‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 147 sur 183 · CO.M · texte numérisé non relu

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Septante.— Ils ont fait bien pis : ils ont mis eux-mêmes cette version f iulive à la main (tes filèles, qui étaient incapables d'en connaître les défauts, et ce sont eux qui ont donné aux Pères de l'église l'exemple des explications allégoriques de l'Ecriture sainte; la preuve en subsiste dan. l'Kvaugile et dans les lettres de saint Paul. Aussi, les incrédules ont eu grand soin d'appliquer aux apôtres et aux éyangélistes le reprocbe que les protestants font aux anciens commentateurs. Mosbeim et ses pareils ont ils pu l'ignorer?— Ces deux considérations suffisent déjà pour justifier les anciens Pères; mais si nous examinons leur conduite en ellemême, les trouverons-nous aussi coupables qu'on le prétend? Est-il vrai que les commentateurs modernes, protestants ou autres, aient enfanté de si grandes merveilles en prenant une roule tout opposée? Ceci mérite un moment de réflexion.

Les Pères ont cherché dans l'Ecriture sainte des leçons propres à sanctifier les mœurs, et non des connaissances capables de flatter l'orgueil et la curiosité ; ils ont pensé que ce livre divin nous a été donné pour nous inspirer des vertus, plutôt que pour nous enrichir d'une vaste érudition. Leurs commentaires sont sans doute moins savants que ceux des modernes, mais ils sont plus édifiants et [dus chrétiens ; s'ils ne rendent pas la lettré beaucoup plus claire, ils tendent plus directement à nous en faire prendre l'esprit, qui vaut beaucoup mieux. Ils ont fait grand usage des explications allégoriques , parce que c'était le goût de leur siècle ; ils étaient forcés de s'y conformer Voy. Allégorie.

Qu'ont fait les interprètes protestants et sociniens? ils ont traité les écrits des auteurs sacrés comme on a traité ceux d'Homère, d'Aristole, de Pline et des auteurs profanes, il n'y a pas plus de piété dans leurs notes sur lès uns que sur les autres. — Mosbeim luimême a l'ait une longue dissertation contre les interprètes qui ont rempli les commentaires d'explications, d'allusions, de comparaisons et d'observations tirées des auîeurs profanes (Syntag., Dissert, ad sanctiorcs disciplin. perlin., pag. 1GG).

On nous en impose, d'ailleurs, quand on veut nous persuader que les Pères se sont bornés à des explications allégoriques. Les livres de saint Jérôme, des Noms hébreux, des Lieux hébreux, les Questions hébraïques sur la Genèse, s< s Commentaires sur les prophètes, un très-grand nombre de ses lettres; le Traité de saint Epiphane, des poids et des mesures df s Hébreux; les Réponses de i tint Augustin aux objections des manichéens, etc., sont des ouvrages d'érudition, qui pourraient faire honneur à des. savants de notre .siècle, et ceux-ci devraient être plus reconnaissants îles secours qu'ils en ont tirés. Un grand nombre d'autres ouvrages des premiers siècles, non moins estimables, ont péri p.ir le malheur des temps. Les Hexaples d'Origène aoraient plus contribué à l'intelligence de l'Ecriture sainte, que le plus savant commentaire. Il y a du ridicule à reprocher au\

anciens Pères leur respect pour la version des Septante, puisqu'alors il n'y en avait point d'autre qui fût connue; à la réservo de saint Matthieu, les évangélistes et les apôtres s'en étaient servis. Dès le iir siècle, Origène sentit qu'il ne fallait pas s'y borner, puisque, dans ses Hexaples et dans ses Octaples, il la mit en comparaison avec le texte hébreu et avec toutes les autres versions grecques qu'il put trouver. Il est encore plus absurde de leur savoir mauvais gré de n'avoir pas appris l'hébreu dans un tempsoù l'on mauquaitabsolument desecours pour l'étudier, et lorsque les Juifs faisaient tous leurs efforts pour en dérober la connaissance aux chrétiens : on sait combien il en coûta de soins et de peines à saint Jérôme, pour en recevoir des leçons.

Pour entendre l'Ecriture sainte, les Pères des premiers siècles avaient un guide plus infaillible que les règles de grammaire hébraïque, savoir, la tradition des Eglises apostoliques, conservée par les disciples immédiats des apôtres, et transmise sans interruption à leurs successeurs. Voilà ce quia donné lieu de composer les Chaînes des Pères, de rassembler et de comparer les explications que ces auteurs respectables avaient données des passages dont le sens était contesté par les hérétiques. Et en quel temps? Sur la fin du v" siècle ou pendant le vr, immédiatement après les premières irruptions des barbares. Les plus connus de ces ouvrages sont celui d'Olympiodore , moine grec du vc ou du vie siècle, sur le livre de Job ; on le trouve dans la Bibliothèque des Pères; celui de Victor, évèque de Capoue, de l'an 5^5, sur les quatre Evangiles ; celui de Primasius, évêque d'Adrumèie en Afrique, en 553, sur les Epîtrcs de saint Paul; celui de Pi ocope de Gaze, rhéteur et sophiste grec, qui a écrit vers l'an 500 sur Isaïe et sur d'autres livres do l'Ecriture sainte.— On craignait alors avec raison que la plupart des monuments ecclésiastiques ne fussent bientôt détruits par la fureur des barbares : on s'eff irçail d'en sauver les débris, et l'événement a prouvé que celte crainte n'était que trop bien fondée. La multitude des hérésies qui avaient paru dans les siècles précédents, faisait sentir la nécessité de s'attacher à la tradition, et d'en avoir toujours la preuve sous les yeux. L'imperfection du ces ouvrages ne vient donc pas du mauvais goût des auteurs, mais de la nécessité des circonstances. Quoi qu'en disent les protestants, ces compilations ne sont pas inutiles, puisque ce sont de> chaînes de tradition ; d'ailleurs nous \ trouvons quelques fragments de livres anciens qui ne subsistent plus. Nous devons faire aussi peu de cas de l'opinion qu'en ont nos adversaires, qu'ils eu font eux-mêmes des monuments de l'antiquité.; ils n>- chercheraient pas à nous ô:cr nos guides, s'iis n'avaient pas cm ie de nous

égarer.

.Mosbeim prétend que dans les bas siècles, jusqu'à la naissance de la réforme, les papes s'ei aient opposes de toutes IcuTï forces a ce

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que les laïques pussent lire et entendre l'Ecriture sainte. Comme nous ne pouvons pas attribuer celte calomnie à l'ignorance de ce critique , nous sommes forcés de nous en prendre à sa malignité. Il est de toute notoriété que jusqu'au xe siècle la langue latine fut dans toutes les Gaules le langage nonseulement de la religion, mais encore de tous les actes publics et de tous les livres ; que le peuple l'entendait pour le moins aussi bien que les habitants des diverses provinces de France, qui ont des jargons particuliers, entendent aujourd'hui le français. 11 est donc incontestable que, du moins jusqu'alors, la Vulgate latine pouvait être lue et entendue par tous ceux qui savaient lire. Peut-on citer un seul décret des papes qui leur ait interdit celte lecture? — Il n'est pas moins certain qu'à celte époque, et dans les Irois ou quatre siècles suivants, les clercs seuls savaient lire et écrire ; que l'usage des lettres était regardé par les nobles comme une marque de roture : attribuerons- nous cette rouille barbare aux papes, qui n'ont pas cessé de faire des efforts pour la dissiper? Ils y avaient Le plus grand intérêt, puisque c'est l'ignorance grossière des siècles dont nous parlons qui fit éclore la multitude de sectes fanatiques qui troublèrent en même temps l'Eglise et la société, aussi bien en Italie qu'ailleurs. Sans une aveugle prévention, l'on ne peut pas nier que le clergé n'ait fait tout ce qui était en son pouvoir pour conserver et pour renouveler l'usage des lettres. Voy. Lettres, âuts, Science, etc.

Pour faire illusion aux ignorants , Mosheim soutient que, de concert avec les papes, le concile de Trente a mis un obstacle invincible, parmi les catholiques, à la véritable intelligence de l'Ecriture sainte, en déclarant la Vulgate authentique, c'est-à-dire, selon lui, fidèle, exacte, parfaite, à couvert de tout reproche; en imposant aux commentateurs la dure loi de n'entendre jamais l'Ecriture sainte, en matière de foi et de mœurs, que conformément au sentiment commun de l'Eglise et des Pères ; en déclarant enfin que l'Eglise seule, c'est-à-dire, le pape, qui estson chef, a le droit de déterminer le vrai sens et la vraie signification de l'Ecriture ( llist. ecclés., xvie siècle, sect. 3, ire partie, c. 1, § 23. — En premier lieu, il est faux que le décret du concile de Trente, touchant l'authenticité de la Vulgate, ait le sens que Mosheim lui donne malicieusement; nous prouverons le contraire au mut Vulgate. Son traducteur a eu la bonne foi d'en convenir dans une note, tom. IV, pag. 216.— En second lieu la loi dure imposée aux commentateurs par ce concile avait au moins déjà huit cents ans d'antiquité; le concile in Trullo, tenu l'an G92, et dont les décrels forment encore aujourd'hui la discipline de l'Eglise orientale, ordonna, can, 20, que s'il survenait des disputes entre les pasteurs sur le sens de l'Ecriture, elles fussent résolues suivant le sentiment et les lumières des anciens docleurs de l'Eglise. Nous verrons au mot Tkauit.on qu'ils ont suivi eux-mêmes cette rè^le en ex-

pliquant l'Ecriture sainte. — En troisième lieu, il est faux que, dans son décret, le concile de Trente ait entendu , par la sainte Eglise notre mère, le pape qui est son chef. Indépendamment de l'enseignement du souverain pontife, jl y a l'enseignement public et uniforme des différentes Eglises qui composent la société générale, que nous appelons l'Eglise catholique ; enseignement de l'uniformité duquel nous sommes assurés par la communion de foi et de croyance qui règne entre elles. Mais les protestants ne se corrigeront jamais de la mauvaise habitude de défigurer notre doctrine.

Voyons enfin les merveilles qu'ont opérées les réformateurs et leurs disciples, par leurs commentaires et leurs savantes explications de l'Ecriture sainte. Mosheim lui-même ne nous en donne pas une idée fort avantageuse ; il convient que les luthériens, dans les commencements, donnèrent plus d'application à la controverse qu'à l'explication des livres saints, qu'ils s'atiachèrent trop à y rechercher des sens mystérieux, qu'ils appliquèrent à Jésus-Christ et aux révolutions de l'Eglise plusieurs des anciennes prophéties qui n'y avaient aucun rapport. Nous voyons, en effet, que, dans leurs commentaires, ils se sont bien moins attachés à rechercher le vrai sens des passages, qu'à en tordre le sens pour l'ajustera leurs prétentions; et louîes les fois qu'ils ont changé d'avis, ils n'ont pas manqué de voir dans l'Ecrilure sainte le sens le plus conforme à leurs nouvelles opinions ; ainsi, ce n'est pas le sens aperçu d'abord dans les livres saints qui a réglé leur croyance; c'est celle-ci, au contraire, qui a décidé du sens des auteurs sacrés. Etait-ce là le moyen de trouver infailliblement la vérité? — Il reproche à Calvin et à ses adhérents d'avoir appliqué aux Juifs la plupart des prophéties qui regardent Jésus-Christ, et d'avoir ainsi enlevé au christianisme une partie essentielle de ses preuves. Peut-on imputer de pareils attentats aux commentateurs catholiques?

Celle dissension sur le vrai sens des Ecritures, qui s'est élevée d'abord enlre les luthériens el les calvinistes , dure encore parmi ces derniers. Crotius , qui a trouvé un bon nombre de partisans, surtout chez les sociniens, a soutenu que la plupart des prophéties, appliquées à Jésus-Chrisl par les auteurs du Nouveau Testament , désignent d'autres personnages dans le sens direct et littéral ; mais que, dans un sens mystérieux et caché, elles représentent le Fils de Oieu, ses fonctions, ses souffrances, elc. Coccéius, au contraire, qui a formé aussi des disciples, envisage loule l'histoire de l'Ancien Testament comme un lype cl une figure de celle de Jésus-Chrisl et de l'Eglise chrétienne; il prétend que loules les prophéties regardent directement et littéralement Jésus-Chrisl, et prédisent toutes les révolutions qui doivent arriver dans son Eglise jusqu'à la fin des siècles. Au lieu que Ge!ui-ci a vu Jésus- Christ partout, Grolius ne l'a vu nulle part, du moins dans le sens direct, littéral et un-

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lurcl des termes. De leur côté, un grand nombre de théologiens anglicans n'onl fait aucun cas de ces commentateurs modernes; ils ont soutenu que l'on ne doit interpréter les livres saints , en matière de foi et de mœurs, que dans le sens que leur ont donné les anciens docteurs de l'Eglise naissante. A la vérité, ils ont été vigoureusement attaqués par d'autres; on leur a reproché qu'ils abandonnaient le principe fondamental de la réforme, qui est qu'en matière de foi et d'interprétation de l'Écriture, chacun est en droit de s'en rapporter à son propre jugement, sans êlrc subjugué par aucune autorilé humaine. — Aussi, depuis que ce merveilleux principe a été suivi, l'on a vu vingt sectes différentes s'élever dans le sein du protestantisme, faire bande à part, soutenir, la Bible à la main, que leur doctrine éfail la seule vraie. Aucune de ces sectes n'a fait un plus grand nombre de commentaires sur les livres saints que les sociniens, aucune n'a poussé plus loin les subtilités de grammaire et de critique, aucune n'a mieux réussi à pervertir le sens de l'Ecriture ; les autres protestants en conviennent. Ainsi ce livre divin et les commentaires , loin de réunir les esprits dans une même croyance, sont devenus une source continuelle de divisions, et continueront de l'être, jusqu'à ce qu'il plaise à tous les esprits rebelles de reconnaître la sagesse et la nécessité de la loi que l'Eglise catholique a imposée à tous les commentateurs, et qu'elle a suivie dans tous les siècles. Voy. Ecr:tdrk sainte.

N'est-il pas singulier que les protestants, qui ne sont pas d'accord entre eux sur la meilleure manière d'interpréter l'Ecriture sainte, qui disputent sur une infinité de passages très-importants pour la foi, pour les mœurs, pour le culie, qui donnent souvent cinq ou six explications différentes d'une expression ou d'une phrase dans leur Synopse des critiques s'obstinent cependant à soutenir que l'Ecriture sainte est claire, intelligible à tous les hommes, même aux plus ignorants : que chacun est en état d'en prendre le vrai sens pour former sa foi et diriger sa conduite? Nous avons beau leur dire que, selon saint Pierre, toute prophétie de l'Ecriture ne se fait point par une in terpré talion particulière (II Petr. i,20) ; qu'elle doit donc êire entendue par le même esprit qui l'a dictée; ils ont trouvé quatre ou cinq manières de tordre le sens de ces paroles, et ils nous tournent en ridicule, parce que, pour éviter cet abus, nous nous en tenons aux leçons de ceux que Dieu a établis pour nous enseigner.

COMMERCE. On accuse plusieurs Pères de l'Eglise d'avoir condamné le commerce comme criminel en lui-même , et comme opposé à l'esprit du christianisme. Barbeyrac fait ce reproche à Terluliien et à Laclance ; d'autres l'ont lait à saint Jean Chrysoslome; il suffit de rapporter leurs paroles pour les disculper. « Aucun art, dit Terluliien , aucune profession, aucun commerce qui sert en quelque chose à dresser ou à former dis idoles ,

ne peut êlre exempt du crime d'ido'âlrie ;.... c'est une mauvaise excuse de dire je n'ai pas autrement de quoi vivre, etc. » (De Idololat., c. 11 et 12). Nous soutenons que celte décision de Terluliien est exactement vraie. Il ne sert à rien d'objecter qu'un chrétien ne peut rien vendre qui , quoique bon et utile en soi , ne puisse être un instrument de débauche ou de crime ; celle conséquence est fausse parce qu'elle est trop générale. Saint Paul a dil : Si ma nourriture scandalisait mon frère, je ne mangerais de viande de ma vie (1 Cor. vin, 13 ; Rom. xiv, 21). Soutiendra-t-on que manger de la viande n'est pas une chose bonne et utile en soi? — « Pourquoi, dit Laclance, \in homme juste irait il sur mer, ou qu'irait-il chercher dans un pays étranger, lui qui est content du sien? Pourquoi prendrait-il part aux fureurs de la guerre, lui qui vit en paix avec tous les hommes? Prendra-l-il plaisir à posséder des marchandises étrangères ou à verser le sang humain , lui qui se contente du nécessaire , et qui regarderait comme un crime d'assister seulement à un homicide commis par autrui? » (Divin, lus t., I. v, c. 18). Sénèque (Natural. Quœst., 1. v, c. 18) a blâmé, avec encore plus de force que Laclance, la fureur de braver les dangers de la mer, soit pour faire la guerre, soit pour commercer. On ne dit rien du premier, parce que c'est un philosophe ; on censure le second , parce que c'est un Père de l'Eglise. L'un et l'autre ont jugé que le commerce maritime vient ordinairement d'une ambition déréglée de s'enrichir ; que , tout considéré, il a fait aux nations plus de mal que de bien : quand on l'envisage avec des yeux chrétiens ou philosophes, il est difficile d'en penser autrement. — On sait d'ailleurs de quelle manière se faisait le commerce dans ces lemps anciens ; il n'y avait ni lois pour le régler, ni police pour en prévenir les abus ; et la concurrence des négociants n'était pas assez grande pour réprimer leur avidité. Si l'on en jugeait par les prières qu'Ovide leur met à la bouche dans ses Fastes, il faudrait en conclure que tous étaient de très-malhonnêles gens , et que leur profession était infâme. Quand les Pères de l'Eglise en auraient eu la même opinon que ce poète, faudrail-il s'en étonner? Dans les siècles grossiers , dit un écrivain moderne, le commerçant est trompeur, mercenaire, borné dans ses vues ; mais , à mesure que sou art l'ail des progrès, il devient exact, honnête, intègre, entreprenant (Fergusson , lissai sur illist. île la société virile, l. Il , c. h). — Il en était de même du métier des armes pendant les troubles, les séditions, les guerres des divers prétendants à l'empire. Outre l'idolâtrie donl les soldais étaient obligés tic faire profession , leur brigandage les rendait odieux ; les Pères n'avaient donc pas lorl d'inspirer aux chrétiens de l'éloignement pour cel état. Mais nos censeurs modernes trouvent qu'il est plus aisé de blâmer les Pères que d'examiner les rai ons qui les oui fait parler. Pour pouvoir accuser saint Jean Chrysoslome, on a cité l'Ouyrage Imparfait

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sur sainl Matthieu, qui n'est pas de lui.

COMMUNAUTÉ ECCLÉSIASTIQUE , corps composé de personnes ecclésiastiques qui vivent en commun el ont les mêmes intérêts. Ces communautés sont ou séculières ou régulières. Celles-ci sont les chapitres de chanoines réguliers , les monastères de religieux , les couvents de religieuses. Ceux qui les composent vivent ensemble , observent une même règle, ne possèdent rien en propre.

Les communautés séculières sont les congrégations de prêtres, les collèges, les séminaires et autres maisons composées d'ecclésiastiques qui ne l'ont point de vœux et ne sont point astreints à une règle particulière. On attribue leur origine à saint Augustin ; il forma une communauté de clercs de sa ville épiscopale , où ils logeaient el mangeaient avec leur évoque , étaient tous nourris el vêtus aux dépen- de la communauté, usaient de meubles et d'habits communs , sans se faire remarquer par aucune singularité. Us renonçaient à tout ce qu'ils avaient en propre ; mais ils ne faisaient vœu de continence que quand ils recevaient les ordres auxquels ce vœu est attaché. — Ces communautés ecclésiastiques , qui se multiplièrent dans l'Occident, ont servi de modèles aux chanoines réguliers, qui se font tous honneur de porter le nom de saint Augustin. En Espagne, il y avait plusieurs de ces communautés, dans lesquelles on formait de jeunes clercs aux lettres el à la piété, comme il paraît par le second concile de Tolède ; elles o;.t clé remplacées par les séminaires. — L'Histoire ecclésiastique fait aussi mention de communautés qui étaient ecclésiastiques et monastiques tout ensemble : tels étaient les monastères de saint Fulgence , évêque de Ruspe , en Afrique, et celui de saint Grégoire le Grand.

On appelle aujourd'hui communautés ecclésiastiques toutes celles qui ne tiennent à aucun ordre ou congrégation établie par lettres patentes. Il y en a de filles ou de veuves qui ne font point de vœux , du moins de vœux solennels , et qui mènent une vie trèsrégulière.

L'ulilité de ces différentes espèces de communautés esl de faire subsister un grand nombre de personnes à peu de frais, de les soutenir dans la piété par le secours de l'exemple , de bannir le luxe qui absorbe tout dans la société civile; ce sont ordinairement des modèles du bon ordre el d'une sage économie. Quand on dit que ['esprit de corps qui y règne est contraire à l'intérêt public et au caractère de bon citoyen, c'est comme si l'on soutenait qu'un père ne peut être attaché au bien particulier de sa famille sans se détacher du bien public; que le patriotisme ou l'esprit national est contraire à l'humanité ou à l'affection générale que nous devons avoir pour tous les hommes. — En détruisant l'esprit de corps , on lui substitue l'égoïsme , caractère le plus pernicieux, el le plus opposé à l'intérêt général , aussi bien qu'à l'esprit du christianisme , qui esl un esprit de charité cl de fraternité. — L'huma-

nité prétendue de nos philosophes cosmopolites n'est qu'un masque d'hypocrisie , sous lequel ils cachent leur égoïsme. Quiconque ne sait pas témoigner de l'amitié aux personnes avec lesquelles il vit tous les jours, par sa complaisance, sa douceur, ses serrices, n'aime dans le fond que lui même. Avec de belles maximes d'affection générale pour le genre humain, il ne voudrait se gêner eu rien pour consoler un aflligé , pour secourir un malade, pour soulager un pauvre, pour supporter un caractère fâcheux. Celui au contraire qui, dans une société particulière, telle qu'une communauté ecclésiastique ou religieuse , s'esl accoutumé de bonne heure à ménager, à supporter, à servir ses frères, en est d'autant mieux disposé à traiter de même lous les hommes ; ainsi , ce que l'on nomme esprit de corps n'est dans le fond que l'amour du bien général fortilié par l'habilude d'y contribuer.

Un prolestant , plus judicieux que nos censeurs politiques , a reconnu l'utilité des communautés en généra! ; nous ne pouvons nous défendre de copier ses réflexions : « Les travaux, dit-il, qui demandent du temps et de la peine , sont toujours mieux exécutés par des hommes qui agissent en commun , que lorsqu'ils travaillent séparément, il y a plus de dessein , plus de constance à suivre un même plan , plus de force pour vaincre les obstacles et plus d'économie. Il est des entreprises qui ne peuvent être exécutées que par un corps ou par une société vivant sous la même règle... Ainsi , j'ai peine à croire qu'aucune colonie puisse atteindre au même degré de prospérité qu'un couvent.

« L'expérience prouve que les sociétés purement civiles se négligent, et les négligences aperçues ne produisent que des inquiétudes , des agitations , des changements perpétuels de plans... Mais il y a une autre espèce de sociétés où tout est réduit à un intérêt commun, et où les règles sont mieux observées : ce sont les sociétés religieuses : de là il esl résulté qu'elles ont mieux prospéré que les autres dans les établissements

qu'elles ont entrepris Sansl'exaclilude à

suivre une règle, les plus grandes ressources sont inefficaces , leurs effets s'éparpillent , pour ainsi dire , et ne tendent plus au bien commun.

« La nature même de ces sociétés empêche qu'elles ne puissent être très-nombreuses , leur excès leur nuit el les réduit. Mais ou peut en tirer de grandes leçons pour le succès el le bien de la société générale , el je ne puis m'empêcher de les regarder elles-mêmes comme un bien. Si nous remontions à l'origine de la plupart des monastères rustiques, nous trouverions probablement que leurs premiers habitants ont été défricheurs , que c'est à eux et à la bonne conduite de leurs surcesseurs que les couvents sont redevables des biens dont ils jouissent. Pourquoi n'en jouiraient-ils pas ? huilons les sans en êlre jaloux. Si leurs possessions appartenaient à un seigneur, cela n'exciterait aucun murmure cl ne donnerait lieu à aucune sa-

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