‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 167 sur 183 · KM · texte numérisé non relu

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Dieu dans un lieu que dan; un autre. Dieu avait commandé à Moïse de lui construire un tabernacle ou une. lente, et à Salomo», de lui bâtir un temple; longtemps auparavant, .îacob avait consa ré la pierre sur laquelle il avait eu une vision mystérieuse, et l'avait appelée la maison de Dieu; c'est là qu'il éleva un autel par ordre de Dieu même , et qu'il offrit un sacrifice [lien, xxvm, 16; xxxv, J). Déjà ce lieu avait été consacré par Abraham, chap. xii , v. 7; il fut constamment nommé liclhel, maison de Dieu, et fut respe té dans toute la suite des siècles, jusqu'à ce qu'il fut profané par Jéroboam (/'// Bey. xu , 29). Lorsque le temple fut bâti , dédié ou consacré, Dieu dit à Salomon : J'ai exaucé votre prière, j'ai s-metifté celte maison, mes yeux et mon cœur y seront pour toujours (II! Reg. rx, 3).

Dieu, sans dou'e, est présent partout, en tout lieu il entend n<^ prières et agrée notre culte, lorsque nous l'adorons en esprit et en vérité (Joan. iv, 23). Mais de tout temps il a voulu qu'il y eût des li°'ix consacrés spécialement à son culte , dans lesquels ses adorateurs se rassemblassent , pour lui rendre leurs hommages et luf adresser leurs prières en commun , comme des enfants se rassemblent autour de leur père; et ce culte est plus agréable qu'un Ulle isolé et particulier. Jésus-Christ a confirmé cette croyance par ses leçons et par son exemple; il priait partout, mais ii allait aussi prier dans le temple; il a répété ce que Dieu avait dit par un prophète : Ma maison sera un lieu de prière (Matth. xxi , 13). Ii a puni les profanateurs, et il a dit : Lorsque deux ou trois personnes sont assemblées en mon nom, je suis au milieu d'elles (xvîï! , 23).

Défions-nous d'une philosophie pcrGde et hypocrite, qui veut nous détourner du culte extérieur et public , sous prétexte d'adorer Dieu en esprit et en vérité; ceux qui la prêchent n'adorent plus Dieu ni en esprit, ni en corps, ni en vérité, ni en apparence. Voy. Cultb, Egmse, etc.

Consécration ; ce terme, pris dans un sens plus étroit que le précédent, signifie l'action par laquelle un prêtre qui célèbre le saint sacrifice de la messe , change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. On comprend d'abord que les hétérodoxes , qui ne croient point la présence réelle de Jésus- Christ dans l'eucharistie , ont dû bannir de leur liturgie le ternie de consécration.

Le sentiment commun des théologiens catholiques, après saint Thomas, est que la consécration du pain et du vin se fait par ces paroles de Jésus-Christ : Ceci eut mon corps, ceci est mon sang, etc. On no peut pas prouver qu'avant saint Thomas il y ail eu là-dessus une opinion différente dans l'Eglise latine. — Mais on a disputé pour savoir quel est aujourd'hui et quel a été do tout temps le sentiment de l'Eglise grecque sur les paroles de la consécration. Pour comprendre létal de la question , il faut savoir que dans la liturgie romaine , avant de prononcer loi paroles de Jésus Cli: ibt , le [ rétro fait à IHcj

une prière , par laquelle il le supplie de changer le pain et le vin au corps el au sang de Jésus-Christ. Dans la liturgie grecque et dans les autres liturgies orientales , outre celte première prière, il y en a une seconde qui se fail en mêmes termes , après que le prêtre a prononcé les paroles de Jésus-Christ. C'est celte dernière que les Grecs nomment I' 'invocation du Saint- Esprit ; quelques-uns la croient essentelle à la consécration. D'où plusieurs théologiens oni conclu que, selon les Grecs , la consécration ne se fait pas par les paroles de Jésus-Christ ; sentiment qu'ils ont taxé d'erreur. — Pour justifier les Grecs, le P. Lebrun , après l'abbé Henaudot , avait fail un ouvrage pour prouver que la consécration se fail non-seulement par les paroles de Jésus-Christ, mais encore par Vinvocation (Explication de la messe, tom. V, p. 212 et suiv.). Bingham, théologien anglican, avait été de même avis (Orig. .ecclés., I. xv, c. 3 , § 12). Le P. Bougeant, jésuite, soutient, contre le P. Lebrun, qu'elle se fait par les seules paroles de Jésus-Christ. Un troisième théologien a fail, dans une dissertation imprimée à Troyes en 1733, le résumé de la dispute, et a conclu par adopter l'opinion du P. Bougeant. Il observe qu'avant le xiv* siècle , ou avant le concile de Florence, les Grecs et les Latins n'avaient entre eux aucune dispute sur les paroles essentielles à \a consécration, quoique les théologiens latins fussent trèsbien instruits des termes dont se servent les Grecs dans leur seconde invocation. Par conséquent les scolastiques , qui ont attaqué les Grecs sur ce point , sont allés plus loin que leurs prédécesseurs.

Il ne fut point question de cette dispute au second concile de Lyon, l'an 127 V , ni dans les temps postérieurs , si ce n'est entre quelques théologiens. Mais au concile de Florence, en 1439, la contestation fut vive sur ce point entre les Grecs et les Latins. On voit, par les actes du concile, que les Grecs, à la réserve de Marc d'Ephèsc , convinrent que la consécration se fait par les paroles de Jésus-Christ ; mais ils ne voulurent pas que celle décision fût mise dans le décret d'union, de peur qu'elle ne parût être une condamnation de leur liturgie. — Dans le décret du pape Eugène , pour les Arméniens, il est dit que l'eucharistie se fait par les paroles de Jésus- Christ ; de là plusieurs théologiens ont conclu que le concile de Florence avait décidé la question. Mais alors les Grecs n'étaient plus au concile, ils étaient partis. Ce décret a décidé d'autres articles, sur lesquels les théologiens ont cependant conservé la liberté des opinions , comme la matière do l'ordre, le ministre de la conlirmaion , etc. — Depuis celle époque même, les Grecs r.e sont pas d'accord entre eux sur la formo essentielle de la consécration ; les uns tiennent pour les paroles de Jésus-Christ , les autres pour l'invocation , plusieurs pour l'une et l'autre. Mais aucun d'entre eux n'a nié la nécessité des paroles de Jésus-Christ pour consacrer; la dispute, sur ce point, n'est doue ni inconciliable j ni aussi esseu-

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liflle que le prétendent (juolqucs théologiens.

Les Latins eus-mômes ont disputé pour savoir si Jésus Christ , après la cène, a consacré par sa bénédiction, ou par ces paroles : Ceci est mon corps ; Salmeron est témoin que celle question fut agité • au concile de Trente, mais ce concile ne voulut rien décider làdessus. Le P. Lebrun pense que le Sauveur consacra par sa bénédiction avant de dire : Ceci est mon corps. — Les Pères les plus anciens se servent les ans du terme d'invocation, les autres des term s de bénédiction, d'eucharistie ou d'action de grâces , ou de prières ; mais presque tous assurent que la consécration se fait pTirlcs paroles de Jésus- Christ. On sait d'ailleurs qu'ils ont souvent nommé priïre et invocation les formes même des sacrements , qui sont purement indicatives , comme l'a fait voir le V. Merlin (Traité des formes des Sacrements, c. k, 9 et li).

Il est incontestable qu'un prêtre qui, hors de la liturgie , proférerait les paroles de Jésus-Christ sur du pain et du vin , ne consacrerait pas, parce que le sens de ces paroles ne serait pas déterminé par la suite d'actions qui doivent les accompagner ; l'invocation ou la prière qui les précède est donc nécessaire. Ainsi le supposent les rubriques, qui exigent que, dans le cas d'effusion du calice , etc. , on recommence les paroles qui précèdent la consécration. — Dans les liturgies orientales , aussi bien que dans celle de l'Eglise latine, il y a une invocation qui précède la consécration ; celle-ci est donc parlaite avant la seconde invocation, autrement l'es Latins ne consacreraient pas. Les Crées ont donc tort de supposer la nécessité de leur seconde invocation ; mais il ne s'ensuit pas qu'elle soit erronée et abusive. — Elle ne suppose pas que la consécration cl la transsubstantiation ne soient pas faites, puisqu'il y a des termes semblables dans les liturgies gallicane et mozarabique ; jamais cependant les théologiens gallicans ni les espagnols n'ont pensé que la consécration ne fût pas l'aile par les paroles de Jésus-Christ, qui ont précédé. On doit donc entendre cette seconde invocation dans le même sens que les prières par lesquelles l'évoque demande la grâce du sacrement de confirmation pour ceux qu il vient de confirmer, et comme l'on entend les exorcismes du baptême à l'égard d'un enfant qui vient d'èire ondoyé ou baptisé sans cérémonie. — L'invocation qui suit la consécration n'opère pas plus d'effets que celle qui la précède ; mais cl'e sert à déterminer le sens des. paroles de Jésus-Christ , elle fait comprendre que ces paroles ne sont pas purement historiques , mais sacramentelles et opéraiives. Quant à l'adoration de l'eucharistie , qu'elle se fasse plus tôt ou plus lard, cela esl égal ; elle prouve seulement que Jésus-Christ est présent , et que telle esl la croyance de ceux qui l'adorent.

On ne voit pas quel avantage Bingham ou d'antres protestants peuvent lircr de la dispute qui a eu lieu entre quelques théologiens catholiques et les Grecs touchant les paroles

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