‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 165 sur 183 · HUGE · texte numérisé non relu

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CONSCIENCE, jugement que nous portons nous-mêmes sur nos obligations morales, sur la bonté ou la méchanceté de nos actions, soit avant de les faire, soit après les avoir faites. iJuns lotîtes vos œuvres, dit l'Ecclésiastique, écoulez votre uni" cl soyez lui fidèle; c'est ainsi que l'on observe les commandements ae Dieu {Eccli. xxxn, 27). C'est par ce sentiment intérieur que Dieu nous intime sa loi, nous fait connaître nos devoirs, nous reproche nos fautes.

Lorsque nous ne sommes aveuglés par aucun intérêt, par aucune passion, ordinairement notre conscience est droite mais un vif intérêt, une passion lente, des préjugés ou des habitudes contractées depuis longtemps, rendent souvent la conscience erronée et fausse. — Saint Paul (Uom. xiv, 23) dit : Tout ce qui n'est pas selon la foi (st un péché. Il est clair que par la foi, saint Paul entend le jugement de la conscience ; qu'ainsi nous sommes obligés de suivre, dans nos actions, le dicta — men de notre conscience , de faire ce qu'elle nous prescrit, d'éviter ce qu'elle nous défend, mais il y a sur ce sujet plusieurs observations à faire.

liaj' le dans son Commentaire philosophique, ii paît., ch. 8, l) et 10, a rassemblé un bon nombre de sopbismes, pour prouver que la conscienre erronée et fausse nous impose la mèmeobligalion que la conscience droite ; que nous devons également suivre le jugement de l'une et de l'autre. Ce principe est faux, parce qu'il est trop général ; Bayle lui-même a été forcé d'y mettre plusieurs restrictions. — Après avoir décidé que l'obligation est la même, so.t que la conscience nous trompe en matière de droit ou en malière de lait, il ajoute, pourvu que l'erreur •oit absolument innocente et lie vienne d'aucune pust ion criminelle. Quand ou lui

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vio-

nhjectc qu'il s'ensuivrait, deson principe, que les magistrats ne peuvent légitimement punir un malfaiteur qui a jugé qu'il lui était permis de voler ou de commettre un meurtre dans telle ou telle occasion, ni un athéequi dogmatise, ni un insensé qui enseignerait que la prostitution, l'adultère, ne sont pas des crimes, dès qu'il se l'est persuadé ; Bnyte » épond que ces conséquences sont fausses, I" parce qu'il ne peut point y avoir d'erreur innocente sur des points de morale aussi clairs que ceux-là; 2° parce que, si un malfaiteur a négligé de s'instruire de ce que l'on doit faire ou éviter, il sera punissable pour avoir suivi une fausse conscience ; a" parce que les magistrats sont obligés de punir tout malfaiteur qui trouble la société, sans s'embarrasser de savoir si sa conscience a été vraie ou fausse, droite ou erronée. — De même, après avoir dit que, quand Dieu nous ordonne de suivre la vérité, cela doit s'entendre de ce qui nous paraît vrai, de la vériléapparenle et putative, aussi bien que de ia vérité absolue, il ajoute, pourvu toutefois que l'on ait apporté toute la diligence nécessaire pour ne s'y tromper pas, et sauf à voir quelle est la cause qui fait que le mensonge paraît quelquefois la vérité. — Enfin, après s'être objecté que si sou principe général est vrai, il excuse les pcisécuteurs qui suivent les mouvements de leur conscience; il convient d'abord de cette conséquence, ensuite il la rétracte, en disant qu'il ne s'ensuit pas que l'on fasse sans crime ce que l'on fait selon sa conscience ; qu'un droit peut être mal acquis, et que l'on peut en abuser en le poussant à l'excès, il n'est pas possiblede se contredire d'une manière plus frappante.

Barbey rac, qui a répété la plupart des sopbismes de Bayle (Morale des Pères, ch. 12, tj 55) , a poussé l'entêtement encore plus loin : « Que l'erreur d'un homme, dit-il, soit vincible ou invincible, il aurait toujours péché en ne la suivant pas, tant qu'il en serait prévenu. » Suivant celte décision, voilà tous les malfaiteurs dont r.ous venons de parler pleinement justifiés, elc'estainsi que Barbeyrac corrige les erreurs de la morale des Pères de l'Eglise. — 11 est évident, par les aveux de Buyle lui-même, que pour qu'une fausse conscience nous excusedevant Dieu, il faut, 1° que nous n'ayons rien négligé pour nous instruire, et que l'erreur dans laquelle nous sommes soit invincible; 2" que celte erreur ne vienne d'aucun motif blâmable, d'aucune passion criminelle, d'aucun préjuge opiniâtre ; 3' que, quant à ce qui regarde les hommes, tout crime qui trouble la société est digne de châtiment et doit être puni, quelle qu'ail é;é la conscience de celui qui l'a commis de propos délibéré.

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces deux auteurs ont voulu faire usage doleur principe pour prouver (îuo les héréliques ont droit de suivre et de professer leurs erreurs, dès qu'elles leur paraissent être la vente ; que l'on pèche contre la juslio» quand ou emploie la lorce pour les réprimer; que vouloir les faire changer de ren-

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