‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 139 sur 183 · OIR · texte numérisé non relu

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rants. Après la résurrection de Lazare , plusieurs des principaux Juifs firent de même (Joan. xi, 45 ; xv, 42). Après la descente du Saint-Esprit, saint Paul et Gamaliel son maître, un grand nombre de prêtres et de pharisiens, étaient au nombre des fidèles (Act. iv, 34, 39; vu, 7 ; xv, 5). Ce sont autant de témoins oculaires de ce qui s'était passé à Jérusalem. Dira-t-on qu'ils étaient la plus vile partie du peuple? — Le centurion Corneille, l'eunuque de la reine Candace, Sergius-Paulus, proconsul de Chypre, les principaux Juifs de Bérée, Denis d'Athènes, Crispus, chef de la synagogue de Corinthe, Apollo, Céphas , Timolhée, Tite, disciples de saint Paul, n'étaient ni des hommes de la lie du peuple, ni des ignorants; les principaux de l'Asie étaient ses amis (Act. xix, 19, 26, 31). Hermas, saint Clément, saint Ignace, saint Polycarpe, ceux auxquels les apôtres ont écrit, étaient certainement des hommes lettrés. A Rome, saint Paul eut des prosélytes, non-seulement parmi les principaux Juifs, mais dans lcpalais desempercurs. Selon les auteurs profanes , Flavius-Clément, parent de Domitien, Domililla, sœurde cet empereur, le consul AciliusGlabrio, Pomponia Grsccina, et d'autres personnes du premier rang, avaient renoncé au paganisme.

La plupart des leçons que saint Paul fait aux fidèles dans ses lettres, ne peuvent être applicables qu'à des hommes d'une condition relevée, et instruits dans les sciences humaines. — Dans le iîe siècle, Quadratus, Mélilon, Hégésippe, Athénagore, saint Justin, Tatien, Hermias, Théophile d'Antioche, Apollinaire d'Hiéraples, Denis de Corinthe, Polycrate d'Ephèse, Pan'œnus, saint Irénée, Clément d'Alexandrie, etc., ont fait honneur au christianisme par leurs ouvrages aussi bien que par leurs vertus. Les Pères de l'Eglise du ine et du ive siècle ont été les plus savants écrivains de leur temps. — 2° A l'article Marti rs, nous prouverons que les chrétiens ont été mis à mort pour leur religion seule, et non pour aucun crime ni aucun acte de sédition; mais nous pouvons nous borner d'avance au témoignage de ceux mêmes qui ont affecté de les mépriser. Tacite ue leur reproche point d'autre crime que leur superstition, et d'être haïs du genre humain (Annal., 1. xv, n°6). Pline, après les perquisitions les plus sévères, atteste qu'il n'a découvert en eux qu'une superstition grossière et opiniâtre, lib. x, epist. 97. L'empereur Anlonin, dans son rescrit aux étals de l'Asie, rend justice à l'innocence de leurs mœurs (Saint Justin, Apol. i, n. 69 et 70). Julien, acharné à les calomnier, est forcé de faire l'éloge de leur charité, et de leur attribuer au moins l'apparence de toutes les vertus (Lettre kd à Arsace). Celse, après leur avoir reproché leur incrédulité, leur aversion pour le paganisme, leur fureur de courir à la mort, leur zèle à faire des prosélytes, convient qu'il y a parmi eux des hommes graves, intelligents et instruits (Orig., contre Celse, 1. i, n. 27, elc). De pareils aveux, faits par des ennemis déclarés,

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nous paraissent une assez bonne apologie contre les calomnies des incrédules. — 3° Pour pouvoir accuser les chrétiens de vengeance et de cruauté envers les païens, les incrédules ont eu recours à des expédients singuliers. Ils leur attribuent les cruautés de Liciuius leurpersécuteur. On saitque c'est ce moiistre qui fil jeter dans l'Oronte la femme de Ma&imin son ennemi, fit massacrer ses enfants, fit égorger dans l'Egypte et dans la Palestine les magistrats qui avaient suivi le parti de Maximin; c'est lui qui fit mourir le césar Valérius ou Valens qu'il avait créé lui-même, et le jeune Caudidien, fils adoptif de Maximien Galère, elc. : et l'on ose charger les chrétiens de ces crimes, affirmer qu'ils en sont les auteurs. Par un Irait de la même équité, l'on a répété vingt fois que Constantin fit triompher le christianisme par des édits sanglants, par des violences et des cruautés inouïes exercées contre les païens. Il est cependant incontestable que les premiers édits de Constantin accordaient seulement la tolérance aux chrétiens, que les suivants établirent des peines contre les crimes des païens, et non contre leur religion, que la plupart de ces édits ne furent pas exécutés. On ne peut pas citer l'exemple d'un seul païen mis à mort pour avoir persévéré dans le paganisme.

Voy. Mém. des Inscript., tome XXII in- 12, p. 350 ; tome XV in-h\ p. 94.

Enfin, nos adversaires ont trouvé bon d'attribuer aux chrétiens les violences et les fureurs que les ariens exercèrent contre les catholiques sous les règnes de Constance, do Julien, de Valens, qui favorisèrent l'arianisme ; comme si celte hérésie n'avait pas été un véritable antiehrislianisme. De pareilles impostures ne feront jamais honneur à ceux qui y auront recours. — Nos anciens apologistes, saint Justin, Origène, Tertullien, saint Cyrille, ont défié les païens de reprocher aux chrétiens un seul acte de sédition ou de révolte, un seul crime avéré; et cela dans un lemps ou l'empire, déchiré par des guerres civiles, dévasté par des usurpateurs, désolé par des tyrans, ne préscniait qu'un tableau de forfaits. Un troupeau de fanatiques imbéciles, d'ignorants abusés par des imposteurs, d'hommes sans aveu et sans mœurs, a-l-il pu se trouver tout à coup doué de toutes les vertus? Voilà l'argument auquel nos anciens ennemis n'ont pu répondre, et que les calomniateurs moderne» ne détruiront jamais.

Nous convenons que les Juifs et les païens se sont souvent réunis pour accuser les chrétiens des plus grands crimes. On publia que dans leurs assemblées ils égorgaienlun enfant, le mangeaient, se souillaient pardes impudicités abominables ; le peuple en étail persuadé. On les accusait d'être magiciens, parce qu'il se faisait parmi eux des miracles ; on leur attribuait les fléaux de la nature et les désastres de l'empire: nos anciens apologistes furent obligés de répondre sérieusement à tous ces reproches dictés par les fureurs du fanatisme. — Mais Tacite,

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IMinc, Antonin, Celse, Lucien, Julien, Libanius, n'ont rien trouvé de semblable, et n'en ont rien cru. Pline avait fait mettre à la torture plusieurs chrétiens pour savoir la vérité, et il les jugea exempts de crime; ceux mêmes qui avaient apostasie, protestèrent qu'ils n'avaient rien vu que d'innocent dans la religion chrétienne.

On prétend que les chrétiens excitèrent la haine dos magistrats et du gouvernement, parce qu'ils voulaient se rendre indépendants de l'autorité civile, que telle était l'ambition de leurs pasteurs. Cependant il n'est parlé de cette ambition prétendue, ni dans les raisons que donne Tacite de la persécution de Néron, ni dans la lettre de Pline, ni dans la réponse de Trajan, ni dans les édils des empereurs, ni dans les interrogatoires des martyrs, ni dans les plaintes de nos apologistes. Tertullicn défiait les magis» trais de citer un seul trait d'indépendance, de révolte, de désobéissance de la part des chrétiens ; ils ne violaient qu'une seule loi, celle qui ordonnait d'adorer les dieux de l'empire.

La plupart de nos adversaires jugent que la morale de l'Evangile, loin de favoriser l'indépendance, est au contraire trop favorable aux princes et aux chefs des nations ; « lie commande l'obéissance passive, elle tend à rendre les peuples esclaves. Selon eux, c'est un des motifs qui portèrent Constantin à favoriser le christianisme ; il jugea que les principes de cette religion étaient les plus convenables à son autorité despotique. Il était donc bien convaincu que les chrétiens ne voulaient ni se rendre indépendants de l'autorité civile, ni attribuer à leurs pasteurs une juridiction contraire à celle du souverain. Les mêmes accusateurs ont écrit plus d'une fuis que c'est Constantin lui-même qui accorda aux évêques un pouvoir excessif et une partie de l'autorité des magistrats, que c'est lui qui a excité et nourri l'ambition du clergé. 11 est donc bien certain qu'avant celte époque les pasteurs de l'Eglise n'avaient pensé ni à se rendre indépendants, ni à s'emparer de l'autorité civile.

C'est ainsi que nos adversaires se réfutent eux-mêmes, et font, sans le vouloir, l'apologie de notre religion. — Si l'on veut savoir quels ont été les chrétiens dans les différents siècles, il faut consulter l'ouvrage deM. Fleury, intitulé Mœurs des chrétiens ; il n'avance rien que sur de bonnes preuves, et il développe avec beaucoup de sagacité les causes qui oui influé sur les mœurs des peuples de I Europe, depuis qu'ils sont devenus chrétiens. Cependant il faut se souvenir que les exemples cités par M. Fleur; ne sont pas toujours une règle générale ; dans les siècles les plus purs , il n'a pas laissé d'y avoir des chrétiens très-virieux, et dans les âges les plus corrompus, on a toujours vu »les exemples de vertu héroïque. Aujourd'hui même, malgré la perversité du grand nombre, il n'est pas rare de trouver Av* .ldieB vraiment chrétiennes , et dont les

mœurs sont dignes des plus beaux siècles de l'Eglise.

On jugerait fort mal du caractère et de la conduite des chrétiens en général , si l'on s'en rapportait au tableau qu'en a l'ait Mosheim dans les différents siècles de sou Histoire ecclésiastique ; il semble n'en avoir parlé que pour faire oublier le changement que le christianisme a opéré dans les mœurs des peuples qui l'ont embrassé, effet qui est l'une des preuves les plus sensibles de la divinité de notre religion, et sur laquelle tous nos apologistes ont insisté. Sous le icr siècle même, nc part., c. 3, § 9, il dit qu'on ne doit pas juger de la vie et des mœurs du corps des fidèles par les exemples éminents de sainteté que quelques-uns ont donnés, ou par les préceptes sublimes et les exhortalions de certains docteurs pieux, ni s'imaginer que l'on bannissait jusqu'aux apparences du vice et du désordre dans les premières sociétés chrétiennes ; que le contraire est prouvé par des témoignages. Mais il n'en a cité aucun. — Le meilleur témoignage que nous ayons de la pureté des mœurs des chrétiens du premier siècle est sans doute celui de saint Paul : or, après avoir censuré les vices qui régnaient parmi les païens, î'idolâlrie, la fornication, l'adultère, les péchés contre nature, l'avarice, l'intempérance, les emportements, la rapacité, il dit: Quelques-uns d'entre vous ont été coupables, mais vous êtes lavés, purifiés, sanctifiés au nom de Jésus-Christ et par l'Esprit de Dieu (I Cor. vi, 9). La rigueur avec laquelle il menace de traiter un incestueux nous paraît prouver que l'on ne souffrait aucun vice ni aucun désordre dans les premières sociétés chrétiennes. Si l'on ajoute à ce témoignage ce que disent saint Clément et saint Ignace dans leurs lettres touchant les mœurs des fidèies, la preuve de leur innocence nous semble complète.

Sous le ne siècle, il dit qu'à mesure que les bornes de l'Eglise s'étendirent, le nombre des personnes vicieuses et déréglées qui y entrèrent augmenta à proportion; nous pensons que celui des personnes vertueuses s'accrut encore davantage, et à plus forte raison. Quel molif auraient pu avoir des hommes vicieux d'embrasser le christianisme, dans le temps qu'il était persécuté et universellement détesté, et que ses sectateurs étaient continuellement exposés au supplice? Nous avons pour garants de la sainteté des mœurs des chrétiens de ce siècle, nonseulement saint Justin , Alhénagorc, saint Irénéc, saint Théophile d'Anlioche, qui oui délié les païens de reprocher aucun crime aux fidèles; mais la lettre de Pline à Trajan, le témoignage des apostats qu'il avait interrogés, celui de l'empereur Antonin dans son rescril aux états de l'Asie, et celui do Lucien dans sa relation de la mort de lViv grin.

Comme c'est par la discipline pénilentielle que les pasteurs de l'Eglise y entretenaient la pureté des mœurs, Mosheim a jugé qu'il èlait de son intérêt d'eu noircir l'origine.

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Selon lui, cette institution fort simple dans les commencements, s'altéra insensiblement par la multitude des cérémonies que l'on y ajouta, et que l'on emprunta, dit-il, de la discipline reçue dans les mystères du paganisme. Mais' les règles, les pratiques, les exemples de là pénitence n'étaient-ils pas assez clairement exposés dans les écrits des prophètes et des apôtres, sans qu'il fallût en chercher le modèle chez les païens ? Peut-on montrer, par des preuves positives, que l'on pratiquait dans les mystères du paganisme les mêmes choses que dans la pénitence, soit publique, soit particulière, des Gdèles du a" siècle? Mosheim en voulait surtout à la confession : or, elle est prescrite par saint Jacques, chap. v, v. 16, et par saint Jean (/ Joan. i, 9J. C'est ainsi que, par entêtement de secte, les protestants calomnient l'Eglise primitive. 11 reste à examiner, dit Mosheim, s'il convenait ou non d'emprunter des ennemis de la vérité les règles de cette discipline salutaire, et de sanctifier en quelque sorte une partie des superslilions païennes. Mais le premier examen à faire est de savoir si les pasteurs de l'Eglise ont véritablement commis cette faute, et c'est ce que l'on ne prouvera jamais. • — Le principal crime que Mosheim reproche aux chrétiens du ne siècle, ce sont les fraudes pieuses : à cet article, nous verrons ce qu'il en est.

11 n'a rien dit de particulier sur les mœurs de l'Eglise du m" siècle; il a senti que les ouvrages de Minutius Félix , de saint Clément d'Alexandrie, de Tertullien, d'Origène, et les exemples de fermeté que donnèrent saint Cyprien ei d'autres évêques, déposeraient contre lui. 11 a été forcé de convenir que la vigueur de la discipline pénilenlielle se conserva pendant toute la durée de ce siècle; mais il a exagéré sans raison le nombre des lapses ou de ceux qui succombèrent à la rigueur des persécutions. Voy. Lapses.

Au iv% il n'a pas ménagé les termes : on y trouve, dit-il, quelques personnes distinguées par leur piété, et d'autres souillées de crimes. Le nombre de chrétiens vicieux commença si fort à s'accroître, que les exemples d'une vraie piété, d'une solide vertu, devinrent extrêmement rares ; la plupart des érêques mon'rèrent à leurs troupeaux des exemples contagieux d'orgueil, de luxe, de mollesse, d'animosité et de plusieurs autres vices. La pénitence rigoureuse que l'on infligeait aux pécheurs scandaleux, n'avait pas lieu à l'égard des grands; il n'y avait que les personnes obscures et indigentes qui éprouvassent la sévérité des lois. — Il est cependant incontestable que le ive siècle a été le plus brillant de tous par la multitude des évêques qui ont honoré l'Eglise par leurs vertus aussi bien que par leurs talents; il sufûl de nommer saint Alhanase, saint Kasile, saint Cvrillc de Jérusalem, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Hilaire de Poitiers, saint Martin, saint Ambroise, etc. Sont-ce ces grands hommes qui ont donné à leurs ouailles des exemples d'orgueil, de luxe, de mollesse, d'animosité

et des autres vices? Presque tous avaient été élevés dans les austérités de la vie monastique, et l'admiration de leurs vertus a porté les peuples à leur rendre un culte religieux après leur mort. Mais quand ou commence par se faire une fausse idée de la vraie piété et de la solide vertu, il n'est pas étonnant qu'on la méconnaisse dans ceux mêmes qui en ont été les plus parfaits modèles. Ceux dont nous parlons n'ont pas pu souffrir les hérétiques, ils ont tonné et sévi contre eux : voilà, aux yeux d'un protestant, le crime qui efface et détruit toutes les vertus. Saint Ambroise défendit l'entrée de l'église à Théodose lui-même, coupable du massacre de Thessalonique; cela nous paraît prouver que la pénitence n'était pas réservée aux seules personnes obscures et indigentes. Lactance, Eusèbe, Arnobe, déposent de la différence qu'il y avait encore entre les mœurs des chrétiens et celles des païens : Julien lui-même, quoique apostat, fut forcé d'en convenir.

La liste des grands évêques du v siècle est pour le moins au^si nombreuse qu'au iv. Nous nous bornons à nommer saint Epiphane, saint Jean Chrysoslome, saint Sulpice- S.'vère, saint Augustin, saint Paulin, saint Isidore de Damiette, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Hilaire d'Arles, saint Lcon, et saint Jérôme, simple prêtre. C'est cependant à cette époque que, selon Mosheim, les vices du clergé furent portés à leur comble: calomnie que nous réfuterons au mot Clergé. Le livre de saint Augustin, île Moribus Ecclesiœ catholicœ, dépose hautement contre les préventions des hérétiques et des incrédules.— Nous convenons que l'irruption des barbares, qui arriva pendant ce siècle, causa une révolution fâcheuse dans les mœurs ; mais elle ne fut sensible que dans les siècles suivants. Voy. Barbares.

Que prouve la censure des vices que les Pères et les moralistes ont faite dans tous les siècles? Que notre religion nous enseigne une morale beaucoup plus sévère que celle des païens, qu'elle nous prescrit des vertus qu'ils ne connaissaient pas, et nous défend des vices dont ils ne faisaient aucun scrupule. La vie d'un honnête païen paraîtrait fort corrompue et fort scandaleuse dans un chrétien. Voy. Morale.

On demandera, sans doute, quel motif ont les prolestants de noircir les mœurs de l'Eglise dans tous les siècles ? C'est l'îutérêt de système. Il fallait répondre quelque chose aux catholiques qui ont comparé la conduite des prétendus réformateurs à celle des premiers fondateurs du christianisme, et les mœurs des sectaires avec celles des premiers fidèles. Pour pallier l'opprobre de la bienheureuse réformiition , nos adversaires ont été forcés de calomnier l'Eglise primitive, tant sur la doctrine que sur les mœurs. Voy. Ré formation. Peu leur importe de fournir des armes aux ennemis du christianisme, pourvu qu'ils inspirent des préjugés contre I Eglise catholique. Les écrivains sensés de l' Histoire ecclésiastique se sont alla-

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rhé3 à y montrer des vertus, persuadés de l'utilité de celte leçon ; les héreliques s'appliquent principalement à y trouver des vices, afin d'autoriser sans douie tous les hommes à les imiter, et d'ôter à noire religion l'une des principales preuves de sa divinité. — Les accusations qu'ils ont formées contre la croyance des premiers chrétiens, ne sont pas mieux fondées que celles qu'ils ont hasardées contre leurs mœurs. Mosheim (lnst. htst. christ., c. m, § 17) soutient que du temps même des apôtres, ou immédiatement après, les fidèles étaient imbus de plusieurs erreurs, dont les unes venaient des Juifs, les autres des gentils; il en conclut qu'il ne faut pas penser qu'une opinion tient à la doctrine chrétienne parce qu'elle a régné dans l'Eglise dès le ier siècle; qu'ainsi l'argument tiré de la tradition est absolument nul. 11 met ,\'u rang des erreurs judaïques l'opinion de la fin prochaine du monde, de la venue de l'Antéchrist, des guerres et des crimes dont il devait être l'auteur, du règne de Jésus-Christ sur la terre pendant mille ans, du feu qui purifierait les âmes à la fin du monde. Il attribue aux leçons des païens ce que l'on pensait au sujet des esprits ou génies bons ou mauvais, des spectres et des fantômes, de l'état des morts, de l'efficacité du jeûne pour vaincre les mauvais esprits, du nombre des cieux, etc. Il n'y a rien de tout cela, dit-il, dans les écrits des apôtres; c'est ce qui prouve la nécessité de nous en tenir à l'Ecriture sainte comme à la seule règle de croyance.

Ainsi, l'intérêt systématique conduit les protestants jusqu'à noircir les disciples des apôtres-, les incrédules ont fait un pas de plus; ils ont attribué ces erreurs aux apôtres mêmes. Bornons-nous à disculper les premiers chrétiens, nous justifierons les apôtres ailleurs. lu Mosheim n'a vu parmi les Juifs, avant le christianisme, aucun vestige ('es opinions judaïques dont il parle, et nous délions tous les critiques protestants d'en indiquer aucun; Mosheim convient, dans uu autre endroit, que l'on n'en raisonne que par conjecture. 2° Il observe lui-même, § 18, que les premiers chrétiens eurent plusieurs contestations avec les Juifs cl avec les païens entêtés de philosophie ; ils n'étaient donc rien moins que disposés à suivre les opinions des uns et des autres. 3" S'il entend que, dans le 1er et le ne siècle, quelques particuliers ont retenu des opinions judaïques ou païennes qui n'étaient contraires à aucun dogme de la foi chrétienne, nous ne disputerons pas contre lui; mais s il prétend que ces opinions étaient assez communes et assez répandues pour former une espèce de tradition, c'est une fausseté et une supposition contraire aux promesse . de Jésus Christ. Mosheim convient qu'alors le Saint-Esprit présidait encore à l'Eglise chrétienne pour opérer des miracles; y élail-il moins pour la préserver de l'erreur? Ji-0 S'il y a eu parmi les premiers docteurs chrétiens quelques opinions fausses on douteuses, nous suuteuons qu'ils les oui puisées dans une interprétation

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fausse de l'Ecriture sainte, et non dans aucune autre source. Ainsi quelques uns ont pu croire la fin du monde prochaine, à cause des paroles de Jésus-Christ [Matlh. xxiv, 3ï), de celles de saint Paul (/ Thess. iv, H), etc. Les incrédules nous objectent encore que Jésus-Christ et les apôtres ont annoncé la fin du monde, afin d'épouvanter leurs auditeurs. L'avénemcnt, le règne, les crimes de l'Antéchrist semblent prédits (// Thess. n, 2; 1 Joan. n, 18), etc.; plusieurs commentateurs le croient encore. Il en est de même du rèjne de mille ans (Apoc. xx, G et suiv.), et du feu purifiant (/ Cor. ni, 13; 7/ Pétri, m, 7 et 10), etc. Il n'a donc pas été besoin de consulter les Juifs sur tous ces articles. Voy. Antéchrist, Fin du Monde, Millénaires.

Quant aux opinions prétendues païennes, il n'est pas plus difficile d'en montrer la source dans nos livres saints; la distinction entre les bons et les mauvais esprits, entre les anges et les démons, y est clairement établie : on y a vu ce qui est dit des apparitions des anges aux patriarches, du soin qu'ils prennent des hommes et des nations, des leçons qu'ils ont données aux prophètes, etc. On y lit encore ce qui regarde le démon dans le livre de Job et dans celui de Tobie, dans l'Evangile et dans les Epîlres des apôtres; n'en était-ce pas assez pour faire raisonner sur la nature des bons et des mauvais esprits ? Il est parlé des fantômes ou des spectres [Matth. xiv, 20; Luc. xxîv, 37). La parabole du mauvais riche, la descente de J'sus-Christ aux enfers, les promesses de la résurrection générale, ont donné lieu à des conjectures sur l'état des morts, etc. L'utilité de l'abstinence, du jeûne, des mortifications, n'est point fondée sur des idées païennes, mais sur les leçons et sur les exemples de Jésus-Christ, de saint Jean- Baptiste, des apôtres et des prophètes. Y oyez AiiSTiNENCE, etc. Les anciens docteurs chrétiens, qui ont parlé de ces divers points de doctrine, ont cité l'Ecriture sainte, et non les traditions des Juifs ou les opinions des philosophes païens. 11 est même fait mention du troisième ciel (// Cor. xn, 2 et 4-); les incrédules n'ont pas oublié de le reprocher à saint Paul.

Nous avons donc ici trois sujets de reproche contre nos adversaires : le premier, de ce qu'ils osent taxer d'erreur des sentiments évidemment fondés sur l'Ecriture sainte; le second, de ce qu'ils attribuent aux Juifs et aux païens quelques opinions douteuses, qui viendraient plutôt d'une interprétation fautive du texte des livres saints, que de toute autre cause ; le troisième, de ce qu'ils tirent de là une conséquence tout opposée à celle qui s'ensuit naturellement. S'il est arrive aux premiers chrétiens d'entendre mal ce texte sacré, comment pouvaient-ils se détromper en s'y tenant attachés comme, à la seule règle de foi? Le seul moyen qu'ils avaient de sortir de l'erreur était évidemment de consulter la croyance commuée des Eglises apostoliques ; c'esl aubji ce que l'on a lait pour di&ccruei la vraie

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