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suprême, ou l'adoration proprement dite, qui n'est due qu'à Dieu seul, et le culte relatif et inférieur que l'on rend aux saints, aux images et aux reiques;ils le fondent sur la pratique constante et universelle de l'Eglise, contre laquelle les sophismes de Claude de Turin et ses déclamations ne prouvaient rien du tout. Voy. Fleury, Ilist. ecclés., liv. xlvi, §20 et 21 ; liv. xlviii, § 7. — Les prolestants ont grand soin de garder le silence sur les autres erreurs que Claude avait reçues de Félix d'Urgel son maître, et qui l'ont rendu à bon droit suspect de nestorianisme. Le prétendu triomphe qu'ils lui attribuent ne consista qu'à laisser quelques disciples qui n'ont pas été capables de réhabiliter sa mémoire. La plupart de ses écrits n'ont pas été imprimés, et il paraît que la religion ni les lettres n'y ont rien perdu.
Pour faire l'apologie de cet évêque contre les reproches de Bossuet, Ba»nage observe, 1° que Claude de Turin ne pouvait être tout à la fois arien et nestorien. II ne fait pas attention que l'erreur de Félix d'Urgel, dont Claude de Turin était disciple, tenait une espèce de milieu entre l'arianisme et le nestorianisme; car enfin, si Jésus- Christ, en tant qu'homme, n'est pas Fils de Dieu par nature, c'est ou parce que le Verbe n'est pis véritablement Dieu, comme le soutenaient les ariens, ou parce qu'entre l'humanité de Jésus-Christ et le Verbe divin il y a seulement une union morale et non substantielle, comme l'entendait Nestorius. Il n'est donc pas étonnant que les uns aient accusé Claude de Turin d'arianisme, les autres de nestorianisme. — 2° il dit que cet évêque admettait deux Eglises, dont l'une, ornée de toutes le9 vertus, était le corps de Jésus-Christ ; l'autre s'assemblait seulement au nom de Jésus-Christ , sans en avoir les vertus pleines et parfaites. Nous demandons aux prolestants à laquelle des deux ils croient appartenir ; il est bien certain que saint Paul n'a connu qu'une seule Eglise. — 3° Claude de Turin égalait saint Paul à saint Pierre, et ne reconnaissait point d'autre chef de l'Eglise que Jésus-Christ; mais au moins il ne disait pas, comme les protestants, que le pape est l'Antéchrist. — 4° Il était zélé partisan de la doctrine de saint Augustin sur la prédestination et sur la grâce, et on l'accusait de n'estimer aucun autre Père; du moins il ne taxait pas d erreur les autres Pères, comme font les protestants. — 5* Il rejetait les mérites des hommes ; il disait que si Jésus-Christ n'a tiré aucune gloire de ses actions, à plus forte raison les hommes ne doivent pas rapporter à eux-mêmes ce qu'ils font de bien. Mais les catholiques disent la même chose, sans rejeter pour cela le mérite des bonnes œuvres. Voy. Mérite. — 6* Il soutenait que l'on est sauvé par la foi seule, et non par les œuvres de la loi; cependant il exigeait les bonnes œuvres. Si par la loi il entendait, comme saint Paul, la loi mosaïque, il avait raison, et nous pensons comme lui; s'il entendait la loi de Jésus-Christ, il se contre-
disait comme les protestants, et rejetait, comme eus, la doctrine de saint Jacques. Voy. Justification. — 7° Il ne voulait pas que l'on priât pour les morts, parce que chacun doit porter sa charge; et que si nous pouvons nous aider les uns les autres dans celle vie, ni Job, ni Noé, ni David, ne peuvent plus prier pour les âmes, lorsqu'elles sont menées devant le tribunal de Jésus- Cdrist (Ezech. xiv, H et 18). Ce sophiste mettait donc saint Paul en contradiction avec lui-même; cet apôtre dit [Galat. vi, 2 et 5) : Portez la charge les tins des autres ; et le passage d'Ezéchiel est ici fort mal appliqué. Voy. Prière pour les morts. — 8 Claude de Turin n'admettait ni la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, ni la transsubstantialion, puisqu'il dit que Jésus- Christ a rapporté mystiquement le vin à son sang. Nous voudrions savoir si Basnage a entendu le verbiage et les froides allégories qu'il cite à ce suj<;l de Claude de Turin; il csl évident que ce sophiste ne s'entendait pas lui-même. — Enfin, il brisa les images, en condamna l'idolâtrie et ceux qui les adoraient. Si par adoration on entend un culte absolu et suprême, ce serait en effet un acte d'idolâtrie de le rendre aux images; mais puisque Basnage lui-même a remarqué qu'adorer ne signifie souvent que faire la révérence ou témoigner du respect, pourquoi insister toujours sur co terme équivoque, qui causa toutes les disputes du ix° siècle?
Cependant Basnage triomphe de ce que son héros ne fut condamné ni par le pape ni par aucun concile, et il en conclut que, du moins en France, tout le momie était dans la mêmi' croyance que Claude de Turin. Il devait se souvenir que cet évêque écrivait en 823, et qu'en 825 le concile de Paris condamna également ceux qui brisaient les images ou les étaient des églises, et ceux qui leur rendaient un cultesuperstitieux. Deux cents-vingt ans auparavant, saint Grégoire le Grand avait fait la même chose en écrivant à Sérénus, évêque de Marseille. Quoique les évêques du concile de Paris eussent mal pris le sens des expressions du deuxième concile de Nicée, du pape Adrien, et des Grecs en général, le pape Eugène II crut devoir garder le silence, en espérant que cette erreur se dissiperait d'ellemême, comme il arriva en effet. Mais, lorsque les papes ont tonné contre les errants, les protestants déclament contre a zèle ; lorsqu'ils ont temporisé et toléré quelques abus, les protestants concluent que les papes les ont approuvés. Comment satisfaire de pareils censeurs? — Basnage va plus loin : il pense que les habitants des vallées du Piémont conservèrent précieusement la doctrine de Claude de Turin; qu'ils doivent avoir entretenu la succession dans leur Eglise, et qu'il faut les regarder comme un canal par où la vérité, opprimée en d'autres lieux, a passé aux siècles suivants. Mais il y a un peu loin du ix* siècle au xvie, cl dans cet intervalle il v eut à Turin des évèques qui ne pensaient pas comme celui dont nous parlons, cl ils
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n'onl pas accusé leurs ouailles d'être schismatiques ni hérétiques. L'essentiel pour les protestants serait de prouver que ceux qu'ils adoptent pour ancêtres soutenaient le principe fondamental de la réforme, qui est qu'un chrétien ne doit point avoir d'autre règle de foi que l'Ecriture sainte; c'est à quoi Basnage et les autres n'ont pas pensé. Ilist. de l'Eglise, tom. II, pages 1306 et 138'*.
CLAUD1ANISTES , hranche de donatistes qui avaient pour chef un certain Claude, dont l'histoire ecclésiastique ne nous apprend rien. Voy. Donatistks.
CLEF. Avoir la clef d'une maison, dans le sens figuré, c'est en être l'économe et l'administrateur. De là le Seigneur dit dans Isaïe (xxn, 22) : Je donnerai à mon serviteur Eliacim la clef de la maison de David: il ouvrira et nul ne fermera ; il fermera et personne n'ouvrira. Ces paroles sont appliquées à Jésus-Christ dans l'Apocalypse (m, 7); elles désignent la souveraine autorité de Jésus- Christ sur son Eglise. Dans le même sens, il dit (Apoc. i, 18) : J'ai les clefs de la mort et de l'enfer. — D'un côté il adresse ces paroles à saint Pierre: Je vous donnerai les clefs du royaume des deux ; tout ce que vous lierez et délierez sur la terre sera lié ou délié dans le ciel (Matth. xv], 19) ; de l'autre il dit aux docteurs de la loi : Vous avez pris la clef de la science : vous n'y êtes pas entrés, et vous avez empêché les autres d'y entrer [Luc. xi, 52). La clef de la science est la fonction d'enseigner; les docteurs juifs se l'étaient attribuée sans avoir l'intelligence de la loi et des prophètes, et sans pouvoir la donner aux autres.
En comparant ces divers passages, les théologiens catholiques ont disputé contre les hétérodoxes, pour savoir en quoi consiste l'autorité que Jésus-Christ adonnée à saint Pierre, en lui confiant les clefs du royaume des cieux. Parmi ces derniers, plusieurs ont dit que c'est la fonction d'enseigner; d'autres, plus sensés, ont avoué que c'est le pouvoir de remettre les péchés. Les catholiques soutiennent que c'est quelque chose de plus. Jtsus- Christ a dit à tous ses apôtres: Tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre sera lié ou délié dans le ciel (Matth. xvni, 18). Les péchés seront remis à tous ceux auxquels vous les remettrez (Joan. x, 23). Mais il n'a pas adressé à tous les mêmes paroles qu'à saint Pierre. — Puisque, dans le style de l'Ecriture sainte, les clefs sont le symbole du gouvernement et de l'autorité, et que le royaume des cieux désigne l'Eglise, nous concluons que Jésus- Christ a donné à saint Pierre, non-seulement une prééminence sur ses collègues, mais une autorité de juridiction sur toute l'Eglise. Comme cette société sainte ne peut subsister sans un gouvernement, nous soutenons que les successeurs de saint Pierre jouissent de la même autorité que lui de droit divin, et en vertu de l'institution de Jésus-Christ. Voyez Pape.
CLÉMENCE DE DIEU. Voy. Miséricorde.
CLÉMENT (saint), pape, mort à la fin du
!•» siècle, est un des Pères apostoliques. 11
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nous reste de lui deux lettres aux Corinthiens, dont la première n'est pas entière, et sur l'authenticité desquelles il y a eu des doutes.
Dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome XXVII, in-i°, p. 93, on a placé l'extrait d'un mémoire sur les ouvrages apocryphes supposés dans les premiers siècles de l'Eglise; il y est dit, 1° qu'Eusèbe, saint Jérôme et Pholius rejettent absolument la seconde lettre de saint Clément. 2° Que la première porte des caractères d'ignorance qu'on ne peut mettre sur le compte de ce saint pontife. Cette censure, copiée d'après les protestants, ne nous parait pas juste. — Eusèbe (Hist. ecclés., liv. m, c. 36) dit seulement que la seconde lettre de saint Clément n'est pas aussi connue que la première; ce n'est point la rejeter absolument. Saint Jérôme, dans son Catalogue des écrivains ecclésiastiques, dit à la vérité que la seconde des lettres attribuées à saint Clément est rejetée par les anciens ; mais on ne sait pas qui sont ces anciens dont saint Jérôme veut parler, on n'en connaît aucun qui se soit exp'iqué là-dessus. Pholius, cod. 113, dit de même qu'elle est rejetée comme supposée ; mais, cod. 126, après avoir parlé des deux lettres de saint Clément, il ajoute : « Ou pourrait trouver à y reprendre, 1° qu'il admet des mondes au delà de l'O.éan; 2° qu'il y emploie l'exemple du phénix comme un fait certain ; 3° qu'il se borne à donner à Jésus- Christ les titres de pontife, de chef, do seigneur, sans y ajouter des titres plus éminents qui caractérisent sa divinité, à laquelle il no dit cependant rien qui soit contraire. » Ces reproches de Photius sont sans doute les caractères d'ignorance que l'auteur du mémoire a jugés indignes de suint Clément.
11 est clair d'abord que Photius ne rejette la seconde lettre de ce pape que sur l'opinion d'autrui ; que sa critique tombe également sur l'une et sur l'autre ; mais il ne paraît pas fort difficile de satisfaire à ses reproches. — Platon, Aristote, Pline, Elien, avaient entrevu, aussi bien que saint Clément, qu'il y a des mondes, ou plutôt des terres habitées au delà de l'Océan ; c'est une vérité que les découvertes modernes ont confirmée. Il en résulte que l'on a eu tort de répéter si souvent de nos jours que tous les Pères de l'Eglise ont nié les antipodes. Origèoe, I. n de Princip., c. 3, se fonde sur le passage de saint Clément pour les admettre, et saint Hilaire en parle in Ps. Il, n° 23. — Non-seulement saint Clément (Epist. 1, n. 2'>), mais Origèno, Terlullicn, siinl Cyrille de Jérusalem, Laclance, Eusèbe, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, saint Epipiianc, Synésius et d'autres, ont cité l'exemple du phénix comme un modèle de la résurrection générale: nous ne voyons pas en quoi ils ont péché. De leur temps le fait du phénix passait pour vrai ; Hérodote, Plutarque, Pline, Sénèque, Pomponius Mêla, Solin, Philostrate, Libanius, Tacite, etc., en ont parlé comme les Pères de l'Eglise. D'habiles critiques ont doute si, dans le livre de Job, il ne fallait pas traduire
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le verset 18 du chap. xxix de celle manière : J'expirerai dans monnid, et comme le phe'nix je multiplierai mes jours. Voyez la note de Fell sur le n° 25 de la première Epître de saint Clément.
Ce saint pape finit sa première lettre, en disant que par Jésus-Christ Dieu a la gloire, la puissance, la majesté et un trône éternel, avant les siècles et après ; comment cela, si Jésus-Christ lui-même n'est pas coéternel à Dieu? Au commencement de la seconde il l'appelle Dieu, juge des vivants et des morts. Il a donc clairement professé la divinité de Jésus-Christ.
Il est encore bon de savoir que saint Denis de Corinthe, soixante-dix ou quatre-vingts ans après, dans une lettre au pape Soter, atteste que de temps immémorial on lisait dans son Eglise la lettre que saint Clément lui avait adressée. Eusèbe (Hist. ecclés., I. iv, c. 14). Saint Irénée juge qu'elle est très-forte et très-pressante (Adv. Hœres., I. m, c. 3). Saint Clément d'Alexandrie la cite au moins quatre fois dans ses Slromates; On'gène en fait mention, 1. n, de Princip., c. 3, et dans son Commentaire sur saint Jean. Eusèbe atteste que l'on ne doute point de son authenticité. Saint Cyrille de Jérusalem, saint Epiphane, saint Jérôme, témoignent qu'ils en font la plus grande estime. Elle est donc à couvert de tout soupçon. Le savant Lardner, CrcdibUity, etc., lom. III, en juge ainsi : il pense qu'elle a été écrite vers Tan 96 de notre ère, immédiatement après la persécution de Domitien.— Quant à la seconde, si l'on veut prendre la peine de voir le jugement que Colellier en a porté (PP. Apost., tom. I, p. 182), on verra que les sentiments de saint Jérôme et de Pholius ne sont pas des arrêts irréfragables ; que celle lettre n'a en ellemême aucune marque de supposition ; que si elle a élé rejetée par les anciens, cela signifie qu'ils n'ont point voulu l'admettre comme Ecriture canonique, et non qu'ils l'ont regardée comme un écrit faussement atlribué à saint Clément. Toutes deux étaient placées au nombre des Ecritures canoniques dans le soixante-seizième canon des apôires.
Il n'en est pas de même des Récognitions, des homélies appelées Clémentines, des Constitutions apostoliques, et d'une Liturgie, que l'on a données sous le nom de ce même pape. Tout le monde convient que ce sont des ouvrages supposés dans les siècles postérieurs ; nous en parlerons sous leurs tiires particuliers; mais il ne faut pas envelopper dans la même proscription les ouvrages vrais el les pièces fausses. Plusieurs critiques modernes ont cru que ce Père apostolique avait cité un passage de l'évangile apocryphe des Egyptiens; nous ferons voir le contraire. Voij. Egyptiens.
Eu 1751 el 1752, le savant Walstein a publié deux nouvelles épîtres attribuées à saint Clément, et qui onl été découvertes depuis peu ; mais plusieurs critiques en onl déjà contesté l'authcuti* ifé.
Clément d'Alexandrie (1), philosophe éclectique, ou qui n'était attaché à aucune secte, fut disciple et successeur de Panlhène dans l'école d'Alexandrie; il y eut pour auditeurs Origène et Alexandre, évéque de Jérusalem, et mourut au commencement du ine siècle. La meilleure édition de ses ouvrages est celle qu'a donnée Potier, à Oxford, en 1715, in-folio. Elle a élé réimprimée à Venise en 1758.
Comme il nous apprend lui-même qu'il avait vu et enlendu les successeurs immédiats des apôtres (Strom., liv. i, pag. 322), ses écrits méritent la plus grande attention. Dans son Exhortation aux gentils, il s'esl proposé de faire sentir l'absurdité de l'idolâtrie, des fables du paganisme, de ce qu'en ont dit les philosophes et les poëtes. Ses Stromates, ou tapisseries, sont un mélange de la doctrine des philosophes comparée à celle de l'Evangile. Dans le Iraité intitulé : Quel riche sera sauvé? il montre qu'il n'est pas nécessaire de renoncer aux richesses pour être sauvé, pourvu que l'on en fasse un bon usage. Le Pédagogue est un traité de morale, dans lequel on voit la manière dont les chrétiens fervents vivaient dans ces premiers temps. Il avait écril plusieurs autres ouvrages, desquels il ne resle que des fragments.
Clément d'Alexandrie esl un des Pères de l'Eglise contre lesquels les critiques anciens et modernes ont monlré le plus d'humeur. Ils ont dit, non-seulement que ses ouvrages sont sans ordre, son style négligé, ses raisonnements vagues et obscurs, ses explications de l'Ecriture sainte souvent fausses, ses maximes de morale outrées, mais que sa doctrine n'est rien moins qu'orthodoxe. — Scultet, Daillé, Le Clerc, Mosheim, Brutker, Semler, Barbeyrac, ont répété à peu près les mêmes reproches, et se sont plu à exagérer les méprises vraies ou apparentes de ce docteur vénérable ; nos incrédules modernes n'ont fait que copier tous ces censeurs protestants. — Nous convenons que ce Père est souvent obscur, qu'il est difficile de prendre le vrai sens de ce qu'il dit; mais les philosophes qu'il copie ou qu'il réfuie n'étaient
(1) Bergier, dans son Dictionnaire, attribue souvent à ce Père le rang de saint, bien qu'il ne le fasse p»s dans la Biographie qu'il nous en a donnée. Beau- Coup d'autres auteurs le décorent du même litre, conformément au Martyrologe d'Usnard, bénédictin du ixe siècle. L'auteur de l'article Clément d'Alexandrie, inséié dans la Biographie universelle de Micliauil, va jusqu'à dire : %i Un a raison d'être surpris que le nom de ce saint* docteur ne soit pas inscrit dans le Martyrologe romain ; on l'est bien davantage encore d'apprendre que le savant Uenoît XI V a publié, eu 174!), une dissertation tendant à prouver qu'il n'y a pas de raison suffisante de l'y établir ; mais ni L'autorité de Benoit XIV, ni celle du Martyrologe romain n'ont jamais empêché les Eglises de France de célébrer sa tête le 4 décembre, suivant le Martyrolugz el l'autorité d'Csuard.) Pour des catholiques, le Martyrologe romain el les papes font seuls autorité en ceite matière : Usuard écrivit longtemps avanl que Home se fût prononcée ; et Bergier se laissa entraîner par le torrent, quand il traça l'expression : Saint Clément d'Alexandrie.
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pas eux-mêmes forl clairs. Quiconque cependant se donnera la peine de le lire, sera frappé de l'étendue de son érudition, des grandes idées qu'il avait conçues de la miséricorde divine, de l'efficacité de la rédemption, de la sainteté à laquelle un chrétien doit tendre. 11 a jugé les païens, qu'il connaissait très-bien, avec moins de sévérité que n'ont fait plusieurs autres Pères ; mais il n'a dissimulé ni leurs erreurs ni leurs vices.
Pholius l'accuse d'avoir enseigné des erreurs monstrueuses dans ses livres des Ilypotyposes, que nous n'avons plus; mais peut-on en croire Photius, lorsqu'on trouve une doctrine contraire dans les ouvrages de Clément qui nous restent? Quelques anciens ont pensé que les hérétiques avaient altéré plusieurs de ses ouvrages; Photius a pu être trompé par un exemplaire ainsi falsifié. Eusèbe, saint Jérôme, saint Epiphane, saint Cyrille, Tbéodoret, etc., tous capables d'en juger, ont rendu pleine justice au mérite de Clément. —Mais les critiques modernes n'ont pas été aussi équitables ; plusieurs l'ont accusé d'avoir dit, en termes formels, que Dieu est corporel. Sirom., !iv. v, c. 14, il a dit le contraire. Selon Clément, les stoïciens disent que Dieu, aussi bien que l'âme, est une nature composée de corps et d'esprit; vous trouverez cela, dit-il, dans nos Ecritures ; mais il ajoute que les stoïciens en ont mal pris le sens. En effet, les stoïciens concevaient Dieu comme l'âme du monde; selon ce système, Dieu était revêtu d'un corps aussi bien que l'âme humaine; mais, continue 67e'menf,nous ne disons pas comme eux que Dieu pénètre toute la nature ; nous disons qu'il est créateur de la nature par son Verbe. Il réfute ensuite Aristole et les autres philosophes qui admettaient deux principes, l'esprit et la matière; il dit que Platon n'en admettait qu'un, que cette matière imaginaire a été forgée sur ce qui est dit dans l'Ecriture: La terre était sans forme et sans ordre, etc.
Dans son Exhortation aux gentils, c. h, p. 35, il enseigne que « la seule volonté de Dieu est la création du monde; qu'il a tout fait seul, parce qu'il est seul vrai Dieu ; que sa volonté seule opère, et que l'effet suit son seul vouloir. » Il n'est pas possible d'attribuer à Dieu, d'une manière plus énergique, le pouvoir créateur: or, ce pouvoir ne peut convenir qu'à un pur esprit. Comme Platon, il n'admet qu'un seul premier principe de toutes choses, qui est l'esprit. 11 dit ailleurs (Pœdag., 1. i, c. 8, p. HO) que Dieu est un et au-dessus de l'unité; cela serait faux s'il était corporel. — Le Clerc, dans son Art critique, tome III, p. 12, s'est néanmoins obstiné à soutenir que Clément d'Alexandrie a supposé l'éternité de la matière, puisqu'il n'a pas réfuté formellement Platon et les autres philosophes qui admettaient une matière éternelle. Mais il n'a pas non plus réfuté formellement Heraclite, qui soutenait l'éternité du monde; s'cnsuit-il que Clément a de dans l;i même erreur ? Qu'il ,ii' ou n'ait
pas admis les idées éternelles de Platon, qu'il ait même prétendu que ce philosophe les avait prises dans Moïse, il ne s'ensuit rien ; celte opinion n'entraîne aucune conséquence contraire au dogme du christianisme. — Lorsqu'il appelle l'âme de l'homme l'esprit corporel, il entend l'esprit revêlu d'un corps humain, et non une matière subtile, comme Bayle, Beausobre, d'Argens et leurs copistes affectent de l'entendre. Dès qu'un auteur s'est une fois expliqué, il est absurde d'argumenter contre lui sur un mot.
Une autre injustice de la part de Le Clerc est de vouloir persuader que Clément d'Alexandrie ne s'est pas exprimé d'une manière orthodoxe sur la divinité du Verbe ; ce Père a été vengé par Bullus, Defens. fidei Nicœn., sect. 2, cap. 6 ; et par M. Bossuet, sixième avert. aux Protest., n° 79. — Ce même critique fait grand bruit de ce que Clément et plusieurs autres Pères, trompés par la version des Septante , ont cru que les anges avaient eu commerce avec les filles des hommes, et avaient engendré des géants : nous convenons du fait, et nous ne voyons pas ce que celte erreur a pu avoir de si dangereux. Voy. Ange.
D'autres ont dit que Clément n'avait pas admis le pécbé originel. Non-seulement il l'admet, mais il le prouve par les paroles de Job, c. xiv, v. 4 et 5 , selon les Septante : Personne n'est exempt de souillure, quand il n'aurait vécu qu'un seul jour. Selon lui, lorsque David a dit : J'ai été conçu dans l'iniquité et formé en péché dans le sein de ma mère (Ps. l, 5), il parlait d'Eve dans un sens prophétique [Strom., liv. m, c. 16, p. 555, 557). Mais il s'élève contre ceux qui concluaient delà que la procréation des enfants est uu péché, et qui condamnaient le mariage.
Un reproebe plus grave que lui fait Harbeyrac, est d'avoir très-mal enseigné la morale. Après avoir donné, à sa manière, un extrait du Pédagogue de Clément d'Alexandrie, il lui reproche, 1° d'avoir écrit avec peu d'ordre, et de n'avoir pas fait de |a morale un système méthodique. Lorsqu'on nous aura fait voir quelles nouvelles vertus ont l'ait écloro parmi nous les systèmes méthodiques de morale enfantés par les philosophes modernes, quels vices ils ont corrigés, nous consentirons à reconnaître le tort des Pères de l'Eglise, et nous regretterons que Jésus-Cbrisl et les apôtres n'aient pas fait eux-mêmes des traités méthodiques et raisonnes pour sanctifier les mœurs.— 2J Barbeyrac dit que Clément d Alexandrie n'a point parlé des devoirs qui regardent Dieu directement. Cependant ce Père a souvent insisté dans ses ouvrages sur la nécessité d'adorer Dieu en esprit cl en vérité, comme faisaient les chrétiens, de croire à sa parole, d'être reconnaissants de ses bienfaits, résignés aux ordres de sa providence , soumis aux lois qu'il nous a prescrites dans l'Evangile. Il nous paraît que ces devoirs regardent Dieu très -directement. — 3° Selon ce même censeur. Clément a voulu inspirer aux chrétien! l'apathie des stoïciens , a voulu qu'un (jiioitiquc , c'est-à-dire , un parfait
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chrétien, fûl exempt de passion. Lorsqu'on veut en juger avec un peu d'équité, on reconnaît que ce Père exige seulement qu'un chrétien réprime si exactement ses passions, qu'il ne paraisse plus en avoir. Quand sur ce sujet il aurait répété quoiqu'une des expressions dont se servaient les stoïciens , il ne faudrait pas en conclure, comme fait Barbeyrac, que Clément a. pensé comme eux , puisque souvent il combat leurs maximes. — 4° Un autre critique a dit que ce Père exhortait les chrétiens au martyre par .l'exemple des anciens païens qui se donnaient la mort. C'est une calomnie. Clément dit au contraire que ceux qui cherchent la mort ne connaissent pas Dieu, et n'ont rien de chrétien que le nom ; il taxe de témérité celui qui s'expose au danger sans nécessité; il dit qu'en se présentant aux juges il se rend coupable de meurtre, et contribue, autant qu'il est en lui, à l'injustice des persécuteurs; que s'il les irrite, il est dans le même cas que celui qui provoquerait un animal féroce (Slrom., liv. iv, u° k et 10, p. 571, 597). Barbeyrac lui fait encore un crime de celte décision , et soutient que Clément la prouve par de mauvaises raisons. — 5" Enfin, il assure et s'efforce de prouver que ce Père a voulu justifier l'idolâtrie des païens. Dans le passage qu'a cité Barbeyrac, Clément dit seulement que , selon l'intention de Dieu, c'était pour les païens un moindre mal d'adorer le soleil et la lune que d'être sans divinité, ou d'être entièrement athées, puisque leur vénération pour les astres devait les conduire à la connaissance du Créateur. Mais il ajoute , qu'à moius qu'ils ne se soient repentis, ils sont condamnés, les uns parce que, pouvant croire en Dieu, ils ne font pas voulu ; les autres parce que, quoiqu'ils le voulussent, ils n'ont pas fat tous leurs efforts pour devenir fidèles (Slrom., liv. vi, c. lk, pag. 795 , 796). — Après avoir reconnu que les expressions de Clément d'Alexandrie sont souvent obscures, il y a de l'imprudence à vouloir juger de ses sentiments par un seul passage. — 6° D'autres lui ont fait un crime davoir cru le salut des païens vertueux, et d'avoir ainsi frayé le chemin au pélagianisme. Pour disculper ce Père, il suffit de comparer son sentiment à celui de Pelage. Cet hérétique soutenait qu'un païen pouvait être sauvé tans grâce, par le mérite des vertus qu'il pratiquait par les seules forces de la nature. II faisait consister toute la grâce delà rédemption en ce que Jésus-Christ nous a donné des leçons et des exemples de vertu; dans cette hypoihès<\ il est clair qu'un païen qui ne connaît pas Jésus-Christ n'en reçoit aucune grâce. Si donc il était sauvé, il le serait sans que Jésus-Christ eûi aucune part à son salut. Voilà ce que saint Augustin n'a cessé de reprocher aux pélagiens. « Comment, dit-il , celui qui ose promettre le salut à quelqu'un sans Jésus-Christ, peut-il espérer lui-même d'être sauvé par Jésus-Christ ? » (Serm. 294 , c k, n° h.) — Est-ce là le sentiment de Clément d'Alexandrie? Il dit que le Verbe de Dieu prend soin de toutes les créatures, et
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fait l'office de médecin de la nature humaine (Pœdag., liv. i, c. 2, p. 101). Selon Pelage , la nature humaine n'avait pas besoiu de médecin, puisqu'elle n'est pas malade. Dans les Stromales , liv. vi, c. 13, p. 793, Clément enseigne qu'il n'y a qu'un seul testament de salut qui nous vient d'un seul Dieu par un seul Seigneur, mais qui opère son effet de différentes manière^. Il n'admet donc pas un salut sans Jésus-Christ. 11 dit que Dieu, seul toutpuissant et bon , a voulu de siècle en siècle donner le sa' ut par son Fils, liv. vu, c. 2, p. 831 et suiv., etc. Pour trouver là du pélagianisme, il faut supposer, comme les pélagiens, que Jésus-Christ ne donne point de grâce à ceux qui ne le connaissent pas; c'est une erreur que jamais les Pères n'ont admise, qu'ils ont même combattue de toutes leurs forces ; en enseignant le contraire, ils ont réfuté les pélagiens d'avance.
11 nous a paru d'autant plus nécessaire de justifier Clément d'Alexandrie, que les reproches qui lui ont été faits par les protestants sont regardés par nos critiques incrédules comme des objections sans réplique et des décisions irréfragables. Le P. Battus en a démontré la fausseté dans sa Défense des saints Pères accusés de platonisme, liv. iv, etc.
CLÉMENTINES; ce sont des lettres, des homélies ou discours, et une histoire des actions de saint Pierre, qui ont été faussement atribuées à saint Clément, pape, et qui paraissent être l'ouvrage de quelques hérétiques : il n'en est pas fait mention avant le ive siècle. Voy. les Pères apost. de Cotelicr , tome I. — Mosheim, dans ses Dissertations sur l'histoire ecclésiastique, 1. 1, p. 175 et suivantes, pense que cet ouvrage a été composé au commencement du isie siècle; c'est lui attribuer une haule antiquité. Il juge que l'auteur était un philosophe d'Alexandrie, demijuif et demi-chrétien; mais à celle conjecture il en ajoute beaucoup d'autres qui sont trèssujettes à contestation. Voy. encore sa dissertation, De twbataper recentiores plalonicos Ecclesia, n° 3i et suiv. — Il ne faut pas confondre avec ces pièces apocryphes les décrétâtes de Clément V, que l'on nomme aussi clémentines, et qui font partie du droit canon.
* CLÉMENTINS. Une lois qu'on a aband inné la vérité pour se jeter dans le sentier de Terreur, on court sans savoir où s'arrêter. Quelques prêtres anticoncordataires, en déclarant analhènie à Pie VII, remontèrent la chaîne des pontifes pour reconnaître à quelle époque elle s'était rompue. Us remontèrent jusqu'à saint Clément, auquel s'arrête, selon eux, la succession légitime des papes. Ils reçurent le nom de Prêtres Clémentins.
CLÉOBIENS, secte de simoniens dans le i" siècle de l'Eglise. Elle s'éteignit presque dans sa naissance. Hégésippe et Théodore^, qui en parlent, ne spécifient point par quels sentiments les cléobiens se distinguèrent deg autres simoniens ; on croit qu'ils ont eu pouï chef un nommé Cléobius, compagnon de Simon. Il avait composé, avec cet hérésiarque, des livres sous le nom de Jésus-Christ, pour tromper lis curétieus, Hégésippe, upud Lu-
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reû., liv. 17. c. 22 ; ConstU. apost., liv. vi, c.8 et 16. — On voit que les faux docteurs, opposés aux apôtres, n'ont négligé aucun arlitice pour empêcher le succès de leur prédication ; que s'il avait été possible de convaincre de faux les apôtres sur quelque fait ou sur quelque point de doctrine, celle mul- (itude d hérétiques, qui levèrent l'étendard contre eux, en serait certainement venue à bout. Cependant toutes ces sectes se sont dissipées, se sont ruinées les unes les autres ; la vérité en a triomphe. Preuve évidente que le christianisme est redevable de ses succès , non à l'ignorance ni à la docilité des peuples, mais à la certitude invincible des faits sur lesquels il est fondé.
CLERC, CLERGÉ. On comprend sous ce nom tous ceux qui par étal sont consacrés au service divin ; il vienl du grec, -Aïpoç, sort, partage, héritage. Dans l'Ancien Testament, la tribu de Lévi e t appelée le parlageau Vhérilage du Seigneur. Quoique tous les chrétiens puissent être envisagés de même, ceux qu'il a choisis et consacrés spécialement à son culte sont, dans un sens plus étroit, son partage ou son héritage, et en embrassant cet état, ils font eux-mêmes profession de prendre le Seigneur pour leur part et leur héritage. Lorsqu'un clerc reçoit la tonsure, il prononce ces paroles du psaume xv : Le Seigneur est la portion d'héritage qui m'est échue par le sort ; c'est vous, ô mon Dieu ! qui me la rendrez. — Saint Pierre donne déjà le nom de clerc ou de clergé à ceux qui, sons les évoques, sont employés au saint ministère : neque dominantes in cleris {1 Petr. v, 3).
Plusieurs critiques protestants ont soutenu que la distinction entre les clercs et les laïques n'avait pas lieu dans l'Eglise primitive, qu'elle n'a commencé qu'au m" siècle. On leur a prouvé, par les lettres de saint Clément pape, parcelles de saint Ignace, par Clément d'Alexandrie, que cette distinction a eu lieu dès le lemps des apôtres. (Bingham, Oriff. ecclés., liv. i, chap. 5, § 2, 1. 1, p. 42; Dodwcl, première Dissertation.)
Quelquefois les auteurs ecclésiastiques ont désigné, sous le nom de clercs, les ministres <le l'Eglise inférieurs aux diacres, c'est-à-dire les sous-diacres, les lecteurs, etc. Les clercs, en général, étaient aussi appelés canoniques ou chanoines, parce que leurs noms étaient inscrits dans un canon ou catalogue pour chaque église. Par là ils étaient distingués des laïques que l'on appelait séculiers et idiots, c'est-à-dire personnes privées , ou simples particuliers (Bingham, ibid.).
Ceux qui ont étudié l'ancienne discipline de l'Eglise ont remarqué la sagesse des précautions que l'on prenait pour s'assurer de la foi, des mœurs et de l'étal de ceux que l'on élevait à la < léricaturc. Les soldats, les serfs, les acteurs de théâtre, ceux qui étaient chargés des deniers publics, les bigames , tous ceux dont la condition et la profession n'étaient pas honnêtes, ne pouvaient aspirer .i entrer dans le clergé. Il y a* ait des lois très-sévères pour maintenir parmi les eterci la régulante dcs.uio.urs, la décence, la paix,
l'assiduité à remplir leurs fondions ; des peines pour châtier les désobéissances et prévenir les moindres abus. La plupart des conciles ont été assemblés pour cet objet; et il y a lieu de regretter que les règlements qu'ils ont faits n'aient pas toujours été observés avec la plus grande exactitude. (Bingham, liv. iv et vi ; Fleury, Mœurs des chrétiens. w 32.)
Chez tous les peuples policés, l'on a cornpris que tout citoyen n'était pas propre à remplir les fondions publiques du culte divin ; que ce ministère respectable devait être confié à un corps particulier d'hommes qui en fissent leur étude et leur occupation ; sur ce point, la conduite des Egyptiens, des Juifs, des Grecs, des Romains, a été la même. — Dans le christianisme, cela était encore plus nécessaire. 1° Pour enseigner une religion révélée, la mission est essentielle, et Dieu la donne à qui il lui plaît; Jésus-Christ ne l'a donnée qu'à ses apôtres et à ses disciples. 2° Les pouvoirs de ces ministres sont surnaturels ; il n'appartient pas à tout fidèle de remettre les péchés, de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ, etc. 3° La multitude des fonctions dont ils sont chargés exige qu'ils s'y livrent tout entiers ; l'étude seu e des dogmes et des preuves de la religion, des combats qui ont été livrés à celte doctrine , do la manière dont on doit la défendre, suffit pour occuper un homme pend ;nt toute sa vie. k° Les travaux apostoliques des missions doivent être continués jusqu'à la fin des siècles : il faut des hommes libres de tout autre engagement, et toujours prêts à porter au loin la lumière de l'Evangile. — Ainsi en a jugé notre divin législateur. Il dit à ses apôtres qu'il les a tirés du monde, qu'ils ne sont plus de ce monde, etc. Eux-mêmes se sont regardés comme les hommes de Dieu, dévoués uniquement à son service et au salut de leurs frères. Leurs premiers disciples, saint Clément et saint Ignace, ont clairement distingué les évéques, les prêtres, les diacres, et nous montrent la hiérarchie comme établie par les apôtres. Celte discipline n'a jamais varié. Ce n'est pas ici le lieu de développer toutes ces preuves, ni de répondre en détail à toutes les subtilités par lesquelles les luthériens et les calvinistes ont tâché d'en détourner les conséquences. Ils ont été réfutés non-seulemenl par les catholiques , mais par les anglicans qui oui conservé la hiérarchie.
Mais nous ne pouvons nous dispenser de meltrc sous les yeux des lecteurs le tableau que la plupart des protestants ont tracé des mœurs du clergé dans tous les siècles, depuis la naissance de l'Eglise jusqu'à celle de la prétendue reforme; leur dessein a été de prouver que leur séparation d'avec les pasteurs catholiques était indispensable ; qu'il n'y avait point d'autre moyen de corriger les vices et les abus; nous verrons s'ils sonl venus à bout do le démontrer. Commençons par quelques réflexions générales sur l'injustice de leur procède ; elles Serviront aussi à faire voir la témérité des incrédules , qui rc-
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pètent les mémos reproches. — 1* 1! y a de l'injustice à prétendre que la sainteté du ministère ecclésiastique doit changer en d'autres hommes ceux qui en sont chargés, et étouffer en eux toutes les imperfections de l'humanité ; que Jésus-Christ a dû perpétuer en eux, par l'ordination , le même prodige qu'il avait opéré dans ses apôtres par la descente du Saint-Esprit. S'il avait voulu que les hommes fussent gouvernes par des anges, il en aurait envoyé, sans doute; mais des anges mêmes ne seraient pas à couvert des attaques de la malignité des incrédules. Ceux-ci ont fait contre les apôtres et contre Jésus-Christ même la plupart des calomnies que l'on a forgées contre leurs successeurs. — 2° Jl y a de l'impiété à vouloir nous persuader que dès le ne ou le ni" sièele, Jésus- Christ a été infidèle aux promesses qu'il avait faites à son Eglise, et qu'au lieu de lui donner des pasteurs capables delà sanctifier, il a laissé tomber son troupeau entre les mains de loups dévorants, qui n'étaient propres qu'à corrompre la foi et les mœurs. — 3" C'est une absurdité d'argumenter sur des faits particuliers, sur quelques désordres arrivés parmi le clergé d'une seule église, et de conclure que le même scandale régnait partout ailleurs. Au me siècle, l'abus des agapètes ou des femmes sous-introduites , paraît n'avoir eu lieu que dans quelques Eglises d'Afrique, et il ne fut imité que par Paul de Sainosate (Dodwel, Dissert. 3, Cyprian., etc.); et l'on en paile aujourd'hui comme d'un dérèglement général du clerg ' de ce temps-là. C'en est une autre de vouloir prouver la corruption des ecclésiastiques, par les lois qui ont été faites pour la prévenir ; un seul crime connu a suffi pour alarmer le zèle des évoques, et pour engager les conciles à le proscrire. Pane que saint Paul a fait rémunération des vices auxq icls un ministre des autels pouvait éire sujet, conclurons-nous qu'il y avait déjà pour lors des évéques et des prêtres très-vicieux?— 4°C'est une marque d'entêtement et de prévention d'ajouter foi à ce que les historiens on dit des Vices de quelques ecclésiastiques, et de refuser toute croyance au témoignage qu'ils ont rendu des vertus et de la sainteté des autres. Dans tous les temps il y a eu des scandales , il y en aura toujours, Jésus-Christ l'a prédit; mais il y a eu aussi de grandes vertus : les protestants ne parlent que du mal, ils le recherchent avec soin, et ils l'exagèrent; ils ne tiennent aucun compte des actions vertueuses, ils les passent sous sih-nce, ou ils en empoisonnent les motif-, et ils ont donné ce bel exemple aux incrédules; ils ont ainsi réussi à faire de leurs hisioires ecclésiastiques autant de chroniques scandaleuses. — 5° Est-il juste d'att: ibuer aux mauvais exemples du clergé une corruption de mœurs qui est évidemment venue d'une autre cause, de l'irruption des barbares, de l'ignorance et des désordres qui s'ensuivirent ? Révolution terrible, qui changea la face de l'Europe entière, par laquelle les ecclésiastiques furent entraiués aussi bien que le.» laïque» , et qui
faillit à détruire absolument le christianisme. Pour ne parler que de nos climats, depuis lo V siècle, il y a eu trois ou quatre pestes générales en France ; dans le vin* cl le ixe, les Normands, les Sarrasins, les Hongrois, ont porté la désolation dans presque toute l'Europe. Dans ces temps de ravages, il est impossible que la discipline soit observée en rigueur, et que les mœurs ne se relâchent parmi les ministres de la religion. — 6° Est-il juste enfin de reprocher avec tant d'aigreur au clergé catholique des vices dont les réformateurs et leurs disciples ont été pour le moins aussi coupables, pendant que l'on cherche à les pallier et à les excuser dans ces derniers ?
Voilà ce que nous avons à reprocher aux protestants, et en particulier à Mosheim, qui est aujourd'hui leur oracle. Le porirait qu'il a lait des ecclésiastiques dans tous les temps est remarquable; sous chaque siècle de son histoire ecclésiastique, il y a toujours un article des vices du cleryé, et il n'y est jamais question de ses vertus : Basnage n'a pas été plus équitable. — Mosheim commence par supposerqu'au rrsiècle,dutempsdes apôtres, les ecclésiastiques n'avaient aucune supériorité d'ordre, de caractère ni d'autorité sur les simples fidèles ; que les prêtres étaient seulement les anciens, et les évéques de simples surveillants; que le gouvei nement de l'Eglise était alors purement démocratique , tel qu'il a plu aux protestants de l'établir : fait absolument faux, contredit par l'Evangile et par les lettres de saint Paul. Voy. Gouvernement ECCLÉSIASTIQUE, HIÉRARCHIE, LOIS, etc.
C'est de là néanmoins que partent Mosheim et Basnage, pour invectiver contre le clergé. Dès le ue siècle, disent-ils, ou plutôt immédiatement après la ruinede Jérusalem, l'an 70, les docteurs chrétiens persuadèrent au peuple que les ministres de l'Eglise chrétienne avaient succédé au caractère, aux droits, aux privilèges et à l'autorité des prêtres juifs; les évéques rassemblés en concile s'arrogèrent le droit de faire des lois et d'y assujettir les fidèles; on ne peut les excuser, disent-ils encore, que sur la droiture de leurs intentions. — Or, les docteurs chrétiens de ce temps-là étaient saint Clément de Rome, saint Ignace, saint Polycarpe, disciples immédiats des apôtres, dont nous avons les lettres ; ce sont eux qui ont commencé à changer le gouvernement que Jésus-Christ avait établi ; et saint Jean , qui vivait encore, a souffert celte prévarication sans se pla ndre et sans en avertir ; le Saint-Esprit qu'il avait reçu ne lui a pas révélé les maux qui devaient s'ensuivre de ce germe d'ambition né parmi les é\êques, duquel cependant, si nous en croyons Mosheim et ses pareils, sont nés tous les vices du clergé et toutes les plaies de l'Eglise. — En effet, il dit qu'au IIIe siècle saint Cjprien et d'autres évéques s'arrogèrent toute l'autorité, en dépouillèrent les prêtres et le peuple ; que de là naquirent le luxe, la mollesse, la vanité, l'ambition, les haines et les disputes entre les pasteurs; que la corruption s'empara de lous kâ membres du corpg
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ecclésiastique. Il cite en preuve Oriuène cl Eusèbe, il pouvait y ajouter saint Cyprien lui-même, qui reprochent aux pasteurs leurs disputes et les autres vices dans lesquels ils étaient tombés avant la persécution de Dioclétien. C'est dans ce même temps que saint Cyprien tonna contre les désordres des clercs qui vivaient avec des femmes, ou avec de prétendues vierges qu'ils tenaient chez eux. — Il est d'abord difficile de comprendre comment les prêtres et le peuple , dépouillés de leur ancienne autorité, en sont devenus plus vigoureux ; l'ambition des évêques ne pouvait influer que sur leurs mœurs, et non sur celles du bas clergé. On ne conçoit pas mieux comment l'ambition, source de tous les vices, a pu se concilier, dans saint Cyprien, avec la pureté et l'austérité des mœurs dont il a fait profession ; est-ce à lui que l'on peut reprocher du luxe, de la mollesse, de la corruption ? Si, dès ce temps-là, les mœurs des clercs commençaient à se corrompre, les évêques n'avaient pas tort de chercher à réprimer ce désordre par des lois ; c'est un devoir que saint Paul leur avait prescrit dans ses lettres à Tile et à Timolhée. Les décrets portés dans les conciles du h* et du me siècle ne regardaient pas seulement les simples fidèles et les clercs inférieurs, mais les évêques euxmêmes ; nous le voyons par ces décrets que l'on nomme canons des apôtres : est-ce par ambition que les évêques s'imposaient le joug d'une discipline sévère? — Il y eut, dans ces deux siècles, des divisions, des schismes, des hérésies ; on disputa sur la célébration de la pâque, sur le rigorisme outré des novaliens, sur les erreurs des gnostiques, des marcionites, des manichéens, etc. ; mais les auteurs de ces hérésies et de ces schismes ne furent pas des évêques ; ceux-ci s'y opposèrent : la question est de savoir s'ils le firent par de mauvais motifs, ou par attachement à la doctrine, aux leçons et à la pratique des apôtres. Devaient-ils laisser de mauvais philosophes et des dispuleurs téméraires dogmatiser à leur gré? Dans ces temps de persécution, plusieurs ministres de l'Eglise furent obligés, pour subsister, d'exercer des arts, des métiers, ou de faire quelque commerce ; d'autres furent réduits à fuir et à s'expatrier: leurs mœurs purent en souffrir; mais ce qu'en disent Origène, Eusèbe et d'autres, ne prouve pas que la corruption fût générale parmi les membres du corps ecclésiastique , comme le prétendent les protestants ; ces auteurs n'avaient pas parcouru toutes les Eglises du monde pour savoir ce qui s'y passait.
Au ive siècle, après la conversion de Constantin, les évêques fréquentèrent la cour, devinrent riches cl puissants ; ils s'emparèrent de tout le gouvernement des Eglises, et voulurent dominer dans les conciles ; les empereurs se mêlèrent des affaires eccléslai iques ; les papes se rendirent impôt tants par la richesse de leur Eglise ; les évêques de Couslanlinople firent de même ; (oui imitèrent le luxe Ct le faste des grands du monde; les principaux voulurent ôire patriarches.
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afin de se donner un nouveau degré d'autorité, et ils ne cessèrent de se disputer sur les limites de leur juridiction. — Il y a quelque chose de vrai dans ces reproches ; mais encore une fois, il est absurde de tirer une i conséquence générale de quelques faits particuliers. Nous ne voyons pas que les évêques d'Afrique, d'Espagne, des Gaules, de l'Angleterre , aient beaucoup fréquenté la cour des empereurs ; que prouve contre eux le faste de quelques évêques orientaux ? Ceux qui ont donné dans ce travers ont été trèsmal notés par les écrivains ecclésiastiques ; preuve que ce désordre n'était pas très-commun. 11 ne faut pas oublier que le iv siècle a été le plus remarquable par la multitude des grands et saints évêques qui ont paru même en Orient ; la plupart avaient été moines, et ils conservèrent sur leur siège la pauvreté, la simplicité et l'austérité de la vie monastique. C'est par là même qu'ils déplaisent aux prolestants. Ces censeurs bizarres ne peuvent souffrir ni la vie un peu trop mondaine de quelques évêques, ni les mœurs austères et mortifiées des autres, ni les vertus paisibles du plus grand nombre, ni le zèlo actif et laborieux de ceux qui occupaient les premières places. D'ailleurs il y avait déjà pour lors des pasteurs du second ordre, des chorévéques qui remplissaient, à l'égard des peuples de la campagne, les mêmes fonctions qu'exercent aujourd'hui les curés ; les fautes de leurs supérieurs no doivent pas retomber sur eux. Enfin, c'était le peuple qui élisait les évêques : il est diflicile de croire qu'il choisissait ordinairement des hommes vicieux.
Au commencement du v siècle , les barbates se répandirent dans l'Occident et s'y établirenl. On dit que leurs rois augmentèrent les privilèges des évoques, par un reste de leur superstition, ct en vertu du respect qu'ils avaient eu pour les prêtres de leurs dieux. Mais est-il cerlain que le mérite personnel des évêques n'y entra pour i ien? Les saints Hemi de lleims , Germain d'Auxerre, Loup de Troj es , Eucher de Lyon, Agnan d'Orléans, Sidoine Apollinaire de Clermont, Mamcrt de Vienne, Honorai et Ililaire d'Arles, etc., étaient pour lors l'ornement du clergé des Gaules ; leur vertu, et non leur faste, imprima le respect aux barbares, même avant la conversion de ceux-ci , et ces saints évêques étaient trop zélés pour souffrir, parmi les ecclésiastiques, le luxe, l'arrogance, l'avarice, le libertinage, dont Mosheim les accuse sans preuve et contre toute vérité. Lorsqu'il dit que tous ces évoques ne furent regardés comme saints et respeelés que par l'ignorance des peuples, il oublie que dans l'Occident le v* siècle a été le plus éclairé de tous, cl il en fournil luimême les preuves (Histoire ecclésiastique , vc siècle, 2' part., c. 1 et 2). Lorsqu'il accuse d'orgueil saint Martin, parce qu il élevait le sacerdoce au-dessus de la royauté, et saint Léon d'une ambition sans bornes, parce qu'il soutint les droits de son siège , il se montre aussi mauvais juge de la vertu que des la leutSi
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11 prétend que, pendant le vie siècle , les ecclésiastiques ne pensèrent qu'à établir des superstitions lucratives, que leurs désordres sont prouvés par la quantité de lois portées contre eux par les conciles ; nous avons déjà observé que ces lois ne prouvent autre chose que la vigilance des évoques et le zèle qu'ils ont eu pour le maintien de la discipline. I! y eut des schismes à Rome pour la papauté ; mais quelle en fut la cause? le despolisme des empereurs et l'ambition des grands, qui voulurent disposer de cette dignité, et gêner les suffrages du clergé et du peuple. Mosheim pousse l'entêtement jusqu'à dire que les moines, quoique vicieux, fanatiques, intrigants, remuants et perdus de débauche, étaient cependant très- respectés; nous soutenons que s'ils avaient été vicieux pour la plupart, ils auraient été méprisés et délestés. — Il répète la même absurdité, lorsqu'il reproche au clergé du vne siècle l'ambition, une avarice insatiable, des fraudés pieuses, un orgueil insupportable, un mépris insolent des droits du peuple. Ce ne sont point les ecclésiastiques, mais les guerriers sous le nom de nobles, qui ont opprimé le peuple, qui ont regardé comme esclave quiconque ne portail pas les armes. Le plus grand fléau de l'Eglise a été l'ambition de ces mêmes nobles d'envahir toutes les dignités ecclésiastiques ; mais l'atlribuerons-nous au clergé, qui en a été la victime, plutô' qu'au caractère brutal et féroce des barbares ? Lorsque Mosheim a cru voir du relâchement parmi les moines , il a déclamé contre ce désordre ; quand il n'y a vu que la solitude, le recueillement, l'austérité, le travail, il leur a reproché une affectation pharisaique de piété; mais le vrai caractère pharisaïque est de calomnier mal à propos. Il dit que dans ce siècle les parents avaient la fureur de mettre leurs enfants dans les cloîtres ; la raison en est fort simple, c'est qu'ils ne pouvaient leur faire donner ailleurs une éducation chrétienne. 11 dit que des scélérats s'y retirèrent par une vaine espérance d'obtenir le pardon de leurs crimes ; eût-il mieux valu qu'ils les continuassent que daller en faire pénitence?
Selon lui, on ne voit, dans le clergé du TiH" siècle, que luxe, gloutonnerie, incontinence, goût pour la guerre et pour la chasse. Il est à présumer, en effet, que plusieurs de ceux qui furent intrus dans les évêchés et dans les prélatures, par la tyrannie des nobles, y portèrent les vices de leur éducation. Mais il y a des preuves positives que ce désordre, trop comtnun dans les Gaules, ne fut pas le même partout ailleurs; pour y remédier, on lira des moines de leur cloître, et on leur confia le gouvernement de> Eglises ; Charlemagne fut le premier â rendre justice aux talents et à la vertu. Le vénérable Bède ; Egberl, évoque d'York; Alcuin , précepteur de Charlemagne ; saint lîoniface, archevêque de Mayence ; saint Chrodegand , é*éque de Metz ; Théodulphe, évoque d'Orléans ; saint Paulin d'Aquiléc; Ambroise Autpcrt, Paul diacre, etc., se distinguèrent par leur zèle et par leurs travaux. Si leurs
écrits ne sont pas des modèles d'éloquence ni d'érudition, ils respirent du moins la piété' la plus sincère. — On imagine que les donations qui furent faites aux Eglises étaient un effet de l'ambition des clercs, qui enseignaient que c'était le meilleur moyen d'effacer les péchés ; nous pensons, au contraire, que la plupart étaient des restitutions. Souvent la clause, si commune dans les chartes, pro remedio animœ meœ, ne signifie pas, pour obtenir le pardon de mes péchés , mais pour acquitter ma conscience, en restituant ce qui ne m'appartient pas. Mosheim convient que plusieurs évêques parvinrent à la dignité de princes, parce que les rois et les empereurs comptaient plus sur leur Gdélité que sur celle de leurs barons ; ils ne se trompaient pas, et ce motif ne fait pas déshonneur au clergé.
Nous convenons que ce n'est pas dans le ixe siècle qu'il a brillé davantage. Les guerres causées par le partage de la succession de Charlemagne, les incursions des Normands et des autres Barbares, l'ignorance du peuple et des nobles, l'intrusion de ceux-ci dans les évéchés, le pillage qu'ils firent des biens ecclésiastiques, furent autant de fléaux pour l'Eglise aussi bien que pour la société civile; le concile de Trosley, tenu en 909, attribue à cette même cause le dérèglement des moines. On publia de fausses légendes, de fausses reliques , de faux miracles, on donna dans les dévotions minutieuses et purement extérieures , etc. ; mais nous soutenons que, dans tous ces abus, il enira moins de fraudes pieuses que de traits d'ignorance et de crédulité aveugle. Ceux qui tentèrent de remédier au mal ne purent faire que de vains efforts ; et le siège de Home se ressentit du malheur commun autant que les autres : à qui j eut-on s'en prendre?
Il y a donc de l'injustice et de la malignité à soutenir, comme fait Mosheim, que les papes, devenus des monstres, furent la cause de l'ignorance et des vices du clergé dans le xi siècle. Le mal datait de plus loin, et plusieurs papes firent ce qu'ils purent pour en arrêter les progrès. Ont-ils eu quelque part à la dégradation, à l'ignorance, aux vices du clergé dans l'Orient, où ils n'avaient plus aucune influence? Tous les scandales arrivés à Rome furent l'ouvrage des tyrans qui ravageaient l'Italie, qui disposaient de la papauté comme de leur patrimoine, qui la donnaient exprès à des sujets vicieux, de peur que des papes plus respectables par leurs mœurs ne prissent trop d'ascendant sureux. Uncpreu\o que les désordres du clergé venaient du pillage des biens ecclésiastiques, c'est que les conciles, qui ont noté d'infamie le concubinage des clercs, ont condamné en même temps la simonie qui en fut toujours inséparable; et cette tyrannie des séculiers est avouée par Mosheim lui-même, xe siècle, il' part., c. 2, § 10. Ces deux vices régnaient principalement en Allemagne, où ia religion, tiitM. Elcury, avait toujours été plus faible. C'est ce (iui rendit le clergé de ce pays-là si furii ux contre Grégoire VII, qui voulait la reformer. Mœurs da chrétiens, u" 02.
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Os désordres furent à peu près les mêmes dans le xie el le xu* siècle ; mais dans ces le;nps même de confusion et de brigandage il y eut un grand nombre de personnages icspectables dans le clergé, soit séculier, soit régulier. 11 est de la bonne foi d'avouer que, pendant la famine de l'an 1032, la ebarité des évêques el des abbés fut poussée jusqu'à l'héroïsme {Histoire de l'Eglise gullic, tom. VU, liv. xx, an. 1031). — Les querelles entre l'empire et le sacerdoce, dont les protestants ont fait. tant de bruit, sont venues de ce que les empereurs voulaient avoir à Rome, non-seulement la puissance ci vile, mais encore le droit de disposer arbitrairement du pontificat ; les malheurs qui avaient résulté de celte prétention faisaient sentir aux papes et au clergé la nécessité de s'y opposer. Si lu plupart de ces pontifes ne furent pas des hommes Irès-vcrlueux, les princes contre lesquels ils disputaient valaient encore moins : nous ne voyons pas ce que la religion, les mœurs, la police y auraient gagné, si ces despotes ambitieux étaient venus à bout d'asservir l'Eglise pour toujours. Les papes voulurent disposer de tous les bénéfices , parce que les princes séculiers) pourvoyaient fort mal.
Au xm* siècle, on fil des projets et des tentatives de réforme, mais avec peu de succè*. Cela donna naissance aux ordres de religieux mendiants, el Mosheim avoue qu'ils gagnèrent, par l'austérité de leurs mœurs, la confiance des peuples. Malheureusement ce remède n'était pas suffisant pour tou! réparer, et le grand schisme d'Occident, survenu pendant le xive siècle, rendit la réforme à peu près impossible. On sait d'ailleurs que la peste noire, qui régna l'an 13i8 cl les deui années suivantes, eut des suiles terribles, et fut une des principales causes du relâchement qui s introduisit parmi le clergé et dans les monastères. Voy. {'Histoire de l'Eglise gullic, loin. Xlll , liv. xxxix. Mosheim n'a pas daigné en dire un seul mot. Quel remède la prudence bumaine peut-elle opposera de pareils fléaux? Ce fut un sujet pour tous les sectaires de déclamer avec emportement contre les vices et les abus du clergé ; mais faut il regarder toutes ces invectives, dictées par une ignorance furieuse, comme de fortes preuves de la corruption générale de l'état ecclésiastique? Elles continuèrent pendant le xvr siècle. Cependant, quand on considère d'un côté la liste des conciles qui furent tenus pendant ces trois siècles, et la teneur de leurs décrets; de l'autre, le catalogue des écrivains ecclésiastiques, el l'objet de leurs ouvrages; en troisième iieu, le nombre des saints dont les vertus furent auibculiqucmcnl reconnues, on est forcé de penser que les clameurs dis vaudois, d<s albigeois, des lollards, des wicléûles, des hussites et d'autres fanatiques semblables, ne uié'ilenl pas beaucoup d'attention, et que les protestants ont lrè>-g> and tort de nous les donner comme un titre authentique de la mission des réformateurs.
Enfin parut, dans le xvr siècle, la grande
lumière de la réformalion ; l'on sait quels en furent les auteurs, par quels moyens elle i s'exécuta, et les merveilleux effets qu'elle a opérés ; nous les examinerons dans leur lieu. Voy. Réformation. Les incrédules mêmes, après avoir copié toutes les satires des pro lestants contre le clergé, ont tourné en ridicule le ton de jactance de ces prétendus réparateurs ; et plusieurs écrivains, nés dans le protestantisme, sont convenus de la licence des mœurs qui ne larda pas de s'y introduire, et qui y règne encore. Où est donc le grand bien quien eslrésullé?
Mosheim finit son libelle diffamatoire par nier l'utilité des décrets du concile de Trente, touchant la discipline; suivant son avis, celle réforme n'a rien opéré, surtout à l'égard des évéques. Quand cela serait vrai à l'égard des évêques d'Allemagne, qui sont princes souverains, que prouve leur exemple contre ceux de France, d'Espagne et d'Italie? D'aulres protestants oui été plus judicieux; ils sont convenus que si, avant le concile de Trente, le clergé avait étc.tel qu'il est aujourd'hui, il n'y aurait pas eu lieu à la prétendue réforme de Luther et de Calvin.
Quelques incrédules ont poussé la malignité encore plus loin ; ils ont prétendu prouver que l'état ecclésiastique, par lui-même, est essentiellement mauvais. — 1° ils disent que des pouvoirs tels que le clergé se les attribue doivent nécessairement inspirer de l'orgueil à un ecclésiastique, le rendre ambitieux, fourbe, hypocrite et foncièrement vicieux. Si ce reproche élail sensé, il retomberait sur Jésus-Christ même, puisque c'est lui qui a donné aux pasteurs de l'Eglise les pouvoirs d'instruire, de remettre les péchés, de reprendre et de corriger. 11 leur a dit, dans la personne de ses apôtres : 6'e/u/ qui es! mon ministre sera honoré par mon Père (Joan. xn, 2G). Mon l'ère vous aime, parce que vous m'avez aimé el avez cru en moi (xvi, 27). Mais il a eu soin de réprimer en . eux l'orgueil el l'ambition, en les avertissant que celui qui veut être le premier, doit se rendre le dernier el le serviteur rie tous [Mallh. xx, 2G). Si un homme embrasse létal ecclésiastique par intérêt, par ambition, sans un désir sincère d'en remplir les devoirs, il était déjà vicieux avant d'y entrer ; ce n'est pas la cléricature qui l'a rendu tel. 11 est absurde de dire qu'un état dont Ions les devoirs sont des actes de vertu, peut rendre un homme vicieux. La seule ambition permise est d'être utile ; tant que le clergé continuera de l'être, il sera honoré en dépit de ses ennemis. — 2" Ils prétendent que le clergé est un corps étranger à l'Etat, et qui se regarde comme tel; que les intérêts particuliers de ce corps étouffent, dans un ecclésiastique, tout zèle de l'intérêt public, le rendent mauvais sujet et mauvais citoyen. — Il n'est pas aisé de comprendre comment un corps dévoué au service du public ou do l'Etal, qui subsiste aux dépens tic l'Etat, qui doit donner l'exemple de la soumission aux lois civiles el au gouvernement, peut sa croire étranger à l'Elal. Ou pourrait, avec
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autant de raison, ou plutôt avec autant d'absurdité, faire le même reproche à l'étal militaire, à celui de la magistrature, à celui de la noblesse, qui tous ont des privilèges et des intérêts particuliers. Souvent on a répété que jamais le clergé n'a stipulé, auprès des souverains, que pour ses propres intérêts ; c'est une fausseté. Dans les assemblées de la nalion, le clergé n'a jamais manqué de porter aux pieds du trône les représentations, les besoins, les justes demandes du tiers-étal. Dans les commencements de la monarchie, les évêques furent presque toujours revêtus du titre de défenseur, chirgés de soutenir les droits, les privilèges, les intérêts des villes et des communes; et jamais cette charge n'a été mieux remplie que par eux : aujourd'hui encore il n'est aucun curé de campagne qui ne rende le même service à ses paroissiens. — 3° Plusieurs ont osé écrire que le clergé est toujours prêt à résister aux ordres du gouvernement et à se révolter; d'autres prétendent que le clergé est le plus ardent promoteur du despo'isme des souverains, et leur a toujours fourni des armes pour opprimer les peuples. — Deux accusations contradictoires n'ont pas besoin de réfutation. Sans se révolter, tout chrétien se croirait obligé de résister à des ordres qui seraient contraires à la loi de Dieu, et de mourir plutôt que de trahir sa conscience. Excepté ce cas, il sait, aussi bien que le clergé, que Dieu ordonne d'être soumis aux puissances supérieures, etc. [Rom. xnr, 1;. Depuis que les philosophes ont trouvé bon de sonner le tocsin contre le gouvernement, d'enseigner des maximes séditieuses, de souffler l'esprit de révolte, le clergé se croit obligé de prêcher l'obéissance pius soigneusement que jamais.
D'un côté, les incrédules ont représenté les anciens prophètes comme des rebelles et des séditieux, parce qu'ils reprochaient aux rois leurs désordres; on a blâmé saint Jean Chrysostome de la censure qu'il fit des vices qui régnaient à la cour des empereurs, et par laquelle il s'attira la haine des courtisans ; aujourd'hui on se plaint de ce que le clergé ne s'oppose point au despotisme des princes. On dit qu'il y a une conspiration entre les ecclésiastiques et les souverains pour opprimer les peuples. Du moins ce n'est pas le clergé qui fomente le despotisme des princes mahométans ou idolâtres de Siam, de la Cochinchine, du Pégu , de la Chine, du Japon, des Indes et de l'intérieur de l'Afrique: il y a bien de la différence entre leur gouvernement et celui des monarques chrétiens. Depuis que les protestants ont dépouillé les ministres de la religion de toute aulori'é, voyons-nous les souverains d'Allemagne traiter leurs sujets avec plus de douceur que sous le règne du catholicisme? C'est toujours eu écrasant le clergé que les mauvais princes parviennent au despotisme.
On voit, dans le Dictionnaire de Jui imprudence, les privilèges, les immunités, les différents degrés d'autorité et de juridiction dont jouit le clergé, et qui émcuveul la bile de
nos philosophes réformateurs; il faut, diton, les supprimer pour l'avantage du publie. Mais comme l'observe très-bien un écrivain de nos jours, il n'y a pas un abus, pas une loi injuste, pas un genre d'oppression , pas une espèce d'iniquité publique, à commencer depuis le despotisme jusqu'à l'anarchie, qui n'ait eu pour prétexte le bien général, l'intérêt des hommes, le bonheur des sociétés. Il n'y a point d'autre bien public que l'observation de la loi naturelle. Or, selon celte loi, on ne pourrait loucher aux privilèges des ecclésiastiques, sans révoquer aussi ceux de même nature qui ont été donnés à la noblesse, aux charges de magistrature et à d'autres litres (1).
11 est bon de se souvenir que le nom de clerc, donné dans les bas siècles à tout homme lettré, et celui de clergie, qui désignait toute espèce de science, sont un témoignage irrécusable des services que les ecclésiastiques ont rendus à l'Europe entière après l'inondation des Barbares; si la religion ne les avait pas obligés à l'étude, toute connaissance aurait été anéantie. Mais depuis que les philosophes ont voulu se saisir de la clef de la science, être les seuls docteurs de l'univers, ils ont déclaré la guerre au clergé par jalousie de métier.
Clekcs réguliers. On nomme ainsi les ecclésiastiques qui se réunissent en congrégation par des vœux, et s'assujettissent à une règle commune, pour remplir les fonctions du saint ministère, pour instruire les peuples, assister les malades, faire des missions, etc. Ils sont distingués des chanoines réguliers, en ce que ceux-ci se sont astreints à des jeûnes et à des abstinences, aux veilles delà nuit, au silence des moines; au lieu que les clercs réguliers ne se sont imposé aucune austérité, mais seulement l'exactitude à remplir tous les devoirs ecclésiastiques. Ils onl jugé avec raison et ils ont prouvé par leur exemple, que la vie commune, l'assujettissement à une règle, la séparation d'avec les séculiers, les bons exemples mutuels , soutiennent la vertu, excitent la ferveur, et préservent un ecclésiastique des écueils de la piété.
On connaît en Italie huit congrégations de clercs réguliers : oux de saint Paul, appelés barnabites; ceux de saint Gaétan ou lliéatins, les jésuites qu\ n'existent plus , ceux de saint Maïeul, nommés somasques ; ceux des écolespics, ceux de la Mère de Dieu, les clercs réguliers mineurs, et les ministres ou serviteurs des infirmes. Ces derniers furent institués en Italie par un prêtre nommé Camille de Lellis, pour soigner les hôpitaux et soulager les malades. Sixte V, Grégoire XV cl Clément Vlll ont approuvé cet institut digne des éloges de tous les gens de bien ; son fondateur mourut saintement en 1614-. Ses mcui-
(I) La révolution a aboli tous les privilèges du clergé. Nous sommes lu.ti île nous en plaindre. Nous demanderons seulement qu'on nous donne une liberté complète de ci oire , de professer cl d'enseigner la religion catholique.
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bres rendent le* mêmes services que les frères de la charité. On les nomme aussi crucifères, parce qu'ils portent une croix rouge sur leur soulane.
CLIMAT. De nos jours on a mis en question si la religion chrétienne était propre à tous les climats, par conséquent si Jésus- Christ a eu raison de dire à ses apôtres, allez enseigner toutes les nations. Sans entrer dans aucune spéculation physique ni politique, la question nous paraît décidée par un fait inronleslahle : c'est que le christianisme a produit les mêmes effets, le même changement dans les mœurs de tous les peuples chez lesquels il s'est établi. La mollesse des Asiatiques, la férocité des Africains , l'humeur vagabonde des Parlhes et des Arabes, la rudesse des habitants du Nord et des Sauvages, ont été forcées de céder à la morale de l'Evangile. On peut s'en convaincre par le tableau des mœurs qui ont régné avec le christianisme pendant quatre siècles sur les côtes de l'Afrique, en Egypte, en Arabie, qui régnent encore chez les Abyssins, par la révolution qu'il a opérée chez les Perses, au VIe siècle en Angleterre , au ixe chez les peuples du Nord, de nos jours parmi les Américains et aux extrémités de l'Asie.
Il y a sans doute des climats sous lesquels les mœurs sont ordinairement plus corrompues, et les habitants moins propres à s'instruire; mais il n'est point de difficultés que le christianisme n'ait autrefois vaincues ; il peut donc encore les vaincre aujourd'hui. Au ir siècle, Celse jugeait, comme nos politiques modernes, que le dessein de ranger tous les peuples sous la même loi était un projet insensé; cette spéculation profonde s'est trouvée fausse, elle le sera toujours ; le christianisme a été destiné de Dieu à être la religion de foutes les nations, comme il doit être celle de tous les siècles.
Une preuve démonstrative que la religion a beaucoup plus d'empire sur les mœurs des peuples que le climat, c'est que partout où le christianisme a été détruit, la barbarie et l'ignorance ont pris sa place, sans qu'aucun laps de temps ait pu les dissiper. Y a-t-il quelque ressemblance entre les mœurs qui rognent aujourd'hui sous le mahométisme dans la Crècc, l'Asie Mineure, la Perse, la Syrie, l'Egypte et sur les côtes de l'Afrique, et celles que le christianisme y avait introduites? Dans peu d'années notre religion avait civilisé toutes ces nations ; il y a près de douze cents ans qu'elles sont retombées dans la barbarie , et elles semblent condamnées à y demeurer pour toujours, à moins qu'elles ne reviennent à la lumière de l'Evangile dont l'alcoran lésa privées. Un voyageur, qui a lait récemment le tour du monde, atteste qu'il a vu le christianisme produire les mêmes effets dans tous les climats , et partout où les missionnaires sont parvenus à l'établir.
Nous ne devons donc pas nous fier à ce qu'a dit l'auteur de VElprit des lois, qu'il est presque impossible que lo christianisme n'établisse jamais & Iq^Chine. Selon lui, les
vœux de\irginilé, les assemblées des femmes dans les églises, leur communication nécessaire avec les ministres de la religion, leur participation aux sacrements, la confession auriculaire, l'extrême-onction, le mariage avec une seule femme, sont des obstacles invincibles; parce que tout cela renverse les mœurs et les manières du pays, et frappn encore du même coup sur la religion et sur les lois. — Mais h s vœux de virginité et le mariage d'un homme avec une seule femme seraient-ils plus difficiles à établir à la Chine que dans la Perse, dans l'Arabie, en Ethiopie, en Egypte et sur les côtes de l'Afrique, où le climat est beaucoup plus brûlant qu'à la Chine, où la religion, les mœurs et les lois n'étaient pas meilleures lorsque le christianisme y fut porté? Qui empêcherait d'ailleurs que dans les églises les femmes ne fussent séparées des hommes par des barrières impénétrables, que l'on ne leur administrât les sacrements avec les mêmes précautions qu'à des religieuses? Lorsque l'Egypte, la Libye, la Mauritanie étaient chrétiennes, les femmes n'étaient pas renfermées, les deux sexes y vivaient à peu près avec la même liberté que parmi nous, et les Pères de l'Eglise n'ont point envisagé celte société libre comme une source de dépravation mutuelle. Elle subsiste encore chez les chrétiens d'Ethiopie; les voyageurs n'ont pas vu que les femmes y soient plus corrompues qu'ailleurs. Tertullien, en soutenant que les vierges doivent se voiler dès qu'elles ont atteint l'âge de puberté, suppose que les femmes ne portaient point de voile, et il ne parle pour elles d'aucune espèce de clôture (L. de Virgin, velandis). Aujourd'hui à la Chine, et partout où le mahométisme a porté la corruption , les voiles, les sérails, les verroux et les eunuques ne suffisent pas pour calmer la jalousie inquiète des maris. Un Chinois ne comprendra jamais, dit-on, qu'une femme puisse décemment parler à l'oreille d'un confesseur; il ne comprend pas non plus qu'un homme puisse se trouver seul avec une femme, dans un lieu écarté, sans être tenté de lui faire violence; il comprendrait l'un et l'autre s'il était chrétien. En bannissant la polygamie, en montrant aux hommes le mérite de la chasteté, le christianisme retrancherait les deux principales sources de corruption. Contre des faits positifs et incontestables, les spéculations et les conjectures philosophiques ne prouvent rien.
CLINIQUES. On donnait autrefois ce nom à ceux qui avaient été baptisés dans leur lit pemiant une maladie; il vient du grec xkivn, lit.
Dans les premiers siècles de l'Eglise, plu sieurs différaient ainsi leur baptême jusqu'à l'article de la mort, quelquefois par humilité, souvent par libertinage et pour pécher avec plus de liberté. On regardait, arec raison, ces chrétiens comme faibles dans la foi eî dans la vertu. Les Pères de l'Eglise s'élevèrent contre cet abus, le concile de Néorésarée, can. 12, déclare les cliniques irréguliers pour les ordres sacrés, à moins qu'ils ne
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