‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 148 sur 183 · J!63 COM · texte numérisé non relu

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lire. Pourquoi n*cn ost-il pas de même à l'égard d'un couvent? Quant à moi , je vois ces établissements avec doutant plus de plaisir, que ce n'ost pas la jouissance d'un seul homme, mais de plusieurs, et, sous ce point de vue, je ne saurais leur souhaiter trop de bonheur. Des religieux sont des hommes , et l'on doit souhaiter que tout homme soit heureux dans son état , dès qu'il ne détruit pas le bonheur des autres.... Or, je ne vois pas en quoi les re'igieux empiètent sur le bonheur des autres hommes ; mais je vois que dans leur état ils ont beaucoup de ce bonheur tranquille qui est prisé par un grand nombre d'hommes. La subsistance simple , mais abondante , y est assurée pour les pères , les frères , les domestiques et les laboureurs. La règle s'étend sur tout, pourvoit à tout, prévient les écarts et les désordres, ils peuvent se maintenir dans un état d'honnête abondance , parce qu'ils font plus rendre à la terre, et que rien ne se dissipe. Le pouvoir des chefs y maintient la règle, et il serait à souhaiter pour le bonheur des hommes qu'il eu fût de même partout.

« Sans le lien salutaire de la religion, l'on tenterait vainement de former de pareilles sociétés ; celles qui ne seraient formées que par des conventions ne tiendraient pas longtemps. L'homme est trop inconstant pour s'asservir à la règle, lorsqu'il peut l'enfreindre impunément : or, il faut que dans l'enceinte où doit s'observer la règle , tout y soit soumis. La religion seule, soit par sa force naturelle, soit par le poids de l'opinion publique , peut produire cet heureux effet. Dans le cloître , qui pourrait violer la règle est contenu par la société entière, qui a besoin de la considération publique pour relever la médiocrité de son état.

« Je suis donc charmé que les protestants aient conservé les cloîtres en Allemagne, et je voudrais voir ces établissements partout, parce que je vois partout une classe de gens qui a besoin d'un petit sort assuré que l'opinion publique relève , mais qui , par son inactivité ou son manque de ressources , est extrêmement à charge à elle-même et «à la société. Il faul^en un mot , d'honnêtes hôpitaux , et les couvents ne sont pas autre clioso.

« 11 serait aisé de corriger les défauts et de réformer les abus de ceux qui méritent des reproches ; on les attaque non-seulement par les abus, mais en eux-mêmes, et par des principes qui ne peuvent faire que du mal, et on égare les hommes en croyant parler le langage de l'humanité. » {Lettres sur l'histoire de la terre et de l'homme, pur M. Deluc, t. IV, p. 72 et suiv.)

Les réllexions de ce sage observateur sur faillite temporelle et politique des communautés, ne sont pas moins vraies à l'égard de leur utilité morale; la règle est encore plus nécessaire pour diriger la conduite de l'homme dans l'ouvrage du salut, que dans les travaux de la société. Kn général , les mœurs ont toujours été plus pures, et la piété mieux soutenue dans les monastères

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que partout ailleurs. Lorsqu'il y arrive des désordres, c'est une preuve que les mœurs publiques sont alors au plus haut degré de la corruption , et que la vertu n'est pins honorée dans le monde. Si elle est plus rare aujourd'hui dans les cloîtres qu'autrefois , c'est un des funestes effets qu'a produits la philosophie de noire siècle; elle pénètre partout , infecte tous les étals , et fait sentir son influence dans les lieux mêmes qui étaient faits pour en préserver. — Ajoutons qu'il y a des travaux littéraires qui n'ont pu être; bien exécutés que par des communautés ; il fallait une riche bibliothèque , des correspondances avec d'autres savants et plusieurs coopéraleurs qui travaillassent de concert. Telles sont les collections d'anciens monuments , les belles éditions des Pères, les grands corps d'histoire, etc., mis au jour par les bénédictins. Dans le cloître, un écrivain , libre de tous les soins domestiques et de toutes les distractions de la s iciélé , accoutumé à une vie uniforme et dont tous les moments sont comptés, a beaucoup plus de temps à donner à l'étude que ceux qui vivent dans le monde ; et c'est encore ici que les motifs de religion sont très-nécessaires pour encourager au travail. — Enfin , il y a des services essentiels qui ne peuvent être constamment rendus au public que par des communautés : tels sont le soin des hôpitaux et des établissements de charité, l'éducation de la jeunesse, les missions, etc. On a besoin de sujets formés d'avance, et qui soient toujours prêts à remplacer ceux qui viennent à manquer. Voy. Moines, Monastères.

Communauté de biens. Il est dit dans les Actes des apôtres, c. n , v. k'* , que les premiers chrétiens de Jérusalem mettaient leurs biens en commun , et que les pauvres y vivaient aux dépens des riches ; mais cette discipline ne dura pas longtemps , el rien ne prouve qu'elle ait été imitée dans les autres Eglises. Les incrédules ont donc soutenu très-mal à propos que celte communauté de biens avait contribué beaucoup à la propagation du christianisme. Quand c'aurait été un appât pour les pauvres, c'aurait été aussi un obstacle pour les riches; et s'il n'y avait pas eu à Jérusalem un grand nombre de riches qui avaient embrassé la foi, ils n'auraient pas été en état de nourrir les pauvres. — D'ailleurs Mosheim, dans ses Dissertations sur l'Histoire ecclésiastique, t. Il, p. 14, en a fait une dans laquelle il nous paraît avoir prouvé assez solidement que celle communauté de biens entre les premiers fidèles de Jérusalem ne doit pas être entendue à la rigueur, mais dans le même sens que l'on dit d'un homme libéral , qu'il n'a rien à lui, el qu'entre les amis tous biens sont communs. Ainsi ces paroles de saint Luc [Act. il, h\, et iv, 32) : La multitude des fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une dme, aucun d'eux ne regardait ce qu'il }>ossédait comme étant à lai, mais tout était commun entre eux, signifient seulement que chaque fidèle était toujours prêt à se dépouiller de ce qu'il possédait pour assister les pauvres; plusieurs, eu

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