‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 151 sur 183 · CC · texte numérisé non relu

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Ice, jamais les théologiens catholiques n'auraient osé embrasser l'opinion contraire.

S'ils l'avaient formellement exceptée, a'ors sa Conception immaculée ne serait plus une simple opinion théologique, mais un dogme de foi ; et l'Eglise l'aurait ainsi décidé au concile de Trente. Or, nous convenons que ce n'est pas un dogme de foi ; les papes mêmes, Pie V, Grégo.re XV et Alexandre VII l'ont ainsi déclaré, et ont défendu de traiter d'hérétiques ceux qui ont soutenu le contraire.

Est-il vrai que la croyance actuelle soit établie sans aucune preuve tirée de l'Ecriture sainte ni de la tradition? Dans la salutation angéiique, adressée à Marie [Luc. 1, Si8), le mot grec xe/aotTwuiv»3 ne signifie pas seulement remplie de grâce, mais formée en grâce; Origène l'a compris [Jlom. vi in Luc.) : « Je ne me souviens pas, dit-il, d'avoir trouvé ce terme ai leurs dans l'Ecriture saime; cette salutation n'a été adressée à aucun homme ; elle est réservée à Marie seule. » Cependant il avait été dit de saint Jean-Baptiste, v. 15, qu'il serait rempli du Saint-Esprit dôs le sein de sa mère; le privilège de Marie s'est donc étendu plus loin. Les protestantsentendent-ilsmieux legrec qu'Origène? — Au iv" siècle saint Amphiloque , évêque d'kone [Oral. 4, in S. Deip. et Simeon.), dit que Dieu a formé la sainte Yierge sans tache et sans péché. Dans la liturgie de saiut Jean Chrysoslome, qui est plus ancienne que lui, Marie est appelée sans tache à tous égards, <x omni parle inculpata (Lobrun, tom. IV, pag. 408). Saint Ambroise, sur le psaume ex v m, dit qu'elle a été exempte de toute tache du péché. — Au ve, saint Proclus, disciple de saint Jean Chrysoslome et son successeur ( Orat. G, Laudatio S. Genitr.), dit que la sainte Vierge a été formée d'un limon pur. On lui attribue avec raison les trois sermons sur la sainte Vierge, qui passaient autrefois pour être de saint Grégoire Thaumaturge, et dans lesquels celte même doctrine est enseignée ; Basnage n'en disconvient pas. Saint Jérôme, sur le psaume Lxxiti, dit que Marie n'a jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière. On sait que saint Augustin même, en écrivant contre les pélagiens [L. deNut. etGrat., c. 36), a formellement excepté la sainte Vierge du nombre des créatures coupables du péché. — Au vie, saini Fulgence ( Ssrm. de Laudib. Mariœ) observe que l'ange, eu appelant Ma; ie pleine de grâce, a fait voir que l'ancienne sentence de colère était absolument révoquée. — Au vnr, saint Jean Damascène appelle celte sainte Mère de Dieu, un paradis dans lequel l'ancien serpent n'a pas pu pénétrer (Ilom. in J\at. B. M. V.). Déjà au vne, sous le règne d'Héraclius, Georges de Nicomédie regardait la Conception immaculée de la sainte Vierge comme une fête d'ancienne date; et au moins depuis cette époque les Grecs ont constamment appelé Marie panac/iranle, toute pure, saus tache, sans péché ; ils n'ont pas emprunté celle croyance de l'Eglise romaine ,

puisqu'ils la conservent encore. Pourquoi donc les protestants n'évaporent-ils leur bile que contre nous, et ménagent-ils les Grecs? En rapportant avec tant de soin ce qui paraît opposé à notre croyance, il nû fallait pas passer sous silence ce qui la prouve. — L'on sait qu'en 1187 la question de la Conception immaculée fit grand bruit à Paris, et que l'Université exclut de son corps les dominicains, pour avoir soutenu l'opinion contraire (Hist. de l'Eglise gallicane , tom. XIV, liv. xl!, an 1387). Aujourd nui ces religieux tiennent la croyance commune. — Les deux couvents de religieuses qui portent à Paris le nom de la Conception sont des franciscaines, ou des filles du tiers ordre de Saint-François (1).

(1) Le trop fameux docteur Hermès a cherclié à affaiblir la croyance en la conception immaculée de Marie. Le célèbre cardinal Xàmbruschini a lépoudu par une dissertation où il démontre que le pape peut délinir comme un dogme celle croyance. La q leslion nous paraît tellement importante, que nous croyons devoir rapporter une analyse de l'ouvrage faite par le P. Péronne et traduite par M. Th. IJ., curé de Domazan ( Gard ). [Voy. Démonstrations évang., t. XIV, édit. Migue.j

« L'opinion catholique de tous les temps, de tous les lieux, est en laveur de Marie. Les Pères de l'Eglise, les docteurs les plus illustres, les théologiens les plus pieux et les plus savants, dans tous les siècles, oui consacré leur plume et leur génie à l'honorer. Tout ce qui concerne les mérites, les gloires, l'amour de la Vierge, réveille dans le cœur des véritables fidèles les émotions les plus douces et les plus tendres ; il existe en eu\ un véritable transport d'amour ; de sorte qu'on peut dire, sans sortir des bornes de la vérité, qu'une ardente sollicitude et un affectueux empres emeni à accroître l'es gloires de Marie forment, pour ainsi parler, la marque dislinctive du véritable esprit catholique, comme aussi la froideur, l'indifférence pour elle, ou plutôt le désir coupable de déprécier et d'obscurcir ses prérogatives, fut toujours l'a compagne in éparable de l'erreur et des héiésies anciennes et modernes.

< Faut-il s'étonner que, de nos jours, un célèbre cardinal, non moins illustre par les hautes dignités où il est éle\é que par ses connaissances spéciales en théologie et parcelle piété aimable et solide dont il a donné des preuves dans les œuvres ascétiques qu'il a publiées, malgré les soins importants et continuels qu'il est obligé de donner aux atïaires du saiut-siége, ail voulu composer un petit ouvrage sur l'immaculée conception de Marie ? Utile et saint travail s'il en fut jamais ! Gar, d'un côté, s'il contribue à affermir et rendre plus éclatant ce singulier privilège de la Vierge, de l'autre, il sera regardé comme un monument impérissable de cette dévoti m ardente dont brûle pour la Mère de Dieu son illustre auteur. Aussi nous déclare-t-il lui-même dans les premières pages de son livre, qu'il ne s'est livré à une si pénible occupation que dans le seul but de réveiller et de nourrir celle dévotion salutaire dans tous les cœurs.

« Geitedissertation, en forme de controverse, du trèsémiuent cardinal Lambruschini pouvait-elle paraître dans un temps plus opportun ? En ce moment, dans le centre de l'Allemagne, une écule philosopliicu* Idéologique, qni se dit catholique, s'applique à obscurcir l'éclat de l'immaculée conception de la Vierge. Ll quoiqu'il ne se soit point expressément proposé de la combattre, néanmoins il prévient et résout a\ec tant de sagacité toutes les difficultés dont le malencontreux fondateur de cette école cherche à s'ë.ayer pour atténuer la vérité de noue pieux scu-

CON

CON

CONCISE, assemblée des pasteurs de l'Eglise pour dérider les questions qui appartiennent à la foi, aux mœurs ou à la discipline. On appelle concile général ou œcumé-

li'.tient. qu'on dirait qu'il n'ait point eu d'autre vue et mi'il sYsi proposé de faire u>ie réfutation complète île tous ses vains raisonnements.

« Sans s'éloigner jamais de la doctrine enseignée par la théologie, il a su réunir dans «elle disse talion, avec une grande elarlé d'idée, une solidité remarquable de raisonnement et un ordre admirable, loutre qu'il y a de plus important, de plus fort, de plus pressant qui ie trouve répandu dans les écrits volumineux des plus célèbres théologiens qn5, à diverses époques, ont traité ce sujet fort au long et revendiqué pour la Vierge un privilège qui ne tourne pas moins à son honneur qu'à celui de Bon divin Fils. Pour donner plus de valeur et de prix à son œuvre, l'illustre auteur y ajoute des observations pleines de justesse et de sagacité, qui trahissent autant la pénétrai ion d'esprit de l'écrivain que l'intérêt et l'amour qui ont conduit sa plume. Dans la chaleur même de la polémique! il sait répandre l'onction de celte piété suave qui respire ,<lans tous les écrits dont cet illustre cardinal a enrichi le monde ascétique, de sorie qu'eu môme temps que le lecteur reçoit une instruction salutaire, il sent pénétrer dans son âme les sentiments de la plus affectueuse dévotion.

i Mais afin que l'on puisse mieux apprécier l'esprit, la tournure et les divers mérites de ce petit ouvrage, il m'est doux et honorable d'en faire, de mou mieux, une exacte analyse. Et d'abord, pour éloigner toute équivoque et fa i iler l'intelligence des l'êtes et des docteurs, prenant pour guide l'immortel Benoît XIV et la foule des théologiens, l'émincnl prélat distingue avec soin le double sens du mot conception. Car on prend le mot concention, soit dans \î sens actif, pour signifier l'acte même de la génération et de la conception matérielle, soit, dans le sens passif, pour exprimer l'animation du fœtus. Or, il fait observer que, qumd on parle de la conception immaculée de la Vierge, on ne prend pas ce mot dans le premier sens, dans lequel la conception n'a pas lieu, mais dans le second, car son âme sanctifiante se réunit an corps, mais exempte, depuis l'instatil de sa création, de la moindre tache originelle.

< L'état de la question étant ainsi posé et par cela même éclairci, il démontre par toutes sortes d'arguments, tirés de la raison et de l'autorité de l'Ecriture et des Pè es, la vérité de sa proposition, savoir: que l'on doit regarder comme immaculée la conception passive de la Vierge.

« L'argument de raison est tiré de tous les divers motifs pour lesquels il était si convenable que Dieu ne refusât pas à la sainte Vierge un privilège qu'il était si facile de lui accorder, et «pie semblait ne pas moins revendiquer en quelque sorte la dignité de Mère de Dieu, que le triomphe complet sur le dragon de l'enfer, et l'honneur même de celui qui daigna dans son sein se revêtir de la forme mortelle. Cette preuve, tirée de la raison, quoiqu'elle ne soit pas démonstrative, a toujours été très-propre à persuader la pieuse opinion que nous défendons; mais quelle lie sera pas sa valeur, si nous la joignons à l'autorité de l'Ecriture et des Pères, qui la protègent de toutes parts ?

i L'auteur desrend dans celte noble arène , et pour ee qui concerne l'Ecriture, il montre qu'elle insinue de deux maniéies la vérité de notre pieux sentiment, dans son s ns littéral et dans l'appllcilion que l'Eglise Fait à la sainte; Vierge de plusieurs passage- qui, dans le sens mystique et spirituel, confirment d'une manière convaincante cette même vérité. Et d'abord c'est avec raison qu'il cite et développe «e texte célèbie de la Genèse, appelé protévangile (premier Evangile), par lequel Pieu annonce au scr-

nique, celui qui est censé composé des évoques de toute l'Eglise; concile national, celui qui est formé par les évoques d'une seule nation ; concile provincial, celui qui se

peut, ou, pour mieux dire, au démon, la victoire qu'une femme devait remporter sur lui, par ces paroles : Inimicitias ponam inter le et mulierem, et stmm luum et semen illius ; ipsa conteret capnt tuum, et lu insidiuberis calcaneo ejut (Gen. m. 55). Cet oracle n'aurait pu se vérifier pleinement si la sainte Vierge n'eût été exempte de la tache originelle. Car dans l'hypothèse contraire, il ne lui aurait pas seulement tendu des pièges, niais il aurait régné sur elle de la même manière qu'il règne sur les autres enfants d'Adam, tant qu'ils ne sont pas purifiés et délivrés des liens du péché. A l'autre genre de preuves tirée- de l'Ecriture, qui confirment sa proposition, appartiennent les textes sacrés que l'Eglise, toujours guiuée par l'esprit de Dieu dans la célébra'ion des fêles de la sainte Vierge, applique à Marie , quoiqu'ils doivent s'enlendre littéralement de la sagesse incarnée

« Et ici, le savant auteur va adroitement au-devant des difficultés que l'on pourrait tirer des propositions générales de l'Ecriiure, qui semblent regarder tous les hommes, descendants naturels d'Adam, comme l'in quo omnes peccavrrunl, et autres du même genre. Il prouve que des propositions semblables soutirent des exceptions ; qu'autrement il s'ensuivrait, si on raisonnait de la sorte, qu'on devrait refuser à la sainte Vierge des privilèges qui très-certainement lui ont été accordés. Car on lit aussi dans nos livres sacrés que Dieu dit «à la femme In dolvre paries : faudra-l-il conclure que Marie a été soumise à un semblable arièi? Il faut dire la même chose d'un grand nombre de lois générales qui, d'après les sentiments reçus parmi les catholiques, ne regardent point Marie.

« Ceci se trouve plus particulièrement confirmé par la déclaration expresse du concile de Trente. Le plus grand nombre des Pères de cette vénérable assemblée étaient portés, comme nous l'atteste Pallavicin, à prendre trie décision relative à l'opinion que nous défendons ; ils furent néanmoins arrêtés par des considérations justes et prudentes, mais qui ne regardaient que celle époque, et ils se contentèrent de faire connaître indirectement leur pieuse manière de penser à ce sujet dans la célèbre clause qui est toute à l'appui de notre assertion; car le concile, dans la cinquième session, après avoir rendu un décret sur le dogme de la transmission du péché originel dans tous les enfants d'Adam, ajoute : Déclarât tatnen hœc ipsa sancta sytiodus non esse suœ intenlioti's comprehen 1ère in hoc decreto, vbi de peccato oriainnli aifitnr, bealam et innnacidaiam Virginem Mariant, Dei Gcnitricem, sed obsemandas esse consiituliones felicis recordalion s Sixli papa' IV, sub pœnis in ejus constitutinnibus contenus qnas innovai. Certainement le concile île Trente connaissait les expressions générales de l'Ecriture : en ne voulant pas que la sainte Vierge fût comprise dans son décret, par cela même il a prouvé qu'elle n'était pas mm plus comprise dans les propositions générales de l'Ecriiure.

i Outre cela, le même concile dans cette clause ayant appelé la Vierge immaculée, et l'ayant ainsi qualifiée à cause de sa dignité de Mère de Dieu, il a clairement fait connaître qu'il penchait vers noire sentiment, donnant à entendre que par raison de convenance Dieu devait conférer ce privilège à la sainte Vierge.

i Quoique le concile renouvelle et confirme les constitutions tic Sixte IV (une de ces constitutions détend de taxer le sentiment contraire de faux et d'erroné), cela ne nuit en rien à notre cause. Cor, comme l'observe très-spiriinellemenl notre illustre auteur, de celle coulinntlion, ou ne peut raisono*

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