montré fort peu de justesse et de sagacité. Voy. Arméniens. CHUÉMEAU, bonnet ou béguin de toile blanche que l'on met sur la tête des enfants après le baptême, pour tenir lieu de la robe blanche, symbole de l'innocence, dont ou revêtait autrefois les catéchumènes, après les avoir baptisés. Cette robe blanche était un témoignage des effets que l'on attribuait au baptême. Si l'on avait pensé, comme les protestants, que ce sacrement n'a point d'autre vertu que d'exciter la foi, on n'y aurait pas ajouté un symbole de la pureté de l'âme qu'avait reçue le baptisé.
CHRÉTIEN, en parlant des personnes, signifie un homme qui est baptise, et l'ail profession de suivre la doctrine de .lésws- Cluïsi ; en parlant des choses, il signifie ce
qui est conforme à cette doctrine : ainsi l'on dit, un discours chrétien, une vie chrétienne, etc.
Ce fut dans la ville d'Antioche, vers l'an ' k\, que les disciples de Jésus-Christ furent nommés chrétiens. On les nommait encore élus, frères, saints, croyants, fidèles, nazaréens ou purifiés, jesséens, ('x0û,-, mot formé des lettres initiales des litres de Jésus- Christ, 'iuo-ov?, Xp (tto,- , 0coO Xiiç , leoTÀp, Jésus, Christ, Fils de Dieu, Sauveur ; gnostiques, intelligents ou illuminés, théophores, et christophores, temples de Dieu et de Jésus-Christ, quelquefois même christs, consacrés à Dieu par une onction sainte. Il n'est pas sûr que Philon les ail désignés sous le nom de Thérapeutes. Voy. ce terme. — Les païens, par haine, les chargèrent do noms injurieux ; ils les nommèrent imposteurs, magiciens, juifs, galiléens, sophistes , athées , parabolaires ou parabolins , c'est-à-dire, désespérés, à cause du courage avec lequel les chrétiens bravaient la mort ; biothanati, gens qui vivent pour mourir ; sarmentitii, hommes qui sentent le fagot ; semiassi, dévoués au gibet, etc. Les hérétiques firent de même, en nommant les catholiques, simples, alléyorisles, anthropolâtres ou adorateurs d'uu homme, etc.
Aujourd'hui les incrédules veulent se prévaloir de cette prévention des païens : ils prétendent la confirmer par des calomnies. Ils disent que les premiers qui ont cru eu Jésus-Christ étaient la lie du peuple, ce qu'il y avait de plus vil chez les Juifs et chez les païens, par conséquent, des ignorants et des fanatiques; que la plupart ont été mis à mort pour leurs crimes et leur caractère séditieux, et non pour leur religion; que quand ils sont devenus les maîtres, ils ont usé de représailles envers les païens et leur ont rendu avec usure les cruautés qu'ils en avaient essuyées. 11 est important de réfuler ces trois accusations. — Avant de prouver le contraire, observons d'abord que le prodige de l'établissement du christianisme ne serait pas moins grand , quand même il n'aurait été embrassé d'abord que par le peuple: les ignorants et les pauvres sont plus portés à la superstition que les hommes instruits et d'une condition honnête; les premiers par conséquent ont dû être plus attachés au paganisme que les seconds, el plus difficiles à convertir. — Nos adversaires d'ailleurs ont soin de se réfuler eux-mêmes. Ils disent qu'un des attraits qui ont le plus contribué à la propagation de l'Evangile, sont les aumônes abondantes des premiers chrétiens; mais si tous avaient été de la lie du peuple, où auraienl-ils trou\é de quoi faire l'aumône?
Venons aux preuves positives de la fausseté de leurs reproches. — i° Dans la Judée, saint Jean-Baptiste, Nicodème, Joseph d'Arimathic, Lazare, Zachée, le prince de Capharnaum dont Jésus-Christ guérit le fils, Jaire, dont il ressuscita la (illo, crurent en lui avec, leur famille. Ce n'étaient point là des hommes de la lie du peuple ni des i^uo