‹ Œuvres completes de Bergier (volume 2)Chapitre 170 sur 183 · SITES · texte numérisé non relu

SITES

CONSTANTIN. Nous ne devrions avoir rien à dire sur cet empereur ; mais les critiques modernes se sont appliqués à le noircir, afin de rendre suspecte sa conversion au christianisme, et de décréditer les écrivains ecclésiastiques qui ont fait l'éloge de ses vertus. Basnage leur a fourni les matériaux. Hist.de ïtigl., lom- II, pag. 1077. Atoshcim n'a été guero plus équitable. Hist. Christ., saec. iv, pag. 952. Un théologien doit savoir à quoi s'en tenir sur ie caractère de ce prince. *

I. On lui reproche les meurtres de Licinius, son beau- frère, assassiné malgré la foi des traités; de Licinien son neveu, massacré à l'âge de douze ans; de Maximien sou beaupère, égorgé par son ordre à Marseille; de son propre tilsCrispus, prince de grande espérance, injustement mis à mort, après lui avoir vu gagner des batailles; de l'impératrice Fausla son épouse, otoufiee dans un bain. On insiste sur la cruauté avec laquelle il fit dévorer par des bêtes féroces, dans les jeux du cirque, tous les chefs des Francs avec les prisonniers qu'il avait faits dans une expédition sur le Hliin : on ajoute que tous ces crimes exécrables flétriront à jamais sa mémoire.— S'ils étaient tous vrais , il serait étonnant que Julien , qui ne ménage pis Constantin dans la Satire des Césars, n'en eût rien dit, pendant qu'il traitait de monstres les deux compétiteurs de Constantin; que Zosime, historien païen, très-indisposé contre lui, ne lui eût pas reproché ces crimes; que Libanius et Praxagore, autres païens 7i'lés, t ussenl osé faire un éloge complet des venus de Constantin , lorsqu'il n'exis'ait plus, et que l'on pouvait flétrir impunément

sa mémoire. Mais les païens contemporains ont été moins injustes que les philosophes du xvsr siècle; les premiers l'ont adoré comme un dieu apiès sa mort; les seconds veulent le faire délester comme un scélérat.

Pour juger Constantin sans partialité, il faut consulter Tillemoul ; il n'a supprimé aucun des reproches qui ont été faits à ce prince : il y oppose non le témoignage des auteurs chrétiens, mais celui des historiens païens, d'Aurclius Victor, d'Ëûlrope, d'Ammien Marcellin, de Libanius, de Julien : la plupart ont écrit après la mort de Constantin, et après l'extinction de sa famille; ils n'avaient aucun intérêt de déguiser la vérité. — Il est faux que Constantin ait fait assassiner Licinius maigre la foi des traités. Trois fois Licinius avait armé contre lui, avait été vaincu en bataille rangée, et avait été pardonné. Après avoir solennellement renoncé à l'empire, devenu simple particulier, il cabalait encore; il violait donc les traités, il ne fut donc pas mis à mort contre la foi des traités : la mort d'un sujet rebelle, ordonnée par un empereur despote, après trois pardons accordés, ne fut jamais un assassinat. — Constantin n'est point l'auteur du meurtre du jeune Licinien ; aucun écrivain n'a osé l'en accuser, et il n'y en a aucune preuve. — Maximien, son beau -père, avait attenté à sa vie, c'était d'ailleurs un monstre couvert de crimes ; après avoir renoncé à l'empire, il voulait s'en emparer de nouveau et l'arracher à son gendre ; il fut réduit à s'égorger lui-même. Se défaire d'un compétiteur injuste ou plutôt d'un assassin, pour prévenir de nouvelles guerres civiles, est-ce un crime ? — Nous avouons le meurtre injuste de Crispus. Sa belle-mère Fausla l'accusait d'avoir attenté à sa pudeur ; Constantin, trop crédule, eut tort de ne pas mieux vérifier ce crime prétendu; mais lorsque, persuadé de l'innocence de son fils, Constantin punit la calomnie de Fausa, nous soutenons qu'il fil un acte de justice. Aucun écrivain chrétien n'a cherché à justifier ni à pallier le meurtre de Crispus. — Quant à la cruauté exercée contre les chefs des Francs et contre les prisonniers, il faut se souvenir que depuis longtemps la coutume des Romains était de faire contre les Barbares la guerre sans quartier : qu'après la victoire remportée sur Maxence, Constantin avait racheté à prix d'argent la vie des prisonniers ; qu'il a\ait placé dans l'Myrieet dans la Thrace trois cent mille Sarmates, chassés de leur pays par d'autres Barbares; ce n'était donc pas un monstre altéré de sang humain. Ses prédécesseurs avaient, pendant trois cents ans, fait dévorer par les bêles, dans le cirque, les chrétiens qui n'étaient ni des Francs, ni des Saimates, mais des Romains ; et les censeurs do Constantin l'ont trouvé bon.

11. Ses accusateurs ont cherché à rendre saspects les motifs et les causes de sa conversion au christianisme; les uns ont dli, sur la foi de Zosime, historien païen trèspiévcnu contre ce prince, qu'il se fi! chrétien, parce que les pontifes do paganisme

I09Î CON CON tO'JJ

l'assurèrent que leur religion n'avait point vail attaquée; mais, comme les protesta ni s d'expiations assez puissantes pour expier les ont vu qu'elle pouvait servir à autoriser le crimes qu'il avait commis. Cette absurdité culte de la croit, plusieurs d'entre enx ont esl assez réfutée par Ls éloges que lui ont entrepris de lui ôler toute croyance. Ils ont prodigués d'autres auteurs païens, et par le dit que tous les témoignages que l'on proculle idolâtre qui lui a été rendu par les duil en faveur de ce miracle, se réduisent, païens après sa mort. Eutrope, 1. x. D'au- dans le fond, à celui de Constantin; que ce 1res empereurs, plus coupables que lui, n'a- fut, de sa part, une ruse militaire pour animaient pas cru avoir besoin d'expiation, et mer ses soldats au combat. Cliaullepic, dans l'on sait d'ailleurs si les pontifes du paga- le Supplément au Dictionnaire de Bayle, a ras* nisme étaient des censeurs fort rigides à l'é- semblé toutes les objections et les coujergard des empereurs. Les autres disent que turcs de ces critiques. Uosbeim a fait de Constantin se fil chrétien par politique, parce même [llisl. Christ., saec. îv, p. 978). Les inqu'il vil que les chrétiens étaient déjà non)- crédules modernes en ont triomphé, et l'on breux et puissants, qu'il pouvait compter n'a pas manqué de mettre un long extrait de sur leur fidelilé, que leur religion était plus cette dissertation dans l'ancienne Encyclocapable que le paganisme de contenir les pédie, au mot Vision de Constantin. — Lu peuples dans l'obéissance. Soit pour un mo- 177V, M. l'abbé Duvoisin leur a opposé une ment. Il en résulte déjà que Constantin fut dissertation plus exacte et plus solide; il a plus sage et meilleur politique que ses pré- rapporté les preuves et les témoignages que décesseurs, qu'il rendit au christianisme plus nous tenons d'indiquer, il en a fait sentir la de justice que ne lui en rendent les incrédules, force, et a répondu à toutes les objections; et que par l'événement il ne fut pas Irom- l'on peut consulter cet ouvrage. On y verra, pé, puisque son règne fui paisibleel heureux, dans tout son jour, la témérité avec laquelle Mais les molifs de politique ne dérogent les protestants ont travaillé à jeter du doute en rien aux preuves que ce prince put ac- sur les faits de VHistoire ecclésiastique, qui quérir d'ailleurs de la divinité du chrislia- paraissent les mieux constatés, et les armes nisme. — Constantin a raconté lui-même, qu'ils ont fournies aux incrédules pour allaqu'avant de livrer bataille à son compétiteur quer tous les faits favorables au clirislia- Maxence, il avait vu, après midi, dans le nisme.

ciel et au-dessus du soleil, une croix lumi- Nous nous bornons à remarquer que l'on neusc avec ces mots . Sois vainqueur par ce suspecte, s, .ns aucune raison, la probité de signe ; <|ue les soldats qui l'accompagnaient Constantin. l°A-t-on prouvé que Dieu n'a en avaient été témoins. Il ajoutait que la pas pu ou n'a pas dû faire un miracle pour nuit suivante Jésus-Christ lui était apparu, convertir cet empereur, et pour préparerainsi et lui avait ordonné de faire faire une ensoi- le triomphe du christianisme? 2° 11 faut gne militaire, ornée du signe qu'il avait vu. supposer que tous les soldats de son armée Constantin la fil exécuter en effet; c'est ce étaient chrétiens, ce qui ne peut pas èire, qui fut nommé le laliarum. Après sa victoire, puisqu'alurs ce prince n'avait pas encore ce prince fit placer à Rome sa statue, tenant professé la religion chrétienne; des soldats à la main une lance en forme de croix, avec païens ne pouvaient avoir aucun respect ni cette inscription : Par la vertu de eu signe, aucune confiance au nom ni au signe de Jéj'ai délivré votre ville du joug de la tyran- sus-Christ; il était a craindre au contraire nie, etc. Eusèbe, dans la Vie de Constantin, que ce signe, détesté par les païens, ne les liv. i, c. 28 et suiv., assure qu'il tenait ce fît déserter cl passer du côté de Maxencç. fait de la propre bouche de l'empereur, qui le 3° Après la victoire une fois remportée sur lui availallesté avec serment, et dit qu'il avait Maxence, quel intérêt pouvait avoir Conyii plus d'une fois le labarum. Il en parle en- stantin à faire attester par ses enseignes, par core dans le panégyrique de ce prince, pro- sa statue, et par d'autres monuments, l'imnoncé en sa présence, la trentième année de poslurc qu'il avait forgée pour inspirer du son règne; ou l'an 335. Oral, de laud.Const., courage a ses soldats? k° Il en avait encore c. G cl 9. Constantin lui-même semble y moins à répéter cette fable à Eusèbe douze faire allusion dans son discouis à l'assemblée ou quinze ans après, à l'attester par serdes saints, Orat. ad Sanct. ca-turn, c. 2G, lors- ment, à dire que le prodige avait clé vu par qu'il dit que ses exploits militaires ont corn- les soldats qui l'accompagnaient pour lors, menée par une inspiration de Dieu. — Lac- Si cela n'était pas vrai, les païens, surtout tance, auteur contemporain [Lib. de Mort, les soldats, ont dû se moquer de la fourberie persec, c. kk), dil seulement que Constantin de l'empereur et de ses prétendus monufut avertit en songe de faire graver sur les roenls, et s'obstiner davantage dans la proboucliers de ses sold.its le signe céleste de fession du paganisme. D'un colé l'on attribue Dieu, avant de commencer le combat, et qu'il à ce prince une politique très-rusée, de l'aufit en effet marquer sur les boucliers le si- tre une imprudence inconcevable. 5 La vignede Jésus-Chrisl. Socrate, Sozomène, Phi- sion de Constantin n'est pas, dans le fond, lostorge, Théodore! , Oplalianus, Porphyre, une preuve fort nécessaire au christianisme; dans un poème à la louange de Constantin, il peul aisément s'en passer ; nous ne VO) uns deux orateurs païens dans lei panégyriques pas que ceux qui la rapportent en tirent au de ce prince, le poële Prudence et d'autres, tune conséquence ni aucun avantage. Ils ont confirment la narration d' Eusèbe. donc, eu moins d'intérêt à l'accréditer, que Jusqu'au xvi1' siècle aucun écrivain ne l'a- les protestants et les incrédules n'en ont à la

CON

CON

suspecter. Voy. encore Vies des Pères et d<s Martyrs, t. VIII, p. 483 et suiv.

III. Les accusateurs modernes de Constantin lui refusent, la qualité de sage législateur, parce qu'il accorda des immunités aux clercs, et donna lieu d'en augmenter le nombre ; parce qu'il donna aux évéques de grands privilèges, en particulier celui d'affranchir les esclaves ; parce qu'il favorisa le célibat en abolissant la loi Pupia Poppœa, qui privait les célibataires des successions collatérales. — Quand Constantin aurait eu tort eu tout cela, ce qui n'est pas, aurait-il détruit par là le bien qu'ont dû produire plus de quarante luis fort sages, qu'il a faites sur divers objets de police ? Elle sont dans le Code Théodosien ; Tillcmont les a rapportées; mais, par un trait d'équité exemplaire, nos critiques les passent sous silence : il serait trop long d'en faire le détail et d'en montrer les heureux < ffcls. Voy. le Traité de la vraie religion, t. XI, c. 10, art. 1, § d.— Mais Constantin était meilleur politique que ceux qui osent le blâmer. 11 accorda aux médecins et aux professeurs de belles-lettres les mêmes immunités qu'aux clercs; nous espérons qu'on ne lui en saura pas mauvais gré ; mais, loin d'augmenter (e nombre des clercs, il ordonna que l'on ne ferait point de clercs qu'à la place de ceux qui seraient morts, et que l'on préférerait ceux qui n'étaient pas riches. Sous la république romaine, les pontifes avaient eu de plus grands privilèges que n'en eurent jamais les évéques; on ne conçoit pas comment des philosophes osent faire iai crime à cet empereur d'avoir facilité l'affranchissement des esclaves, lorsque l'empire était dépeuplé par les guerres civiles et étrangères qui avaient précédé. C'est pour le repeupler qu'il accorla des terres à trois cent mille Sarmates chassés de leur pays par d'autres Uarbares. La loi Papia Poppœa était injuste et absurde, parce qu'elle punissait les innocents aussi bien que les coupables; < Ile n'avait produit d'ailleurs aucun effet ; il est faux, qu'après son abolition , le célibat soit devenu plus commun qu'il ne l'était auparavant.

Enfin, l'on a écrit et répété que Constantin employa la violence et les supplices pour exterminer le paganisme, et mettre la religion chrétienne à sa place ; c'est une calomnie que nous réfuterons au mot Empereur.

CONSTANTINOPLE. Outre les conciles parliculiers qui ont été tenus dans celte ville, il y en a quatre qui sont regardés comme généraux ou œcuméniques. Le premier fut convoqué, l'an 381, par ordre du l'empereur Théodose, cl composé d'environ cent cinquante é\cjues Orientaux, dont un grand nombre était rccommandable par leur capacité et par leurs vertus. Après avoir placé uu évêque légitime sur le siège de celte ville, qui était occupé par un intrus, le concile condamna de nouveau les ariens et les eunomiens ; il proscrivit les erreurs de Macédonius, qui niait la divinité du Saint-Esprit, cl celles d'Apollinaire, qui attaquaient la vérité de l'incarnation. Conséquemmcnl il

décida que le Saint Esprit est consubslantiel au Père et au Fils, que ces trois Personnes ont une seule et même divinité; il confirma le symbole de Nieéc, et il y fit quelques additions relatives aux nouvelles erreurs; enfin, il dressa quelques canons de disci| line. L'année suivante, le pape Damase, et dans la suite les évéques d'Occident, acceptèrent les décisions de ce concile; c'est ce qui lui a donné l'autorité d'un concile général.

Le deuxième, qui est aussi nommé le cinquième général, fut convoqué par l'empereur Justinien, l'un 553, sous les yeux du pape Vigile, qui ne voulut cependant pas y assister; il s'y trouva au moins cent cin quante évéques presque tous Orientaux. Le motif de la convocation était de condamner les trois chapitres. L'on entendait sous ce nom, 1° les écriisdc Théodore de Mopsucste; 2° ceux que Théodore!, évêque de Cyr, avail composés pour réfuter les analhématismes dressés par saint Cyrille d'Alexandrie contre Neslorius; 3" une lettre qu'Ibas, évêque d'Edesse, avait écrite à un Persan nommé Maris. Plusieurs évoques, aussi bien que l'empereur, jugeaient qu'il était nécessaire de condamner ces ouvrages, parce que les nestoriens s'en servaient pour autoriser leurs erreurs, et prétendaient que ces mêmes écrits avaient été approuvés par le concile de Chaicédoinc, ce qui était faux. Les eulychiens, de leur côté, demandaient la condamnation de ces écrits, pour fermer la bouche aux nestoriens; Théodore de Césarée, qui était du parti des eulychiens acéphales, avait assuré l'empereur que, sius celle condition, ses adhérents se réconcilieraient volontiers à l'Eglise. — D'autre part, parmi les catholiques même, surtout parmi les Occidentaux, plusieurs désapprouvaient la condamnation que Justinien, de sa propre autorité, avait faite des trois chapitres; les uns, pane qu'ils étaient persuadés que ces écrits étaient orthodoxes, et que les nestoriens avaient lort de s'en prévaloir; les autres, parce qu'ils croyaient que ces ouvrages avaient été approuvés en effet par le concile de Chalcédoine, et que la demande des eutychiens n'était qu'un piège imaginé pour affaiblir (autorité de ce concile; d'autres enfin parce qu'il leur paraissait indécent de faire le procès aux morts, et de tlélrir la mémoire de trois évéques décédés dans la communion de l'Eglise.

Tel était le sentiment du pape Vigile. Appelé à Constantinople, l'an 5i6, par Justinien, et tourmenté par cet empereur, il consentit enfin , après deux ans de résistance, et après avoir consulté uu synode de soixantedix évéques, à condamner les trois chapitres ; il le fil par un écrit public, qui fut nommé Indication ou Constitutum, mais qui portail la clause, s.ms préjudice du concile de Chalcédoinr. Celle complaisance ne laissa pas de brouiller le pape avec les évéques d Afrique et d'Italie. Vainement Justinien employa la violence pour obtenir de lui une condamnation pure et simple, Vigile demanda la convocation d'un concile général, et l'obtint. En

IC95 CON CON ÎOîiG

attendant. ii relira son Judicatum et la si- prévention de ceux qui les en croyaient sur gnalure des évoquas qui y avaient souscrit, leur parole, était mal fondée, et l'art ifiee dos et défendit, sous peine d'excommunication, eutychiens, qui se nattaient de détruire l'au- 4e rien écrire pour ou contre les trois cha- lorité du concile de Chalcédoine, en les f a - (litres avant la décision du concile. — Lors- saut condamner, n'était qu'une vaine imaqu'il fui assemblé, Vigile refusa d'y assister, ghalio». Ils réussirent à augmenter la diviparce qu'il n'y avait qu'un très-petit nombre sion et à troubler l'Eglise, et il ne s'ensuiv t d'évêques occidentaux, el parce qu'il prévit rien, h" Pour que le concile de Conslantinoque les suffrages n'y seraient p;is libres. Le pie ait eu le droit do condamner les trois concile ayant condamné absolument les (rois chapitres, il suffisait que les expressions, chapitres, et prononcé l'anathème contre les renfermées dans ces écrits, ne fussent pas auteurs, il n'est pas certain que Vigile y ail assez claires ni assez exactes et qu'elles souscrit; plusieurs prétendent qu'il ne l'a donnassent lieu aux nesloriens d'autoriser jamais fait, d'autres ont produit un Constilu- leurs erreurs. Les auteurs avaient pu les emtum de ce pape, de l'an 554 , dans lequel il ployer innocemment avant les condamnadéclare, qu'après avoir mieux examiné les lions réitérées de Nestorius ; tuais on devait écrits dont il est question, il lésa jugés cou- les proscrire depuis que l'Eglise avait fordamnables. Celle pièce est rapportée dans mollement expliqué sa croyance. Si ce coules nouvelles collections de ïïaluze. — Colle file alla trop loin, en flétrissant la mémoire condamnation causa un schisme parmi les des auteurs, cet excès de sévérité ne fait rien évoques occidentaux, toujours persuades que à la foi.

les trois chapitres avaient été approuves par Basnage, qui a fait une longue histoire du le concile de Chalcédoine. La division parmi cinquième concile général, el qui l'a remplie eux ne finit que plus d'un siècle après ; elle d'invectives, aurait dû faire ces réflexions dura aussi longtemps parmi les Orientaux, (Ilist. de VEglhe, I. x, c. G). Il s'obstine à dont les uns tenaient pour le nestorianisme, supposer que le concile de Chalcédoine avaii les autres pour les erreurs d'Eutychès, les approuvé les trois chapitres; que les conautres enfin pour la doctrine catholique, éla- damner à Conslanlinople, c'était réformer le hlie par le concile de Chalcédoine. jugement el les décrois de Chalcédoine, et Toute la question se réduit donc à savoir doune-r atteinte à l'autorité la plus vénérable si les trois chapitres avaient élé approuvés qui fût connue; que ce concile avait décidé par le concile de Chalcédoine : or, il n'en que la lettre d'ibas était orthodoxe, § ici 22: est rien. 1° L'on ne voit rien dans les actes c'est une fausseté. Il reconnaît lui-même que de ce concile, ni dans les écrivains contem- l'on n'avait parlé de Théodore de Mopsueste porains, d'où l'on puisse conclure qu'il y fut à Chalcédoine, qu'en traitant de l'affaire question dos ouvrages de Théodore de Mop- d'ibas, d'où il conclut que sa personne ni ses suesle. Cet évoque était mort en. k2i, avant écrits ne pouvaient pas y avoir élé condamque Nestorius, son disciple, eût publié s< s liés ; mais, par la môme raison, ils ne pouerreurs. En renouvelant la condamnation de vaient pas non plus y avoir élé approuvés. INesiorius, le concile de Chalcédoine était L'affaire d'ibas n'était pas l'examen de sa censé avoir proscrit, plutôt qu'approuvé, lettre à Maris, mais de ses sentiments actuels les écrits dans lesquels cet h résiarque avait ou personnels. — Après avoir peint, de la puisé sa doctrine. 2° Théodorel et ibas assis- manière la plus odieuse, la faiblesse, les in- (aient à ce concile ; oo ne pouvait pas dou- certitudes, les changements de conduite du 1er de leur croyance personnelle, puisque pape Vigile, il est forcé de convenir que le l'un cl l'autre souscrivirent, sans hésiter, à jugement de ce pontife, après la décision du la condamnation de Nestorius. S'il y avait concile do Constantinoplc , était sage, qu'il des choses réprôhensibles dans leurs écrits, distinguait judicieusement le droit d'avec le le concile était convaincu qu'ils avaient fait. D'un côté, il censurait les erreurs de changé de sentiment. 11 n'eut donc pas tort Théodore de Mopsueste sur les extraits de de les rcconnaîire pour orthodoxes, et de les ses livres qu'on lui avait fournis; de l'autre, rétablir dans leurs sièges, d'où ils avaient il ne voulait pas que l'on condamnai sa perété chassés, deux ans auparavant, par Dios- sonne ; parce qu'iïélait mort dans la paix de coreet par le faux concile d'Ephèse, auquel il l'Eglise aussi bien qu'Ihas et Théodorel, $ 17. présidait. On savait d'ailleurs que Théodoret Les Pères de Constandnople auraient sans avait abandonné absolument le parti de Nés- doute fait de même, s'ils n'avaient pas été lorius, et s'élail réconcilie sincèrement avec poussés par les clameurs dos eutychiens el sailli Cyrille; il avait donc suffisamment dés- par l'entêtement de Juslinien. C'est leur riavoué ce qu'il avait écrit auparavant con- gueur, dans la condamnation des personnes. Ire ce saint docteur. Quelle nécessité pou- qui révolta principalement les Occidentaux ; vait-il y avoir d'examiner ses écrits? ibas mais, encore nue lois, ce procède ne lient en était présent pour rendre raison de ce qu'il rien à la question do droit, qui était de saavait dit dans sa lettre à Maris; elle ne l'ai- voir si les écrits en eux-mêmes étaient cousait pas encore du brait pour lors. Le con- surablcs : or, uous soutenons qu'ils l'étaient. elle jugea d<- l'orthodoxie personnelle de ces que la condamnation de ces écrits n'est pas deu\ évéques, sans rien statuer sur leurs injuste, quoi qu'en dise Basnage, § 8. — l>.% écrits. 3° L'imposture des nesloriens, qui pu- là même il résulte que l'on ne doit pas dm

bliaient que ces écrils avaient élé approu- ner une entière croyance à tout ce qui a été vés par ce concile, ne prouvait donc rien ; la écrit de part cl d'autre, surtout par les Ain-

16U7 cors

caios; ils jugeaient de la conduite du pape Vigile et du concile de Constantinople selon leur prévention ; ils n'étaient pas fort en étal de peser la valeur des expressions grecques renfermées dans les trois chapitres. Ce concile n'a été général ou œcuménique, ni dans sa convocation, ni dans sa tenue, ni dans sa conclusion; les suffrages n'y étaient pas libres, il n'est censé général que par l'acceptation universelle que l'Eglise en n faite dans la suite. Basnage en conclut très-mal à propos que ceux qui le rejetaient ne croyaient pas à l'infaillibilité des conciles œcuméniques, §22; les Occidentaux ne le regardaient pas comme tel.

Le troisième des conci'es de Constantinople, placés parmi les conciles généraux, fut tenu l'an 680, sous le règne de l'empereur Constantin Pogonat, et sous le pontificat du pape Agalhcn ; c'est le sixième œcuménique. 11 fut composé d'environ cent soixante évoques, et assemblé pour condamner l'erreur des monolhéliles, qui étaient un rejeton de l'eutychianisme. Eutychès avait prétendu que, dans Jésus-Christ, la divinité et l'humanité étaient tellement unies et confondues, qu'elles ne faisaient plus qu'une seule nature. Les monolhéliles soutenaient qu'il n'y avait en Jésus-Christ qu'une seule volonté et une seule opération. Le concile au contraire, après avoir déclaré qu'il adhérait aux décrets des cinq conciles généraux précédents, décida qu'il y avait en Jésus-Christ deux natures distinctes et complètes, revêtues chacune de leurs facultés et de leurs opérations propres, par conséquent, deux volontés et deux opérations, l'une divine et l'autre humaine. Parmi les fauteurs du monothéisme qu'il condamna, il nomma le pape Honorius, parce que, dans une lettre écrite à Sergius, patriarche de Constantinople, auteur et défenseur du monothélisme, ce pape semble avoir enseigné la même erreur. Voy. Monothélis'me.

On regarde ordinairement comme une suite de ce concile celui qui fut tenu au même lieu douze ans après, en 692, et qui fut nommé le concile in Trullo, parce qu'il lut assemblé, comme le précédent, dans une salle du palais impérial, couverted'un dôme; on l'a encore appelé Quinisexte, parce qu'il avait pour objet de régler la discipline, sur laquelle le cinquième et le sixième concile n'avaient rien statué, et qu'il renouvela les décrets de ces deux assemblées. Juslinien H était pour lors empereur, et Sergius I" remplissait le siège de Rome. Deux cent onze évéques y assistèrent et y firent cent deux canons de discipline, qui ont été constamment suivis depuis ce temps-là dans l'Eglise grecque ; mais tous ces décrets ne furent pas adoptes .par les papes ni par l'Eglise latine, parce qu'il y en avait plusieurs qui n'étaient pas conformes à la discipline établie en Occident.

Le huitième concile général , assemblé aussi à Constantinople, l'an 809, sous le pape Adrien I! ci l'empereur Uasile, fut composé de ccni deux évéques. On s'était proposé d'y

DCT. 1>E TllÉOL. DOGMATIQUE. 1.

CON

réparer les maux qu'avait cnusés l'intrusion de Photius dans le siège de Constantinople, et les suites du schisme qu'il avait établi entre l'Eglise grecque et l'Eglise romai ie. On y dressa vingt-sept canons de discipline, et, on y renouvela la condamnation des erreurs qui avaient été proscrites par les conciles précé ients. — Dix ans après, Photius étant parvenu à se faire rétablir sur le siège de Constantinople, après la mort du patriarche Ignace, trouva le moyen de rassembler près de quatre cents évéques, et de faire annuler tout ce qui avait été fait contre lui ; il donna à ce faux synode lé nom de huitième concile général, et il a été regardé comme tel parles Grecs , depuis qu'ils ont consommé leur schisme avec l'Eglise latine. Voy. Grecs

CONSTITUTION, décret du souverain pontife en matière de doctrine. Ce nom a été principalement donné en France à la fameuse bulle du pape Clément XI, du mois de septembre 1713, qui commence par ces mots : Uniyenilus Dei Filins, et qui comlamne cent dix propositions, tirées du livre du P.Quesnel, intitulé : Le Nouveau Testament, arec des réflexions morales, etc. Voy. Unigenitcs (Ij.

(î) Nous avons besoin d'établir quelle est l'autorité des coiistiin lions émanées «lu saint- siège.

Les constitutions que promulg ;ent les papes ont différents objets: les unes concernent le dogme., les autres la morale, les autres la discipline. La question peut donc être envisagée sous ces différents points de vue. Il e^l incontestable d'abord que touta espèce de constitution donnée par le souverain pontife doit être reçue avec un profond respect : c'est ce que tous les catholiques professent. Nous allons cikr à l'appui de celte vérité un passage de Fénelon, et un autre du clergé de France de lti:25 :

« On ne peut déroger à la parole de Noire-Seigneur Jésus-Christ, qui a dit : Tu es Pierre, et sur celte pierre je bâtirai mon église. La vérité de celle parole est prouvée par le fait même; car la religion a toujours été conservée pure et sans tache dans le siège upostolique. C'est pourquoi, suivant en tout l'ouvrage du siège apostolique et souscrivant à tous ses décrets, j'espère mériter toujours de demeurer dans une même communion avec vous, qui est celle du siège apostolique, dans lequel réside l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne, promettant de ne point nommer dans les sacrés mystères ceux qui sont séparés de la communion de l'Eglise catholique et du siège apostolique. Ainsi, ajoute Fénelon, quiconque contredit la toi romaine, qui est le centre de la tradition commune, contredit celle de l'Eglise entière. Au contraire, quiconque demeure uni à la docirine de celte Eglise, toujours vierge, ne hasarde rien pour sa foi. Celte promesse quoique eénérale, quoique absolue, dans une profession de foi, n'a rien de téméraire ni d'excessif pour les évéques mêmes qu'on oblige de la signer. Cardez-vous donc biea d'écouler ceux qui oseraient vous dire que le formulaire du pape llormisdas, fait, il y a douze cents ans, pour remédier au schisme d'Àcace, n'étah qu'une entreprise passagère du siège de Rome. Cetie décision de loi, si décisive pour l'unité, fui renouvelée par Adrien II plus de trois cents ans après, pour limr le schisme de Photius ; et elle fui universellement approuvée dan* le huitième concile œcuménique. Chaque évèque y promet de ne pas se séparer ni de la foi ni de la doctrine du siège apostolique, mais de suivre en tout lu décrions de ce siège. > ( Fénelon, i.nst; pasl. sur la bulle Unigenilus.)

« Les évê-jucs seront exhortés à honorer le s: Vç

TON

cm

Constitutions Apostoliques ; c'est un recueil de règlements attribués aux apôtres, que Ton suppose avoir été fait par saint Clément, et qui portent son nom. Elles sont divisées en huit livres, qui contiennent un

apostolique et l'Eglise romaine, fondée sur la promesse infaillible de Dieu, sur le sang des apôlres el des martyrs, la mère des Eglises, et laquelle, pour parler avec saint Alhanase, est comme la lèle sacrée par laquelle les aunes Eglises, qui ne sont que ses membres, se relèvent, se maintiennent et se conservent. Ils respecteront aussi notre saint-père le pape, chef visible de l'Eglise universelle, vicaire de Dieu en terre, évêque des évêques et patriarches, auquel l'apostolat et Cépiscopal ont eu commencement, et sur lequel Jésus-Christ a fondé son Eglise, en lui baillant (donnant) les clefs du ciel avec ï infaillibilité de la foi , que l'on a vue miraculeusement demeurer immuable dans ses successeurs jusqu'aujourd'hui, et ayant obligé tous les fidèles orthodoxes à leur rendre toutes sortes d'obéissance, et à vivre en déférence à leurs saints décrets et ordonnances. Les évêques seront exhortés à faire la même chose et à réprimer, autant qu'il leur sera possible, les esprits libertins qui veulent révoquer en doute et mettre en compromis cette sainte el sacrée autorité, confirmée par tant de lois divines el positives; et, pour montrer le chemin aux autres, ils y déféreront les premiers. » (Assemblée du clergé de 1625.)

Malgré la grande autorité que possèdent les constitutions pontificales dogmatiques, nous sommes obligés de convenir qu'elles ne soûl pas un objet de la M, à moins qu'elles n'aient été acceptées par l'Eglise; car il n'est pas de foi que les jugements du pape soient irrélormables. 11 est indubitable que lorsqu'elles sont acceptées par l'Eglise universelle, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper, elles sont objet de la foi catholique. En effet, Jésus-Christ disait aux évêques, dans la personne de ses apôtres : Allez, enseignez, baptisez, administrez les sacrements dont je suis l'instituteur. Je bénirai votre ministère, il subsisleia toujours. Toujours je serai avec vous. Ces paroles n'ont pus d'exception ni de restriction : on ne peut en apporter que d'arbitraires. Ce n'est point la parole de Jésus-Christ qui veut limiter l'infaillibilité au seul concile œcuménique : c'est celle

du novateur Sans cesse combattue, sans cesse

l'Eglise a besoin de son autorité imposante el infaillible pour arrêter el dévoiler le mensonge. Si les conciles œcuméniques étaient seuls infaillibles, l'hérésie pourrait aisément propager ses pernicieuses doctrines. Elle saurait multiplier les obstacles, déjà si grands , pour empêcher la convocation et la tenue des conciles généraux. Mais l'Eglise n'a pas attendu qu'elle lut réunie en concile œcuménique pour loiidroyer l'erreur. Combien de fois l'Eglise dispersée ne lui a-l-elle pas porté le coup mortel ? L'orgueil emprunte un jour la voix de Pelage. Ce novateur ose sonder les profondeurs des desseins «lu Dieu de la grâce : quelques évêques se réunissent dans deux assemblées particulières. Rome saisil la nouvelle doctrine. De tous les sièges parlent des voix qui s'unissent à la voix du successeur de Pierre, et lancent eel analhéme qui pèse de tout le poids il'lUM autorité infaillible. « De ce moment, dit saint Augustin, la cause fut finie. > Quatorze siècles ont passé sur celle hérésie, sans que le décret rendu ail été ébranlé.

Concluons donc que les évoques dispersés sont les vrais docteurs de l'Eglise, el que peu importe d'où parlent leurs voix. Kéunies à celle du pontife romain , elles forment par leur accord un jugement inélormable : h: devoir du chrétien est alors de regarder la cause comme finie. Toute désobéissance seuil une revolie el un crime. Mais

grand nombre de préceptes louchant los devoirs des chrétiens, particulièrement louchant les cérémonies et lu discipline de IE»lise.

Presque tous les savants conviennent qu'elles sont supposées, et prouvent qu'elles sont bien postérieures au temps des apôtres ; elles n'ont commencé à paraître qu'au iv* ou au ve siècle, par conséquent saint Clément n'en est pas l'auteur. — Whiston n'a pas

Mais quel accord esl requis? Tel est le nœud de la seconde d Ificulté.

Sùrsde rendre nulle l'auloriléde l'Eglise dispersée, les novateurs ont exigé une unanimité complète dans le corps épiscopal. Si de telles prétentions avaient quelque fondement, elle serait donc fausse la règle employée par toutes les nations. Elles pensent trouver le sentiment d'un corps dans celui de la grande majorité de ses membres. Que les évêques se divisent sur un point de doctrine : si l'on voit d'un côté une multitude de premiers pasteurs, et de l'autre quelques membres de l'épiscopai, sera-t-on embarrassé pour prononcer de quel côté se trouve le corps des vrais pasteurs? Non sans doute : c'est sous la grande majorité des évêques que sérail l'Eglise enseignante. S'il fallait une unanimité complète , y aurait— il une hérésie condamnée ? Toutes ont eu des évêques pour défenseurs. Combien d'anathèmes lancés par l'Eglise devraient être révoqués ! Il faut le reconnaître : exiger une complète unanimité, ce serait anéantir la foi !

Concluons qu'une décision de foi proposée par le souverain pontife, acceptée par la grande majorité des évêques, est infaillible.

Une question se présente ici naturellement à nos recherches : faut-il, de la part des évêques, une adhésion expresse, ou leur silence, doit-il être regardé comme un consenlemeul suffisant?

Sans doute les évêques ne sont pas tenus d'élever la voix tomes les lois qu'il parait une erreur. Dans le siècle où nous vivons, ils seraient obligés de crier sans cesse. Mais il est des moments où le danger de la foi esl si grand, que le corps des évêques ne peut se taire sans manquer essentiellement au devoir qui lui esl imposé de garder (idèlemeni le dépôt des véritables doctrines. Donc, lorsque le souverain pontife promulgue une définition de foi , qu'il l'adresse à loui l'univers avec obligation d'y conformer sa croyance, le silence des évêques doit êlre regaulé comme un assentiment.

Pour rendre cette conséquence plus sensible, faisons une supposition (qui, nous le croyons, ne sera jamais une réalité ). Supposons que le pape propose une doctrine erronée , dans une bulle publiée avec toutes les solennités ordinaires, quel scandale pour l'Eglise si tous les évêques venaient a garder le silence ! Serait-elle encore vraie cel>e maxime de saint Augustin : Ecclesia De.i, quœ sunt contra (idem , vel bonam vitam , nec apprubat , nec tacict, nec facit.

N'est-ce pas un principe admis dans toute espèce de droit, que celui qui garde le silence lorsqu'il devrait parler est un prévaricateur? Qui oserait dire que la majorité des évêques ont été prévaiieaieurs en matière de foi? Le fameux Quesncl lui-même! trouvait la doctrine que nous défendons tellement fondée en raison qu'il disait , en parlant de Pelage : < Le reste des Eglises du monde l'étant contenté de voir entrer en lice les Africains el les Gaulois , et d'attendre ce que le sainl-siége jugerait de leur différend, leur siIi'iuy, quand il n'y aurait rien de plus, doit tenir lieu d'un consentement général , lequel, joint au jugement du sainl-siége, forme une décision qu'il n'csl pas permis de ne pas suivre. >

CON

CON

craint de se déchrer contre ce sentiment universel ; il a employé beaucoup de raisonnements et d'érudiiion pour prouver que les Constitutions Apostoliques sont un ouvrage sacré, dicté par les apôtres dans leurs assemblées, mises par écrit par saint Clément. 11 veut les faire regarder comme un supplément du Nouveau Testament, comme l'exposé fidèle de la foi chrétienne et du gouvernement de l'Eglise. Voy. son Essai sur lesConsdtutions Apostoliques , et sa Préface historique. Comme cet auteur tenait pour l'arianisme ou le socinianisme, il n'est pas étonnant qu'il se soit prévenu en faveur d'un ouvrage d.ms lequel il trouvait plusieurs passages qui lui paraissaient conformes à son opinion. — Mais c'est justement ce qui rend ce monument très-suspect. En effet, ces constitutions prétendues apostoliques sentent, dans plusieurs endroits, l'arianisme, renferment des aiiàcbronismes et des opinions singulières sur plusieurs points de la religion. — L'on ne peut cependant pas nier que ce recueil ne contienne plusieurs morceaux, soit des anciennes liturgies, soitdes règles de discipline observées dans les temps apostoliques. Ain>i en ont jugé non-seulement les critiques catholiques, mais Grabe, Hirks, Bévéridge et quelques autres protestants modérés. L'on convient assez généralement que les cinquante canons des Apôtres, qui font partie de ces Constitutions, sont au moins du 111e siècle, et antérieurs au concile de Nicée. Voy, les Pères apost., t. I, p. 199 et suiv.

Mosheim, dans ses Dissert, sur l'Histoire ecclés., tom. I, p. 411, juge que les Constitutions Apostoliques ont été écrites au iue siècle ; tom. 11, p. 163, il dit qu'elles Tétaient déjà au ue.

Le P. Le Brun, Explic. des Cérémonies de la Messe, t. 111, p. 19 et suiv., pense qu'elles ne l'ont pas été avant la fin du vr*. II y a un moyen de concilier ces deux opinions; c'est que les premiers livres de ce recueil peuvent avoir été faits longtemps avant les derniers, surtout avant le huitième, qui renferme la liturgie. Le concile in Trullo. tenu au vu* siècle,dit positivement, can. 2, que cet ouvrage a été altéré par les hérétiques ; de là les vestiges d'arianisme qui s'y trouvent.

* CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. L'Assemblée constituante de 1789 rejeta celle maxime: Toute puissance vient de Dieu, et lui substitua celle-ci : Toute puissance vient de l'homme. Appuyée sur ce principe, elle voulut refaire la société tout entière : elle l'appliqua non seulement aux institutions humaines, mais encore aux institutions religieuses et ecclésiastiques. Dès le 20 août 178J, l'Assemblée forma un comité dit ecclésiastique. Il devait reviser toutes les institutions île l'Eglise gallicane , et présenter des décrets qui fussent en rapport avec le nouvel état social. Ce. comité était principalement composé de laïques, parmi lesquels se disting aient les avueils jansénistes Lanjuinais, Martincau, Treilbard el Durand de Maillane. Malgré la composition anticalholiqne du comité, il se trouva bientôt divisé. Pour renforcer le prétendu parti national du comité , on lui adjoignit quinze députés choisis parmi les plus dévoués au nouvel ordre de choses. Lu majorité des membres du comité rédigea une nouvelle Constitu-

tion civile du clergé de France, qui fut disculée du 29 mai 17'JOati 15 juillet même année.

Tout en prétendant ne régler que les affaires civiles du clergé , la Constitution attaquait les principes de la fui.

i 1° Elle créait , pour toute la France , dit Mgr Poney , une circonscription entièrement nouvelle d'archevêchés et d'évê< liés, de manière à ce qu'il y en eût un par département, ni plus ni moins : c'està-dire qu'elle en détruisait plusieurs d'anciens , qu'elle en instituait de nouveaux, qui n'avaient jamais existé, et qu'elle changeait l'étendue juridictionnelle des autres, l'agrandissant ou la d minuant selon l'étendue ei la circonscription du déparlement dans lequel ils se trouvaient.

« 2° Elle confiait la nomination des évoques , des curés, des vicaires et de tous les ministres du culte en général aux élections populaires , au mépris de l'autorité de l'Eglise et des lois qui depuis des siècles réglaient celle matière et particulièrement la nomination des premiers pasteurs.

« 5° Elle imposait aux évêques un conseil , celui des vicaires épiscopaux, et les obligeait à se régler sur l'avis de la majorité de ce conseil , dans l'administration de leurs diocèses. De plus, t'évêque mourant, ce n'étaient plus les chapitres qui pourvoyaient par leurs délégués au gouvernement du diocèse , mais des hommes désignés par les décrets , les vicaires de l'évêque défunt.

« 4° Les curés et les vicaires , nommés par des électeurs laïques , pouvaient administrer leurs paroisses et exercer toutes les fonctions du ministère ecclésiastique en vertu du seul lait de celle élection, sans qu'ils fussent obligés de la faire confirmer par l'autorité de l'évêque diocésain.

« 5° Les évêques élus devaient demander leur confirmation au métropolitain, ou , à son défaut, à un évê^ue désigné à cet effet par les directoires de département. Ils n'avaient nul besoin de s'adresser au souverain pontife pour en obtenir l'institution canonique. Seulement ils devaient lui écrire, en entrant en fonctions, pour lui déclarer qu'ils étaient dans sa communion el dans celle de l'Eglise catholique. »

Les principes de la nouvelle Constitution étaient évidemment hérétiques el schismaliques. Quoiqu'il fût instruit de ces vices, Louis XVI eut la faiblesse de donner force de loi aux décrets qui l'établissaient. Mais la religion éleva la voix. Trente évêques, députés à l'Assemblée nationale, tirent paraître une Exposition de principes sur la Constitution civile du clergé. Ils en signalaient clairement tous les vices el déclaraient que pour légitimer et rendre acceptables à la conscience d'un catholique sincère les changements opérés dans la Constitution civile, il fallait en référer à l'autorité supérieure ecclésiastique, qui pourrait modifier canoniquement la discipline religieuse de la France. Cent dix évêques s'adjoignirent aux trente signataires de l'écrit. La Sorbooue s'appuya de l'autorité unanime de ses docteurs. L'attaque était vive : les Constitutionnels y répondirent. Les écrits se multiplièrent pour alla ,uer la Constitution; un des plus remarquables fut une Instruction pastorale de Mgr de la Luzerne , sur le schisme de France. Nous allons citer un passage qui servira de réfutation à ta Constitution civile.

i Tout ce qui est nécessaire à l'Eglise lui appartient, puisqu'elle l'a reçu de Jésus-Christ. Tout ce qu'elle a réglé pendant les trois premiers siècles , est aussi de son domaine, puisqu'elle n'avait alors que ce que Jésus-Christ lui avait donné. Peut on douter que la division des juridictions entre les p >steurs ne soit nue chose nécessaire? C'est donc à l'Eglise à la régler. Peut-on coniesler aussi que , dans les premiers siècles, elle seule n'ait décidé ce point 1 C'est donc encore à ce tilre qu'il appartient à el a seule de le décider. Dira-l-on qu'il est nécessaire

CON

TON

(|uM y ail u»e division entre les juridictions des pasleurs^ mais qu'il n'es! pas nécessaire que la division S"il telle on lel e? Ce qui e>t nécessaire, c'est qu'il y ait une puissance chargée de régler celte division ; el dis lors ce ne peut pas être la puissance temporelle qui la règle : car il répugnerait à la raison que Jésus Christ eûi chargé de décider , comment les pouvoirs spirituels seront distribués entre ses ministres, une puissance qui souvent ne reconnaît pas ces pouvoirs , qui même quelqueois s'efforce de les détruire. Il ne répugnerait pas moins qu'il eût confié ce pouvoir à des puissances différentes, qui diviseraient PEglise, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre , et qui lui esteraient l'uniformité de son régime.

« Le gouvernement de l'Eglise fait partie de sa discipline intérieure et nécessaire: el conséqueminent c'est à elle seule qu'il appartient de le régler: or, dans lonte société, la distribution des juridictions entre les magistrats, la mesure, l'étendue, les limites du pouvoir attribué à chacun d'eux, appartieuneni au gouvernement : les pasteurs de l'Eglise sont ses magistrats : c'est donc la puissance spirituelle qui gouverne l'Eglise , qui seule a droit de leur départir el de distribuer entre eux les juridictions, et d'assigner à chacun d'eux les limites dans lesquelles ils doivent exercer les fonctions qu'elle leur confie.

« C'est l'Eglise qui confère à ses ministres la mission el la juridiction ; il serait absurde qu'elle eûl seule le droit de leur donner ses pouvoirs spirituels*, et que ce fût la puissance temporelle qui réglai la mesure de pouvoirs qu'elle donnera. t à chacun d'entre eu\. C'est évidemment celle qui est chargée de les donner, qui est aussi chargée de les distribuer. i Du principe que c'esl l'Eglise qui confère la mission et la juridiction, ré ulte encore une autre conséquence. C'est qu'en assignant des sujets à chaque pasteur , elle lui confère ces pouvoirs, comme nous l'avons montré d'api es le concile de Trenle: c'i si donc elle qui assigne les sujets, c'est donc elle qui détermine les territoires.

« Pouréclaircir encore plus la question, analysonsla. Elle peut se diviser ei deux : la mission ella juridiction pastorale doivent-elles êlre universelles dn»s tous les ministres , ou partagées entre eux ? Dans le cas où elles seront partagées, comment doivenl-elles l'être ? Qu'on nous dise à laquel e des deux puissances il appartient de slatuersur ces deux points, qu'on marque où commence dans celle matière le pouvoir civil; on ne dira certainement pas que c'esl à loi à décider la première question, à prononcer si la mission et la juridiction spirituelles seront, dans chaque ministre, générales ou limitées. Celle question ne peut pas être de l'ordie temporel, elle n'intéresse en rien la société politique; elle est au contraire essentiellement de l'ordre spirituel , puisqu'elle consiste à savoir l'étendue de pouvoir spirituel qu'auronl les minisires. Dira-ton qu'au moins le mode de ia division doit dépendre des souverains? Mais encore qu'y a-l-il de temporel dans la manière de disliibuer les pouvoirs spirituels ? Quel litre, quelle r.uson pcul attribuer au magistral politique le droit d'assigner aux évoques et ai x prêtres les aines qui s doivent instruire, les consciences qu'ils doivent diriger? Et ne résulterail-il pas, de ce que celte division scraii abandonnée au pouvoir civil., 1'inaonvé- Bienl que nous avons déjà relevé? il n'y aurait point dans l'Église de division uniforme; chaque gouvernement donnant la sienne, ici l'Eglise Scraii fermée sur un modèle , là constituée mu un autre ; el elle serait privée de celle unité de régime si précieuse, si nécessaire à son administration.

« Concluons (pie c'esl à l'Eglise seule qu'il appartient de départir à chacun de ses pasteurs la mesure de ni ssion et de JU< idiCliOli qu'elle juge convenable, d'éiendie ou «le limiter plus ou moins ces ponVO rs,

de les circonscrire dans les bornes raisonnables , eu un mol, de fixer les territoires où ils les exerceroni... « On objecte qu'un Etat peul admettre ou ne pas admettre une religion : il peut donc l'admettre avec des conditions. Lorsque la religion catholique fut reçue dans les Gaules, la puissance civile pouvait lui dire : Voilà des villes pour établir vos évêques, voilà les territoires où chacun d'eux exercera son ministère. Ce que la nalion pouvait alors, elle le peut dans tous les temps; elle le peul surtoui dans un moment où elle se régénère et où elle réforme tous les abus sous lesquels elle a gémi : elle a donc le droit de désigner les villes épiscopales, et de distribuer de nouveau les diocèses.

« Avant de répondre directement à la difficulté, il e-t nécessaire d'éclairciç.le principe sur lequel on la fonde. Quand on avance cette maxime, qu'on n'a pas rougi de débiter dans l'Assemblée nationale, que l'Etat peut ne pas recevoir la religion catholique, entend-on que le souverain peut prescrire cette religion el en interdire l'exercice? eniend-on q.n'il peut ne pas lui accorder de protection particulière, et ne pas en faire la religion de ses Etats? Dans le premier sens, la proposition est aussi fausse dans l'ordre politique, qu'impie aux yeux de la religion. Le souverain n'a pas droit d'interdire à ses peuples ce qu'une autorité d'un ordre supérieur leur enjoinl : son autorité cesse « ù l'obligation de lui obê-r expire. Le pouvoir d'ordonner el le devoir d'obtempérer sonl deux choses essentiellement corrélatives et inséparables; el il serait contradictoire qu'un prince eûl le droit de commander ce que ses sujets doivent ne pas faire.

< Si l'on entend le principe dans le second sens , c'est-à-dire si l'on énonce que le souverain peut ne pas faire de la vraie Religion une. religion privilégiée, il ne prouve plus rien. Sans doute, l'Etat peut apposer à ces avantages qu'il accorde des conditions qui ne nuisent pas à la religion, qui n'y apportent aucun changement ; il protège l'Eglise catholique telle qu'elle est, telle que Jésus-Christ l'a fondée, avec tous les caractères , et toute l'autorité que ce dv.n Fondateur lui a donnés. S'il altère en quelque chose, par les conditions qu'il appose, celte autorité, ce n'est pas i'Egli-e de Jésus-Chr si qu'il proiége , c'esl une autre religion qu'il compose à son gré. L'E al ne peut donc pas admettre l'Eglise à condition qu'il sera ehaigé lui-même d'investir les pasteurs de la mission et de la juridiction sp rituelle, cl de leur donner des sujets sur lesquels ils exercent ces pouvoirs. Dans l'hypothèse que nous examinons , l'Etal dit à l'Eglise naissante qu'il reçoit dans son se.n et à qui il accorde des faveurs : Noilà des villes pour les sièges épiscopaux, des territoires pour l'exercice du ministère pastoral : mais l'Eglise accepte la proposition que lui fait l'Etat; par celte acceptation elle fonde les sièges épiscopaux, dans les villes que l'Elai lui a indiquées; elle donne la juridiction el la mission sur les territoires ainsi circonscrits aux évêques qu'elle institue: La puissance spirituelle ratifie el consacre par son adhésion ce que la puissance et vilea proposé; il n'est donc pas vrai que, dans cette supposition, ce soit la puissance lempoielle seule qu. établisse Igs siégc.i et qui divise les diocèses.

« Suivons l'hypothèse dans sa seconde branche. Ce que la nation pouvait alors, elle le peut dans l<>us les temps ; mais elle ne le peul que de la même manière qu'elle le pouvait, c'est -à-dire avec le consentement de l'Eglise, Toujours pleine d'égards el de déférence pour les souverains de la terre , l'Eglise sYsi constamment pièiée à tout ce qu'ils ont de^iié sur cel objel ; el il y eu a un grand nmnhie d'exemples récents parmi nous. Tu u les les nouvelles érections d'évècbes, ion es les distractions de territoires Ont clé lailes par l'Eglise sur le voeu de nos rois. Mais ce soûl ceriaineiiient deux choses entièrement d.llèi'i mes, que L puissante lempure le déclare à la

HOc

ton

CON

puissance spirituelle les changements qu'elle désire dans la distribution des juridictions ecclésiastiques, et qu'elles se concerlenl pour les opérer ; ou que la puissance temuorelle seule, sans appeler, sans même consulter l'Eglise, bouleverse de fond en comble tout l'ordre de ses juridictions, établisse des sièges nouveaux el y attache la juridiction spirituelle; supprime ceux qui existent depuis un grand nombre de siècles, et anéantisse la juridiction que l'Eglise y avait at:acbée; enlève des diocésains à un évêque pour les confier à un autre. En un mot, la puissance civile peut aujourd'hui ce qu'elle a pu lorsque l'Eglise lut reçue dans son sein ; mais alors elle ne pouvait pas instituer des évêchés, leur soumettre des âmes, sans le concours de l'Eglise : elle est donc absolument incompétente pour la démarcation des diocèses el des paroisses.

< Mais, dit-on, l'Etal qui stipendie les ministres, est intéressé, de son côté, à ce que le nombre de ses salariés ne soii pas excessif : il a donc le droit de les régler; el si ces dispositions ne cadrent pas avec celles de l'Eglise, pourra-t-il être forcé à solder des pasteurs qu'il ne juge pas nécessaires? Est-ce là encore un droit de la puissance spirituelle?

< Non, sans doute, la puissance spirituelle n'a pas le droit d'exiger que la puissance temporelle stipendie ses pasteurs; elle ne peut pas la contraindre à en payer plus qu'elle ne veut. La rétribution des pasteurs, dans quelque forme qu'elle soit, esl un jugement purement temporel, hors de la compétence de l'Eglise. Mais l'Eglise n'en a pas moins le pouvoir de juger le nombre des pasteurs nécessaires aux besoins des peuples ; c'est à elle à les envoyer, et à envoyer ee qu'il faut pour que toutes les fonctions soient exercées partout, el qu'aucun fidèle ne manque des secours de la religion. Si l'Etal el l'Eglise ne.s'accordent pas sur ce point, nous avons déjà expliqué ce qui arrivera : chacune des deux puissances restera dans ses droits et ks exercera ; l'Etat ne stipendiera une le nombre de pasteurs qu'il trouvera convenable, l'Eglise, de son côté, instituera ceux qu'elle jugera nécessaires ; el ceux d'entre eux qui ne seront pas rétribués aux frais du public, seront dans le cas où étaient les apôlres el les pasteurs île. la primitive Eglise ; les charités des fidèles el leur tr;iv:iil les soutiendront. Ainsi seront conservés unis les inléiêis ; ainsi seront maintenus tous les droits, et la diversité de décision des deux puissances ne causera point entre elles de division.

€ Les sebismatiques, pour établir bur système , combattaient le principe même de la d vision des diocèses et des paroisses. Sans doute, disaient-ils, il esl de l'essence de la religion qu'elle ait pour ministres des prêtres el des évéques établis les uns au premier, les autres au second rang ; mais il n'est pas également essentiel que les diocèses et les paroisses soient divisés. Quand Jésus-Christ donna la mission à ses apôlres, il la leur donna universelle et sans limites : Allez dans loul le monde, prêchez CEvunyile à toute créature. Voilà les ternies dont il se servit; il n'y a pas dans celle mission de division de lerriloire : c'est dans le monde entier, c'est à loute créal re que chaque apôtre doit annoncer la vérité. Jésus-Christ ne leur a pas dit : Vous serez les maîtres de circonscrire les lieux où vous enseignerez.

< Ce raisonnement, ou prouve trop, ou ne prouve rien. Si Jésus-Christ, envoyant ses apôtres prêcher par toute la lerre, a rejeté Imle division de juridiction, la distribution des lerritoires e^t contraire au précepte divin; et dans ce cas, de quel droit l'Assemblée nationale s'est-elle permisd'en iraeer une ? Si, au contraire, les paroles du Sauveur n'excluenl point les division-; de juridiction , que peul-on en conclure contre le droit de l'Eglise, de former ces divisions?

< Examinons en lui-même ce texte donl on a tant abusé pour combattre toutes distributions de territoires 0 en même temps qu'on en formait une.

C'est au corps des apôlres el de leurs successeurs que Jésus-Christ adresse ces paroles : Prêchez CL vangile à toute créature : la mission universelle qu'elles renferment est donc donnée à loul le corps. Les apôtres avaient deux manières de la remplir : ou en prenant chacun le monde entier pour objet de leur ministère, qui eût alors élé universel, ou en se distribuant les différentes parties du inonde, et allant annoncer l'Evangile chacun dans la partie confiée à son zèle. Le précepte du Sauveur esl donc susceptible de deux sens : la mission universelle qu'il confère au collège apostolique pour être donnée ou à chaque apôtre en particulier, ou au corps entier, pour être exercée distributivement par lous les membres. On ne peut connaît, e plus sûrement lequel des deux sens est le véritable, que par la manière donl les apôtre> et l'Eglise l'ont entendu. D'abord personne n'a dû mieux comprendre les paroles du Sauveur que ceux à qui elles étaient adressées pour les exécuter; ensuite nous tenons, el ce principe esl la base de la foi calhol que, que c'est à l'Eglise à ùxer le vrai sens des divines Ecritures. Or nous voyons les apôlres, après la descente du Saint-Esprit, se partager entre eux le monde ; leur chef se fixe à Rome, capitale de l'univers; sainl Jacques reste à Jérusalem, saint André porte la loi dans l'Achaïe, saint Simon dans l'Egypte, saint Jude dans l'Ethiopie, sainl Thomas dans l'Inde; el de même tous les autres vont répandre en divers lieux la lumière de la loi. C'est ainsi qu'ils ren plissent la mission universelle qu'ils ont reçue : lous annoncent la vérité à loule la terre, chacun d'eux l'annonçant à une partie du l'univers.

i Les évêques qu'établissent après eux les apôlres sont attachés par eux à des lieux particuliers : sainl Pierre fixe saint Maie à Alexandrie, sainl Paul lais-e Timoihée à Eplièse, et Tite en Crète. Nous voyons dans l'Apocalypse sept évêques placés dans sept villes de l'Asie mineure. Depuis ce premier moment de l'Eglise, la division des diocèses a été constamment sa loi : la tradition, sur ce point, n'éprouve ni variation, ni interruption. Tous les siècles de l'Eglise déposent contre ce principe fondamental de nos adversaires, que la mission des évêques est une mission universelle; lous attestent que jamais les évêques n'ont eu une telle mission , el qu'elle a, dans lous les temps, dans tous les lieux, été aitachée et restreinte aux territoires qui lui étaient assignés.

« Les canons apostoliques, qui soûl de l'antiquité la plus reculée, qui ne sont autre chose, selon M. Fleury, que les règles de discipline données par les ai êtres, conservées longtemps par la simple tradition, et ensuite écrites; qui jouissaient à ce litre de la plus haute considération dès le ive s ècle, défendent aux évêques de faire des ordinal ions hors de leurs limites dans les villes et les campagnes qui ne leur sont pas soumises, sans le consentement de ceux dont elles dépendent ; ei dans le cas d'infraction, condamnent à ta déposition t'évêque qui a fait l'ordination el ceux qui l'ont reçue ( Can. 56 ). Sainl Cyprien dit expressément qu'à chaque parleur a été assignée une portion du troupeau à régir {Ep. 55 ad Cornet.). Le premier concile général défend à tout évèque de faire des ordinations dans le diocèse d'un autre, et de rien disposer dans un diocèse étranger sans la permission dn propre évoque (Conc. Nie. 1, cap. 38, inler Arab.). Le concile d'Autiocbe interdit de môme aux évéques d'aller dans les villes qui ne leur sont poinl soumises, laire des ordinations et établir des prêtres el des diacres , sinon avec le conseil et la volonté de l'évèque du lieu. Si quelqu'un ose y contredire , son ordination sera nulle, et il sera puni par le synode (Conc. Antioclt. 1, an. 341, can. ±2). Le concile de Sardique renferme une semblable disposition ( Conc. Sard. , an. 437, can. l'i). Un concile de Cartilage, tenu dans le même siècle, défend d'usurper le territoire voisin,

CON

CON

et d'entrer dans le diocèse de son collègue sans sa demande (Can. 10). Le pape saint Céleslin 1er recommande entre autres choses aux évoques de la Gaulé qu'aucun ne fasse d'usurpation au préjudice d'aiitrui, et que chacun soil content des limites qui lui ont été assignées (Ep. 2 ad episc. Galliœ). Le premier concile de Conslaminople, qui est le second des conciles généraux, veut que les évêques n'aillent pas dans les églises qui sont hors de leurs limites, et qu'ils ne confondent et ne mêlent pas les églises (Conc. Const., an. 581, can. 2). Le pape Boniface défend aux métropolitains d'exercer leurs fonctions sur les territoires qui ne leur ont point été concédés, et d'étendre leur dignité au delà des limites qui leur sont fixées {Ep. ad. tlilar., episc. Narbon., an. 4-22). Le troisième concile de Carlhage défend aux évêques d'usurper le troupeau d'autrui et d'envahir les diocèses de leurs collègues (Conc. Carlh. m, an. 435, can. 20 ). Le pape Hilaire ne veut pas qu'on confonde les droits des églises, et ne permet pas à un métropolilain d'exercer ses pouvoirs dans la province d'un autre (Ep. ad Léon. Veran. et Vilur., circa an. 405). Jamais , dit saint Augustin, nous n'exercerons de fondions dans un diocèse étranger, qu'elles ne nous soient demandées ou permises par l'évèque de ce diocèse où nous nous trouvons (Ep. 34, ad Euseb.). Le second concile d'Orléans soumet, conformément aux anciens canons, toutes les églises qu'on construit à la juridiction de l'évèque dans le territoire duquel elles sont situées (Conc. Autel, ii, an. 511, can. 17). Le troisième concile, tenu dans la même ville en 538, défend aux évêques de se jeter sur les diocèses étrangers, pour ordonner des clercs et consacrer des autels. Le coupahle sera suspendu de la célébration des saints mystères pendant un an (Can. 15). Le second concile d'Orange déclare que, si un évèquc bâtit une église sur un diocèse étranger, elle sera soumise à la juridiction de celui sur le territoire duquel elle est située (Can. 10). Le cinquième concile d'Arles prononce qu'un évêque ne pourra pas élever à un autre grade le clerc d'un autre évoque, sans sa permission par écrit (Can. 7). Le concile de Chàlons-sur-Saône portela même défense (Conc. Cabtï., an. 650, can. 13). Les capitulaires renferment une multitude de dispositions semblables. Nous nous contenterons d'en citer une. Qu'un évêque téméraire, inlracleur des canons, enûamnié d'une odieuse cupidité, n'envahisse pas les paroisses de l'évèque d'une autre ville, et que content de ce qui lui appartient, il ne ravisse pas ce qui est à autrui (Capilul. 7, c. 410).

< Nous ne suivrons pas plus loin la chaîne de la tradition : nous passerons de suite au concile de Trente, qui a confirmé cette loi de tous les siècles de l'Eglise, en interdisant à tout évêque l'exercice des fonctions épiscopales dans le diocèse d'un autre, sinon avec la permission de l'évèque du lieu, et sur les sujets soumis à cet ordinaire. Si on y contrevient, l'évèque sera suspendu de plein droit de ses fonctions pontificales, et ceux qu'il aura ainsi ordonnés, de celle de leur ordre (Soss. 0, de reform., cap. 5).

< Nous pouvons conclure de cette multitude d'autorité*, qu'il n'y a eu aucun temps dans l'Eglise où l'on ait regardé comme universelle la mission donnée aux évoques; qu'on a au contraire reconnu constamment et partout, depuis le temps des apôtres jusqu'à notre siècle, comme une loi positive, (pie la mission et la juridiction de chaque évêque sont circonscrites dam les limites du diocèse pour lequel il est consacré. Or, si celle loi a été perpétuellement eu vigueur dans toute l'Eglise depuis les a, ôlres, il est incontestable qu'elle émane d'eux et qu'elle fait p. ii tic des traditions apostoliques, lesquelles ne sont eUes-mômes que l'expression des préceptes recueillis par les apôtres de la bouche de leur divin Maine.

Les apôtres n'avaient pas encore confirme leur glo-

rieuse carrière, et déjà le principe de la division des juridictions et de la séparation des territoires entre les évêques qu'ils avaient institués, était reconnu : il avait donc éfé établi par eux. Tel est d'ailleurs le principe enseigné de tout temps dans l'Eglise catholique, qui fait partie de sa doctrine sur l'autorité de la tradition, par lequel elle a souvent confondu les erreurs qui s'élev.iieni dans son sein. Tout ce qui est tenu universellement et dont l'origine ancienne est ignorée, doit être attribué à la tradition apostolique. Voy. Apostolique.

* CONSTITUTIONNELLE (Eglise). L'Eglise constitutionnelle date de la promulgation de la Constitution civile du clergé. Il fut aussitôt procédé à la nomination des évêques et des curés, conformément aux nouvelles institutions. L'Exposition de principes des évêques catholiques, l'autorité de la Sorbonne qui la confirmait, ouvrirent les yeux à un grand nombre de pasteurs du second ordre. Pour soumettre tout le clergé à la Constitution, les Constitutionnels réclamèrent un décret qui assujétil « les évêques, les cidevant archevêques, et les curés conservés en fonction, à jurer solennellement qu'ils veilleraient avec soin sur les fidèles deleurs diocèses ou de leurs cures; qu'ils seraient fidèles à la nation, à la loi et au roi ; qu'ils maintiendraient de tout leur pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi ; que tout prêtre qui commuerait l'exercice de ses fonctions sans avoir prêté serment serait puni comme perturbateur du repos public, poursuivi juridiquement et privé du titre et des droits de citoyen. > Louis XVI eut encore la faiblesse de sanctionner ce malheureux décret le 26 décembre 1790. Ce décret rencontra une résistance à laquelle on ne s'attendait pas. De cent trente-cinq évêques français, quatre seulement prêtèrent le serinent exigé ; savoir : le cardinal de Brienne , archevêque de Sens; de Talleyrand, évêque d'Aulun ; de Jarenle, évêque d'Orléans, cl de Savines, évêque de Viviers. Aux prélats fidèles s'unirent soixante-deux mille prêtres du second ordre, tant réguliers que séculiers, qui aimèrent mieux s'exposer à l'indigence et à courir les chances d'une persécution facile à prévoir, que de céder aux promesses magnifiques du peuple souverain.

Cette condamnation de la nouvelle Eglise lui présageait des jo irs orageux. Ses évêques se hâtèrent de se faire sacrer. L'évèque d'Aulun, assisté des évêques de Lydda et de Babylone, donna, le 2."> janvier 17(Jl, le caractère épiscopal aux curés Expilly et Marolles, connue évoques du Finistère et de l'Aisne. La plupart des autres évêques constitutionnels reçurent aussi la consécration épiscopale; mais ils étaient dépourvus de toute juridiction, et tous leurs actes juridictionnels étaient entièrement nuls. Le schisme était définitivement constitué.

Cependant le pape avait réuni une congrégation de cardinaux pour examiner la Constitution civile du clergé et en juger les principes, âpres avoir entendu le rapport de la docte assemblée, Pic VI déclara, dans un bref doctrinal adressé aux évêques de l'Assemblée nationale, sous la date du 10 mars 1791 : « Que le déeiet sur la Constitution civile du clergé renversait les dogmes les plus sacrés, cl la discipline de l'Eglise la plus certaine ; qu'il abolissait les droits du premier siège, ceux des évêques, des prêtres, des réguliers des deux sexes ; qu'il supprimait de saints rites, enlevait à l'Eglise ses revenus et ses fonds, cl qu'enfin, il produisait des calamités si déplorables, qu'on ne pourrait les croire si on ne les avait pas sous L'S yeux. » Ce jugement était appuyé de l'examen critique de chacun des articles de la Constitution civile.

Le 15 avril suivant, Pie M donna un nouveau bref qui confirmait le preiircr. U l'adressa au peuple français. Il y ileclai.nl : < Que personne ne pouvait ignorer que, d'après son jugement et iclui du saint-

CON

CON

itto

sié^e, la nouvcHe Constitution du clergé ne fût composée de principes puisés dans l'héiésie; qu'en conséquence, elle ne fût hérélique en plusieurs de ses points, et opposée au dogme catholique; qu'en d'autres, elle ne fût sacrilège, sehismatique, éversive des droits de la primauté du saint-siége et de ceux de l'Eglise; contraire à la discipline, tant ancienne que moderne, et qu'elle n'eût été inventée et publiée que dans le dessein de détruire entièrement la religion catholique. > H taxe le serment commandé d'être « une source empoisonnée et l'origine de toutes sortes d'erreurs, ainsi que la cause principale des maux qui affligeaient l'Eglise de France. » Il commandait à tous ceux qui avaient fait ce malheureux serment « de le rétracter dans l'espace de quarante jours, sous peine d'encourir, par là même, la suspense de tous leurs ordres et de lomher dans l'irrégularité, s'ils avaient la témérité d'en faire ensuite quelque fonction. » Il déclare < nuls tous les actes de juridiction des ecclésiastiques dits constitutionnels, et exhorte les fidèles à ne point communiquer avec les intrus , surtout dans les choses saintes. >

L'Eglise constitutionnelle essaya de se défendre; elle fit paraître divers écrits en faveur de sa cause, et, pour anémier l'effet des brefs du souverain pontife, elle les déclara supposés. Mais le pape répondit par un nouveau bref du 19 mars 1792. Il établit fanion é de ses constitutions apostoliques et menaça les coupables de la sentence d'excommunication. Cependant cetie Eglise schismaiique continuait son usurpation. Un clergé nouveau s'empara, souvent à main armée, des sièges, des cures et îles autres postes ecclésiastiques, auxquels le clergé fidèle fut répwé. avoir renoncé. Embarrassés pour trouver des m-/ lustres pour remplir tant de places que les décrets déclaraient vacantes , les nouveaux évèques ne se montrèrent pas fort difficiles dans le choix des sujets à élever au sacerdoce. Aussi vit-on bientôt ce clergé, furmé ou plutôt créé à la hâte et jeté hors du sein de l'unité, s'avilir par des orgies scandaleuses, des apostasies criantes, des mariages contractés contre toutes les lois de l'Eglise, et par mille autres excès qui servirent du moins à ouvrir les yeux à un grand nombre de ses partisans, et les engagèrent à rentrer dans le saint bercail.

Pour juger de l'esprit de douceur du nouveau clergé, nous observerons que , sur dix-sept évèques constitutionnels qui siégeaient au procès de Louis XVI, deux seulement refusèrent de le déclarer coupable ; neuf furent pour la détention, et le reste pour la mort. Dix huit prêtres constitutionnels sur vingt cinq volèrent la mort du meilleur des rois.

Nous ne rappellerons pas le scandale de l'Eglise constitutionnelle pendant la Terreur. Mais lorsque la France vil finir le règne sanguinaire de Hobespierre, elle essaya de se reconstituer : les évèques constitutionnels , Grégoire , Saurine , Desbois et Koyer se formèrent en comité pour relever leur Eglise de ses ruines. Us reproduisirent les écrits favorables à leur cause, et publièrent une feuil e hebdomadaire sous le litre à'Annales de la Religion. Leur publication produisit trop peu d'effet : ils résolurent de recourir à un concile. Trente trois évoques constitutionnels et quinze prèlres fondés de pouvoir se réunirent le 15 août 1797 à Paris, dans l'église Notre-Dame, et prirent le litre de concile national. Le concile accorda aux prêtres délégué-, quoique un peu à regret, le droit de voter avec les évèques. 11 établit dans son sein onze congrégations. La première avait pour but de s'occuper des mesures de pacifier l'Eglise.

Après s'être déclarée concile national, avoir renouvelé la consécration de la Fiance à la très-sainte Vierge, l'assemblée résolut d'écrire au pape. La lettre écrite au souverain pontife est curieuse. Les

Constitutionnels se vaillent d'être sortis récemment, la plupart, < des cachots el des fers ; qu'ils sont tous disposés à braver les mêmes dangers si l'intérêt de la religion catholique qu'ils professent le demande, i IN justifient leur conduite dans l'affaire de la Constitution et du serment ; ils attribuent, les brefs répandus dans le public à des imposteurs, ou s'ils sont du saint-père, ils ont été arrachés par la ru>e ci le mensonge. Ils le conjurent de les consoler par une seule parole, et finissent par manifester le plus vif désir de le voir au milieu d'eux. Le concile se termina le 12 novembre. Il écrivit encore au pape pour lui apprendre que le concile avait terminé sa session, et lui demander la convocation d'un concile général. Le pape ne répondit à aucune de ces deux missives.

Nous ne ferons pas l'exposition des actes de ce conciliabule, mis à la hauteur du concile de Nicée par quelques-uns des fauteurs de la nouvelle Eglise ; regardé comme faible et sans énergie par les autres, parce qu'il n'avait pas hardiment proclamé le mariage des prèlres et la célébration de l'oflice divin en langue vulgaire. Cependant la nouvelle Eglise sembla reprendre de la vigueur. Les sièges vacants se remplirent; elle envoya des évoques dans les colonies.

Un nouveau concile fut convoqué pour l'année 1800. Il ne put se réunir qu'en 1801, après la tenue des prétendus conciles métropolitains. Bonaparte conférait alors avec le souverain ponlife pour rétablir l'Eglise catholique en France. On croit qu'il permit aux Constitutionnels de se réunir, afin d'avoir des conditions plus conformes à ses pensées. Le prétendu concile étail encore réuni lorsque le Concordat fut signé.

Dans le dessein de ramener les intrus dans le sein de l'Eglise, le pape chargea l'archevêque de Corinthe, par un bref en date du 15 août 1SU1, de travailler à obtenir la soumission des évèques constitutionnels, et de demander à tous les ecclésiastiques assermentés une rétractation de leur serment. Un grand nombre se soumirent ; mais il s'en trouva plusieurs, même parmi ceux qui furent nommés pour les nouveaux sièges, qui refusèrent de signer la rétractation dans la forme qui leur fut d'abord présentée. Le cardinal Caprara la modifia. Plusieurs évèques constitutionnels se vantèrent hautement de n'avoir nullement rétracté leurs premières opinions. Lorsque Pie VU vint sacrer l'empereur, il exigea une rétractation dont voici la teneur: t Très-saint Père, je n'hésite point à déclarer à V. S. que , depuis l'institution canonique donnée par le cardinal légat, j'ai constamment élé attaché de cœur et d'esprit au grand principe de l'unité catholique, et que toul ce que l'on m'aurait supposé ou qui aurait pu ui'èlre échappé de contraire à ce principe, n'a jamais été dans mes intentions ; ayant toujours eu pour maxime de vivre et de mourir catholique, el par là de professer les principes de cet le sainte religion. J'aliesie que je donnerais ma vie pour l'enseigner et l'inspirer à tous les catholiques. Ainsi, je déclare devant Dieu que je professe adhésion el soumission aux jugements du saint siège sur les affaires ecclésiastiques de France. »

Les réfractiires se soumirent. Les ecclésiastique!; constitutionnels non employés dans le saint ministère les imitèrent en grand nombre. L'Eglise constitutionnelle fut donc détruite alors, quoiqu'il subsistât encore dans plusieurs esprits le désir de la voir renaître.

Grégoire , évéque de Loir el-Cber, demeura constamment attache à ses idées. Il resta en repos sous l'Empire el la Restauration. Lorsque la révolution de Juillet éclata, il crin l'occasion favorable pour relever sa chère Eglise, et se mil en rapport avoo Louis-Philippe, qui repoussa ses ouvertures. Grigou c mourut eu 1831, saiià av.ir voulu laire aucune

ïill

CON

rétractation. M. de Quelen, archevêque de Paris, ordonna de lui refuser la sépulture ecclésiasiii|ue. L'Egise conslilutionnelle est descendue avec lui dans la tombe. L'établissement de la République n'a pas vu un seul de ses sectateurs travailler à la reconstituer.

* CONSTITUTIONS MONASTIQUES. Parmi les affaires que les diocèses du monde catholique soumettent à la décision suprême du sainl-siége, il en

«si peu qni soient traitées avec autant de maturité, de circonspection, que l'approbation des instituts religieux. Approuver la règle d'une société religieuse, c'est la canoniser en quelque sorte ; c'est déclarer devant toute l'Eglise que cette règle est sainte dans son but, sainte et efficace dans les moyens qu'elle propose ; c'est donner aux fidèles du monde catholique une haute garantie de la conformité de celle règle avec les principes constitutifs de J'état de perfection. Aussi n'y a-t-il rien d'excessif dans la pensée îles théologiens qui ont reconnu une analogie réelle entre l'approbation des règles religieuses et la canonisation des saints. C'est là, après les déclarations dogmatiques, une des matières les plus graves sur lesquelles puisse s'exercer l'autorité sup'ême du sainl-siége.

On sait que la congrégation préposée aux affaires «les évêques et des réguliers e;>t chargée de l'approbation des instituas religieux. C'est à cette congiéguion que les demandes sont adressées ; là sont recueillis les documents de la cause ; le veto des consiilieurs esl requis ; un cardinal tésume, établit la position, formule les doutes qui sont examinés et décidés en pleine congrégation. Les décrets rendus sont toujours soumis à la ratification du souverain pontife.

Nous avons sous les yeux les documents imprimés relatifs aux instituts religieux sur l'approbation desquels on a eu à statuer dans ces derniers teuips. On nous croira sans peine, si nous disons qu'indépendamment des appréciations relatives aux instituts religieux qui ont été sujets à examen, ces documents offrent la source la plus riche d'instruction pour tous ceux qui, par position ou par devoir, sont obligés d'approfondir ces inaliè es. La doctrine théologique sur la vie religieuse s'y trouve exposée dans son développement le plus certain, le plus profond, le plus savant. Les institutions de la discipline, du droit commun, sont rappelées et expliquées lorsqu'il arrive de reconnaître dans les règlements soumis à l'approbation, une déviation à celle discipline commune. Nous avons rencontré à cet égard des explications puisées aux sources les plus élevées de la science.

L'enseignement est encore plus profitable, plus complet, lorsque, sur une question d'une gravité plus notable, les consulteurs sonl amenés à adopter des opinions diamétralement opposées entre lesquelles la congrégation doit ensuite statuer. Nous n'avons pas besoin de dire avec quelle sûreté de principes ces questions sonl traitées; avec quelle rectitude d'appréciation les enseignements de la tradition sont recherchés, la jurisprudence est assise, les décisions antérieures se trouvent expliquées. Ces travaux offrent un autre avantage inappréciable ; c'est d'amener la science canonique à son état actuel, c'est de compléter, de rectifier quelquefois renseignement des docteurs qui n'ont pu traiter les matières de la discipline «pie d'après les données acquises, les explications admises à lïpoqu.; où CCS docteurs écrivaient. S'il est vrai que sur une question donnée, le livre le plus récent e&l ordinairement le plus utile, parce qu'il doit être le plus complet, nous n'avons pas besoin d'assigner ce que valent les explications des points divers de la science canonique, eur. chics tien données les plus récentes, présentées, ratifiées tut if.%\ pue .^01 te et lanctionnéei par une congréga-

tion suprême oui participe à l'autorité du saint siège.

I! est une question que nous voyons occuper aussi une part notable dans les documents que nous avons sous les yeux. Les lois civiles de quelques pays font à l'Eglise et aux sociétés religieuses une position spéciale, dont il faut nécessairement tenir compte. H y a conflit, quelquefois réel, quelquelois apparent entre les lois civiles et le droit commun de l'Eglise. Il s'agit alors d'examiner jusqu'à quel point il devient nécessaire d'autoriser une dérogaiion au droit commun, (/est principalement dans l'article de la pauvreié religieuse que les lois civiles suscitent des difficultés sans cesse renaissantes. Nous remarquons une certaine diversité dans la solution proposée par les différents instituts qui soumettent leur règle, à l'approbation du sainl-siége. La nature, l'étendue du vœu de pauvreté, la propriété civile, le droit sur les Liens qui surviennent après la profession religieuse, le mode le plus convenable de possession pour les communautés dont.Pexisience civile n'est pas reconnue par les lois, toutes questions qui présentent le plus haut intérêt d'actualité et que nous voyons éclaircies par de savantes discussions, pesées par une circonspection prudente.

Les relations des sociétés religieuses avec l'autorité ordinaire de fépiscopal exercent constamment la préoccupation du sainl-siége, toujours jaloux de réserver soigneusement cette surveillance épiscopale qui est une si haute garantie de la bonne direction des ins.iluis. Après ce grand nombre de décisions qui oui, dans les temps antérieurs, réglé le degré de dépendance des ordres religieux à l'égard de l'autorié épiscopale, il reste peu à décider, à éclaircir en celte matière. Les bases des rapports sont connues el respectées. Mais i'érection des congrégations de religieuses avec une supériorité générale a ouvert une nouvelle série de questions, de difficultés. Personne n'ignore que celte matière n'a pas été encore réduite à des principes qui puissent être appliqués à tous les cas. C'est une des plus graves difficultés de ces instituts que de déterminer la part d'influence qu'on doit réserver à l'autorité épiscopale sur la maison principale, sur les affaires générales d'une congrégation qui a des ramifications dans d'autres diocèses. Cette question se retrouve dans la plupart des affaires qui ont été dans ces derniers temps soumises au jugement de la sacrée congrégation.

Vient ensuite la question d'opportunité. Il ne suffit pas que les constitutions d'une société religieuse soient bonnes, irréprochables en elles-mêmes pour qu'elle soient révolues de l'approbation du saint" siège. Une maxime à laquelle on ne déroge que rarement, pour ne point dire jamais, est de ne procéder à l'approbation expresse des constitutions d'un ordre que lorsqu'elles ont été sanctionnées par l'expérience, lorsqu'un institut est suffisamment répandu, eu égard au temps, aux lieux et aux personnes. Si l'institut qui sollicite l'approbation n'a pas acquis le développemment nécessaire, la sacrée congrégation a coutume de l'encourager en louant le zèle du fondateur, ou le but de l'institut, ou l'institut luimême, quelquefois aussi en approuvant simplement l'institut sous réserve de l'approbation des constitutions, laquelle est renvoyée à temps plus opportun.

C0NSUBSTANT1ALITÉ. Voy. Consub-

CONSliiiSTANTIATKURS. Polisson prétend qu'après le concile de Nicée les ariens don itèrent aux catholiques , qui soutenaient la consubstanlialité du Verbe, le nom do cunsubstantiatturs ; niais celle dérivation on traduction du moi homoousient n'est pas naturelle.

Ce sonl les théologiens catholiques qui oui appelé consubitantiateun les luthériens, qui

CON

CON

admettent dans L'eucharistie la consubstantialion.

CONSUBSTANT1AT10N, terme par lequel : les luthériens expriment leur croyance sur la présence réelle de Jésus-Chrisl dans l'eucharistie. Us prétendent qu'après la consécration, le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement présents avec la substance du pain, et sans que celle-ci soit détruite. C'est ce que l'on nomme encore importation.

Luther disait : « Je crois, avec Wiclef, que le pain demeure ; et je crois, avec les sophistes, que le corps de Jésus-Christ y est. » ( L. de Captiv. Ba'byl., t. 11.) Tantôt il prétendait que le corps de Jésus-Christ est avec le pain comme le feu est avec le fer brûlant ; tantôt qu'il est dans le pain et sous le pain, comme le vin est dans et sous le tonneau: in, sub, cum. Mais comme il sentit que ces paroles, ceci est mon corps, signifient quelque chose de plus, il les expliqua ainsi : ce pain est substantiellement mon corps; explication inouïe et plus absurde que la première. — Zwingle et les défenseurs du sens figuré démontrèrent clairement à Luther qu'il faisait violence aux paroles de Jésus-Christ. En effet, ce divin Sauveur n'a pas dit : Mon corps est ici, ou mon corps est sous ceci et avec ceci, ou ceci contient mon corps; mais ceci est mon corps. Ce qu'il veut donner aux fidèles n'est donc pas une substance qui contienne son corps, ou qui l'accompagne, mais son corps sans aucune substance étrangère. 11 n'a pas dit non plus : ce pain est mon corps, mais ceci est mon corps, par un terme indéfini, pour montrer que ce qu'il donne n'est plus du pain, mais son corps. — On peut bien dire, avec l'Lglise catholique, que le pain devient le corps de Jésus-Christ, dans le même sens que l'eau fut faite vin aux noces de Cana, par le changement de l'un en l'autre. On peut dire que ce qui est pain en apparence, est réellement le corps de Notre-Seigneur; mais que du pain, demeurant tel, fût en même temps le corps de Jésus-Christ, comme le voulait Luther, c'est un discours qui n'a point de sens. D'où l'on concluait contre lui, ou qu'il faut admettre , comme les catholiques, un changement de substance, ou qu'il faut s'en tenir au sens figuré, et ne supposer qu'un changement moral. Voy. VHistoire des variations, loin. 1 , I. v. — Aujourd hui, il paraît que les luthériens ne soutiennent plus la cons,ibtantialion;Yà plupart croient que Jésus-Christ est présent dans l'eucharistie , seulemen' dans l'usage, (.u dans l'action de le recevoir. Voy. Luthériens.

CONSUNSi ANT1LL , qui est de même substance cl de même essence; c'est la traduction du grec ôfxooûo-io?, dont s'est servi le concile de Nicée pour décider la divinité du Verbe.

La divinité de Jésus-Christ avait été attaquée, dans le icr siècle, par les ébioniles et par fis cérinthiens ; dans le ne, par les Ihéodoliens;dans le n i ° , par les artémoniens, el ensuite par les samosatiens ou samosateniens, sectateurs de Paul de S.uuosate. L'an îtffc), l'un assembla un coût. le à Anlioche*

pour décider ce dogme; Paul el l'évèquc d'Anlioche, qui pensai! comme lui, furent déposés. Mais, dans son décret, ce coucile n'employa point le mot consubstantiel ; les Pères craignirent que l'on n'en abusât pour confondre les Personnes, ou pour supposer que le Père el le Fils étaient formés d'une même matière préexistante. C'est la raison qu en donne saint Alhanase. — L'an 325, lorsque les ariens nièrent de nouveau la divinité de Jésus-Christ, le concile général de Nicée jugea que l'abus de ce terme n'était plus à craindre, qu'il n'y en avait point de plus propre à prévenir les équivoques elles subterfuges des ariens; conséquemment il décida que le Fils de Dieu esl consubstantiel à son Père, el il l'exprima ainsi dans le symbole que l'on récite encore aujourd'hui à la messe. — Les ariens firent grand bruit de ce que l'on consacrait à Nicée un mot qui avait été rejeté par les Pères du concile d'Anlioche ; ils l'interprétèrent malicieusement dans le sens que ces Pères avaient voulu éviter. Ils dressèrent successivement vingt for.nules de foi, dans lesquelles ils déclaraient que le Fils de Dieu est semblable au Père eu toutes choses , qu'il lui est semblable selon les Ecritures, qu'il est Dieu, etc. Us protestaient que si l'on voulait supprimer le terme de consubstantiel, il n'y aurait plus ni disputes, ni divisions. L'empereur Constance, leur protecteur, employa toutes sortes de violences pour forcer les évèques à le supprimer. Mais les orthodoxes tinrent ferme ; ils comprirent que les ariens étaient de mauvaise foi, qu'ils rejetaient le terme pour anéantir le dogme : ils regardèrent comme captieuses loules les formules dans lesquelles le terme de consubstantiel était supprimé.

Aujourd'hui les sociniens renouvellent les clameurs desariens ; ils disent que le concile de Nicée a innové dans la doctrine , qu'il a établi un dogme inouï jusqu'alors, puisqu'il a employé un terme que le concile d'Anlioche avait rejeté cinquante-trois ans auparavant. On leur a prouvé, par les témoignages formels des Pères des Lois premiers siècles, que l'on avait décidé à Anlioche le même dogme qu'à Nicée ; que les ariens ne faisaient que répéter l'erreur condamnée dans Paul de Samosale et dans ses partisans. — De leur côté, les incrédules disenl que l'on a troublé l'univers pour un mot, pour une question grammaticale; mais ce mot emportait un dogme fondamental du christianisme. Si ce dogme était faux, il faudrait conclure que la vraie doctrine île Jésus-Christ a été méconnue dès l'an 269, et que depuis cette époque le christianisme est une religion fausse.

Si ia consubslanlialité du Verbe elait une nouvelle doctrine, pourquoi les ariens ne purent-ils jamais s'accorder? Les purs ariens ou photiniens enseignaient sans détour , comme Arius, que le Fils de Dieu élail dissemblable à son Père, que c'était une pure créature lirée du néant. Les semi-ariens disaient qu'il était semblable au Père en nature el en toutes choses ; quelques-uns avouaient qu'il c'ait Dieu. Pourquoi ces dis-

un

CON

CON

1UG

pulcs, ces condamnations mutuelles, celte opposition entre les différentes sectes îles ariens ? 11 eût été plus court pour eux de s'accorder, de parler tous comme Arius et comme font aujourd'hui les sociniens. Mais on sentait que, pour en venir là, il fallait contredire l'Ecriture et la tradition des trois premiers siècles ; on cherchait à pallier l'erreur pour la faire adopter aux fidèles avec moins de répugnance. — Le patriarche d'Alexandrie le fait déjà observer dans la lettre qu'il écrivit aux évêques avant le concile de Nicée, pour leur donner avis de la condamnation qu'il avait faite d'Arius et de ses parlisans. Voy. Socrate (Hist. eccl., I. r, c. 6).

Parmi les protestants, plusieurs de ceux qui penchaient au socinianisme ont soutenu que les Pères de Nicée, en décidant que le Fils de Dieu est consubstantiel au Père, entendaient seulement que la nature divine est parfaitement semblable et égale dans ces deux Personnes, mais non qu'elle y est numériquement une et singulière. Cudworth (Syst. intell., tom. I, c. k, § 26) prétend que ce dernier sens ne se trouve point dans les auteurs chrétiens avant le quatrième concile de Latran, tenu l'an 1215, qui le décida ainsi contre l'abbé Joachim. Les Pères, dit-il, ont souvent répété que la nature divine est une dans les trois Personnes de la sainte Trinité, comme l'humanité est une dans trois hommes ; ils parlaient donc d'une unité d'espèce et non d'une unité de nombro. 11 s'attache à le prouver par plusieurs passages des Pères : le Clerc était dans la même opinion, el Mosheim , dans ses Notes sur Cudworth, n'a pas pris la peine de la réfuter. D'où nous devons conclure que, suivantees critiques, les Pères, qui ont soutenu avec tant de zèle la consubstanlialité du Verbe, n'étaient, dans le fond, pas plus or-* thodoxes sur ce mystère que les ariens.

Mais, lu ces Pères, qui montrent d'ailleurs tant de pénétration et de sagacité, ont-ils pu être assez stupides pour comparer en rigueur la nature divine avec la nature humaine, l'unité réelle de la première avec l'unité improprement dite de la seconde , qui n'est qu'une abstraction? Ils auraient été forcés d'avouer que, comme trois personnes humaines sont trois hommes, les trois Personnes divines sont trois dieux. C'est l'argument que leur faisaient les sabelliens, el contre lequel les Pères se sont défendus. 2° Il y a plus : les Pères ont dit que ta génération du Fils de Dieu est hors de tout exemple et de louie comparaison ; donc ils n'ont pas regardé les comparaisons qu'ils en ont laites comme exactes et rigoureuses (Ëusèb., adv. Marcell. Ancyr., 1. i, p. 73, elc). 3" Ils ont enseigné que l'unité de la nature divine eu trois Personnes est un mystère : or, l'unité spécifique de la nature humaine dans les divers individus n'est certainement pas un mystère; donc les Pères n'ont pas cru que ces deux unités sont la même chose. V'Ils ont allumé constamment que la nature divine est indivise dans les trois Personnes ; conséquemni. ut, (lue ces trois soûl un seul Dieu; mais

aucun ne s'est avisé de dire que la nature humaine est indivise dans trois hommes, et que ces trois sont un seul homme. 5° Cudworth insiste sur ce qu'en disant que la nature divine est une, les Pères n'ont pas ajouté qu'elle est singulière; mais nous le déGons de trouver dans la langue grecque un terme qui réponde exactement au mot singularis des Latins. Quand ils ont dit qu'elle est une et indivise, ils n'ont pas cru que cela pût s'entendre seulement d'une unité spécifique, puisque celle-ci emporte division. 6" Lorsque les ariens ont mis dans leurs professions de foi que le Fils de Dieu est parfaitement semblable à son Père, en nature, en substance, en toutes choses, les Pères ont rejeté ces expressions comme insuffisantes ; elles emportaient cependant l'unité spécifique de nature ; donc, par le mot consubstantiel, ils entendaient quelque chose de plus, c'est-à-dire l'unité numérique et singulière. 7° Les ariens ne voulaient point admettre de génération en Dieu : Toute génération, disaient-ils, se fait ou par l'écoulement de quelque partie qui se sépare du toul, ou par l'extension, par la dilatation de la substance qui l'engendre : or, la substance divine ne peut ni s'étendre, ni se resserrer, ni se diviser. Les Pères répondaient que Dieu engendre de sa propre substance son Fils unique, mais sans partage, sans altération, sans changement, sans écoulement, sans éprouver rien de ce qui arrive dans les générations animales. (Saint Hil., /.m de Trinil., n°8; l.deSynodù, n s 17 et 44, elc.) Donc ils ont admis entre le Père et le Fils une unité numérique de nature, et non simplement une unité spécifique, telle qu'elle se trouve entre un homme et son fils.

Ou demande : Mais pourquoi vouloir expliquer ce qui est inexplicable ? pourquoi ne pas se borner à dire, comme les auteurs sacrés , que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, sans entreprendre dedécidercommenl il l'est ? Nous répondons qu'il n'était pas possible de s'en tenir là, et que les Pères ont été forcé* de donner une explication. 1° Il faut avoir quelque idée d'un dogme que l'on croit et que l'on professa ; parce que la foi n'a pas pour objet des paroles, mais les choses signifiées par ces paroles. 2° Celle proposition : Jésus-Christ est le Fils de Dieu, pouvait avoir différents sens ; el les hérétiques lui donnaient plusieurs sens faux ; il fallait donc fixer le vrai et exclure le faux. 3* Dire aux païens que Jésus-Christ est Fils de Dieu, c'était leur donner lieu de demander pourquoi donc les chrétiens rejetaient les généalogies des dieux, pendant qu'ils enseignaient eux-mêmes que Dieu a un Fils. On était donc obligé de montrer aux païens la différence qu'il y avait entre la théologie chrétienne et les fables de la mythologie. Il en est de même de lous les autres mystères. (Beausobre, Histoire du manichéisme, tom. I, 1. III, c. G.)

CONSULTEURS. A Rome, l on donne ce nom à des théologiens chargés par le souverain pontife d'examiner les livres el les

CON

CON

propositions déférées à son tribunal ; ils on rendent compte dans les congrégations où ils n'ont point voix délibérative. Dans quelques ordres monastiques, on nomme de même des religieux chargés de transmettre des avis au général , et qui sont comme sou conseil.

CONTEMPLATION, selon les mystiques , c'est un regard simple et affectueux sur Dieu, comme présent à notre âme. La contemplation, disent-ils, consiste dans des actes si simples, si directs, si uniformes, si paisibles, qu'ils n'ont rien par où l'on puisse les saisir.pour les distinguer.

Dans l'état contemplatif, l'âme doit être entièrement passive par rapporta Dieu ; elle doit être dans un repus continuel, exemple du trouble des âmes inquiètes qui s'agitent pour sentir leurs opérations; c'est une prière de silence et de repos. Ce n'est point, ajoutent-ils, un ravissement, une suspension extatique de toutes les facultés de l'âme, mais c'est un étal passif, une paix profonde, qui laisse l'âme parfaitement disposée â être mue par les impressions de la grâce, et dans l'étal le plus propre à en suivre les mouvements.

Lespersonnes chargées de diriger les contemplatifs ne sauraient avoir trop de prudence pour connaître l'esprit île Dieu , el le distinguer des illusions de l'amourpropre.

CONTEXTE, mot usité parmi les théologiens, et qui a plusieurs sens. Souvent il signifie simplement le texte de l'Ecriture sainte, ou d'un auteur quelconque. Ordinairement il siguifie ce qui précède ou ce qui suit un passage, ou il désigne un autre endroit qui y a du rapport: dans ce sens, on dit que, pour bien entendre le texte, il faut consulter le contexte.

CONTINENCE , état de ceux qui ont renoncé au mariage. Jésus-Christ en a témoigné de l'estime , lorsqu'il a dil qu'il y a des eunuques qui ont renoucô au mariage pour le royaume des cieux, que tons ne le comprennent point, mais seulement ceux qui en ont reçu le don (Matth., xix, 11 cl 12). A l'article Célibat, nous avons cité les paroles de saint Paul. Il n'est point de subterfuges que l'on n'ait employés pour tordre le sens de ces passages.

Nos philosophes, réunis aux prolestants, soutiennent que la continence n'est point estimable par elle-même, qu'elle ne le devient qu'autant qu'elle importe accidentellement à la pratique de quelque vertu, ou à l'exécution de quelque dessein généreux; que, hors de ces cas, elle mérite plus de blâme que d'éloges. — H nous paraît que le nom de vertu signifie la force de l'âme , qu'il est liesoin de force pour résister à un penchant impérieux , lel que le désir des plaisirs sensuels; que ce courage est toujours estimable par lui-même, à moins qu'il ne soit empoisonné par un mauvais motif. — 11 y a sans doute des hommes qui renoncent au mariage par des motifs blâmables, cl qui vivent dau>

le célibal sans observer la continence; assez souvent ce sont eux qui veulent décrier cette vertu.

Quiconque, dit-on, est conformé de manière à pouvoir procréer son semblable, a droit de le faire, c'est le droit ou la voix de la nature. Soit. L'homme peut renoncer à son droit sans violer aucune loi; lorsqu'il lo fait par un motif louable , c'est un acte de vertu. Celui qui, sans nuire à sa santé ni à ses devoirs, peut boire et manger plus qu'un autre, en a aussi le droit : sera-t-il blâmable s'il s'en absiienl par tempérance, ou afin d'avoir du superflu à donner aux pauvres? — On ajoutequ'il n'y a pointde raison qui oblige à une continence perpétuelle, qu'il en est tout au plus qui la rendent nécessaire pour un temps. Mais le dessein généreux de se consacrer au culte de Dieu el au salul des hommes, n'est-il pas une bonne raison d'embrasser la continence perpétuelle? H faut employer les premières années de la vie à s'en rendre capable, el consumer le reste dans les travaux attachés à celle fonction charitable.

Nous ne voyons point les hommes mariés et chargés de famille, quitter leur foyer pour porter la lumière de l'Evangile aux extrémités du monde , pour aller racheter les captifs et soulager les esclaves chez les infidèles, pour remplir les fonctions des ignorantins et des frères de la charité. Sans l'estime que la religion catholique inspire pour l'étal de continence et de virginité, trouveraiton des filles pour soigner les hôpitaux, pour soulager les malades, pour élever les enfants trouvés el les orphelins, pour instruire ceux des pauvres, pour tenir des maisons d'éducation, pour recueillir les pénienles et les tirer du désordre? etc. Celles qui aspirent au mariage ne se consacrent point à ces fonctions pénible* ; aussi ces bonnes œuvres sonl-elles fort négligées dans les communions protestantes : la charité héroïque n'y a pas survécu à la continence. On aura beau salarier des personnes des deux sexes, l'argent ne fera jamais ce que fait la religion. Et l'on nous dit froidement que la continence ne sert à rien, que c'est une vertu de laquelle il ne résulte rien 1 — Il ne convient pas d'appeler institutions humaines ce qui a été institué, loué, consacré, pratiqué par Jésus-Christ. Lorsque nos philosophes dissertent sur les vertus et sur les vices, ils devraient se souvenir que les notions puisées dans l'Evangile valent bieu celles qu'ils empruntent de la philosophie païenne.

Ou dit que les Pères ont fait des éloges outrés de la continence, qu'ils l'ont estimée el louée à l'excès. Ne sont-ce pas plutôt leurs censeurs qui poussent à l'excès l'indifférence et le mépris pour celle verlu? Quand on sait âquel point a été porlée l'impudicilé chez les païens , on comprend que ce désordre ne pouvait Cire réformé que par une morale très sévère , et en portant fort loin les éloges de la venu opposée ; on n'est pas étonné du langage des l'ère>, qoi esi cclu» de l'Ecriture sainte, lia Uuuvaicul beau de

CON

CON

pouvoir dire du christianisme ce que Tite- Livc met à la bouche d'un ancien Romain : fit facere et pati fortin christianum est. Voy. Célibat, Chasteté, Virginité.

CONTOBARDITBS. Voy. Eutycuiens.

CONTRADICTION. Les incrédules, dans le dessein de prouver que nos Livres saints ne sont rien moins que des ouvrages divins, se sont appliqués à y chercher des contradictions, et ils se sont flattés d'y en avoir trouvé un gr ;nd nombre. Mais, en se servant de leur méthode, il n'est aucune histoire ni aucun livre dans lequel il né soit aisé d'en montrer encore davantage.

Si l'un des quatre évangélistes rapporte un fait ou une circonstance de laquelle les autres n'aient pas parlé, nos subtils critiques disent qu'il est en contradiction avec eux, comme si le silence d'un historien était la même chose qu'une réclamation et une opposition formelle; aucun des évangélistes ne s'est proposé d'écrire exactement tout ce que Jésus-Christ a <!it et a fait, ni de garder scrupuleusement l'ordre des événements, mais seulement d'en donner une connaissance suffisante aux fidèles pour fonder leur foi. Les Evangiles, dit un célèbre incrédule, nous ont été donnés pour nous enseigner à vivre saintement et non pas à critiquer savamment. Il est fâcheux qu'il ail souvent oublié lui-même cette sage réflexion.

Lorsque deux ou plusieurs auteurs contemporains ont fait une même histoire , ont parlé d'un événement chargé de circonstances, leur est-il jamais arrivé de le raconter précisément de même, sans aucune variété? Dans ce cas, on penserait que l'un a copié l'autre, ou qu'ils ont usé de collusion. Ceux qui ont voulu composer un corps complet de l'histoire romaine, ont été obligés de rapprocher et de comparer ensemble tous les anciens historiens, de suppléer au silence de l'un par la narration de l'autre ; et, quand ils ont cru y apercevoir de l'opposition, ils ont cherché le moyen de les concilier : nous ne voyons pas que les incrédules aient blâmé cette conduite. Voilà aussi ce que l'on a fait en dressant la concorde ou l'harmonie des quatre évangiles; on en a ainsi rendu la narration plus suivie et plus aisée à entendre, et l'on voit qu'il n'y a point de contradiction. Il a fallu de même comparer les livres des Rois avec ceux des I'atalipomènes, qui rapportent les mêmes faits, mais avec quelques variétés; il a fallu enfin rapprocher l'un de l'autre les deux livres des Machabécs, dont les auteurs n'ont pas suivi exactement l'ordre chronologique. Mais dès qu'il est question des écrivains sacrés, les incrédules ne veulent plus de conciliation, ils ne cherchent pas à savoir la vérité, mais à l'obscurcir tant qu'ils peuvent.

Une seule circonstance omise, et qui parait minutieuse à celui qui écrit, suffira dans la suite des temps pour jeter de l'obscurité et de l'embarras dans son récil ; il paraîtra contradictoire à ceux qui le liront sans être suffisamment instruits de ce qui se passait pour lors. Dans le temps que les évangélistes

ont pris la plume, cet inconvénient n'avait pris lieu, parce qu'ils écrivaient des faits publics dont la mémoire était encore toute récente. 11 n'en est plus de même après un grand nombre de siècles; nous ne connaissous plus assez les mœurs, les usages, les habitudes, le langage des habitants de la Judée, leur étal civil et politique, la tournure de leur esprit, la situation des lieux, ele. Ce qui était fort clair pour eux, est devenu obscur pour nous.

Les commentateurs de l'Ecriture sainte n'ont passé sous silence aucune des contradictions prétendues dont les incrédules font trophée ; c'est dans les écrits des premiers que nos savants critiques sont souvent allés les prendre, en laissant de côté les éclaircissements et les réponses. Ils se sont ensuite copiés les uns les autres, et se sont transmis leurs arguments par tradition. Nous les examinerons en particulier dans les articles qui y ont rapport, et nous ferons voir que la narration des auteurs sacrés ne se contredit point. — Souvent aussi on a reproché aux théologiens l'esprit de contradiction, l'amour de la dispute, la promptitude avec laquelle ils prennent feu sur tout ce qui choque leurs opinions. Nous convenons que ce défaut, si c'en est un, est l'apanage universel de l'humanité; il ne règne pas moins parmi ceux qui cultivent les autres sciences, et ceux qui s'en plaignent en sont quelquefois attaqués sans s'en apercevoir. Mais en cela les théologiens sont peut-être les moins blâmables. La nécessité de veiller de près sur tout ce qui peut donner atteinte aux vérités révélées, la muliitude d'erreurs qui ont troublé l'Eglise, la facilité avec laquelle on saisit l'occasion d'attaquer la religion , doivent rendre attentifs ceux qui sont chargés de la défendre. Il ne faut donc pas condamner leur exactitude à relever les plus légères fautes ; ils ont appris, par une longue expérience, que la moindre étincelle peut causer un embrasement.

CONTRAINTE. Voy. Persécution.

CONTRAT SOCIAL. Voy. Société,

CONTRE-RE MON TUANTS ou GOMARIS- TES. Y ot/. Arminiens.

CONTRITION, regret d'avoir péché. Ce terme, dérivé de conterern, broyer, briser, exprime l'état d'une âme déchirée et pénétrée de douleur d'avoir offensé Dieu, qui désire ardemment de se réconcilier avec lui et de recouvrer la grâce. 11 est tiré de l'Ecriture sainte. Joël, c. xi, v. 13, disait aux Juifs : Déclarez vos cœurs et non vos vêlements; et David, Ps. l: Vous ne rejetterez pas, Seigneur, un cœur brisé de douleur et humilié.

Le concile de Trente, sess. 14, c. h, définit la contrition, une douleur de l'âme et une détesta' ion du péché commis, avec un propos de ne p'us pécher à l'avenir; il déclare que celle contrition a été nécessaire dans lous les temps pour obtenir la rémission des péchés. Cela est prouvé par les exemples de David pénitent, des Niuivites, d'Achab, de Mduassôs, de la pécheresse de N'ann, etc. -

TON

Ci)W

Sous la loi évangélique, la contrition exige de plus le désir de remplir tout ce que Jésus- Christ a ordonné pour la rémission des pérîtes, par conséquent la volonté de les confesse!" et de satisfaire à la justice divine : aussi les théologiens, après saint Thomas, définissent la contrition, une douleur du péché, accompagnée du propos de le confesser et de satisfaire.

Luther s'est heauroup écarté de ces notions, lorsqu'il a réduit toute la pénitence au changement de vie, sans exiger aucun regret pour le passé, aucune confession du péché. Outre les exemples du contraire que nous voyons dans l'Ecriture, on pouvait lui opposer la croyance et la pratique constante de l'Eglise attestées par les Pères, et fondées sur ces exemples mômes. Le concile de Trente a donc justement condamné celle erreur de Luther, sess. li, can. 5.— Comment ce sectaire a-t-i! pu soutenir que la crainte des peines éternelles et la contrition ne servaient qu'à rendre l'homme hypocrite et plus grand pécheur? Isaïe, c. lvii, v.2o, dit que Dieu demeure avec ceux qui ont l'esprit

humble et contrit, et qu'?7 leur rend In lie

Sur qui jetterai je les yeux, dit le Seigneur , sinon sur le pauvre qui a l'esprit contrit, et qui tremble à ma parole (lxvi, 2)? Jésus - Christ s'applique ces paroles ; Le Seigneur m'a envoyé pour guérir les cœurs contrits, et mettre les captifs en liberté (Luc. iv, 18). Après la première prédication de saint Pierre, les Juifs furent touchés de repentir : compuncli sunt corde, et demandèrent : Que ferons-nous ? Faites pénitence, répondit l'apôtre, et recevez le baptême [Act. n, 37). Ce n'était là ni de l'hypocrisie, ni une augmentation de péché.

Pour être efficace, la contrition doit être sincère, libre, surnaturelle, vive el véhémente. Sine re, puisque Dieu exige la douleur du cœur. Libre, et non forcée ou extorquée par la crainte et 1 s remords. Surnaturelle, non-seulement dans son principe, qui est la grâce, sans laquelle nous ne pouvons nous repentir sincèrement, mais dans son motif, el avoir Dieu pour objet. Conséqucmment, l'assemblée du clergé de France, en 1700, condamna comme hérétique la proposition de quelques casuistes, qui disaient que Yattrition, conçue par un motif naturel, p ■ urvn qu'il soit honnête, suffit dans le sacrement de pénitence. — Enfin, la contrition doit être rive, véhémente, ou souveraine; un cœur vraiment pénitent doit être dans la disposition de préférer Dieu à tout, de mourir, s'il le faut, plutôt que de l'offenser; se porter à Dieu aussi vivement qu'il déleste le péché, haïr tous ses péchés sans exception.

Les théologiens distinguent deux sortes de contrition : l'une parfaite, l'autre imparfaite, qu'ils nomni'ul attrition. La première est celle qui a pour motif l'amour de Dieu, on la charité proprement dite ; elle réconcilie déjà le pécheur avec Dieu, avant la réception du sacrement de pénitence ; mais elle doit toujours renfermer le désir cl la volonté de le recevoir. Ainsi s'exprime le concile de

Trente, ses-\ IV, can. k.~ La seconde, selon le même concile, est la douleur ou la détestalion du péché, conçue par la considérât ion de la turpitude du péché, et par la crainte des peines de l'enfer, li déclare que, si elle exclut la volonté de pécher, et renferme l'espérance du pardon, non-seulement elle ne renl point l'homme hypocrite el plus grand pécheur, mais qu'elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement de pénitence. Il décide que c<dtc attrition est un don de Dieu et un mouvement du Saint- Esprit, qui n'habite pas encore dans l'âme du pénitent, mais qui l'excite à se convertir; (ju'e le ne le justifie point par elle-même sans le sacrement, mais qu'elle y sert de. disposition.

Sur cette décision du concile, les théologiens disputent pour savoir en quoi consiste précisément la différence entre la contrition parfaite et Valtrition. Les uns veulent que le motif de l'une et de l'autre soit absolument le même, savoir, l'amour de Dieu; que toute la différence soit en ce que cet amour est {dus vif dans la contrition pa Lite, et plus faible dans l'altr lion. Les autres soutiennent que le motif de l'atlrition est différent; que c'est, selon le concile, la turpitude du péché, la crainte de l'enfer, l'espérance du. pardon ; que tonte douleur du péché, conçue par le motif de l'amour de Dieu. quelque faible qu'il soit, est la contrition parfaite. — Conséqucmment, les premiers prétendent que l'atlrition seule ne suffit pa9 dans le sacrement de pénitence; ils se fondent sur ce que le concile de Trente, en parlant de la justification, exige, comme une disposition essentielle, que le p(eheiïr commence à aimer Dieu comme source de toute justice. S>ss. 6, can. 6. Ce commencement d'amour, disent-ils, ne peut être autre cho e qu'une charité encore faible, mais pure, par laquelle on aime Dieu pour lui-même. — Les seconds répondent que ce commencement d'amour est un amour d'espérance ou de concupiscence, par lequi 1 nous nous portons à Dieu comme à l'objet de notre bonheur éternel; qu'en comparant les deux décisions du concile, on voit que tel en est le sens. Ils s'appuient de l'autorité de saint Thomas, 2-2 q. 17, qui décide que l'espérance et tout mouvement de désir vient d'un sentiment d amour, el qui distingue ainsi la charité parfaite d'avec l'amour imparfait. Il est impossible , disent-ils, qu'un chrétien, qui cro l l'efficacité du sacrement, qui espère d'en obtenir l'effet par la miséricorde de Dieu, ne soit pa* louché d'un sentiment de reconnaissance de ce que Dieu veut bien pardonnerai! repentir. Si la reconnaissance n'est p is un amour du bienfaiteur, qu'est-ce donc?

En 1700, le clergé de France a condamné la proposition qui disait, que l'atlrition qui naît de la crainte de l'enfer suffit sans aucun amour de Di?u. Le clergé cxi'rre donc, comme le concile de Trente , un commencement d'amour de Dieu ; mais de quel amour? \{ fce do la charité pure par l quelle on aime

1 1 :>j CON

Dion pour lai-même, ou de l'amour d'espérance par lequel on aime Dieu comme bienfaiteur? Le concile ni le clergé ne le décident point : il y a donc de la témérité à vouloir le décider. — Il y en a encore davantage à soutenir que la charité pure, lorsqu'elle est faible, ne suffit pas pour justifier le pécheur et le réconcilier avec Dieu, avant le sacrement.— Le parti le plus sûr est donc de s'en tenir à la décision du clergé, conçue en ces termes : « Voici, selon le concile de Trente, les deux avis ou points de doctrine que nous avons jugés nécessaires. Le premier, que pour les sacrements de baptême et de pénitence, il n'est pas absolument besoin d'avoir la contrition, conçue par le motif de la charité parfaite, et qui, avec le vœu du sacrement, réconcilie l'homme avec Dieu avant la réception actuelle du sacrement. Le second, que pour l'un el l'autre de ces mêmes sacrements, un homme ne doit pas se croire en sûreté, si, outre les actes de foi et d'espérance, il ne commence pas à aimer Dieu comme source de toute justice. » 11 est difficile de ne pas entendre ces dernières paroles de l'amour de reconnaissance.

Les partisans de la proposition condamnée, que l'on a nommés les attritionnaires, n'étaient fondés que sur un raisonnement absurde. Si, pour obtenir le pardon de nos fautes, disaient-ils, il faut absolument aimer Dieu, quel avantage avons-nous sur les Juifs? A quoi sert le sacrement de pénitence, s'il ne supplée pas au défaut de l'amour, et ne nous décharge pas de l'obligation pénible d'aimer Dieu actuellement? — A Dieu ne plaise que l'obligation de l'aimer puisse paraître pénible à un chrétien, ou que le privilège de la loi nouvelle au-dessus de l'ancienne soit la dispense d'aimer Dieu. La différence entre ces deux lois, selon saint Paul, est que l'ancienne était une loi de crainte, et que la nouvelle est une loi d'amour. Un chrétien qui reçoit des grâces plus abondantes qu'un juif, est sans doute plus obligé à être reconnaissant et à aimer son bienfaiteur. Y a-t-il un bienfait plus précieux que le pardon du péché accordé au repentir par les mérites de Jesus- Chrisl?

Mais en voulant pousser trop loin la perfection el la sublimité des sentiments, il est dangereux de tendre un piège aux âmes timorées, el d'étouffer en elles l'amour de Dieu par la crainte, en voulant faire le contraire. Voy. V Ancien Sacrttmcntaire, par Grancolas, 11* part., p. i.'iS. 165.

CONTROVERSE, dispute de vive voix ou par écrit sur les matières de religion. Ces sortes de disputes sont inévitables, parce que le christianisme a toujours eu des ennemis, et qu'il en aura toujours. Kilos sont nécessaires, parce qu'on ne doit rien négliger pour ramener dans la bonne voie ceux qui se sont égarés. Si elles troublent la paix, il faut s'en prendre à ceux qui en sont les premiers auteurs, el qui lèvent l'étendard contre renseignement de l'Eglise. Four qu'elles produisent de bons effets, il faut que de part et d'autre elles soient non-seulement libres,

cr.N

mais toujours retenues dans les bornes de la politesse el de la modération.

Il nous paraît qu'en général les controversistes catholiques, surtout ceux du dernier siècle, ont mieux observé celte règle que leurs adversaires. Bossuet, Nicole, Pélisson, Papin, etc., sont des modèles en ce genre: nous ne pouvons mieux faire que de les imiter dans nos disputas actuelles avec les incrédules. — Lorsqu'une controverse commence, il est rare qu'elle prenne d'abord la tournure qu'il faudrait lui donner pour lu terminer promptement. Comme les novateurs sont tous des sophistes, ils ne manquent jamais de dénaturer la question; les théologiens catholi ;ues qui veulent les suivre pour les réfuter, s'exposent à faire beaucoup de (hemin hors de la vraie ro:ile, et sans avancer d'un pas vers le terme. — Ainsi , lorsque les prétendus réformateurs parurent, si on avait commencé par leur demander des preuves de leur mission, ils auraient été fort embarrasses, ils n'étaient envoyés par aucun pasteur légitime ni par aucune société chrétienne; il fallait donc qu'ils prouvassent par des miracles une mission surnaturelle, extraordinaire, comme Moïse; Jésus-Christ el les apôtres avaient prouvé la leur: ils n'étaient rien moins que des thaumaturges. — Selon eux, l'Ecriture sainte doit êlre la seule règle de foi ; la première question à décider était donc de savoir quels sont les livres que l'on doit regarder comme Ecriture sainte. Us rejetaient une partie des livres reçus par l'Eglise catholique; est ce encore p ir l'Ecriture qu'il fallait terminer cette contestation? Si chaque fidèle doit en juger selon ses lumières el son goût particulier, pourquoi le goût d'un catholique était-il moins sûr que le goût d'un prédicant ? Tout homme sensé pouvait lui dire: Puisque l'Ecriture est ma seule règle de foi, je n'ai besoin ni de vos leçons ni de vos explications; je sais lire aussi bien que vous; c'est à moi de voir dans l'Ecriture ce que Dieu a révélé, et non à vous de me le montrer. La Bible est mon seul docteur; la fonction d'enseigner que vous usurpez, est déjà une contradiction avec votre propre principe. — A la vérité, nos controversistes leur ont fail cet argument, mais ce n'a été qu'après de longues disputes; il aurait été mieux de commencer par là, et de ne pas donner le temps à ces hommes sans aveu de séduire les ignorants par l'étalage de leur doctrine. — La même faute avait été commise dans les contestations que l'on avait eues dans les siècles précédents avec les hussiles, les wiclétites, les vaudois, les manichéens nommés albigeois. Dans les ouvrages qui ont été écrits contre eux, nous ne voyons pas que l'on ail insisté sur le défaut de mi sion de ces novaleurs, ni sur la contradiction de leurs principes.— Dès le commencement du i r siècle, Terlullien avait trace dans soi» Traité des Prescription» contre les hérétiques, la manière de les réfuter tous; il leur demande des preuves de leur mission, refuse de les

admettre à disputer sur l'Ecriture, leur op-

CON

CON

pose la tradition des Eglises apostoliques, les confond par leurs propres dissensions, et par l'opposition constante de leurs divers systèmes. Un théologien catholique ne peut mieux faire que de suivre toujours cette méthode ; elle est non-seulement invincible, mais respectable par son antiquité.

Après avoir décidé que l'Ecriture sainte est la seule règle de foi, les protestants ont encore prétendu qu'elle est le seul juge des controverses. Mais c'est d'abord abuser du ferme que d'appeler jugs la loi selon laquelle le juge doit prononcer; et de laquelle il doit déterminer le vrai sens. Dans toutes les controverses, la question est de savoir si tel dogme est révélé dans l'Ecriture sainte, ou s'il ne l'est pas; quel est le vrai sens des passages que chaque parti allègue pour appuyer son opinion; comment cette môme Ecriture peut-elle faire la fonction de juge, et terminer la contestation ? Il est évident que le simple particulier qui récuse toute espèce de tribunal, se rend lui-même juge de ce qu'il doit croire. — Pour terminer, par exemple, la controverse touchant l'eucharistie, il s'agit de savoir quel sens il fautdonner à ces paroles de Jésus-Christ , ceci est mon corps. Selon la croyance de l'Eglise catholique, elles signifient que le corps de Jésus- Christ est véritablement présent sous les apparences du pain ; que ce n'est plus du pain, mais le corps de Jésus-Christ. Suivant l'opinion de Luther, ce corps y est à la vérité , mais avec le pain, dans le pain, ou sous le pain ; il ne s'y fait aucun changement. Si nous écoutons Calvin, ces paroles signifient seulement , ce pain est la figure de mon corps; mais le fidèle, en mangeant ce pain, recevra par la foi et spirituellement le corps de Jésus-Christ. Chacun de ces trois disputants allègue d'autres passages de l'Ecriture pour confirmer son explication. C'est donc au simple fidèle de juger lequel des trois a raison, et de s'en tenir à son propre jugement.— Le fidèle catholique ne fait point ainsi la fonction de juge. Lorsque l'Eglise a décidé, par la bouche de ses pasteurs, soit dispersés, soit rassemblés, que tel est le sens de tel passage de l'Ecriture, il soumet son propre jugement à celui de l'Eglise, et croit humblement ce qu'elle a prononcé. Dans le fond, un prolestant fait de même, sans vouloir en convenir, ou sans s'en apercevoir ; avant de lire l'Ecriture sainte, il était déjà déterminé, par le catéchisme qu'on lui a enseigné dans son enfance , à donner aux passages sur lesquels on dispute le sens adopié par la société dans laquelle il est né.

Il est bon de savoir quel jugement les protestants ont porté de nos controversistes et de leurs différentes méthodes ; ce qu'en a dit Mosheim nous paraît mériter quelques réflexions. — En parlant de la naissance du luthéranisme, et des disputes louchant la confession d'Augsbourg (Hist. ecclcs., xvie siècle, sect. 3, c. 3, § k), il dit qu'il n'y avait que trois moyens de les terminer : -le .premier, et le plus raisonnable à son gré, était

d'accorder ao\ prolestants la liberté de suivre leurs sentiments particuliers, et de les laisser servir Dieu selon les lumières de leur conscience , pourvu qu'ils ne troublassent point la tranquillité publique. Mais le protestantisme pouvait-il s'établir sans troubler la tranquillité publique? Il s'agissait nonseulement d'embrasser de nouvelles opinions spéculatives, mais d'abolir les pratiques, le culte extérieur et toute la discipline de l'Eglise, de déposséder les évoques et les prêtres, de chasser les moines et les religieuses, etc. Aucun prédicant, lorsqu'il s'est trouvé le maître, n'a laissé aux catholiques la liberté de servir Dieu selon les lumières de leur conscience ; Luther à Wittemberg, Zwingle à Zurich, Calvin à Genève, ont-ils toléré l'exercice du catholicisme? En 1530, lorsque l'électeur de Saxe et les autres princes protestants présentèrent leur confession de foi à la diète d'Augsbourg, commencèrent-ils par jurer et promettre qu'ils accorderaient aux catholiques la même liberté qu'ils demandaient pour eux? Déjà la religion catholique n'existait plus dans leurs Etats.— Le second moyen était de forcer les protestants, l'épéc à la main, de rentrer dans le sein de l'Eglise. Celte méthode, dit Mosheim, était la plus conforme à l'esprit du siècle, surtout au génie despotique et à l'esprit sanguinaire de la cour de Home. Mais il réfute lui-même celte calomnie. En proposant un troisième expédient, qui était d'engager les deux parlies contendantes à modérer leur zèle, à rabattre quelque chose de leurs prétentions respectives, il dit que ce moyen fut généralement approuvé-; que le pape lui-même ne parut ni le rejeter, ni le mépriser ; aucun des théologiens qui entrèrent en conférence avec les novateurs ne fut blâmé : où sont donc les preuves de l'esprit oppresseur du siècle, du génie despotique et sanguinaire de la cour de Rome ? Mosheim convient, § 5, que les moyens de conciliation n'ayant produit aucun effet, l'on eut recours à la force du bras séculier et à l'autorité impérieuse des édits. Donc on n'en vint là qu'à la dernière extrémité; l'on y fut forcé, non-seulement par l'opiniâtreté avec laquelle les protestants se refusèrent à toute instruction, mais par les voies de fait et les violences qu'ils employèrent pour exterminer la religion catholique.

En exposant les différentes méthodes dont les controversistes de l'Eglise romaine se sont servis pour ramener les prolestants, Mosheim n'a eu garde de dire qu'ils commencèrent toujours par prouver nos dogmes par l'Ecriture sainte. Pourquoi ce silence affecté? C'est que ce procédé de nos controversistes satisfait pleinement aux plaintes , aux reproches, aux clameurs des prolestants. Ils ne réclamaient que l'Ecriture sainte, et, quand on la leur opposait, ils ne l'écoutaieut pas. — Il parle avec modération du jésuite Heliarmin et de ses controverses, section 3, première partie, c. 1, § 21); il rend juslice, non-seulement aux talents de cet écrivain, mais à la candeur el à la sincérité atec

CON

TON

laquelle il propose les raisons et les objections de ses adversaires dans toulo leur for- <e ; ensuite, par un trait de malignité pure, il ajoute que ce théologien aurait eu plus de réputation parmi ceux de sa communion , Vil av :it eu moins d'exactitude et de bonne foi. Où est la preuve ? Parmi les rivaux même des jésuites, y en a-t-il un seul qui ait blâmé Beliarmin de son exactitude et de sa bonne foi ? On lui a reproché peut-être de n'ajoir pas su profiler assez de ses avantages, de n'avoir pas donné à ses réponses autant de force que l'ont fait les controversistes postérieurs; cela est fort différent. Quelques lignes plus haut, Mosheim avait dit que les conlroversisles jésuites surpassèrent tous les autres en subtilité, eu effronterie et en invectives; l'exemple de Beliarmin n'est certainement pas propre à justifier ce reproche. — Il n'a pas été plus équitable envers les conlroversisles du siècle dernier, xvir siècle, sect. 2, r partie, c. 1, § 13. Sans oser déprimer leurs lalen'.s, il les accuse d'avoir eu recours aux fraudes pieuses, parce qu'ils s'attachèrent à faire voir que les prolestants déguisaient les dogmes catholiques pour les rendre odieux ; qu'eu les exposant tels qu'ils sont, ils ne se trouvent plus aussi opposés aux sentiments des protestants, que ceux-ci le prétendent. C'est ce qu'a fait en particulier M. Bossuet, dans son Exposition de la Foi catholique, qui parut en 1G71. Mosheim observe d'abord que ces théologiens conciliateurs agissaient ci leur propre et privé nom, sans y être autorisés par les chefs de l*Eglise : remarque très-ridicule. Faut-il donc, pour traiter la controverse, être muni d'une procuration de l'Eglise universelle? Dans une note du traducteur, il est dit que le pape n'approuva celle Exposition de ta Foi qu'au bout de neuf ans ; que Clément XI refusa de l'approuver; qu'en 1685 l'université de Louvain la condamna comme un livre scandaleux et pernicieux.

Voilà les fables par lesquelles on abuse de la crédulité des protestants. Le bref d'approbalion de ce livre, donné par Innocent XI, est du k janvier 1679, et il le donna pour fermer la bouche aux protestants qui publiaient que M. Bossuet n'exposait pas fidèlement la foi de l'Eglise romaine. Déjà, en 1672, il avait été approuvé par onze évoques de France, par les cardinaux Bona et Chigi, par le maître du sacré palais; il le fut ensuite par l'évêque de Paderborn, et par deux ou trois consultcurs du saint office. Il a é é traduit en plusieurs langues, et l'on ose écrire qu'en 1685 l'université de Louvain l'a condamné ; que Clément XI, placé sur le saint-siège en 1700, a refusé de l'approuver. Après un siècle entier d'éloges prodigués a cet ouvrage, on ne rougit pas de dire que c'est une fraude pieuse imaginée pour eu imposer aux protestants. On leur a dit cent fuis : Voulez-vous signer une profession de foi conforme à celle-là? l'Eglise catholique vous recevra dans son sein et vous absoudra de tout*; hérési ■• Aucun d'eux ne

voudrait le faire, et ils persistent à dire que ce n'est point là ce que croient les catholiques.

Ajoutons que celte exposition de notre doctrine est précisément la même que celle qu'avait déjà faite François Véron, curé de Charenton, mort en 16i:J, et qui est intitulée, Régula F ' idei catholicœ. Aussi Mosheim range ce controversiste, avec les frères de Wallembourg et d'autres, parmi ceux qui ne disputaient pas de bonne foi. Nous voudrions savoir en quoi ils ont été convaincus d? mauvaise foi ? — Mais il ne donne pas une meilleure idée des conciliateurs, même protestants, tels que Le Blanc, d'Huisseaux , la Millotière , Forbes , Grotius , George Calixie. 11 n'ose décider s'ils agirent par amour de la paix, ou par des vues d'intérêt et d'ambition. C'étaient, dit — H, des médiateurs imprudents , qui ne s'accordaient pas entre eux, qui n'avaient pas assez de génie ni de dextérité pour éluder les sophismes des catholique^. Aussi ne retirèrent - ils poinl d'autre fruit de leurs travaux que de mécontenter les deux partis, et de s'attirer le reproche de leurs Eglises (Ibid., § 14). Ceux qui ont voulu rappro* her les luthériens des calvinistes, ou concilier les anglicans avec les deux autres sectes, n'ont pas eu un meilleur succès. Voy. Syncrétistes.

Il est donc démontré que les protestants n'ont jamais voulu la paix, mais la guerre. Toulmoyen d'instruction, toute voie de conciliation, loule méthode de découvrir la vérité leur a toujours déplu. Toujours ils se sont plaints du ton de hauteur el du despotisme de la cour de Borne, et toujours ils se sont défiés des démarches qu'elle a faites pour les regagner; parce qu'ils ont reconnu, disent-ils, que son but élail bien moins de se réconcilier avec eux, que de procurer à ses cvêques l'empire despotique qu'ils exerçaient jadis sur le monde chrétien. Ainsi, au défaut de griefs extérieurs, ils noircissent les motifs et les intentions, vrai langage d'eufants ingrats et révoltés contre leur mère.— Cependant, les conlroversisles catholiques n'ont pas laissé de faire, de temps en temps, des conversions ; mais Mosheim, fidèle au génie de sa secte, les attribue à des motifs vicieux. Voy. Conversion

Nos littérateurs modernes disent que quiconque se consacre au genre polémique et à la guerre de plume, sacrifie l'avenir au présent; qu'en voulant amuser ou occuper ses contemporains, il consent à être indifférent à ceux qui viendront après lui. Soit. 11 s'ensuit déjà que les conlroversisles préfèrent les intérêts de la vérité et de la religion à la gloriole que cherchent uniquement la plupari des autres écrivains. Ce n'esl pas là un sujet de b Âme. Mais la réflexion de leurs censeurs est fausse en elle-même. Les ouvrages de controverse de Bossuet el de quelques autres n'ont pas aujourd hui moins de réputation que dans le siècle passé, ni que I s écrits des ailleurs qui ont traité d'autres matières. La plupart de ceux des Pères onl

CON

CON

été faits pour réfuter les païens, les juifs ou les hérétiques ; ils seront lus et estimés tant qu'il y aura des chrétiens zélés pour leur religion ; le mépris qu'en font les protestants ne leur est pas fort honorable.

* Controverse* (Juge des). L'autorité de l'Eglise est la plus grande' qui soil sm la terre. Sa puissance n'est pas bornée par les limites d'une province. Elle commande d'un pôle à l'autre. Elle n'a pas seulement à régler les actes extérieurs, elle domine sur la pensée. Devant ses décisions dogmatiques noire esprit n'a pas même le droit de douter, de raisonner, «le faire des difficultés. Les plus puissants génies doivent oublier leur raison pour se soumettre. Mais plus une autorité est grande, plus elle es» im* posante, et plus elle doit être établie sur d< s ba-es solides. Si le .«able mouvant supportait les hases de l'Eglise, elle serait bientôt renversée. Nous trouvons au fond de l'esprit de l'homme un germe d'indépendance criminelle prête à se révolter contre l'autorité légitime. Pour le retenir dans les voies de l'obéissance , il n'y a guère que la conviction piofomle et réfléchie que l'autorité tulélaire placée au-dessus de sa tête, y a été mise par une puissance qui lui a accordé le don de l'infaillibilité. L'étude du juge des controverses ne peutdonc nous être que irès-salulaire.

y alil dans l'Eglise une autorité infaillible chargée de juger en dernier ressort les controverses de lu foi?

Egaré par les il usions de son esprit, l'homme avait perdu le déôt des saines doctrines. Jésus- Clui-l vint sur la terre pour le rétablir dans loue son Intégrité, et lui ajouter les développements qu'il jugea convrnables. L'est à la croyance des vérités qu'il nous a enseignées qu'est attaché le salut étemel. Sans la f<>i jamais on ne sera l'ami de Dieu. Il faut donc que le chrétien aille puiser à des sources pures. h'il buvait des eaux empoisonnées , il périrait infailliblement. M-'is dans quelle source doit-il aller puiser les connaissances nécessaires pour former sa foi ?

i" Nécessité d'un juge des controverses. — Jésus- Christ, en appelant l'homme à la fui , lui a fourni pour l'acquérir un moyen proportionné à sa nature. Parcourons donc tous les moyens possibles d'acquéi t la connaissance des vérités éternelles. L'un d'eux doit être proportionné aux dogmes que nous sommes obligés de croire. Les moyens imaginables de connaître les vérités de la foi sont : 1" la raison ; V les révélations particulières faites à tous les chrétiens; 5° le ministère des prophètes qui se succéderaient sans interruption pour instruire les peuples ; 4* l'Ecriture sainte ; 5" l'Eciiture unie à la tradition; 6" enlin un tribunal perpétuel qui suit établi te gardien de la révélation inscrite dans nos livres saints et dans la tradition, qui soil chargé de transmettre à jamais les véiiiables doctrines à la société clneiienne. — L'un de ces moyens doit nous faire connaître la vérité sans aucun mélange d'erreuis. Est-ce la raison ? Mais la raison de l'homme, abandonnée à elle-même , ne peut que s'égarer ; Jésus- Lhrisl (si venu sur la terre pour répaier ses écarts. El comment pourrait-elle pénétrer les hauts inystèles de noire foi? — Pouvons-nous compter avec plus d'assurance sur les révélations particulières? Pou- Vuiis-nous espérer avec couliance que Dieu parlera à chacun de nou» ; révélera toute vérité ? Ce néla.l pas ainsi que l'apôlre saint Paul comprenait la loi, lors ,u il d sait qu'elle nous arrive par l'ouïe , que le Seigneur a établi des pasteurs cl des docteurs , alin que nous ne tournions pas à lotit vent de doctrine. M nous avions besoin d'autres preuves, nous en appelle) ions à nuire expérience quotidienne. Quelles lonnaissances aurions-nous si, délaissant tout moyeu extérieur d'instruction, nous nous abandonnions à la beule inspiration ?

Je sais qu'il s'est trouvé des sectes qui prélen-

DlCT. DE TliÉOL. DOGMATIQUE. 1.

daient puisera la source immédiate de la divinité. Mais louti'S elles ont donné dans des écarts épouvantables. Nous craindrions de souiller les cœurs chastes cl d'attrister les âmes sensibles si nous levions le voile qui cache leurs impudicilés, si nous développions les scènes de carnage el de révobe? dont elles n'ont que trop allligé l'humanité. Disons -lo hautement : Non , il n'est point établi de Dieu un moyen qui, par sa nature, conduit à de si fatale-, cou • séquences. — Les prophètes ne viennent pas aujourd'hui, comme dans l'Ancien Testament, maintenir la vraie foi en prouvant leur mission par des prodiges. Jésus-Christ s'est contenté de nous laisser le cotte de sa doctrine. Il est renfermé non-seulemeul dans l'Ecriluie, mais encore dans la tradition :car l'Ecriture ne contient pas tous les dogmes ^e l'aveu même de nos adversaires (Voy. Tradition}. — L'Ecriture ci la tradition sont donc la règle de noire croyance el de nos actions. Mais la religion serait en grand péril si elle était appuyée sur ces seules règles înau niées. — Aussi Jésus-Clnisi, son divin auteur, lut a-l-il donné pour appui le dernier moyen que nous avons indiqué : savoir l'autorité infaillible de l'Eglise.

i" Existence du juge descontroverses. — Jésus-Christ, avant de quitter la terre, voulut pourvoir à l'entera conserva tb n de sa doctrine, c'est pour cela qu'il choisit ses apôtres (Luc. vi, 15). C'esi dans ce sens qu'il leur donne ses dernières instructions : Duccle ontnes génies servare otntiia quœcunque mandtivi rôtis (Mutth. xxviu). C'est dans ce dessein qu'il le»établit les témoins de sa doctrine (Act. i). L'est à celte lin qu'il leur communique sa puissance, qu'il conlie à Pierre les clefs de l'Eglise , qu'il le charge de conduire les agneaux el les brebis dans de bons pâturages; qu'il donne à tous ses apôtres le pouvoir ib' lier el de délier (il ait h, xvi et xviu ; Juan. xxi). C'est pour cela qu'il souille sur eux et leur donne le Saint Esprit (Jean. xx). Il Cuit le reconnaître : excepté l'œuvre de la rédemption, la mission desapô'.ree avait li même (in et en quelque sorte la même plénitude que celle de Jésus-Christ.

C'était dans ce sen* que les apôtres entendaient les paroles du Sauveur. Ilsneeraiguenl pas d'allumer que c'est à eux qu'a été conlié l'Evangile de Jésus-Christ • Secundum Evangetium, quod creditum est milii (I The*sal. i, ii ; / Corinth. iv; II Corinth. v ; Act. xv). — lu exigent qu'on ajoute une lui pleine et entière â leur* paroles , el ils ordonnent de punir ceux qui seront rebelles (Il Thess. ni; // Corinth. x; / Corinth. xiv; Hebr. xvu) : s'ils parlent si impérieusement , c'est parce qu'ils ont pour eux la révélation de Jésus- Christ el l'assistance du Saint-Esprit (/ Corinth. vu; Gai. i ; Act. xv.

Il taut le confesser , les apôtres jouissaient «le grands privilèges. Personne sans doute n'osera e»wtesler qu'ils aient eu le pouvoir de juger les controverses de la loi. — Eh bien ! celle autorité accordée aux apôlres persévère dans l'Eglise. C'était à ses apôtres faisant un loin moral avec leurs successeurs dan > l'épiscopat , que Jésus-Chrisl disait : Ecce ego robiscum s uni usque ad consunimaiionem saculi (Mutth. xxvui). Egorogabo Palrem, et alium Varuclelum dabit vobis , ut inaneal vobiscum in œtcrnuni Spirilum veritatis (Joan. xiv, tti, i7,2t>), alin qu'on ne sépare pas les apôlres de leins successeurs. S' Jésus-Christ leur dit : Qui vos audit, me audit, qui vos spemit, me spernit, il ajoute ailleurs : Qui Ecclc.siam non audie rit, sil tit'i sicut ellinicus el publicanns. Si Jésus-Christ donne de glorieux privilèges à saint Pierre, il l'avertit qu'ils sont pour l'Eglise. Super hanc petram œdificabo Ecdesiam m<um, et portœ tnferi non prœvutebunt advenus eum. Si le pouvoir d'enseigner la vérité, d'expliquer ce qui est obscur, de décider ce qui est contesté, de lier et de délier , si ce pouvoir eût été enlevé à l'Eglise depuis la mon des apôlres, conserverait-elle sa prem ère institution? Si elle tombait seulement une fois dans l'erreur, les portes de

CON

CON

tr.s

l'piifer n'auraient - elles pas prévalu contre elle? Les apôtres interprétaient-ils autrement les faveurs qu'Us avaient reçues? Evidemment non, puisqu'ils appellent l'Eglise la rolonne ei le ferme appui de la vérité (/ Tim. m) ; qu'i's assureut qu'elle a é é étahlie p<>ur réunir tous les hMè!es dans la profession •l'une même foi (Ephen. iv); puisqu'ils nous montrent les npûiiTs, les évangélistes, les pasteurs et les docteurs d'-stinés à être la consommation dessaiws, l'ancre qui (ive les fidèles à la vraie foi (Philip, ut , 11)). — Les ajôres pouvaient-ils déclarer plus clairement que l'autorité qu'ils avaient reçue de décider en matière de doctrine appartient à l'Eglise jusqu'à la (in des siècles ? — Ecoutons encore les Pères de l'Eglise, dont l'autorité est respectée par nos adversaires. Les Pères nous représentent les apô res constituant un ministère chargé de gouverner l'Eglise , sans lequel elle ne peut subsister (S. Clément, Episl. ad Cor. ; S. Ignace, martyr). Ils nous disent que c'est dans l'Eglise qu'il faut aller chercher la vérité (S. Iténée), parce qu'elle donne des règles infaillibles (('dément d'Alexandrie), et que c'est pour «et te (iu qu'elle a été établie (Tertnl.) ; qu'elle est la source , la colonne et le fondement de la vérité (Laciance , S. Aug.); que rie» ne peut la vaincre ni li détruire (Ghrysosl.) ; que tous les hommes >ont soumis à sa domination, et les rois et les sujets (Ambros.). l'eul-on expliquer plus clairement le pouvoir accordé à l'Eglise de décider les vérités de foi?

Oui, oa le peu!, et c'est par un témoignage qui renferme à lui seul les témoignages de tous les Pères, de tous les docteurs, de toute I Egl.se. Jusqu'aujourd'hui, toutes les fois qu'il s'est élevé une hérésie, elle a trouvé sa condamnation «huis un jugement de l'Eglise. N'estce pas l'Eglise qui a excommunié ci chassé comme des rebelles les simoniens , les gnostiques , les valentiniens, les monlanistes, les ariens les macédoniens, les eul\ chiens, les monothéliics, etc.? N'éiail ce pas pour soutenir les décisions de L'Eglise que, sous l'empereur Constance, luit de généreux confesseurs supportèrent l'exil ?

Ueconnaisifons-le , on ne peut nier l'autorité de l'Eglise sansrejeer toute la tradition, sans abaud wner la doctrine des apôtres , sans condamner les divins enseignements de Jésus Christ.

Nos adversaires nous proposent quelques diflieultés, mais notre thèse devant recevoir son complément ailleurs, nous pensons qu'elles y seront mieux placées. (Voy. Infaillibilité, Eglise, Pape.)

7° Caractères du juge des controverses. — La voie d'autorité étant le moyen d'instruction le plus général, le plus sûr, le seul applicable aux masses , doit être le mode d'instruction employé eu matière de religion. Dieu , en l'employant pour l'instruction des lldèles , a donc satisfait à l'un des besoins de notre nature. — Mais quels sont les caracières particuliers de cette autorité ?

Le juge des controverses doit avoir trois qualités principales : 1" Il doit êirc facilement connu de tous les fidèles. Puisqu'il doit régler leur foi , il est nécessaire qu'ils sachent où il est , afin de recourir à lui dans le besoin. 2° Ses décisions «loi vent être claires et ne donner lieu à aucun doute. El, en etTct, toute espèce de jugement, s'il veul atteindre sa lin, doit être rédigé de manière à lever les difficultés qui ont été proposées. Cette nécessité est bien plus grande encore en mal. ère de religion ei de loi. L'objet de la croyance doit être bien déterminé, afin qu'on puisse y donner son assentiment. 3° H doit exercer sur toutes les intelligences une autorité absolue, qui assure à sus jugements une soumission entière et consciencieuse; ou, en d'autres termes , le juge des controverses doit être infaillible. — Le protestant ne reconnaît pas la nécessité de l'infaillibilité du juge des controverses pour la conservation de la véritable doctrine et pour la foi maliondc la foi. Il nous dit: Les arrêts des tribunaux, sans cire infaillibles, suffisent

pour faire observer suffisamment les lois. Pourquoi vouloir accorder à l'Eglise de plus grands privilèges ? — Pourquoi? parce que la foi est un assentiment ferme, inébranlable, excluant toute espèce de doule, donné à une vérité ré\éée. Serait-il possible de donner un lel assentiment a un point de doctrine qui ne nous laisserait pas sans crainte fondée sur la vérité?

Il y a une différence entre les principes de la Toi et ceux de la moi aie. En morale, les principes réflexes jouent un grand rôle ; il n'en esl pas ainsi en matière de foi. — L'aulorilé des tribunaux est suffisante pour maintenir le bon ordre dans la société,» mais il n'est pas un homme de sens qui voulût faire un acte de foi sur l'application ceitaine de la loi faite par les tribunaux les plus élevés dans l'opinion.

On nous objecte que la Synagogue, sans être infaillible, était juge des controverses. Il nous semble que, pour répoudre à celte objection , il faut apprécier la différence des moyens employés par le Seigneur pour conserver l'intégrité de la doctrine dans les deux Testaments. Dans l'ancienne loi. Dieu abandonne les lois ordinaires de sa providence. Les prophètes se succèdent pour ainsi dre sans interruption. Et de même que Jésus Christ, durant sa vie, était la plus grande autorit'é vivante, dont les discours étaient toujours vrais, de même les prophètes, par un secours spécial de Dieu, étaient infaillibles. Ensuivant leur enseignement divin, le peuple ne courait aucun danger de s'égarer. Si , après la captivité, on ne vit plus de prophètes, c'esl que depuis celte époque jusqu'à Jésus-Christ, la vraie doctrine se conserva pure. Jésus-Christ, le roi des prophètes, parut lorsqu'elle commençait à s'altérer. — Dans la nouvelle loi, rien de semblable ne se montre : Jésus- Chrisl constitue son Eglise, mais il la constitue assez forte , afin qu'elle trouve en elle-même la puissance nécessaire pour résister à toutes les attaques qui lui seront livrées. Pour cela, il la rend infaillible. Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre ele ; elle esl le fondcmeui cl le plus ferme ap.iui de la vérité. Le Saint-Esprit demeure avec, elle pendant louie l'é:ernité. Ces textes , qui onl élé développés dans plusieurs articles de ce Dictionnaire, mont! eut év déminent que l'Eglise ne peut se tromper ni nous tromper. Voy. Infaillibilité, Eglise, Pape.

CONVENTUEL. Voi/. Frasciscan.

CONVOI FUNÈBRE. Voy. Funérailles.

CONVERSION, changement. 11 se d'il nonseulement du pécheur qui se repent de ses fautes, et se détermine sincèrement à les expier el à s'en corriger, mais encore d'un homme qui abandonne l'erreur pour faire profession de la vérité. Quelquefois l'Ecriture sainte semble nous ens igner que notro conversion esl notre propre ouvrage ; souvent aussi elle nous fait comprendre que ce doit être l'ouvrage de la grâce. Un prophète dil aux Juifs de la part de Dieu : Convertissez-vousàmoi,eljerelourneraiàvous ( Malach. m, 7j. Convertissez-nous Seigneur, et nous retournerons à vous. (Thren. v, 11); parce que la conversion est tout à la fois l'effet de la grâce <jui nous prévient, et de la volonté qui correspond librement à la grâce. Mais l'invitation que Dieu fait aux pécheurs de se convertir serait illusoire s'il refusait de les prévenir par la grâce.

Il y a dos théologiens qui regardent la conversion d'un pécheur comme un miracle aussi grand et presque aussi rare que la résurrection d'un mort ; conséquemmeul ils son! 1resréservés à accorder aux pécheurs l'absolu' lion et la communion, persuades (jue l'un»

CON

TON

Ilôt

et l'autre sont seulement pour les justes ou pour les pécheurs convertis depuis Ion gtemps. Il est aisé dans cette matière de pécher par l'un des deux excès, soit en se fiant trop aisément aux moindres signes de conversion, soit en poussant trop loin la défiance, soit en se persuadant que les sacrements sont destinés à nous faire persévérer dans le bien, et non pour nous fortifier contre le mal. — Il faut toujours se souvenir que la pénitence est le tribunal de la. miséricorde de Dieu, et non celui de sa justice; que l'homme, toujours faible et inconstant, ne tient pas mieux les résolutions qu'il a faites dans une maladie de conserver sa santé, qu'il n'exécute celles qu'il a faites dans la pénitence de ne plus pécher ; qu'ainsi les rechutes ne sont pas toujours une preuve du peu de sincérité des résolutions. Le meilleur modèle à suivre dans la mauière de traiter les pécheurs est la conduite de Jésus-Christ notre divin Maître.

Il n'est pas étonnant que les incrédules tournent en ridicule toute espèce de conversion. Lorsque, dans une maladie, un mécréant renonce à son impiété, ils tâchent de persuader qu'il a eu l'esprit affaibli par la crainte de la mort ; comme si l'obstination dans l'erreur et dans l'irréligion, pour n'avoir pas la honte de se dédire, était la marque d'un grand courage. Rien n'est plus détestable que la perversité de ceux qui ont obsédé leurs confrères dms les derniers moments, qui ont écarté d'eux non-seulement les prêtres, mais tous ceux qui auraient pu les engager à rentrer en eux-mêmes. Ils triomphent quand ils ont réussi à faire mourir un prétendu philosophe avec l'insensibilité d'un animal. Lorsque, sur le retour de l'âge, les femmes commencent à mener une vie plus régulière et plus chrétienne que dans leur jeunesse, ils publient qu'elles se convertissent, non parce qu'elles sont dégoûtées du monde, mais parce que le monde est dégoûté d'elles. Quand cela serait vrai, elles montreraient encore plus de sagesse que celles qui s'obstinent à s'y attacher, malgré l'indifférence et le mépris que l'on y a pour elles. Mais, en général, c'est une injustice absurde de vouloir pénétrer les motifs intérieurs et les intentions secrètes de nos semblables, et de juger qu'elles sont vicieuses , lorsqu'elles peuvent être bonnes et louables.

On a droit de reprocher cette iniquité aux prolestants. 1° Ils ont suspecté les motifs ,par lesquels les peuples barbares, les Golhs, les Francs, les Bourguignons, les Vandales, les Lombards, ont embrassé le christianisme, ou se sont réunis à l'Eglise après avoir professé l'arianisme. Leurs conjectures viennent de pure malignité et de 1 intérêt de leur système, puisqu'elles n'ont aucun fondement raisonnable. Par là, ils ont autorisé les incrédules à jeter les mêmes soupçons sur les motifs de la conversion des Juifs et des païens dans les premiers temps du christianisme; et c'est à quoi les incrédules n'ont pas manqué. Voy. Mission. — 2" Ils ont traité de même le changement de ceux qui ont re-

noncé au protestantisme pour rentrer dans le sein de l'Eglise romaine, soit en France, soit ailleurs ; ils n'ont épargné ni les princes, ni les savants qui ont eu ce courage. Mosheiui dit que si l'on retranche ceux que l'adversité, l'avarice, l'ambition, la légèreté, les attachements personnels, l'empire de la superstition sur les esprits faibles, ont engagés à cette démarche, le nombre de ce9 prosélytes sera trop petit pour exciter l'envie des Eglises protestantes. Juricu, Spanhcim et d'autres en ont parléavecencore moins de modération.

Pourquoi donc nous accusent-ils de calomnier, lorsque nous attribuons à ces mêmes motifs l'apostasie de ceux qui ont embrassé la prétendue réforme à sa naissance? Des princes qui pillaient les biens ecclésiastiques et se rendaient plus indépendants, des moines et des religieuses qui désertaient les couvents pour se marier, des prédicants qui se mettaient à la place des évêques et des pasteurs, des aventuriers qui acquéraient le droit d'exercer le brigandage, des ignorants excités par les déclamations fougueuses des nouveaux docteurs, avaient-ils des motifs plus purs et plus respectables que les princes et les savants dont nos adversaires dépriment la conversion? 11 y a du moins en faveur de ceux-ci un préjugé bien fort; les sectaires secouaient le joug des lois de l'Eglise dont ils n'ont pas cessé d'exagérer la pesanteur; ceux qui sont venus le reprendre renonçaient à une liberté qui leur paraissait très-douce et très-commode. Depuis que la première fougue du fanatisme a été calmée, on n'a pas vu des catholiques abandonner une fortune considérable, un état honnête, une famille bien unie, pour se faire protestants; au lieu que l'on peut citer un bon nombre de protestants qui ont fait tous ces sacrifices pour revenir à l'ancienne religion. On ne connaît aucun apostat du catholicisme qui soit devenu plus homme de bien pour l'avoir quitté; on a vu, au contraire, un bon nombre de protestants convertis, mener jusqu'à la mort une vie très-édifiante. Or, l'Evangile nous autorise à juger des hommes par les actions, et de l'arbre par ses fruits : A fructibus torum cognoscetis eos ( Mallh. vu, 16).

CONVULSIONNAMES, secte de fanatiques qui a paru dans notre siècle, et qui a commencé au tombeau de l'abbé Paris. Les appelants de la bulle Unigenitus voulaient avoir des miracles pour appuyer leur parti; bientôt ils prétendirent que Dieu en opérait en leur faveur au tombeau du diacre Paris, fameux appelant; une foule de témoins prévenus, trompés ou apostés les attestèrent. Plusieurs prétendirent éprouver des convulsions sur ce même tombeau ou ailleurs; ou voulut encore les faire passer pour des miracles : cette nouvelle espèce décrédila la première et couvrit leurs partisans de ridicule. Jamais les appelants n'ont pu répondre à cet argument si simple : où sont nées les convulsions, là sont nés vos miracles; les uns et les autres viennent donc de la même source. Or, de l'aveu des plus sages d'eutre vous,

ir>5

cor

COF

llôf)

Pieuvre des convulsions est une imposture, on l'ouvrage du diable : donc il en esl de mémo des miracles (1). — En effet, les plus sensés d'entre les appelants oal écrit avec force contre ce fanatisme ; ce qui a causé pannieux une division en anticonvulsionnistes et en convulsionnâtes. Ceux-ci se sont redivisés en auguslinisles, vaillanlistes, secouristes, discernants, figurislcs, mélangistes, etc., noms dignes d'être placés à côté ;le ceux des ombilicaux, des iscariolisles, des stercoranistes, des indorfiens, des orébites, des éoniens, et autres sectes aussi illustres. — Arnaud, Pascal, Nicole, appelants sensés pi instruits, n'avaient point de convulsions, ?t se gardaient bien de prophéiser. Un archevêque de Lyon disait, d ms le ixc siècle, au sujet de quelques prétendus prodiges de ce genre : « A-l-on jamais ouï parler de ces sortes de miracles qui ne guérissent point les maladies, mais font perdre à ceux qui se portent bien la santé et la raison? Je n'en parlerais pas a4nsi, si je n'en avais été témoin moi-même; car, en leur donnant bien «les coups, ils avouaient leur imposture. » Voyez Abrégé de V Histoire ecclés., en deux v dûmes in- 12, Paris, 1752, sous l'année 844-. «/«•si en effet un étrange thaumaturge que celui qui estropie au lieu de guérir. — Il esl peut-être encore plus étrange que les partisans d'un fanatisme si scandaleux et si absurde se soient parés d'un prétendu zèle de religion, aient voulu faire croire qu'ils en étaient les seuls défenseurs; rien n'a contribué davantage à faire éclore l'incrédulité. Heureusement cet accès de démence paraît fini.

Il y a eu en Angleterre des réfugiés convulsionnairts ; c'étaient les mêmes que les I rophètes des Cévennes (Sshaflsbury, Let~ très sur l'Enthousiasme, sect. 3, p. 23;. On sait que le docteur Hecquet, dans un ouvra go inlitu'é /<' Naturalisme des convulsions, a démontré l'illusion de ee prétendu prodige.

COPHTES ou COPTES, chrétiens d'Egypte, de la secte des jacobines ou inonophysites, qui n'admettent qu'une seule nature en Jésus-Christ. Us sont soumis au patriarche d'Alexandrie. On dérive ordinairement leur nom, de Copte ou Coptos, ville d'Egypte; mais ce n'est peut-être qu'une altération du mot Atyinz.oç, nom grec de l'Egypte. Comme celte Eglise schismatique esl séparée de l'Eglise* romaine depuis plus de douze cents ans, il est à propos d'en connaître l'oiigine, la croyance et la discipline.

Après la condamnation d'Eulychès, au concile de Chalcédoineen bol, Dioscore, patriarche d'Alexandrie, homme accrédité et irès-respccté des Egyptiens, demeura opiniâtrement attaché au parti et à la doctrine d'Eutychès; il eut le talent de persuadera son eh rgé cl à son peuple que le concile de Chalcédoine, en condamnant Eutychès, avait adopté cl consacré l'hérésie de Ncstorius,

(I) Les conviiMons pouvaient être l'effet d'un siifc'^einenl nerveux et avoir quelque* rapports avec à. effeil du in Kiicli-inc. Yoij. Maomii^mi:.

quoique ce coni ile eût ditanalhème à l'un et à l'autre. Les vexations et la violence qu'employèrent les empereurs de Constanlinople, pour faire recevoir en Egypte les décrets du concile de Chalcédoine, aliénèrent les esprits; on y «envoya de Constanlinople des patriarches, des évoques, des gouverneurs, des magistrats; les Egyptiens, exclus de toutes les dignités civiles, militaires et ecclésiastiques, conçurent une haine violente contre les Crées et contre le catholicisme ; un grand nomlire se retirèrent dans h haute Egypto avec leur patriarche schismatique.

Vois l'an GGO, lorsque les Sarrasins ou mahomélans Arabes vinrent attaquer l'Egypte, les cophles ou Egyptiens schismaliques leur livrèrent les places qu'ils auraient dû défendre, el obtinrent, par des traités, l'exercice public de leur religion ; ainsi, sous la protection des mahomélans, les cophles se virent en état d'opprimer à leur lour les Grecs catholiques qui se trouvaient en Egypte, et de les rendre suspects à leurs nouveaux maîtres. Dèî ce moment , les coplites ont prévalu ; ils prétendent avoir conservé jusqu'à présent la succession de leurs patriarches depuis Dioscore, et il en résulie que leurs ordinations sont valides. — Mais, lorsque les mahomélans se virent paisibles possesseurs de l'Egypte, -et -n'eurent plus rien à craindre de la part des empereurs grecs, ils violèrent les promesses qu'i's avaient faites aux cophles: ils défendirent l'exercice public du christianisme; ce n'est qu'à force d'argent que les cophles sont parvenus à se faire tolérer el à conserver leur religion. Ces chrétiens sont la partie la plus pauvre des Egyptiens ; c'est à eux que les mahomélans ont conQé la recelte des deniers publics de l'Egypte. On prétend que, dans le temps de la conquête, ils étaient au nombre de six cent mille, el qu'à présent ils s >nl réduits à quinze mille tout au plus.

Depuis que l'arabe est devenu la langue vulgaire de l'Egypte, les naturels du pays n'entendent plus la langue cophte, qui esl un mélange de grec et d'ancien égyptien ; ils onl cependant continué de célébrer l'olfîce divin dans celle langue, el ils ont traduit en arabe leur liturgie, afin que les prêtres aient connaissance de c^ qu'ils disent en cophte. Pour les leçons de l'office, les épilres el les évangiles, après les avoir lu en cophte, ils les lisent dans une bible arabe, pour entendre ce qui a été lu. Voy. Bible cophte. Leur bréviaire esl fort long.

En général, le clergé cophte est pauvre el ignorant. Il est composé d'un patriarche, et des cMÔijues au nombre de dix à douze. Le patriarche est élu par les évêques, par lo clergé et par les principaux laïques; on le prend toujours parmi les moines du monastère de Saint-Macaire, au déserl de Scélé. Il nomme seul les évêques, cl les choisit entre les séculiers qui sonl veufs; la dime est tout leur revenu, et ils la recueillent dans leur diocèse pour eux et pour le patriarche. Les prêtres sont ordinairement de simples Bili- &ans ; quoiqu'ils aient la liberté de se marier,

Page 1