‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 159 sur 183 · ON · texte numérisé non relu

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que les pélagïons en blâmaient seulement l'excès; mais indépendammenl de l'excès, ce penchant est un mal, puisqu'il faut y résister et le réprimer. Il reste dans les hantises et dans les justes comme une suite et une peine du péché originel, pour servir d'exercice à la vertu ; c'est ce qui nous rend l-a grâce nécessaire pour faire le bien. — Saint Paul donne souvent à la concupiscence le nom de péché, parce que c'est un effet du péché originel, et qu'elle nous porte au péché; ainsi l'explique saint Augusîin (L. i contra dans Epist. Pclag., c. 13, n° 27; Op. imperf., I. n, n°71, etc). Conséqucmment, lorsque le saint docteur soutient que la concupiscence est un péché , l'on doit entendre un vire, un défaut, une tache, et non une faute imputable et punissable. — En effet, ce saint doc'eur a retenu constamment la définition qu'il avait donnée du péché proprement ilit, en réfutant les manichéens. « C'est, dit-il, la volonté de faire ce que la loi défend, et ce dont il nous est libre de nous abstenir. » Mais il observe que cela ne nous est pas aussi libre qu'il était à Adam (Retract., I, i, c. 9, 15 et 23). Il ne s'ensuil pas de là que la tache originelle ne soit un péché proprement dit ; mais cette tache ne consiste pas dans la concupiscence seule. Voy. Originel. Si Beausobre y avait fait plus d'attention, il n'aurait pas accusé saint Augustin d'avoir raisonné sur la concupiscence cnnuiie les manichéens, et d'avoir soutenu qu'elle est vicieuse et criminelle en elle-même.

* CONDAMNATION DES ÉCRITS. L'Eglise a reçu le pouvoir de condamner les erreurs opposées au saint Evangile. Elle le fail en formulant des propositions auxquelles elle attache une qualilication. Toutefois elle ne s'est pas contentée d'un seul mode, de condamnation, il y en a trois qui méritent d'êire connus.

Dans certaines circonstances elle attache à chaque proposition la noie qui lui convient. Ainsi lurent condamnées les cinq fameuses propositions de Janséii î us. — Quelquefois elle condamne l'ccîit tout entier sans formuler aucune proposition, parce qu'elle le regarde tout entier comme dangereux. Ainsi le concile de Nicée condamna le livre d'Arins intitulé Tlialie. — Souvent elle prend un moyen terme entre les deux modes de condamnations que nous venons d'indiquer : elle extrait d'un livre un certain nombre de propositions. Elle n'applique pas à chacune la note qui lui convient; mais, réunissant en un seul endroit toutes les qualifications qui leur conviennent , elle déclare par là que chacune des propositions condamnées mérite an moins l'une des qualifications indiquées, et qu'il n'y a aucune qualification qui ne convienne au moins à Tune des prorositinns. Ce mode de condamnation est tiès-1'ucile: il a éié fréquemment, employé dans toute l'Eglise. Ce lut ainsi que le v° concile général condamna les écrits d'Origéne, de Neslorius et d'Euiyehès. Le synode de Soissons contre Abailard, celui de Reims contre Gilbert, le concile de Constance contre Jean Mus, n'employèrent pas d'autre mode. Ce l'ut celui (loin se servirent les souverains ponti'es contre Luther, Haïus, Molinos, Quesnel, Eénelon, ete. C'est ce qu'on appelle condamner les proportions in g obo.

Tout homme qui comprend de quel poids est la pratique de l'Eglise universelle sur l'esprit d'un bon catholique, avouera facilement qu'il n'est pas de mode de condamnation plus légitime Le condamner, nese-

rait-cc pas restreindre les paroles de Jésus-Christ, qui ordonne à l' Eglise de frapper l'erreur? — Si l'on nous dit que celle condamnation n'instruit pas assez le fidèle, nous répondrons avec le clergé de France, dans une de ses adresses à Louis XV : € La censure générale (in globo) n'est ni vague, ni ambiguë, ni équivoque. ..Ce jugement es' clair jusqu'à un certain poin1 , il apprend clairement, il assure les fidèles que les propositions condamnées sont dangereuses dans la foi, qu'elles renferment quelque venin, qu'elles s'écartent en quelque chose de la vérité catholique... Cène lumièreesl suffisante pour le chrétien qui est docile, i Cette question se trouve traitée plus longuement aux mots Censure des livres el Qualifications

COND1C.MTÉ. Les théologiens scolastiques appellent mérite de condignité, meritum de condigno, celui auquel Dieu, en véflu de sa promesse, doit une récompense à tiire de justice; et mérite de congruité, meritum de congruo, celui auquel Dieu n'a rien promis, mais auquel il accorde toujours quelque chose par miséricorde.

Le premier exige des conditions de la part de Dieu, de la part de l'homme et de la part de l'acte méritoire. De la part de Dieu, il faut une promesse formelle, parce que Dieu ne peut nous rien devoir par justice, sinon en vertu d'une promesse. Delà part de l'homme, il faut, 1° qu'il soit en état de justice ou de grâce sanctifiante ; 2° qu'il soit encore vivant et sur la terre. L'acte méritoire doit être libre, moralement hou, surnaturel dans son principe, c'est-à-dire fait par le mouvement de la grâce, et rapporté à Dieu. — De ces principes, les théologiens concluent qu'un juste peut mériter, de condigno, l'augmentation de la grâce et la vie éternelle; mais que l'homme ne peut mériter de même la première grâce sanctifiante, ni le don de la persévérance finale: il peut cependant obtenir runecll'aulre par miséricorde, el il doit l'espérer. Voy. Mérite.

CONDITIONNEL. Les théologiens, aussi bien que les philosophes, se sont trouvés dans la nécessité de distinguer les futurs conditionnels d'avec les futurs absolus. David demande au Seigneur (1 Reg. xxm, 11) : Si je demeure dans la ville de Ceila, Saiil viendra-t-il pour me prendre, et les habitants me livreront-ils entre ses mains? Le Seigneur répond: Saiil viendra, et les habitants vous livreront. David se retira, Saiil ne vint point, et David ne fut point livré. Jésus-Christ dit aux Juifs dans l'Evangile, [Matth. xi, 21): Si f avais fait à Tyr et à Sidon les miracles gue fui faits parmi vous, ces villes auraient fait pénitence sous la cendre et le cilice. Ces miracles ne lurent point fails à Tyr, et les Ty riens ne firent poiut pénitence. A l'égard de ces sortes de futurs conditionnels, qui n'arriveront jamais, les théologiens demandent si Dieu les connaît par la science de simple intelligence, comme il connaît les choses simplement possibles, ou s'il les connaît par la science de vision, comme les futurs absolus.

Les uns liennent pour la science de simple intelligence, les autres prétendent qu'il faut admettre, pour ces sortes de futurs, une science moyenne entre la science de simple

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intelligence et la science de vision. Cette dispute a fait beaucoup de bruit, parce qu'elle tient à la matière de la grâce; ce n'est point à nous de la terminer. Voy. Science de Dieu.

Conditionnas (décrets). Les calvinistes rigides ou gomaristes prétendent que tous les décrets de Dieu, relatifs au salut ou à la damnation dos hommes, sont absolus ; les Arminiens soutiennent que ces décrets sont seulement conditionnels; que quand Dieu veut réprouver tel homme, c'est qu'il prévoit que cet homme résistera aux moyens de salut qui lui seront accordés. Parmi les théologiens catholiques, plusieurs admettent un décret absolu de prédestination; mais ils n'admettent aucun décret absolu de réprobation.— Les pélagiens et les semi-pélagiens prétendaient que le décret ou la volonté de Dieu d'accorder la grâce aux hommes, est toujours sous condition que l'homme se disposera de lui-même, et par ses forces naturelles, à mériter la grâce. Celte erreur a été (uslement condamnée; elle suppose que la grâce n'est pas gratuite, qu'elle peut êt>c la récompense d'un mérite purement naturel : supposition contraire à la doctrine formelle de l'Ecriture sainte, qui nous enseigne que de nous-mêmes nous ne sommes pas seulement capables de former une bonne pensée, mais que toute notre suiûsance ou notre capacité vient de Dieu {Il Cor. m, 5). — Mais il y a des décrets conditionnels d'une auîre espèce et fort différents. Quand on dit : Dieu veut sauver les hommes s'ils le veulent, celle proposition peut avoir un sens catholique et un sens hérétique. Dieu veut les sauver s'ils le veulent, c'est-à-dire si, par leurs désirs et par leurs efforts naturels, ils préviennent la grâce et la méritent : voilà le sens pélagien et hérétique. Dieu veut les sauver s'ils le veulent, c'est-à-dire s'ils correspondent à la grâce qui les prévient, qui excite leurs désirs et leurs efforts, mais qui leur laisse la liberté de résister : voilà le sens catholique. Souvent on les a confondus malicieusement, pour avoir lieu d'accuser de pélagianisme des théologiens orthodoxes. Voy. Volonté de Dieu.

CONDOKMANTS, nom de secte ; il y en a eu deux ainsi nommées. Les premiers infectèrent l'Allemagne au xti« siècle; ils curent pour chef un homme de Tolède. Us s'assemblaient dans un lieu près de Cologne ; là ils adoraient, dit-on, une image de Lucifer, et y recevaient ses oracles; mais ce fait n'est pas suffisamment prouvé. La légende ajoute qu'un ecclésiastique y ayant porté l'eucharistie, fido'e se brisa en mille pièces; cela ressemble beaucoup à une fable populaire. Ils couchaient dans une même chambre, sans distinction de sexe, sous prétexte de charité. — Les autres, qui parurent au xvie siècle, étaient une branche des anabaptistes ; ils tombaient dans la même indécence que les précéJenls, et sous le même prétexte. Ce n'est pas la première fois que celte turpitude a paru dans le monde. Voy. A da mites.

CONFESSEUR, chrétien qui a professé pu- Dict. de Théol. dogmatique. I.

bliquoment la foi de Jésus Christ ; qui a souffert pour elle, et qui était disposé à mourir pour cette cause; il est distingué d'un martyr, en ce que celui-ci a souffert la mort pour rendre témoiguage de sa foi. Dans V Histoire ecclésiastique, ces deux noms sont souvent confondus; mais plus ordinairement l'on nomme confesseurs ceux qui, après avoir été tourmentés par les tyrans, ont survécu et sont morls en paix, et ceux qui, sans avoir souffert des tourments, ont vécu saintement et sont morts en odeur de sainteté.

On n'appelait point confesseur , dit saint Cypricn, celui qui se présentait lui-même au martyre sans êirecité, on le nommait professeur; mais ce zèle n'était pas approuvé par l'Eglise. « Nous n'approuvons pas, «lisaient au IIe siècle les fidèles de Smyrne, ceux qui s'offrent d'eux-mêmes au martyre, parce que l'Evangile ne l'enseigne point ainsi. ;> [Epis t. Ecclesiœ Smymcn., n° 4). En effet, Jésus-Christ dit à ses apôtres: Lorsque vous serez persécutés dans une ville, fuyez dans une autre [Mat th. x, 23). — Saint Clément d'Alexandrie dit que celui qui va de luimême se présenter aux juges, imite la témérité de ceux qui provoquent un animal féroce, et se rend aussi coupable du crime de celui qui le condamne à la mort (Strom.t I. iv, c. 10, p. 597 et 598) . Un concile de Tolède défendit d'accorder les honneurs du martyre à ceux qui s'y étaient allés présenter eux-mêmes. 11 n'est donc pas vrai que les Pères aient soulflé aux chrétiens le fanatisme du martyre, comme les incrédules ont osé le leur reprocher. — Si quelqu'un, par la crainte de manquer de courage et de renoncer à la foi, abandonnait son bien, son pays, etc., et s'exilait lui-même volontairement, on l'appelait extorris, exilé.

Confesseur est aussi un prêtre séculier ou régulier, qui a le pouvoir d'entendre la confession des pécheurs et de les absoudre dans le sacrement de pénitence. On l'appelle en latin confessarius, pour le distinguer de confessor, nom consacré aux saints.

On comprend assez combien la fonction de confesseur est délicate, périlleuse, redoutable, à l'égard de tous les fidèles sans exception; combien elle exige de lumières et de vertus : on doit reconnaître la sagesse des précautions que prennent les évéques, pour n'y admettre personne qu'après un rigoureux examen.

CONFESSION AURICULAIRE et SACRA- MENTELLE : c'est une déclaration qu'un pécheur fait de ses fautes à un prêtre, pour en recevoir l'absolution (1).

(i) Voici les canons du concile de Trenle sur celte importante matière : < Si quelqu'un nie que la confession sacramentel e, ou ail élé instituée, ou soit nécessaire au salut, de droit divin, ou dit que la manière de se confesser secrètement au prêtre seul, que l'Eglise catholique observe et a toujours observée dès le commencement, n'est pas conforme à l'institution et au précepte de Jésus-Christ, mais que c'est une invention humaine; qu'il soit anathème. » ('.an. G. — « Si quelqu'un dit que dans le sacrement de pénitence, il n'est pas nécessaire, de droit divin ,

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