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lien de se couronner de fleurs, comme faisaient les païens dans leurs festins et dans quelques-unes de leurs cérémonies; cette censure tombe sur Minutius Félix, sur saint Clément d'Alexandrie, et principalement sur Terlullien. Ce Père a fait un livre de Corona, dans lequel il s'attache à prouver qu'un chrétien doit absolument s'abstenir de porter des couronnes.
Barbeyrac [Traité de la Morale des Pères, c. 6, § 14) s'est élevé contre cette décision ; il dit que, suivant le sentiment de Terlullien, se couronner de fleurs est une chose mauvaise en elle-même et contraire à la loi naturelle, mais qu'il le prouve par de pauvre s raisons; les principales sont que l'Ecriture sainte ne permet nulle part cet usage, et que la nature a fait les fleurs pour réjouir l'odorat et non pour orner la tête. La première, dit Barbeyrac, est un faux principe; la seconde est l'écart d'une imagination déréglée. Celle critique est fausse à tous égards. — 1° L'écart prétendu de Tertullien prouve déjà que les couronnes sont une superfluité; que l'on en use, non par besoin, mais pour quelque autre raison; qu'il faut donc examiner par quels motifs on les porte : c'est ce que fait Tertullien dans toute la suite de ce traité. Après avoir recherché dans les auteurs profanes l'origine et les motifs de toutes les espèces de couronnes , il fait voir qu'aucun de ces motifs n'est louable. Celles que portaient les minisires d'un sacrifice et les assistants étaient une profession d'idolâtrie ; celles des convives d'un festin annonçaient l'intempérance et la débauche; celles des triomphateurs victorieux sentaient, pour ainsi dire, le carnage et le sang répandu; celles des époux étaient les livrées des dieux de l'hyniénée, etc. 11 observe qu'il n'y avait aucune fleur, aucun feuillage, aucune plante qui ne fût consacrée à quelque divinité, et qui ne fût le symbole de son culte [De Corona, c. 8). Toutes choses, dit-il , sont pures , comme créatures de Dieu, et sont destinées à notre usage ; mais c'est la nature de l'usage qui décèle s'il est bon ou mauvais (c. 10). Il n'est donc pas vrai que Tertullien condamne les couronnes absolument et en elles-mêmes comme contraires à la loi naturelle, mais comme des marques d'idolâtrie. Voilà pourquoi les chrétiens s'en abstenaient; c'est le reproche que leur fait un païen dans Minutius Félix [Octav., c. 12). — « Nous avons détaillé, continue Terlullien, c. 13, toutes les causes pour lesquelles on porte des couronnes ; toutes sont étrangères à un chrétien, profanes, criminelles, contraires aux serment! du baptême : ce sont les pompes du démon et de ses anges ; toutes sont infectées d'idolâtrie, in omnibus islis idololatria. Un chrétien ne voudra pas même orner de laurier la porte de sa maison, lorsqu'il saura c imbien de divinités le démon du paganisme a préposées à la garde des portes : Janus, Limenlinus, Forculus, Carda, etc. » Nous présumons que Terlullien connaissait mieux qu'un critique du xviii' siècle les idées, les mœurs, les folles allusions, les absurdités du
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paganisme, les conséquences que les païens liraient de leurs usages. Quand il aurait poussé trop loin !e scrupule et les soupçons d'idolâtrie, il ne s'ensuivrait pas encore qu'il raisonne mal; dans le fond, il suit la règle tracée par saint Paul {Rom. xiv,20) : Toutes choses sont pures; mais un homne fait mal cVen user, lorsqu'il scandalise les autres. Kl / Cor. vm, 13 : Si ma nourriture scandalisait mon frères je ne mangerais point de viande de ma vie. — 2" Barbeyrac n'a pas vu qu'en condaînnant l'argument négatif que Tertullien lirait du silence de l'Ecriture sainte, il lait le procès au protestantisme. Ce Père disait : L'usage des couronnes n'est pas formellement approuvé ni permis par l'Ecriture, donc il est défendu. Les protestants nous répètent continuellement : Tel dogme n'est pas formel le nient enseigné par l'Ecriture, donc il n'est pas révélé; telle pratique n'y est pas expressément autorisée, donc elle est abusive. Quelle différence y a-l-il entre cet argument et celui de Terlullien? Nous ne l'approuvons pas absolument; mais ce n'est pas à eux de le blâmer. Terlullien y en ajoutait un autre : c'est que .'"usage des couronnes n'étail point non plus autorisé par la tradition; au contraire, il était proscrit par l'usage des bons ebréliens : d'où il concluait que l'on deveit s'en abstenir, el il avait raison. Mais cette autorité que Terlullien attribue à la tradition donne de l'bumeur aux protestants; ils ne la lui pardonneront jamais.
COURS, cursus. L'on nommait ainsi, dans les bas siècles, l'office divin ou l'ordre des heures canoniales. Cet office, rangé selon le rite gallican , était appelé cursus ijtdlicanus , et cursarius était le Iivr>> qui le renfermait. Ducange , au mot Cïirsu<. Voy. Ofpice divin.
Cours oe Théologie. Voy. Théologie.
COUTUME RELIGIEUSE ou ECCLÉSIAS- TIQUE. Voy. Observance.
COUVENT. Voy. Monastère.
COZKI, quelques Juifs prononcent Cuzan, livre des Juifs , composé il y a plus de cinq cents ans par le rabbin Juda le Lévite. C'est une dispute en forme de dialogue sur la religion, ou l'auteur défend le judaïsme contre h-s philosophes païen*, el s'appuie principalement sur l'autorité de la tradition; selon lui, il n'est pas possible d'établir aucune religion sur les seuls principes de la raison. Il attaque en même temps la secte des Juifs caraïles, qui ne se soumettent qu'à l'Ecriture sainte. On trouve dans ce même ouvrage un abrégé assez exact île la croyance des Juifs. Il a été d'abord traduit en arabe; ensuite en hébreu de rabbin, par H. Juda lien Thibbou. Il y en a deux éditions de Venise, l'une qui ne contient que le texte, l'autre qui y joint le Commentaire de H. Juda Muscalo. Uuxlorl l'a fail imprimer à Hâle en lbGO, avec une version latine et des notes. On en a aussi une traduction espagnole, faite par le Juif Aben- Dana, avec des remarques (tans la même langue.
CRAINTE. Le psalmiste dit (Ps. xvni, 10),
que la crainte de Dieu est sainte; dans le psaume ex, 10, que c'est le commencement ou le principe de la sa»esse. Dans le psaume cxvin, 120, il dit au Seigneur : Pénéliez-moi de la cra nie de vos jugements. Le Sage répète la même chose (Prov. i, 7; ix, ItCetc). H est bon d'observer que, dans l'Ancien Testament, la crainte de Dieu signifie une soumission respec muse invers Dieu-, les Hébreux n'avaient point de terme propre pour exprimer le sentiment que nous appelons le respect. Saint Paul exhorte les (idoles à se sanctifier dans la crainc du Seigneur (// Cor. vu, 1). — Mais le même apôtre nous enseigne que l'esprit du christianisme n'est point, comme sons l'ancienne loi, la crainte, qui est le caractère des esclaves, mais l'amour, qui (si le propre des enfants de Dieu [Rom. vin, 15). Saint Jean dit que la charité parfaite exclut la crainte; que celle-ci est un sentiment pénible (/ Joan. iv, 18). Il y a donc une crainte utile el louable, et il y en a une qui est vicieuse et répréhensiUe. — Conséquemment, les théologiens distinguent la crainte servilement servile , par laquelle l'homme évile extérieurement le péché, à cause du cîiâlimenl qui y est attaché, mais conserve dans son cœur l'inclination à le commettre, s'il pouvait éviter la punition; la crainte simplement servile, qui bannit le péché el toute affection au péché, afin d'éviter la peine; la crainte filiale, qui fait renoncer au péché par amour pour Dieu. Celle qu'il» nomment crainte révérentietle n'est autre chose que le respect pour la majeslé divine.
De l'aveu de tout le monde, la première de ces craintes est vicieuse, puisqu'elle laisse dans le cœur l'affection au péché. C'est de celle-là que parle saint Paul, lorsqu'il dit que c'est le caracièrc des esclaves; elle dominait chez les Juifs, dont la plupart ne s'abstenaient du crime qu'à cause des châtiments temporels attachés aux infractions de la loi. La seconde est utile et louable ; le concile de Trente décide que la crainte qui exclut la volonté de pécher et renferme l'espérance du pardon , non-seulement ne rend pas le pécheur hypocrite et plus criminel, comme le soutenait Luther, mais que c'est un don de Dieu, un mouvement du Saint-Esprit, qui dispose le pécheur à la justification (Sess. 14, c. h, et can. 5). Voy. Attrition. La troisième est in éparable de l'amour de Dieu. Ceux qui ont confondu ces différentes espèces de craintes ont raisonné fort mal.
On a donc condamné avec raison les théo logions qui ont enseigné, sans restriction et sans distinction, que la crainte n'arrête que la main, laisse dans le cour l'attachement au péché, n'est bonne qu'à produire le désespoir, etc. Cette doctrine est évidemment con- Iraire à celle du concile de Trente. 11 est assez singulier que ceux qui ont le plus déclané contre la crainte, en général, aient travaillé de toutes leurs forces à nous l'inspirer, en représentant toujours Dieu comme un maître beaucoup plus terrible qu'aimable. — La crainte est utile, sans doute, pour toucher des pécheurs ingrats et endurcis,
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puisque Dieu emploie souvent les menaces pour les effrayer; mais, en général, les moti s de reconnaissance et de conGance sonl plus propres à faire impression sur le trèsgrand nombre des hommes, qui pèchent plutôt par faiblesse que par malice. Pour un passage de l'Ecriture sainte capable de nous donner île la crainte, il en e^t dix qui sont destinés à nous inspirer la confiance en la bonté de Dieu, l'espérance en sa miséricorde, l'amour envers un père qui nous menace, parce qu'il ne désire pas de nous punir. — Une infinité d'âmes vertueuses, mais timides, ont été jetées dans le trouble, dans le découragement, dans le désespoir, par la lecture des livres dont les auteurs mélancoliques ne montraient dans la religion que des sujets de crainte; souvent l'on est obligé de défendre ces sortes de lectures aux personnes d'une imagination vive. Mais pourrait-on citer des âmes qui aient renoncé à la vertu par un excès de confiance en la miséricorde et en la boulé de Dieu? Voy. Confiance en Dihu.
Les athées et les matérialistes prétendent que la notion de Dieu et la religion, eu général, sont nées de la crainte; nous prouvirons le contraire au mol Religion.
CRÉATEUR , CRÉATION (1). Créer, c'est produire dis êtres par le seul vouloir. On ne peut attribuer ce pouvoir à Dieu d'une manière | lus énergique et plus sublime que l'a fait Moïse (Gènes, i, 3) : Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. C'est ainsi qu'il représente successivement toutes les productions de Dieu; elles ne lui coûtent qu'une parole, un seul acte de volonté. Selon le psaltniste, Dieu a dit, et tout a été fait, il a commandé, et tout a été créé (Ps. cxlviii, 5). Dieu lui-même dit, par la bouche d'Isaïe : J'ai appelé le ciel et lu terre, et ils se sont pré' sentes (c. xlv, v. 2i ; c. xlviii, v. 12). Judith parle de même : Vous avez dit, Seigneur, et tout a été fait; vous avez soufflé, et tout a été créé (Judith, xvi, 17). La mère des Machabées représente à son fils que Dieu a fait de rien le ciel, la terre, tout ce qu'ils renferment, et la race humaine (// Machab. vu, 28). Le dogme de la création a donc été constamment professé chez les Juifs. A-t-il pu venir d'une autre source que de la révélation primitive? — En effet, Moïse nous apprend que Dieu bénit et sanctifia le septième jour. Pourquoi, sinon afin qu'il servit de monument perpétuel de la création? La semaine ou l'usage de compter les jours par sept a été observé par les patriarches, avant que l'on pût le rapporter à des calculs astronomiques. Noé demeura sept jours avant de sortir de l'arche (Gen. vm, 10 et 12). Les noces de Jacob durèrent sept jours (xxix, 27); ses funérailles de même (l, 10). La loi
(1) Critérium de la foi catholique sur ta création, — I' est de foi que lnul ce ijni existe, ou existera hors de IMeu, soit esprit, soit visible, soit invisible, a été iiéé il.ms le. temps ci n'existe pas de loule éternité (i.i.mi il. Later. iv). La foi se lait sur l'époque cl le moiie de la création.
de sanctifier le sabbat, ou le septième jour. en mémoire de la création, fut renouve ce dans le désert (Exod. xvi, 23; xx, 11). De là le respect des Juifs pour le nombre septénaire.
Si la sanctification du sabbat fut ordonnée sous peine de mort, c'est à cause de l'importance du dogme de la création. Il est évident que l'intention de Moïse, en écrivant la Genèse, a été de prémunir les Hébreux coulie l'erreur des autres peuples, qui admettaient plusieurs dieux, qui adoraient les astres et les éléments, et contre tous les faux systèmes philosophiques qui devaient éclore dans la suite des siècles : conséquemment, i! leur enseigne qu'un seul Dieu a tout créé. Dieu n'a donc pas eu besoin de coopérateur, puisqu'il opère par le seul vouloir; les astres et les éléments ne sont pas des dieux, puisque ce sont des créatures que Dieu a faites pour l'utilité de l'homme; lui seul gouverne tout par sa providence, puisque c'est lui qui a établi, dès le commencement, l'ordre qui règne dans la nature : il est donc le seul distributeur des biens et des maux, et ce serait une absurdité de les attribuer à d'autres qu'à lui seul. Ainsi, d'un seul trait, Moïse a sapé par la racine les fondemenls du polythéisme et de l'idolâtrie, le faux système des émanations, qui a été la source de. tant d'erreurs, l'hypothèse non moins absurde du destin ou de la fatalité, et toutes les autres rêveries philosophiques, longtemps avant leur naissauce.
En second lieu, de la notion de Créateur s'ensuivcul tous les attributs de Dieu; ce dogme seul nous en donne la vraie notion. Dieu est l'Etre nécessaire ou existant de luimême , puisqu'il est la première cause sans laquelle rien n'aurait pu sortir du néant; il est éternel; rien n'était avant lui, et il est avant tous les temps; il est tout-puissant : rien peut-il résister à celui qui opère par le seul vouloir? 11 est infini, aucune cause n'a pu le borner : par quel espace pouvait-il être limité avant la création? 11 est pur esprit, puisqu'il a tiré du néant la matière, et qu'il agit avec intelligence. Pour connaître tout ce qui est, tout ce qui sera, tout ce qui peut être, il n'a besoin que de voir l'étendue de son pouvoir; il ne doit pas lui en coûter davantage pour gouverner le monde qu'il ne lui en a coûté pour le former. — Faute d'avoir connu ce dogme essentiel , les philosophes ont été incapables de démontrer l'unité, la simplicité, la parfaite spiritualité de Dieu : ou ils l'ont conçu comme l'âme du moude, ou ils ont pensé que Dieu avait laissé à des esprits inférieurs le soin de le fabriquer et de le gouverner. La théologie de Moïse, qui est celle de notre premier père, était donc le meilleur préservatif contre les divers égarements du genre humain. — Cependant des écrivains téméraires ont avancé que la créati n et un dogme nouveau, une idée philosophique; qu'il n'est pas en>eigné clairement par Moïse ; que plusieurs Pères de l'Eglise l'ont ignoré; qu'il n'est pas fort essentiel à la théologie, etc. Toutes ces asser-